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Nº 3101 du vendredi 3 mai 2019

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L’Hôtel-Dieu de France (HDF) se positionne, dans le cadre de sa stratégie Vision 2020, comme un centre de référence régional pour les grossesses et les accouchements.

Dans le cadre de sa stratégie Vision 2020, visant à développer et à améliorer tous ses départements médicaux et non-médicaux, l’Hôtel-Dieu de France (HDF) s’est non seulement lancé dans la rénovation et le réaménagement de ses locaux, mais a également adopté et mis en œuvre des normes et des politiques internationales au sein de son établissement. Actuellement, l’hôpital travaille à mettre à jour et à agrandir le service de maternité et d’accouchement afin d’introduire un pôle de maternité complet englobant tous les besoins mère-enfant.

Un centre de référence régional
Sur le plan médical, l’Hôtel-Dieu de France est considéré comme un centre de référence régional pour les grossesses pathologiques et les maladies gynécologiques et oncologiques de la femme. Il figure parmi les seuls trois hôpitaux au Liban qui prennent en charge les complications développées de grossesse comme le placenta percreta/increta.
Pour le côté stratégies et politiques, l’Hôtel-Dieu a reçu la distinction «Initiative Hôpital ami des bébés» (IHAB) décernée par l’OMS et l’Unicef, et suit donc les politiques élaborées par ces organisations. Ces politiques doivent être identifiées et reconnues par tout le personnel de santé des services de maternité et de pédiatrie, et feront partie de la nouvelle accréditation libanaise qui va voir le jour prochainement. L’IHAB a pour objectifs de former le personnel soignant, de favoriser l’allaitement, d’assurer le contact peau à peau, d’éduquer les mères, leur accorder un accès illimité à leur bébé et leur créer un groupe de soutien continu.
De même, l’HDF est le seul établissement libanais du Réseau Mère-Enfant de la Francophonie (RMEF) depuis 16 ans. Le RMEF s’est réuni pour la première fois au Liban du 29 avril au 3 mai, une semaine au cours de laquelle médecins, sages-femmes, infirmières et agents de santé ont échangé leurs expériences et opinions professionnelles sur nombre de sujets relatifs à la mère et à son enfant.

Accouchement aquatique
Du côté des rénovations, un pôle de maternité complet comprenant des salles équipées d’un matériel de pointe a été conçu pour consolider la relation de la mère avec son enfant dès les premiers instants de la naissance. Ce pôle est géré par une équipe de spécialistes chargés de fournir des services et un suivi continu afin d’introduire les mères aux soins des nouveau-nés et à les inciter à l’allaitement au sein, renforçant ainsi la relation entre la mère et son enfant.
Outre le nouveau pôle de maternité, et grâce à la distinction IHAB, l’HDF accueille les femmes désirant un accouchement naturel ou non conventionnel, comme l’accouchement aquatique, et leur fournit le suivi médical et infirmier nécessaire.
L’accouchement aquatique, qui reste toujours une méthode étrangère d’accouchement au Liban et au Moyen-Orient, possède beaucoup de bénéfices, surtout que l’eau a un effet bien connu: elle relaxe! En outre, les propriétés antispasmodiques de l’eau aident à réduire la douleur de l’accouchement.
Les préparations à cet accouchement ne se limitent pas au local et à ses équipements. Les parents sont fortement encouragés à assister à des séances de préparation et d’éducation pour créer une ambiance aussi saine que relaxante et accueillante. Une équipe de sages-femmes, d’infirmières et de médecins gère l’accouchement et accompagne la mère dès son arrivée à l’hôpital jusqu’à son départ.
Voici le témoignage d’une des mères qui ont choisi l’accouchement aquatique à l’HDF:
«Au début, mon mari n’a pas aimé l’idée d’un accouchement aquatique car il n’en connaissait rien et pensait que c’était un accouchement à risque. Mais grâce aux séances de préparation avec la sage-femme, il a changé d’avis et, maintenant, il encourage les autres couples à vivre cette expérience. Pour moi, le soutien et les encouragements que mon mari m’a donnés pendant l’accouchement m’ont immensément aidée. Sa participation à la naissance de son fils était formidable, surtout que les hommes n’assistent pas généralement à la naissance de leurs enfants».

 

 



Centre de Réhabilitation Laetitia Hatem
Prestations multidisciplinaires

Distingué par sa multidisciplinarité et son équipement de pointe, il n’est guère surprenant que le Centre de Réhabilitation Laetitia Hatem (LHRC) de l’Hôtel-Dieu de France soit une référence d’excellence au Liban, et même au Moyen-Orient.

Doté d’une équipe de dix physiothérapeutes, trois orthophonistes, trois psychomotriciennes, une ergothérapeute et d’un cadre supérieur garant de la qualité, dirigés par un médecin physique et réhabilitation, le centre a effectué durant l’année 2018 plus de 30 000 séances de réhabilitation et vise à atteindre un nombre toujours plus croissant en 2019. En effet, le LHRC est le seul centre au Liban qui prodigue une prestation multidisciplinaire de réhabilitation: la physiothérapie, l’orthophonie, l’ergothérapie, la psychomotricité et la balnéothérapie. Et c’est grâce à cette prise en charge globale que le centre assure une réhabilitation dans différentes disciplines dont les maladies rhumatismales, la traumatologie, les accidents du sport, la réadaptation à l’effort, la rééducation respiratoire adulte et pédiatrique, le drainage lymphatique, la rééducation périnéale, la rééducation vestibulaire, la posturologie, la balnéothérapie, la dysphagie et les problèmes de langage, entre autres…
Outre cette prise en charge offerte aux malades externes, l’équipe du centre assure un traitement de rééducation pour les patients hospitalisés durant leur séjour à l’hôpital. Et dans l’optique d’avoir une prestation de haute qualité, un programme de réhabilitation est établi par un médecin spécialisé. Les soins sont fournis particulièrement dans les services d’orthopédie, de neurologie, de neurochirurgie, de chirurgie cardiaque adulte et pédiatrique, de pédiatrie, de neuro-pédiatrie, de soins palliatifs et de soins intensifs chirurgicaux et médicaux.
Que ce soit pour un patient hospitalisé ou externe, le thérapeute prépare un plan de traitement personnalisé qui est documenté et tracé après chaque séance. L’évaluation du patient est effectuée au début, au milieu et à la fin de chaque traitement.
La formation multidisciplinaire des physiothérapeutes reste leur plus grand atout. L’équipe suit un plan de formation continue et permanente durant l’année, ciblée vers les nouvelles techniques et actualités en termes de réhabilitation.
Effectivement, non seulement le centre possède un équipement de pointe, mais il détient aussi un matériel unique au Liban comme la «Kinéo», spécialement conçue pour les athlètes afin de tester et d’améliorer leur endurance.
De même, un projet d’implantation d’un laboratoire de rééducation du vertige, premier et unique en son genre au Liban, verra le jour prochainement.
Quant à la vision du LHRC, elle ne se limite pas à agrandir et développer le centre existant par des équipements ou par des formations annuelles de l’équipe professionnelle, mais vise à instaurer un hôpital de jour de réhabilitation pour révolutionner la réhabilitation physique dans la région Mena.

 

Le triple bouclier israélien
Très Coûteux et peu efficace

Des experts militaires israéliens de renom relativisent l'efficacité du triple bouclier anti-missiles déployé dans le pays pour le protéger en cas de guerre. Le Dôme d'acier (pour intercepter les roquettes de courte portée), le Fronde de David (moyenne portée) et Hetz (longue portée) seront incapables de contrer les quelque 2 000 roquettes et missiles que le Hezbollah lancerait tous les jours sur Israël en cas de conflit, estiment les experts. Si une partie des projectiles sera interceptée, des centaines d'autres atteindront leurs cibles. Le triple bouclier devra tirer en moyenne 1 400 projectiles par jour pour être efficace, ce qui signifie que l'Etat hébreu n'est pas capable de mener une guerre de longue durée. De plus, 1 400 missiles couteraient 1,3 milliard de dollars par jour. Si la guerre dure 10 jours, le coût s'élèverait à 13 milliards. Si elle se poursuit pendant 33 jours, comme la guerre de juillet-août 2006, il faudra débourser 43 milliards de dollars.

Chadi Mawlaoui refait surface
L'islamiste recherché par la justice, Chadi Mawlaoui, refait parler de lui après un an et demi de silence. Cette figure extrémiste tripolitaine, dont l'arrestation par la Sûreté générale (SG), en mai 2012, avait provoqué de fortes tensions dans le pays, s'était réfugiée dans le camp de Aïn el-Héloué avant de s'enfuir en Syrie à l'automne 2017. Depuis son refuge à Idleb, où il combat dans les rangs de Hayaat Tahrir al-Cham (l'ancienne branche d'al-Qaïda en Syrie), il a publié, fin avril, un communiqué, menaçant de représailles les services de sécurité libanais, «qui se livrent à des vexations contre les sunnites», s'ils «ne mettent pas un terme à leurs exactions contre nos femmes».  

