Vanessa Gemayel. On m’a caché la mer
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Nº 3025 du vendredi 30 octobre 2015

Vanessa Gemayel. On m’a caché la mer

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Du 5 au 26 novembre, la galerie Aïda Cherfan accueille la deuxième exposition solo de Vanessa Gemayel: On m’a caché la mer. Beyrouth, la ville au bord du gouffre et des couleurs…

«Vanessa Gemayel met en scène sa ville, son Beyrouth qui, dans ses premières œuvres, envahit toute la toile rendue lumineuse par la richesse des façades de pierreries… parure de princesse orientale. Mais, lucide, elle connaît aussi les coulisses derrière le décor séducteur, les bouts de ficelle, les rouages de la machinerie qui peut faire passer l’éclairage de la scène du bleu roi au bleu nuit… Des grands aplats ont envahi ses premières images, montagnes, mer et ciel lacéré écrasent la ville qui se dérobe comme une danseuse de tango sur un sol glissant». C’est par ces mots que Jean-Dominique Jacquemond, critique et historien d’art, tombé sous le charme du travail de Vanessa Gemayel il y a des années de cela, présente la peintre et sa dernière exposition On m’a caché la mer.
Une deuxième exposition solo pour Vanessa Gemayel, après la première à l’intitulé tout aussi poétique J’ai rêvé d’une ville où les toits seraient des pâturages, les moutons des nuages… qui s’est tenue en 2013 à ArtLab. Cette fois, c’est sur les cimaises de la galerie Aïda Cherfan que seront accrochés essentiellement les 17 tableaux qui composent cette série.
«En contraste avec la première expo qui se situe plutôt dans le rêve, explique Vanessa Gemayel, là je m’enracine davantage. Je fais vraiment face à la réalité et aux problèmes qui nous entourent, d’où le titre On m’a caché la mer, en référence notamment à ces immeubles que l’on construit le long de la côte, ces tours sans âme qui cachent la mer, ces tours qui poussent à la place de nos vieilles maisons, de nos maisons traditionnelles qu’on raye de la carte; en référence aussi au manque d’espace vert, à la destruction de la nature, du patrimoine». Un thème, un message qui rassemble tous ces tableaux et qui, d’ailleurs, a été le point de départ, l’idée à Beyrouth qui marquait actuellement le plus Vanessa Gemayel.

 

Entre l’espoir et la poésie
Grues à l’horizon, L’Arbre, Atterrir à Beyrouth, La montagne qui reste, On s’envolera… au fil des titres des tableaux, la peinture de Vanessa Gemayel, forcément urbaine, puise son inspiration de la nature, de la ville, sans afficher une quelconque affiliation à une école, un mouvement, une influence, elle peint comme elle le sent, reconnaissant elle-même que son travail tonne comme des dessins pour enfants, mais c’est son «style, (son) moyen de partager (son) message». Un message à la fois alarmant et plein d’espoir, comme le décrit si bien Valérie Vincent, metteuse en scène et réalisatrice: «Retirez la couleur, il reste le drame. Faites abstraction du drame, il reste un appel déchirant au respect de la mémoire. Toutes ces maisons sont des personnages. Elles se serrent les unes contre les autres, dans un équilibre fragile. Elles semblent se regrouper pour former une masse compacte et faire face à un danger imminent».
Un danger que Vanessa Gemayel reconnaît, affiche, peint, tout en le métissant de couleurs vives, vivantes, vivifiantes. Des couleurs en contraste avec la thématique, des couleurs qui symbolisent l’espoir d’un changement, qui renvoient à ce «qui pourrait être. C’est aussi une manière d’interpeller le spectateur pour qu’il puisse rentrer dans ce monde, être apaisé et en même temps faire face à des sujets qui sont très lourds. Pour réveiller le spectateur tout en l’attirant. Les couleurs montrent également l’ambiance dans laquelle on vit à Beyrouth, cette joie de vivre, le dynamisme. A travers les couleurs, je voudrais aussi montrer le beau côté du Liban, de Beyrouth, dans sa gloire. C’est cette image-là de Beyrouth que je veux exposer à l’étranger, tout en affirmant qu’il y a beaucoup de choses à changer, qu’il faut aller de l’avant. En d’autres termes, les questionnements sont directement adressés aux Libanais, alors que les couleurs rejoignent des thèmes qui sont universels, comme l’environnement, l’écologie…».

 