Les tunnels ne mobilisent pas
Le Front populaire de libération de 
la Palestine - Commandement général, dirigé par Ahmad Jibril, occupe toujours des tunnels creusés dans la montagne dans la localité de Nahmé, à 20 kilomètres au sud de Beyrouth. On ne connaît pas exactement le nombre de combattants déployés sur ce site ni le type d'armements qu'ils possèdent. Leur approvisionnement en eau et en nourriture se fait discrètement par le biais de véhicules civils. Selon une source informée, une personnalité politique considérée comme un faucon du 14-Mars a tenté dernièrement de mobiliser les habitants de la localité contre cette présence armée non légale dans une zone résidentielle. Mais cette personnalité n'a pas trouvé des oreilles attentives au sein de la population locale car les principaux partis influents dans la région refusent d'ouvrir ce sujet qui risque de créer des tensions qu'ils jugent «inutiles» à ce stade.  

Blanchiment
Washington encourage la délation

«La récompense allant jusqu'à 10 millions de dollars proposée par le Département du Trésor américain à toute personne fournissant des informations susceptibles de faire la lumière sur les réseaux de financement du Hezbollah est un appel on ne peut plus clair à la délation», a affirmé une source bancaire libanaise. Dans les milieux du Hezbollah, l'appel du Trésor américain lancé le 22 avril, est pris très au sérieux. Une source proche du parti estime que les efforts des services de renseignements américains se concentrent actuellement sur le recrutement d'agents et de collaborateurs au sein du secteur bancaire pour surveiller les transactions financières et fournir des informations sur les clients.

Des mémoires qui font des vagues

Un ancien haut responsable d'un service de sécurité libanais, très influent à une époque pas très lointaine, est sur le point de terminer la rédaction de ses mémoires. Une source informée du projet assure que le livre ferait d'importantes révélations sur des événements qui ont marqué les 20 dernières années au Liban et dans la région, ferait la lumière sur certaines zones d'ombre et ébranlerait pas mal de certitudes. «Ces mémoires, très bien documentés, apportent des réponses parfois déroutantes à des événements cruciaux et contiennent de précieuses informations», affirme cette source à Magazine. Certaines personnalités toujours actives dans la vie politique auraient conseillé à cet ancien haut responsable sécuritaire de ne pas publier ses mémoires à ce stade, car ils risquent de provoquer des polémiques et d'ouvrir des plaies à un moment où le pays a besoin de stabilité et d'un minimum de vagues. 

 

Le mur de Miyé Miyé
Les habitants protestent

Les habitants de la localité de Miyé-Miyé, à l'est de Saïda, ont protesté auprès de l'armée libanaise contre la construction d'un mur séparant le camp palestinien portant le même nom que le village. Soutenu par l'évêque grec-catholique de Saïda et Deir al-Qamar, Mgr Elie Haddad, et du curé de la paroisse Sassine Grégoire, les habitants réclament la restitution de leurs maisons saisies il y a près de quatre ans par le groupe Ansarallah, chassé du camp en octobre 2018 par le Fateh (après des combats qui ont fait 4 morts et 30 blessés). Ansarallah, dont le chef Jamal Sleiman avait été exilé en Syrie, a accepté le principe de la restitution de ces trois maisons, dont l'une avait été transformée en mosquée. Les habitants souhaitent que le tracé du mur n'englobe pas leurs biens, mais l'armée a indiqué que cet ouvrage est provisoire. Affaire à suivre.

Liban-Syrie: la frontière surveillée
Le déploiement de l'armée libanaise à la frontière orientale du pays n'a jamais été aussi important et efficace, affirme un source informée dans la région de Baalbek-Hermel. Le dispositif de surveillance de la frontière, mis en place avec une aide et un financement britanniques est pratiquement achevé. Il comporte des dizaines de miradors fortifiés et équipés de matériel de surveillance. Cette source déclare que la frontière libano-syrienne au niveau du Hermel est aujourd'hui pratiquement sous le contrôle de l'armée. «Cette frontière était poreuse, on pouvait aller et venir entre le Liban et la Syrie comme si on se déplaçait dans un même pays. On se rendait à Homs comme si on allait à Zahlé. Ce n'est plus le cas», ajoute la source. L'armée libanaise a laissé un passage entre le Hermel et la région syrienne de Qoussair pour que le Hezbollah puisse transférer et remplacer ses troupes déployées en Syrie. La source ajoute que le renforcement du contrôle de l'armée à la frontière se fait en coordination avec le Hezbollah.

Agendas différents en Syrie
Une source libanaise bien informée a assuré que les hauts dirigeants syriens n'ont pas été associés aux efforts de la Russie qui ont permis de retrouver et de restituer à Israël, début avril, le corps du soldat Zachary Baumel, porté disparu depuis la bataille de chars de Sultan Yaacoub (Békaa-Ouest), entre l'armée syrienne et les troupes d'invasion israéliennes, en 1982. Cette source n'a cependant pas nié que les Russes auraient pu bénéficier de l'aide d'un service de sécurité syrien. Cette affaire montre que Russes, Syriens et Iraniens n'ont pas le même agenda en Syrie, conclut la source.

1 204
sur les 3 071 incidents violents répertoriés en 2018 au Liban par le Conflict analysis Bulletin ont impliqué Israël. Ce pays est le premier des 30 acteurs identifiés par l'étude comme responsables de différents actes de violence. En 2ème position viennent les «civils» libanais, responsables de 1 130 incidents, suivis des Forces de sécurité intérieure (FSI, 877) et des «civils syriens» avec 561 incidents. Le bulletin fait état de 949 violations de l'espace aérien libanais par des appareils israéliens en 2018.   


Banditisme
Soumis depuis le printemps 2018 aux pressions de l'armée et des services de sécurité, les gangs qui étaient actifs dans le trafic de drogue et d'armes dans la Békaa semblent s'être reconvertis dans le brigandage de grand chemin. Ces trois derniers mois, plusieurs personnes sont tombées dans les filets de ces malfaiteurs vêtus d'uniformes militaires et qui écument la route internationale Chtoura-Masnaa à bord de 4x4 utilisés par les services de sécurité libanais. Ils choisissent leurs cibles parmi les voitures luxueuses, qu'ils interceptent. Puis ils emmènent les occupants vers la région de Baalbek où ils les délestent de tout ce qu'ils ont de précieux, y compris la voiture, avant de les abandonner dans des lieux déserts. 

 

Les choix de Bassil
Dans l'entourage du président de la République Michel Aoun, il y a plusieurs avis concernant  les nominations des candidats aux postes militaires et sécuritaires occupés par des chrétiens, assure une source proche de la présidence. Mais dans la majorité des cas, c'est le choix retenu par le ministre des Affaires étrangères et chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, qui l'emporte sur tous les autres. Sauf lorsque le président Aoun souhaite lui-même nommer une personne bien déterminée à un poste.   

Une femme de 34 ans, née sans utérus, a reçu un don de sa mère, âgée de 57 ans, en vue d’une future grossesse. Une prouesse médicale réalisée par l’équipe du professeur français d’origine libanaise, Jean-Marc Ayoubi, à l’hôpital Foch de Suresnes, près de Paris. Il a répondu aux questions de Magazine.

Pour la première fois en France, une femme de 34 ans, infertile, a pu bénéficier d’une greffe d’utérus, grâce à un don de sa mère, a annoncé l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine). Une prouesse médicale réalisée avec l’utérus d’une donneuse vivante, celui de la mère de la receveuse, par l’équipe du professeur français d’origine libanaise, Jean-Marc Ayoubi, chef de service d’un des plus grands centres de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction en France, notamment à l’hôpital Foch. Cette technique a déjà été pratiquée en Suède et a permis la naissance d’une dizaine d’enfants en bonne santé depuis 2014. C’est d’ailleurs avec des équipes suédoises que les médecins de Foch préparaient depuis des années la première greffe française.

Pour quelles patientes?
En France, deux équipes ont reçu l’autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour réaliser des greffes utérines. L’équipe du Pr Jean-Marc Ayoubi, qui travaille en collaboration avec l’équipe suédoise du Pr Brännström, a obtenu l’autorisation pour dix greffes utérines sur des femmes atteintes du syndrome MRKH, à partir de donneuses vivantes. Une équipe du CHU de Limoges a eu l’aval pour un essai clinique, afin de réaliser 8 greffes d’utérus prélevés sur huit donneuses en état de mort cérébrale. À la différence de la naissance très médiatisée en décembre 2018 au Brésil d’un bébé issu d’une greffe d’utérus sur donneuse décédée, les transplantations réalisées en Suède et aujourd’hui en France ont été réalisées sur une donneuse en bonne santé (la mère ou la sœur de la receveuse dans la plupart des cas).
«La patiente greffée est née sans utérus à cause d’une maladie congénitale rare, le syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH). La donneuse est sa mère, une femme ménopausée de 57 ans», explique le Professeur Jean-Marc Ayoubi. «Cette révolution médicale pourrait répondre ainsi aux besoins de milliers de femmes atteintes d’infertilité utérine, et leur offrir la possibilité de mener à bien une grossesse malgré une absence d’utérus, à la suite d’une malformation à la naissance. Une fille sur 4 500 peut naître avec un vagin et des ovaires normaux mais sans utérus (syndrome MRKH). Cette technique concerne également des patientes qui ont subi une hystérectomie (une ablation de l’utérus) consécutive à un cancer de l’utérus ou les cas d’hémorragie de la délivrance…». Et le Pr Ayoubi d’insister que «pour obtenir une grossesse, une greffe d’utérus doit être précédée d’une Fécondation In Vitro (FIV) avec congélation des embryons, avec les ovocytes de la femme greffée. Ainsi, la patiente qu’on vient de transplanter n’est pas encore enceinte et le transfert d’embryons préalablement congelés se fera dans dix mois», annonce-t-il, assurant que les deux femmes, dont les identités n’ont pas été dévoilées, «vont bien». Concernant le profil des donneuses, le professeur Ayoubi déclare «qu’il existe plusieurs procédés pour récupérer un utérus: à partir d’un donneur vivant ou d’une patiente en état de mort cérébrale. En Suède, une quinzaine de femmes au moins ont fait don de leur utérus, de leur vivant. À Suresnes, notre équipe a fait le choix des donneuses vivantes. Il y a des avantages et des inconvénients pour les deux façons de faire. À ce jour, une seule grossesse a été menée à terme avec une donneuse décédée, au Brésil. En France, le don d’organes issu d’une personne vivante est possible s’il ne met pas en danger la vie du donneur (la greffe de l’utérus est une opération très complexe, nécessitant plusieurs heures de chirurgie) et selon des critères stricts comme l’obtention de l’autorisation d’un comité indépendant et d’un juge après s’être assuré du lien de parenté entre la donneuse et la personne qui reçoit l’utérus (mère, sœur, tante, éventuellement amie très proche …) pour écarter tout risque de commercialisation, de chantage ou de pression financière, psychologique...».  «Les donneuses peuvent également être des femmes ménopausées, puisque l’utérus n’a pas d’âge», soulève le gynécologue. «Ce sont les ovaires qui vieillissent; l’utérus étant un organe fonctionnel qui se met au repos à la ménopause, mais qui se réveille et fonctionne normalement à partir du moment où on lui administre de l’œstrogène. Ainsi, on envisage le recours à des utérus prélevés chez des femmes ménopausées entre 40 et 60 ans, ayant eu au moins un enfant».

Des recherches de longue haleine
«Le prélèvement de l’utérus sur la mère donneuse a été réalisé par chirurgie robotique», poursuit le Pr Ayoubi. «Nous possédons une expertise dans le domaine de la chirurgie robotique en gynécologie qui date de plus de dix ans. Nous avons d’une part, collaboré avec l’équipe suédoise dans le cadre d’un projet de recherche européen portant sur l’intérêt de la chirurgie robotique dans le domaine de la greffe utérine et participé, d’autre part, également en Suède, à cinq prélèvements et greffes d’utérus par chirurgie robotique, en attendant les autorisations administratives relativement longues en France. Cette première française est un bel exemple de collaboration à l’échelle européenne et internationale. Le gynécologue met en relief les avantages de la chirurgie robotique: «une précision, une sécurité supplémentaire pour la donneuse et une réduction du temps d’intervention de 12 heures pour une opération ‘classique’, à 8 heures». «Grâce à ces greffes utérines, qui ont nécessité plus de 13 ans de recherche, d’abord sur des animaux (souris puis brebis), la Suède a vu naître plus de 10 bébés en bonne santé depuis 2014, la dernière naissance datant de novembre 2018. Les receveuses sont en moyenne âgées de 27 à 28 ans, non fumeuses et en bonne santé. Les donneuses sont des femmes ménopausées (mères ou sœurs des patientes en priorité), ayant eu des grossesses normales et pas de fausses couches à répétition». Ailleurs dans le monde, plus d’une quinzaine de naissances ont été signalées à la suite de transplantation utérine: deux aux USA (décembre 2017 et février 2018), une au Brésil (décembre 2017), une en Italie (juin 2018), une en Inde (octobre 2018) et une autre en Chine (février 2019).

Une greffe provisoire
«La durée opératoire a été de l’ordre de 14 h pour les deux interventions, celle du prélèvement étant la plus longue. Ce dernier doit être très méticuleux pour que l’utérus soit réimplantable», précise le Pr Ayoubi. «Le robot, offrant une meilleure vision, en 3D, facilite la dissection de vaisseaux très fins. La greffe se fait, elle, par chirurgie classique. Elle n’a pas vocation à être permanente en raison du traitement antirejet. Il s’agit d’une ‘greffe provisoire’ pour avoir un enfant», rappelle le gynécologue. «A ma connaissance, deux ou trois femmes dans le monde ont conservé l’utérus greffé pour mener une deuxième grossesse. Le traitement immunosuppresseur, antirejet, est «moins lourd» que pour d’autres transplantations. Il est adapté à la grossesse, comme on le fait dans le cas des greffées du rein, enceintes», conclut-il. Selon un expert, parmi les pays pratiquant cette greffe figurent bien sûr la Suède (leader dans ce domaine), le Mexique, le Liban, l’Arabie saoudite, l’Allemagne, la République Tchèque, la Belgique, les Etats-Unis, l’Inde, la Chine, le Brésil, la Turquie et l’Italie.

Marlène Aoun Fakhouri

L’Eglise «vit», en grande partie, grâce aux quêtes dominicales et aux donations. Il n’existe pas de tarification officielle pour l’organisation d’un baptême. Toutefois, certains frais peuvent être estimés. «Le baptême représente le début d’une nouvelle vie pour un chrétien. C’est le premier des sept sacrements de l’Eglise catholique», précise Mgr Joseph Merhej, Secrétaire général du Patriarcat maronite de Beyrouth. Cette «entrée» dans la communauté chrétienne ne nécessite, en principe, aucune formalité, à condition que l’enfant soit baptisé dans la paroisse, comme l’explique Mgr Merhej. Dans le cas contraire, une autorisation devra être accordée par le prêtre de la paroisse si les parents décident de baptiser leur petit dans le cadre du diocèse. Si, par contre, ils optent pour une église extérieure au diocèse, une intervention du Patriarcat s’impose.
Pour calculer le coût d’un baptême, il faut prendre en compte différents éléments:
● L’intention de messe: au sein de l’église, il est question de donation, comme indiqué plus haut. Les parents du baptisé accordent au(x) prêtre(s) ce qu’on appelle une «intention de messe». Cette donation peut varier entre 50 et 200 $. Elle peut s’élever ou être plus réduite dépendamment des moyens de la famille.
● La décoration florale: c’est toute une déclinaison de couleurs et de modèles choisis en fonction du sexe de l’enfant. Le budget peut alors varier de 250$ pour une décoration modeste et 1 500$ pour un ornement plus «sophistiqué».
● La «lingerie» du bébé: il s’agit principalement de son vêtement de baptême (il peut s’agir d’une robe ou de tout autre habit), d’une serviette blanche et d’un savon (accessoirement). Tout dépend, pour le coût, du choix effectué.
● Le déjeuner: il faut compter dans ce cas la réservation du restaurant, la décoration florale, le menu, les ballons, le gâteau de baptême et les cadeaux de retour. Pour un baptême avec 50 invités, il faut donc un budget compris entre 1 500 et 5 000$.
A noter, un phénomène qui prend aujourd’hui de l’ampleur dans les pays d’Europe surtout, la débaptisation. Cela consiste à demander de rayer son nom des registres paroissiaux. Cette démarche concerne généralement les personnes athées, agnostiques ou déistes ou celles ayant des considérations autres.

 

NATASHA METNI TORBEY

Dans son nouvel essai, Le Naufrage des civilisations (Editions Grasset), Amin Maalouf raconte ce qui peut sembler être, pour le lecteur, un chemin de croix civilisationnel de son Levant natal, dans ses différentes stations et dans tous ses états. Entretien.
 

L’itinéraire de cette Via Dolorosa passe par le «paradis perdu» de sa mère, (son Egypte natale) et les «rêves fragiles» de son père (son Liban meurtri) pour arriver aux «espoirs prometteurs déçus» de sa «patrie d’adoption», c’est-à-dire l’exil européen du fils qu’il est. Ce périple s’effectue dans une ambiance lugubre «de détresses, de tristesses, de ténèbres et de frayeurs», dans un paysage délabré et son cortège de frustrations, de désolation, de régression, évoquant le spectre de «naufrages apocalyptiques imminents».
La description de ce long et difficile voyage, dans les temps anciens comme dans l’actualité du moment, est faite d’une manière subjective, nostalgique et lucide. Le narrateur s’efforce de faire vivre au lecteur à la fois le passé, tel que les anciens l’évoquent, et le présent comme il est vécu sur le terrain. Le style est un savant mélange de témoignages et d’anecdotes qui pimentent un récit guidé par le cœur et forgé par l’esprit.  C’est précisément en ce début de Semaine Sainte, que Magazine est allé à la rencontre de ce survivant levantin et exilé parisien pour chercher auprès d’Amin Maalouf des explications et des réponses aux différentes questions qu’il pose et surtout, pour savoir si le croyant qui «prie le Ciel à sa manière» croit encore en une possible «résurrection» de cette «civilisation mourante»; une sorte de sursaut permettant d’éviter les icebergs qu’il imagine devant le nouveau Titanic des temps futurs.