D’échange et de dialogue
Vanessa Gemayel a du mal à parler elle-même de son travail, son mode d’expression étant la peinture, ce besoin qu’elle a découvert vital et primordial dès l’âge de 15 ans et qui lui permet de s’épanouir. «Jean-Dominique Jacquemond dit que c’est poétique. C’est très flatteur et ça me parle». C’est qu’elle vient tout juste d’émerger de la solitude de la création. Estimant qu’un artiste se doit d’être continuellement à cheval entre le monde qui l’entoure pour se ressourcer et se rafraîchir les idées et l’intimité où il donne acte à celles-ci, Vanessa Gemayel se prête à l’exercice de décrire une journée type dans son atelier. Réveil à l’aube, vers 5h du matin. Avant de mettre ses habits de travail, c’est le moment de choisir la musique du jour, celle qui lui permet de se détendre, de commencer à visualiser son travail, de s’y atteler en suivant le rythme pour appliquer ses touches de peinture d’une manière bien particulière, bercée par la lumière du matin, le calme du matin, composantes vitales du travail qui se poursuit jusqu’en début de soirée.
Cela fait presque un an que Vanessa Gemayel planche sur cette exposition, agençant couleurs et formes, peinture à l’acrylique et à l’huile, créant ses tableaux, où semblent s’emmêler une multitude d’univers et de réminiscences éveillant chez le spectateur une kyrielle de sensations et d’images, croisant en chemin Le petit prince ou Philémon, ce personnage de B.D. né de l’imaginaire de Fred, un hakawati racontant les souvenirs des temps immémoriaux ou une vie de voisinage dans un quartier encore perdu sous la lune, sous les étoiles, sous le soleil, au détour des immeubles et des maisons, des sentiers en lacets et des arbres qui épousent les formes féminines. «La réaction des gens est plutôt positive, affirme Vanessa Gemayel, ou bien on n’aime pas du tout. Mais généralement, ça interpelle les spectateurs; il y a quelque chose qui se crée, un échange, un dialogue entre eux et le tableau».

Nayla Rached

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Éditorial
20 raisons pour virer nos dirigeants

Il existe un tas de raisons qui incitent les Libanais à éjecter leurs dirigeants sans aucun égard mais, faute de place, nous n’en citerons que vingt. Certes, il serait injuste de mettre tout le monde dans un même sac. Certains sont moins condamnables que d’autres, quelques-uns ont même du mérite. Il ne s’agit, cependant, que d’exceptions qui confirment une règle générale: la classe politique libanaise est inapte à diriger le pays, elle doit partir. Et c’est au peuple libanais que revient la responsabilité historique de la virer.1-Les dirigeants pratiquent allègrement et au quotidien le délit d’initié. Ils profitent de leurs positions pour faire des affaires personnelles afin d’en tirer des bénéfices matériels.2-Ils sont coupables d’abus de pouvoir. Ils dépassent les limites légales de leurs fonctions, non pour le bien public mais pour servir des intérêts partisans ou personnels.3-Beaucoup de responsables politiques sont soupçonnés de corruption à grande échelle. Pourtant, ils ne sont jamais inquiétés.4-Lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes corrompus ou corrupteurs, ils encouragent la corruption ou font semblant de ne pas la voir dans les ministères et les organismes dont ils ont la gestion.5-La plupart des commis de l’Etat sont coupables de gaspillage des deniers publics et de dilapidation du patrimoine national.6-Certains leaders de classe A sont coupables d’exploitation illégale et frauduleuse de biens domaniaux et de biens maritimes publics.7-La plupart des hauts dirigeants pratiquent, d’une manière tout à fait naturelle, l’évasion fiscale en tenant une double comptabilité.8-Tous, ou presque, pratiquent le népotisme et le clientélisme. Ils placent des membres de leurs familles ou des proches à des postes clés sans prendre en considération le critère de la compétence.9-Ils sont imprévoyants. Ils n’anticipent pas les problèmes et, par conséquent, ne prévoient pas des solutions et des plans de contingence en cas de crise.10-Ils sont laxistes. Leur excès d’indulgence n’est pas dû à leur extrême tolérance, mais à leur paresse intellectuelle.11-Le laxisme conduit à des attitudes irresponsables qui ont, souvent, des conséquences graves sur la vie quotidienne des citoyens.12-Ils manquent de courage, car ils n’osent pas prendre des décisions impopulaires de peur d’être critiqués par leur entourage proche ou au sein de leur communauté, même si l’absence de décision risque d’avoir des retombées néfastes et irrémédiables au niveau national.13-Leurs discours sectaires et partisans constituent une violation flagrante des lois en vigueur, qui interdisent l’exacerbation des dissensions communautaires.14-Ils font primer d’étroits intérêts communautaires et partisans sur les intérêts supérieurs de la nation.15-Ils défendent les intérêts de pays étrangers au détriment des intérêts nationaux.16-Leur allégeance va à des puissances étrangères, non pas à leur patrie.17-Ils sont prêts à mourir pour que soient haut portés les drapeaux d’Etats étrangers au lieu de celui de leur pays.18-Ils sont sadiques, car ils humilient avec un malin plaisir leur peuple, comme c’est le cas dans le scandale des déchets.19-Ils sont coupables d’homicide prémédité, car ils savent pertinemment que l’accumulation des déchets pendant des mois peut provoquer de graves épidémies, comme le choléra.20-Ils sont coupables de trahison, car ils n’ont pas respecté les termes du mandat que le peuple libanais leur a accordé, et aussi de parjures car ils ont violé leur serment de respecter la Constitution et les lois libanaises.S’il fallait juger les personnalités politiques libanaises pour leurs manquements, il ne resterait presque plus personne sur les strapontins du Parlement ou sur les fauteuils du Conseil des ministres. Il faudrait construire de nouvelles prisons, mais faisons en sorte que les appels d’offres ne soient pas remportés par des prête-noms de nos ‘chers’ dirigeants.


 Paul Khalifeh
   
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