Alerte aux dérives
L’entretien avec Amin Maalouf se fait dans son refuge familial parisien. Il est entouré de son épouse Andrée et de ses petits-enfants. Question: qu’est-ce qui motive le pessimisme extrême de ce nouveau livre et l’impression d’apocalypse imminente?
Il essaie de tempérer cette impression: «Mon intention n’est pas d’être alarmiste mais d’écrire les réalités du monde et les risques qui émergent! Or je pense qu’il y a de véritables risques de dérives dans le monde»… «On voit bien dans ma région natale que ça se passe mal, on n’arrive pas à dépasser les problèmes, et les conflits sont appelés à durer des décennies encore. L’Europe elle aussi se porte mal et traverse l’une des crises les plus graves depuis le début du projet de l’Union européenne. Les Etats-Unis se portent mal également, et jamais il n’y a eu aussi peu de crédibilité morale à travers le monde. En plus de tout cela, nous assistons à l’émergence de nations importantes et puissantes qui cherchent à jouer un rôle sur  la scène mondiale. Elles arrivent dans un monde où il n’y a pas de véritable ordre international et c‘est la loi de la jungle qui domine. A cela, s’ajoute que l’économie mondiale est constamment au bord d’une crise profonde avec des indices très inquiétants».
Et Maalouf de continuer  l’énumération: «Nous sommes au début d’une nouvelle course aux armements à laquelle participent les Américains, les Chinois, les Russes, quelques pays d’Europe, d’Asie et du Proche-Orient. Ajoutez à cela les questions plus globales – dont celle liée aux perturbations climatiques – qui se posent à court et à long terme. Manifestement, la prise de conscience n’est pas suffisante parce qu’on ne fait rien de significatif. A cela, se superpose encore un peu partout le phénomène global de la montée des affirmations identitaires, qui s’apparentent en réalité à une sorte de tribalisation mondiale.
Et sans même que la liste soit exhaustive, j’ajouterais que dans de nombreux  pays se développe de plus en plus le sentiment, chez d’importantes branches de la population, d’être marginalisées, de ne pas avoir d’avenir ensoleillé, voire même de faire du surplace. Ce qui amène à des attitudes de colère, de réaction, de crispation et à la montée de forces populistes qui déstabilisent ces sociétés. C’est ainsi qu’on a vu un pays aux grandes traditions démocratiques comme l’Angleterre se laisser embarquer dans l’aventure du Brexit par une démagogie populiste et ne plus savoir comment s’en sortir».
Maalouf précise que si «nous sommes dans un monde inquiétant», il n’a «pas envie de jouer les Cassandre». Il estime que, dans son livre, «il n’y a pas de désespoir mais une très grande inquiétude» et «il est important que nos contemporains ouvrent les yeux et voient à quel point le monde se porte mal et a besoin d’aide pour se reprendre».
Préoccupations identitaires. Si Amin Maalouf met en garde contre la montée des affirmations identitaires, on se rend compte que c’est en fait une question-clé, une  préoccupation permanente dans son œuvre, si dense et si diverse. La question identitaire serait-elle le syndrome d’une obsession personnelle pour ce Levantin d’origine devenu citoyen du monde?Réponse de l’écrivain franco-libanais: «Quelqu’un qui est né au Liban ne peut pas ne pas avoir une préoccupation identitaire. Pour un Libanais, c’est une question présente dès le premier instant de sa vie; on grandit dans un pays et dans une région où les conflits entre communautés affectent la vie quotidienne et la politique et donc, on prend conscience très vite de l’importance de ces problèmes. Ce qui est un peu plus nouveau, c’est que ces questions, que l’on croyait liées à la région ou à la réalité libanaise, se retrouvent maintenant un peu partout à travers le monde. Je crois que la question identitaire est une des enjeux majeurs du nouveau siècle où nous sommes. C’est lié au fait que les premiers trois quarts du  XXème siècle ont été dominés principalement par des querelles, des débats et des clivages idéologiques qui se sont terminés dans le dernier quart du XXème siècle. Ils ont été remplacés par les questions d’appartenance identitaire, notamment religieuse, et cette réalité domine la vie d’aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard si quelqu’un comme moi, né au Liban et qui vit depuis une bonne trentaine d’années dans une atmosphère où les principaux conflits et débats sont identitaires, leur accorde autant d’importance. C’est vrai que dans beaucoup de choses que j’écris, romans ou essais, les interrogations sur les phénomènes identitaires sont omniprésentes».

Tribalisation et libanisation
Comment Amin Maalouf dépeindrait-il sa propre image identitaire? L’écrivain est formel: «Ma position en la matière, c’est qu’il faut assumer complètement tous les aspects de son identité. La tentation de nos contemporains, que je trouve extrêmement dangereuse, c’est de prendre un seul aspect de son identité, de le mettre en avant et d’oublier ou de cacher tout le reste. Ma vision de moi-même et du monde est qu’il faut s’assumer! Si on a des liens très forts avec deux ou trois pays du monde il faut l’assumer. Il ne faut pas cacher ses liens avec des cultures différentes, être à l’aise avec ses appartenances multiples et être ouvert».
Sa théorie de «la tribalisation» ne rejoint-elle pas d’une façon ou d’une autre ce qu’on a appelé le phénomène de «la libanisation»? Maalouf répond: «Je n’aime pas utiliser le terme de libanisation dans ce sens; il faut éviter de l’entendre ainsi car c’est triste et négatif. J’aurais tant voulu que mon pays natal représente aux yeux de l’humanité entière un modèle de coexistence réussie». Quant à «la tribalisation», il ne la considère pas comme une «théorie» mais comme «une constatation, car le monde est en train de se fragmenter». A-t-il le sentiment d’appartenir à une communauté minoritaire en voie de disparition?
Maalouf répond franchement: «C’est une réalité qu’au Levant, dans l’univers de mon enfance, la place des minorités est en train de se réduire. Il suffit de prendre l’exemple de l’Irak où les communautés chrétiennes sont en train de se résorber, voire de disparaître».

Naufrage moral
N’est-il pas plus judicieux de parler de «naufrage des religions» que de «naufrage des civilisations»? Maalouf précise sa position: «En parlant de naufrage j’englobe beaucoup d’idées, de régions et d’idéologies. Mais c’est vrai aussi que dans l’existence actuelle des religions, il y a une forme de naufrage moral».
Mais alors, en quoi le Naufrage des civilisations d’Amin Maalouf est-il différent du Choc des civilisations de Samuel Huntington? L’académicien répond: «Mon approche est très différente. Pour Huntington, l’évolution vers les aires de civilisations correspond à des aires définies par la religion. Or ce qui caractérise le monde d’aujourd’hui, c’est plutôt un effritement qu’un affrontement entre deux blocs. D’autant que les deux zones – chrétienne et musulmane –  ne sont pas homogènes et sont traversées par de nombreuses querelles internes. C’est pourquoi à mes yeux Huntington a tort. Il s’est trompé en effet en croyant que l’avenir serait fait d’affrontements entre aires de civilisations. C’est le contraire qui se produit! Les dites aires ne cessent de se fragmenter. La caractéristique du monde actuellement, ce n’est pas le rassemblement mais le morcellement. En revanche, il a raison de dire qu’à notre époque, les gens se déterminent plus que dans le passé par leur comportement et leur religion. Mais je ne pense pas comme lui que c’est un retour naturel des choses, un aboutissement inéluctable de l’histoire».

Arabes et Israéliens tous perdants
La version d’Amin Maalouf du conflit israélo-arabe suscite quelques questions. Pourquoi prendre l’année 1967 comme date de naissance de ce qu’il appelle le «désespoir arabe»? N’aurait-il pas été plus juste de retenir 1917, date de la fameuse «Déclaration de Balfour» ou 1948, date de la création de l’entité israélienne, qui a remis en cause les frontières établies et bouleversé des coexistences jusque là harmonieuses? Maalouf nuance: «On peut toujours prendre des dates différentes de l’histoire en question à un moment ou à un autre. Ce n’est jamais un seul moment qui détermine tout. En 1948, par exemple il s’est créé une tension très forte, sans avoir de répercussions jusqu’à aujourd’hui. Mais cet événement n’a pas été à l’origine du désespoir arabe. Après 1948, il y a eu une montée du mouvement nationaliste arabe, l’espoir que le président Nasser réalise l’union arabe et que les Arabes jouent un rôle plus important sur la scène mondiale. C’est en 1967 qu’est apparu le désespoir et que s’est écroulée l’idée d’une nation panarabe capable de jouer un rôle dans le monde».
Certains reprochent à Maalouf de ne pas être assez sévère vis-à-vis d’Israël et de le ménager, alors qu’il n’est pas tendre avec les Arabes et les musulmans qu’il accable de tous les maux. Pourquoi le drame palestinien est-il en quelque sorte sous-estimé dans son livre et n’occupe-t-il pas une place plus centrale?
Amin Maalouf répond avec fermeté: «Ma vision des choses est et restera équilibrée: Les uns (les Arabes) n’ont pas réussi à dépasser leur défaite et y sont restés embourbés; les autres (les Israéliens) sont pris dans le piège de l’arrogance et du sentiment qu’il n’est même plus besoin de chercher la paix des territoires conquis. Pour moi les uns et les autres sont finalement perdants, chacun à sa manière. Dans cette région du monde, quoique l’on dise on se fera accuser par les uns et les autres de ne pas être tendres: pour les Israéliens c’est la faute aux Arabes et pour les Arabes la faute aux Israéliens. Dès qu’on cherche à analyser avec un peu de sérénité on est sûr de remonter  les uns et les autres! En réalité, personne ne cherche la paix. On s’est installé dans le piège d’un conflit interminable et je pense qu’on n’en sortira pas avant des décennies».
Amin Maalouf ne manifeste pas un grand enthousiasme pour ce qu’on a appelé «le printemps arabe». Il se dit très mitigé  à l’égard de ce «processus, de ce moment de l’histoire qui a suscité au début de grandes espérances, vite suivies malheureusement de déceptions et de tristesses». Et de remarquer que «la situation actuelle des pays qui ont connu des soulèvements n’est pas meilleure qu’avant» même si «les derniers événements en Algérie et au Soudan donnent un peu d’espoir».
En quoi consiste précisément son appel pour l’instauration d’un «dispositif de vigilance»? Il détaille: «Je parle d’un dispositif pour inciter les autorités en place à veiller et à vérifier que personne dans le peuple ne se sente victime d’oppression ou de discrimination pour ses croyances, sa culture, sa langue ou son statut social... Il s’avère nécessaire que l’Etat se préoccupe de l’emploi, de la santé publique, de l’éducation ou du transport; les autorités d’un pays modèle doivent avoir ces vigilances. Car dans la société d’aujourd’hui, il faut que chacun ait le sentiment d’être un citoyen à part entière, c’est la condition de la paix sociale».

Inquiétudes et lucidité
Quel regard porte-t-il sur le devenir de ses trois patries, l’Egypte maternelle, le Liban paternel et la patrie européenne d’adoption? Amin Maalouf détaille: «Je pense que les trois se portent mal mais pas de la même manière.  L’Egypte a été dans ma jeunesse un pays phare dans l’ensemble de la région; elle avait un rôle important sur le plan mondial et des institutions respectées comme l’école de médecine. Quant au Liban, j’ai rêvé qu’il progresse, qu’il se développe, qu’il devienne un pôle de développement et de prospérité dans sa région et dans le reste du monde. Mais après ce qui s’est passé en avril 1975, ce n’est certainement pas l’évolution qu’on pouvait espérer! Le pays n’a pas tenu ses promesses et on ne peut que ressentir de la tristesse. Enfin l’Europe: elle a bien un projet d’union, malheureusement en panne ces dernières années. L’Angleterre a voté pour se retirer de l’Union, d’autres pays ont des doutes et le projet lui-même ne suscite plus le même enthousiasme. Je ne dirais pas que c’est irréversible mais la période que traverse l’Europe est inquiétante. Donc mes trois patries, celle de ma mère, celle de mon père ou ma patrie d’adoption, suscitent en moi déceptions et inquiétudes».
Une réponse incitant à questionner Amin Maalouf de façon plus personnelle, notamment sur  le sens de la dédicace de son essai: «A ma mère, à mon père et aux rêves fragiles qu’ils m’ont transmis». A son tour, à 70 ans, lui reste-t-il des rêves à transmettre à ses enfants?  
Il semble peu optimiste: «Nous vivons une époque passionnante; nous avons tout ce qu’il faut pour bâtir un monde remarquable; mais ce qui m’inquiète, ce sont certaines dérives de notre monde. Malgré la montée des forces qui prônent l’intolérance et l’enfermement, bien sûr mes rêves sont toujours là mais ils ne semblent pas en voie de se réaliser». A l’écouter et à le lire, ses rêves sont-ils en fait devenus cauchemars?
Il réagit: «Non, ce ne sont pas des cauchemars, je dis que je garde mes rêves et une certaine vision de l’avenir mais je crois qu’il faut être lucide. Mes rêves sont aujourd’hui certainement en panne et j’espère que les générations qui viennent sauront les réaliser mieux que la mienne».
Il cite en effet dans son épilogue la comédie du dramaturge espagnol Pedro Calderon de la Barca: «Le pire n’est pas toujours certain». Cela suffit-il à présager un sursaut possible? Il répond: «Je pense qu’il peut y avoir des sursauts dans plusieurs régions du monde. Exemple parmi d’autres, la mobilisation croissante des jeunes en faveur du climat et de la défense de la terre. Mais je ne crois pas qu’il y ait une force capable de rectifier à elle seule le cours de choses. S’il y avait une force visible et manifeste capable de changer les choses je serais moins inquiet». Amin Maalouf a-t-il un message, une sorte de mode d’emploi à livrer aux générations futures?              
Il conclut sur une note d’optimisme et d’espérance: «Le rôle de l’écrivain est de faire prendre conscience des réalités de son temps, avec l’espoir que ses contemporains réagiront pour changer les choses! J’espère que les générations qui viendront après la mienne se montreront plus déterminées et plus sages. Je veux dire aux jeunes et aux moins jeunes que c’est vrai, le monde va mal. Mais si on prend conscience des problèmes, qu’on repense la marche du monde et qu’on reformule des rêves, rien n’est jamais perdu».

Béchara Bon (à Paris)

En dépit du renforcement des pressions sur le Hezbollah et l’Iran, la stabilité du Liban continue de faire la quasi-unanimité à Washington. Mais jusqu’à quand?

La visite à la mi-mai à Beyrouth du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo ne change pas vraiment la donne en ce qui concerne la politique américaine vis-à-vis du Liban ou de la région, et qui reste focalisée sur les sanctions financières contre l’Iran et ses alliés. Selon des sources interviewées par Magazine à Washington, le pays du cèdre n’est pas une priorité pour le moment, malgré l’escalade verbale opposant les Etats-Unis à l’Iran et la guerre économique que livrent les premiers au second. «Ni le Liban ni la Syrie ne sont des dossiers urgents pour l’administration américaine», souligne une source au sein de cette dernière ayant requis l’anonymat.
En effet, le débat qui semble captiver Washington et diviser Démocrates et Républicains se focalise essentiellement sur la politique américaine envers l’Arabie saoudite, la Maison-Blanche maintenant des relations privilégiées avec le royaume au grand dam du Congrès. Depuis l’assassinat, le 2 octobre 2018, au consulat saoudien d’Istanbul, du journaliste Jamal Khashoggi, la classe politique américaine s’est liguée contre la dynastie des Saoud, et plus particulièrement contre le prince héritier Mohamed ben Salman, exigeant une révision des relations américano-saoudiennes de la part de la Maison-Blanche, notamment pour ce qui est de la guerre du Yémen, de la détention de femmes activistes et de l’assassinat du journaliste, très respecté à Washington. Par ailleurs, le Congrès a approuvé en début de mois une résolution exhortant Donald Trump à arrêter tout soutien à la coalition saoudienne dans la guerre au Yémen.

Les milices irakiennes
Dans une moindre mesure, l’Irak retient toujours l’attention de Washington en raison de la présence de troupes américaines sur son sol et la menace que représentent les milices pro-iraniennes comme Kataëb Hezbollah, Assaïb Ahl al-Haq, entre autres, dont le discours s’est exacerbé depuis l’élargissement des sanctions américaines, les plus récentes ayant visé Harakat Hezbollah al-Nujaba. A noter – cela malgré les pressions américaines contre le nouveau gouvernement visant à démanteler les milices irakiennes, notamment les forces de mobilisations populaires vues par Washington comme le bras armé de Téhéran en Irak, et l’importance que présente le dossier irakien aux yeux des Américains – qu’aucune haute délégation militaire ou diplomatique n’était présente lors du récent forum de Suleimaniya, organisé début mars par l’Université américaine d’Irak. Cet événement avait attiré les années précédentes des personnalités comme Brett McGurk, l’ancien envoyé présidentiel auprès de la Coalition internationale contre l’Etat islamique, et le général David Petraeus.
En ce qui concerne le Liban, la politique américaine envisage le dossier par le prisme de la délimitation des frontières et des sanctions contre le Hezbollah. A Beyrouth, Mike Pompeo avait appelé le pays à se démarquer des «sombres ambitions» de l’Iran et du Hezbollah, pressant le peuple libanais à «avancer courageusement en tant que nation indépendante» et ajoutant que les Etats-Unis continueront à utiliser tous les moyens pacifiques pour étouffer le financement et l’usage abusif de postes gouvernementaux» par le Hezbollah.
M. Pompeo s’est entretenu durant le mois de mars avec les dirigeants libanais sur les relations bilatérales entre les deux pays, l’importance de préserver la stabilité au Liban, l’aide militaire américaine à l’armée libanaise. Les discussions ont également porté sur la nécessité de régler le contentieux autour des frontières maritimes entre le Liban et Israël, notamment celui concernant la zone économique exclusive (ZEE) du Liban, à la lumière de l’exploitation des ressources en hydrocarbures offshores dans cette région.

Division sur le Liban
La visite de Pompeo à Beyrouth, faisant partie d’une tournée régionale, avait été précédée par celle de son adjoint David Satterfield, qui s’était également rendu à Beyrouth pour préparer le voyage de son patron, le diplomate ayant lui-même tenté en vain l’an dernier de négocier un accord sur la frontière maritime litigieuse entre le Liban et Israël afin de calmer les craintes libanaises suscitées par les opérations de forages israéliennes dans la zone contestée.
«La classe politique est divisée au sujet de la meilleure politique à adopter envers le Liban. D’un côté, certains comme l’ambassadeur John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, plaident pour un durcissement de position envers Beyrouth, alors que d’autres, comme le secrétaire Pompeo attendent de voir ce que le gouvernement peut livrer comme promesses. Paul Salem, président du think tank Middle East Institute à Washington, estime que l’instinct du président Donald Trump est de ne pas passer à la vitesse supérieure au Liban. La Maison-Blanche, le Département de la Défense et celui du Département d’Etat étant tous d’accord sur la question. «Le Congrès américain également ne tient pas à mettre en danger le secteur bancaire libanais», signale-t-il.  
La confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran restera donc avant tout économique et semble aller en crescendo avec la décision américaine de placer les Gardiens de la révolution iranienne sur la liste des groupes terroristes. Le Hezbollah, et à travers lui le Liban, continueront de subir cette escalade financière.
Le chercheur Matt Levitt signale en effet que de nouvelles sanctions pourraient être votées dans le cadre de l’HIFPA dans une tentative d’assécher toutes les sources de financement possibles dont bénéficie le Hezbollah afin de resserrer l’étau sur le parti. En octobre 2018, de nouvelles sanctions étaient venues renforcer le texte de l’HIFPA, soit le Hezbollah International Financial Act de 2015, visant le parti chiite libanais. Autre inquiétude de Washington est le prise en main du Hezbollah du ministère de la Santé. «Ce dernier dispose d’un gros budget et pourrait être utilisé par le Hezbollah pour blanchir ses fonds», ajoute Levitt.
Mais une escalade militaire contre le Hezbollah et l’Iran n’est toujours pas envisageable. «La guerre contre l’Iran restera avant tout économique et cela malgré la recrudescence des menaces américaines», signale le chercheur Hussein Ibish du Arab Gulf States Institute à Washington.
Bien que sanctionné par le biais du Hezbollah, Le Liban n’est toujours pas dans le collimateur des Etats-Unis, du moins pas encore. Il reste à voir si les sanctions américaines vont être élargies aux alliés du Hezbollah tels le mouvement Amal et le Courant patriotique libre (CPL), ou à certains cadres de ces deux formations dans un premier temps.

Mona Alami
 

Pour déjeuner sur le pouce ou bien pour s’attarder autour d’une bonne tablée, faire appel à un cuisinier professionnel est la nouvelle tendance qui réinterprète la tradition de la «cuisinière de famille».
 

Aller au restaurant est une pratique courante dans notre société contemporaine. Une habitude interrogée sans cesse par des concepts voulant réinterpréter d’une nouvelle manière ces moments parfois négligés par manque de temps que sont les repas. Parmi eux, celui des chefs à domicile. L’idée est simple: faire appel à un professionnel pour concocter un beau menu directement dans nos cuisines, de l’entrée au dessert, ou seulement l’un des trois, car, comme au restaurant, c’est à la carte. Un menu pensé avec le chef lui-même, selon ses spécialités et son expertise culinaire, disponible selon nos envies et si nos équipements permettent de les mettre en œuvre. Si d’emblée, on imagine ce service à domicile comme un luxe destiné à des événements particuliers, il se prête pourtant très bien à toute occasion et… non-occasion. De quoi rendre moins moroses nos déjeuners hebdomadaires, et plus conviviaux nos dîners familiaux ou amicaux. Que ce soit par manque de temps, d’appétences ou de compétences pour la cuisine, la gastronomie reste un sport dans lequel nous ne sommes définitivement pas tous égaux. Michèle Diab et Léa Freiha font partie de ces passionnés qui ont mis leur talent et leur potentiel au service de la gastronomie à domicile.

Cuisine et voyage
Après une première vie professionnelle dans le monde de la finance, Michèle Diab décide d’enfiler sa toque pour se consacrer à la cuisine. Passée par les grandes écoles françaises de gastronomie – Ducasse, Ritz Escoffier et Lenôtre – elle fait ses armes auprès des meilleurs ouvriers de France et obtient un CAP, puis se forme à l’œnologie auprès du sommelier Olivier Pousset. Les fondamentaux, Michèle les forge aux côtés du chef Michel Guérard, qui l’initie aux liens de la nutrition avec la santé, notamment pour ceux souffrant de pathologies particulières ou d’intolérances alimentaires. Cette soif d’apprendre la projette rapidement aux fourneaux de ses amis, pour faire de la cuisine à domicile son métier. Aujourd’hui, cette «chef traveller», est parvenue à lier ses deux amours que sont le voyage et la gastronomie. Un service qu’elle propose aux quatre coins du monde, lui permettant de nourrir son art de ses rencontres. Une cuisine saine, constituée de la richesse du marché de quartier et inspirée de ses origines méditerranéennes, pour concevoir des plats et des desserts savoureux dont la maîtrise et la simplicité font à son sens, la beauté. Même si elle propose ses services à l’étranger, en France notamment, Michèle Diab souligne que c’est au Liban qu’elle trouve un plus grand retentissement, la tradition de recevoir les personnes qu’on aime à la maison faisant partie intégrante de la culture levantine. Elle garantie des assiettes consistantes et «clé en main» pour n’avoir plus qu’à déguster. Pour le futur, elle souhaite s’atteler en plus de la pâtisserie, à la boulangerie et pourquoi pas ouvrir son propre lieu, une cantine proposant une nourriture à la fois saine et gourmande.
Si le parcours de Léa Freiha est à des égards différents, leur ardeur commune l’a menée aussi aux cuisines des particuliers. Après avoir travaillé pendant 8 ans en tant que barmaid au Liban, elle entrevoit dans la cuisine une évidence. Avec, comme seuls bagages, une curiosité exacerbée et une force de caractère, Léa traverse la Méditerranée pour apprendre à Paris, où elle se voit confrontée à de nombreux obstacles. En frappant aux portes des écoles, elle réalise que leur accès est compliqué et mise alors sur la bonté d’un chef qui aura la patience de lui transmettre son savoir-faire. C’est ainsi que sa persévérance, illustrée par son tatouage en langue elfique «seuls les esprits inébranlables survivent», la mène dans les cuisines d’un restaurant levantin du 19ème arrondissement de Paris, tenu par une Libanaise. La jeune femme y apprend beaucoup et se voit propulser de commis à sous-chef. Avant son départ en France, elle avait déjà créé son propre catering «Léa’s kitchen» transformé en «La petite ratatouille» à son retour, il y a quelques mois. Grâce à l’initiative Achrafieh 2020, qui promeut les entrepreneurs libanais, elle parvint à constituer un carnet d’adresses pour proposer des services à domicile.
Comme une roue qui tourne, la petite cuisine de Léa Freiha rencontre un grand succès. Elle conçoit une carte franco-italienne avec une fusion libanaise pour de nombreux dîners mais aussi pour les repas quotidiens. En parallèle, elle a peaufiné son coup de fouet dans plusieurs établissements beyrouthins, comme celui du chef français Antoine Bonnet. Elle a aussi mis sa créativité au service d’une carte bistronomique pour L’Appartement à Sioufi et dorénavant, au profit du restaurant Hus à Mar Mikhael. Si elle envisage son avenir dans de grandes cuisines, «La petite ratatouille» existera toujours, son «petit bébé», comme elle se plaît à la nommer.

NOEMIE DE BELLAIGUE

Depuis la fin de la guerre civile, l’œuvre de Maher Abi Samra questionne la société, et s’introduit dans ses failles sociales, donc politiques.

Photographe pendant la guerre du Liban (AFP et autre), Maher Abi Samra arrête la photo avec l’arrêt du conflit. «La fin de la guerre marque la fin de l’image», pense-t-il. Le retour de la vie dans la ville réveille l’ancien combattant de l’état «d’hébétude» du champ de bataille. Il quitte le parti communiste et le Liban pour Paris, prétextant des études cinématographiques pour revenir travailler à la télévision du parti. Dégagé de la famille politique, inquiet de perdre la protection du groupe, léger de (re)découvrir la liberté individuelle, le cinéaste questionne: l’autre, le parti, le groupe et la société.
Bâtir sur des vagues (TV5), réalisé quatre ans après la fin de la guerre sous occupation israélienne et domination syrienne (1994) pose les pierres de son entreprise. Maher Abi Samra y décrit le paysage politique sur un arrière fond de déchets en parfaite harmonie avec la classe dirigeante; un Premier ministre (Rafic Hariri) qui privatise le centre-ville de la capitale, un gouvernement formé par les anciennes «mafias de milices» qui, pour régner, ont juste «échangé leurs uniformes contre des cravates». Du nord au sud, il s’attaque à leur corruption: les 2 400 tonnes de déchets chimiques qu’une compagnie italienne avait jetées au Liban avec la complicité des Forces libanaises, la défiguration du littoral surpeuplé, les 1 200 tonnes de déchets ménagers et pharmaceutiques déversées dans la mer quotidiennement rien qu’à Beyrouth, le vol de sable (Amal à Tyr), la pollution, l’exploitation des éboueurs à Chekka, menacés par la toxicité des poubelles. Dans Rond-Point Chatila (2004), sa caméra devient personnage. La commémoration du massacre semble, paradoxalement, tuer le vivant jamais remarqué par les visiteurs du camp. 

Un travail introspectif collectif
L’approche des films de Maher Abi Samra n’est point provocatrice. «Les scandales font la une des journaux», répond-il, «dans l’impunité, sans traitement et sans remise en question, alors que le pays poursuit sa dégradation». Cette idée est redondante dans ses films, comme dans Nous étions communistes (Orjouane Productions, 2010) qui, en préambule, isole les personnages pour mieux pénétrer leur intimité. L’insistance à la filiation matriarcale des présentations conformes à l’état-civil en ouverture du film ramène d’emblée le spectateur à sa citoyenneté. Tout gravite autour d’un moi introspectif, autocritique, voire analytique: «Qu’est-ce que je serais devenu si j’étais resté là» se demande l’artiste en observant ses camarades. Le processus dialectique provoque chez l’autre le bouleversement de soi. La remise en question de l’individualité par le dialogue finit par atteindre le collectif, le transfert s’opérant à travers les histoires singulières. Tel un réflexe fœtal, quatre anciens combattants communistes se retrouvent, à la fin du film, chacun sur le chemin de son village natal respectif, lieu non pas de l’appartenance communautaire, mais celui du rituel dans l’éclatement de toute suggestion d’un topo commun.  
Maher se retrouve donc à Chébaa. Frontalier de la Palestine, le village natal subit, entre autres facteurs économiques (pétrole), la fermeture des frontières. Il s’effondre économiquement puis se vide. C’est par le communisme que Maher retournera au village occupé par les Israéliens qui le capturent. Lors de sa détention, il prendra «conscience du racisme d’État en Israël et du mécanisme expérimental des prisons israéliennes, qui fonctionnent avec les prisonniers politiques comme un vrai laboratoire pharmaceutique et sociologique».  On découvre le village – mythe – d’abord selon les angles éclairés par le faisceau lumineux du projecteur israélien pointé sur le village. Puis, le jour se lève sur le promeneur désormais solitaire. Voici venir dans les plans poétiques du cinéaste-photographe l’immobilité dans le mouvement, et le son des gouttes l’eau qui rythment le temps.

Comme un «lieu», la femme
Dans sa dernière docufiction, Chacun sa bonne (Orjouane Productions, 2016), Maher Abi Samra ne montre pas les employées de maison. Il ne relate pas non plus les cas extrêmes (suicides, maltraitances). «Trop de violence protège de la réalité puisque je ne peux ressembler à ces monstres dont on parle». Tout en révélant la complicité de l’État avec les agences, le réalisateur ne dédouane pas le concitoyen, son semblable, son double, son partenaire dans cette traite d’humains, et dénonce le fonctionnement industriel du recrutement des immigrées, le regardant devient le regardé, la banalisation du racisme devenu ordinaire permet l’identification, donc la prise de conscience. À la fin du film, les employées de maison représentées en tablier, devenu métonymie miroitant et se multipliant à l’infini sur les vitres, divulgue les intérieurs où elles sont nombreuses à souffrir en silence, à s’éteindre dans des vitres niches comme des feux follets. Passer par la femme pour comprendre le fonctionnement du pouvoir est de règle chez Maher. D’ailleurs, ce qui le mène au communisme à 17 ans c’est, répond-il, «une ambiance sociale, un espace non communautaire, les valeurs», et enfin, surtout,  «l’amour».
La femme dans l’espace de l’artiste tient les fils d’Ariane et mènent dans les dédales. Femmes du Hezbollah (Arte, 2000) suit deux femmes aux parcours différents, l’une issue de la gauche laïque, l’autre d’un milieu d’emblée conservateur. À travers elles, s’ouvre le débat qui fait écho à celui des protagonistes de Nous étions communistes. Nous suivons, sans jugement, l’évolution de l’identité de la résistance monopolisée aujourd’hui par le Hezbollah. Dans ce travail de mémoire d’une rare audace, le cinéaste ramène la gauche à sa responsabilité par ses actes durant la guerre civile d’abord puis celle d’avoir laissé vacant un champ que d’autres sont venus occuper.
Maher aime séparer, dans son travail, les hommes et les femmes non pas au service de la parité mais du langage. C’est en ce sens que nous pouvons lire comme un diptyque  Mariam et Juste une odeur, tournés en 2006 après la guerre d’Israël contre le Liban. Le premier suit une bénévole qui vient en aide aux déplacés du sud, avant le voyage au village détruit par les bombardements, le deuxième filme son ami, cherchant dans les décombres le corps de sa mère. Mais le genre est traité de manière égalitaire. Le couple dans les films est séparé parce ce qu’il menace l’individu féminin. De plus, «les hommes» confie-t-il, «ont du mal à sortir du discours politique du parti, les femmes, elles, sont plus intéressantes parce que leur parole n’est pas formatée et parce qu’elles constituent un lieu propice à la révolte vu qu’elles sont, par leur quête de parité, un espace rebelle intéressant» et perméable.

RITA BASSIL


 

En reprenant les pratiques des chantiers de la vie réelle, ces maisons miniatures en kit ne cessent de révéler leur potentiel éducatif. PAR Noémie de Bellaigue

C’est l’histoire de trois amis d’enfance ayant depuis toujours en tête le rêve de bâtir un projet ensemble. L’idée mûrit en 2016 pour prendre forme à Noël 2017 sous le nom de Bildits. Pensé selon les matériaux et les techniques authentiques de construction, le kit permet aux enfants de confronter leur créativité et leur autonomie à l’élaboration d’une maison tout droit sortie de leur imagination. À la fois ingénieur, architecte et chef de chantier, le jeune construit tout de A à Z, seul ou aidé d’un adulte, de la structure en béton aux murs en briques, en passant par les coffrages et les colonnes. S’ensuit l’assemblage des portes et des fenêtres et enfin la phase finale de peinture. Tous les outils nécessaires à la mise en œuvre sont fournis: pelle, pinceau et mètre, ainsi qu’un nylon pour protéger l’espace.
Dans leur atelier niché sur les hauteurs de Jounié, la start-up conçoit elle-même, à partir de matériaux bruts, chaque pièce composant le jeu. L’atmosphère positive du lieu illustre la philosophie par laquelle est née l’idée d’offrir aux enfants cette activité didactique. En parallèle, grâce à un prix gagné avec l’Unicef, Bildits organise des workshops pour les enfants dans les écoles après les journées de classes. Cette année, 20 écoles et 600 élèves en profitent. Des chiffres qui seront portés à 70 établissements et 3 000 enfants à la rentrée prochaine.

Revenir aux fondamentaux
Rayan Bar-houche, ingénieur mécanique, supervise la fabrication, le design et le packaging, Wael Saadé, ingénieur civil, le marketing, la communication et la supervisation des écoles. Elias Chemali, ingénieur mécanique aussi, actuellement en Corée du sud, gère le site Internet. Les trois amis ont mis leur âme d’enfant au service de ce projet élaboré au sein de l’incubateur Berytech et de l’accélérateur Elevate Impact. Après avoir remporté de multiples compétitions locales et internationales – dont celle des entreprises créatives au Danemark,  – ils envisagent désormais d’exporter leurs kits de construction à l’étranger.
Dans une époque où les activités manuelles sont délaissées au profit de l’utilisation des écrans, la dimension ludique de ce kit est une solution pour aider l’enfant à développer son esprit logique. A la suite de l’obtention du certificat de sécurité européen (CE) pour leur jeu, Bildits mettra à Noël prochain un pied dans ce marché qui promet d’être réceptif à l’initiative et à tout ce qu’elle implique. Le modèle actuel étant destiné aux enfants à partir de 10 ans, ils élaborent une version simplifiée pour les plus jeunes. Quant aux ateliers, ils projettent de développer une plateforme permettant à n’importe quelle personne bricoleuse du monde entier, d’organiser ces séances de constructions.

www.bildits.com

Noémie de Bellaigue

Tout le monde en a déjà entendu parler. Mais globalement, personne n’y a rien compris. Est-ce que blockchain est bitcoin? Réponse: Est-ce qu’Internet est Amazon? La réponse par une question met un peu d’ordre dans les idées du public concernant ce buzzword qu’est, de nos jours, la blockchain.
 

Les personnes que l’on serait susceptible de rencontrer dans des conférences sur ce sujet épineux semblent être divisées en trois catégories: celle qui est persuadée que ce système ne décollera jamais; celle qui prétend comprendre tout le jargon qui convient pour sonner suffisamment expert, même s’ils ne savent pas toujours de quoi ils parlent; celle, enfin, qui déplore généralement la perte colossale de ne pas investir dans le bitcoin. De l’autre côté, les panélistes, parlant apparemment un langage secret que personne ne comprend vraiment, insistent avec ferveur sur le fait que la blockchain est sans équivoque l’avenir – et qu’il est préférable que les gens s’y mettent rapidement avant qu’il ne soit trop tard.
Il y a beaucoup de définitions au mot blockchain ou chaîne de blocs sur Google et dans les livres. Mais au moins un aspect commun s’y dégage: celui d’un nouveau business model.      
«Très simplement, le concept de la blockchain en 2019 est l’équivalent à ce que l’on pensait d’Internet dans les années 1970», explique Nicolas Chikhani, ancien directeur général de l’Arab Bank-Suisse, ajoutant qu’«Internet était une toute nouvelle technologie à l’époque et la plupart des gens n’avaient aucune idée de son pouvoir, mais aujourd’hui, il a révolutionné tous les aspects de nos vies: notre façon de vivre, de travailler et de communiquer. De même, la blockchain va révolutionner les transactions pour tous les secteurs de l’industrie, en numérisant les transactions, en éliminant les intermédiaires et en augmentant l’efficacité et la rentabilité dans son ensemble». Aucune dépendance envers les établissements bancaires, ici seuls des ordinateurs sont garants du bon fonctionnement des crypto-actifs. L’analogie qui est souvent utilisée est qu’un consommateur ne comprend pas la technologie qui se cache derrière Internet, alors qu’il sait en quoi elle influe sur sa vie. On peut en dire autant de la blockchain.
Pour Claire Balva de TEDxLyon, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’information qui est sécurisée, transparente, fonctionne sans organe central de contrôle, incorruptible et immuable. Concrètement, dit-elle, la blockchain ressemble à un registre sur lequel sont inscrites des informations, des données et des transactions qui sont regroupées en bloc. Ce registre a une particularité: il n’est pas stocké sur un serveur central mais sur un grand nombre de serveurs que l’on appelle les nœuds du réseau. Ce qui rend toute attaque plus difficile. C’est un algorithme qui permet à tous les utilisateurs de se mettre d’accord sur l’état du registre à un moment donné.

Vous avez dit révolution?
Il s’agit bien de la 4ème révolution dans la mesure où la blockchain permet l’échange de valeurs de pair à pair sans intermédiaire. L’échange de pair à pair sans organe de contrôle a été rendue possible grâce à Internet. Néanmoins, il trouve ses limites lorsqu’il s’agit d’échanger de la valeur. A titre d’exemple: si on vous envoie 30$, il faut bien que l’on ne puisse plus avoir accès à ce montant. Or, dans un échange Internet d’une photo, d’une information ou d’un document, les parties concernées par cette transaction contrôlent l’objet de l’échange puisqu’il ne s’agit que d’une copie. La seule voie pour transférer de la valeur était de passer par les intermédiaires que représentent les banques. Avec la crise internationale de 2008 et la baisse de la confiance des individus dans leurs banques, Satoshi Nakamoto, le créateur du bitcoin (dont on ne connaît pas l’identité exacte), publie un livre blanc où il détaille le fonctionnement d’une monnaie numérique qui fonctionne sans la banque de pair à pair, le bitcoin. Celui-ci est une monnaie qui n’appartient à aucun pays, à aucun gouvernement à aucune banque. Les bitcoins appartiennent à tous ses utilisateurs. Satoshi Nakamoto a inventé un protocole informatique sous-jacent appelé blockchain, qui permet à tous les utilisateurs de bitcoins de se mettre d’accord sur l’historique des transactions effectuées dans cette monnaie numérique. «Cette invention est révolutionnaire, selon Claire Pavla, parce qu’elle contribue à un rééquilibrage de l’accès aux ressources pour deux milliards d’adultes non bancarisés. Aujourd’hui, la valeur de tous les jetons bitcoins en circulation s’élèverait à 11 milliards $».

Les banques centrales dans le monde
«Le monde se dirige vers une convergence entre le système informatique bancaire actuel et celui de la blockchain», souligne Nicolas Chikhani, qui parle d’une maturation du concept de la blockchain. Autrement dit, les banques vont commencer à accepter des crypto-monnaies et c’est dans ce sens-là qu’on parle d’une ère de perturbation (disruptive era), une ère où un nouveau business model a émergé. Ce n’est pas le cas au Liban mais celui des Etats-Unis, de Malte et de la Suisse, où une régulation de la blockchain est en gestation. La Suisse est à l’avant-garde dans ce domaine. Il y existe déjà une Crypto-Vallée à l’instar de la Silicon Valley. Selon Nicolas Chikhani, «si les banques centrales ne se lancent pas dans le nouveau business model beaucoup de dérives auront lieu». Pour l’instant, et comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers ainsi que la Banque de France, il s’agit d’actifs numériques pouvant être échangés sur des plateformes spécialisées. Ceci n’empêche pas que les banquiers centraux du monde ont commencé à discuter de l’idée des monnaies numériques des banques centrales, et même le FMI et sa présidente, Christine Lagarde, discutent ouvertement des avantages et des inconvénients de cette idée.
Dans les faits, les espèces sont de moins en moins utilisées et ont presque disparu dans des pays comme la Suède et la Chine. Dans le même temps, les systèmes de paiement numériques – PayPal, Venmo et d’autres en Occident; Alipay et WeChat en Chine; M-Pesa au Kenya; Paytm en Inde – offrent des alternatives attrayantes aux services fournis jadis par les banques commerciales traditionnelles. Un article rédigé par Dong He, directeur adjoint du Département des marchés monétaires et des capitaux du FMI, explique que les banques centrales devraient envisager de prendre des mesures pour «prévenir la pression concurrentielle que les actifs cryptographiques peuvent exercer sur les monnaies fiduciaires et rendre les monnaies fiduciaires plus attractives pour le numérique».
 
Anonymat et blanchiment
Autrement dit, la régulation commence à se greffer sur l’infrastructure disponible. Néanmoins, les individus ne l’acceptent pas facilement jusqu’à ce jour parce qu’ils y voient un outil de spéculation plus qu’un instrument de paiement. Dans le même temps, beaucoup de voix se sont élevées pour dénoncer l’utilisation de la crypto-monnaie comme un canal pour le blanchiment d’argent, cette monnaie étant attractive pour ceux souhaitant rester anonymes. En fait, les crypto-monnaies comme les bitcoins ne sont pas anonymes, car les particuliers et les organisations utilisant des crypto-portefeuilles laissent encore une empreinte numérique. Les transactions de pair à pair ne sont plus dans l’anonymat total et sans contrôle lorsqu’il y a convergence entre bitcoin et l’argent cash. A ce moment, l’agent qui souhaite avoir les bitcoins en fiducie doit se rendre chez un chargeur ou sur une plateforme numérique comme Coinbase. A ce jour et à ce stade, le passage par la banque reste indispensable. Celle-ci entreprend sur la personne qui encaissera l’argent liquide les processus de clearance relatifs aux concepts: la connaissance de son client (KYC) et la lutte contre le blanchiment d’argent (AMT). Ceci étant dit, tout avantage concurrentiel injuste des actifs cryptographiques pourrait découler d’une réglementation plus légère que celle en vigueur en fiducie. Ce qui  implique l’application rigoureuse de mesures visant à prévenir le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, à renforcer la protection des consommateurs et à taxer efficacement les transactions cryptées.
   
Risque et volatilité
Le grand risque de l’usage de la crypto-monnaie est sa volatilité puisque sa valeur est sujette à l’offre et à la demande alors que l’inflation ne l’affecte pas. Par conséquent, elle peut faire l’objet d’actions de dumping et de pumping entraînant des mouvements de spéculations énormes. De plus, la volatilité des cours montre clairement que ces crypto-monnaies ne sont pas des produits d’épargne sûrs. Elle n’a pas de cours légal, c’est-à-dire qu’aucun commerçant n’est tenu de l’accepter en paiement d’un bien ou d’un service et aucune banque centrale n’en garantit la valeur, à la différence de ce qui se passe pour l’euro, le dollar ou la livre sterling.
Lors d’un entretien avec Magazine, Nicolas Chikhani évoque l’émergence de services d’investissement portant sur des produits dérivés dont le sous-jacent est constitué de crypto-monnaie. Ces produits dérivés peuvent être juridiquement qualifiés de contrats financiers intelligents et pourraient rendre cette crypto-monnaie plus stable.
Autrement dit, la crypto-monnaie n’est qu’une des applications de la blockchain. Historiquement, c’est la première avec le bitcoin. Pour examiner les aspects juridictionnels, l’approche en matière de titres de propriété, d’obligations contractuelles et de responsabilités est une source de préoccupation. Il ne s’agit pas seulement d’essayer de tout mettre dans la blockchain, mais bien de créer un système qui durera très longtemps. 
D’où l’apparition de tokens ou jetons qui peuvent représenter essentiellement les actifs qui sont fongibles et la négociabilité de produits à des points de fidélité et même d›autres crypto-monnaies. Les jetons sont une représentation d’un actif particulier ou utilitaire, qui réside au-dessus d’une autre blockchain. Il s’agit donc de tokens fondés sur des chaînes entièrement nouvelles, mais dont le code consiste en un dérivé de bitcoin. Ainsi, les jetons peuvent représenter de l’argent, des droits de propriété sur des voitures, des biens immobiliers ou des téléphones, la propriété intellectuelle ou tout ce qui a une valeur qui lui est associée.

Entre privé et public
Les entreprises dans les chaînes de blocs publics n’investiront pas tant qu’elles ne connaîtront pas la réglementation en vigueur. Néanmoins, les chaînes de blocs d’entreprises privées peuvent offrir les avantages d’un réseau public sans perdre le contrôle total. Les blockchains privées permettent aux organisations d’utiliser la technologie de grand livre distribué sans rendre les données publiques. En résumé, une blockchain permet à quiconque d’envoyer directement une «valeur». Toutefois, la personne effectuant des transactions dans la blockchain possède une clé privée, créée de manière cryptographique pour les blocs d’informations qu’elle «possède». Elles peuvent posséder leur propre identité numérique, leurs actifs, leurs données.
Pour l’instant, près de 90% des transactions conclues en bitcoin le sont dans les pays en voie de développement. La raison est simple: dans ces pays, il est plus facile d’avoir un Smartphone qu’un compte bancaire. Plus globalement, la blockchain bouleverse le processus de transfert d’argent. Par exemple, le Département foncier de Dubaï teste une solution de bout en bout permettant aux résidents et aux visiteurs d’acheter une propriété à Dubaï sur un réseau de blockchain. Dubaï Land intégrera les promoteurs, les banques, le Dubaï Land Department, les courtiers et toutes les autres entités impliquées dans l’achat d’une maison dans l’émirat.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Un budget en deçà des ambitions

Le projet de budget 2019 proposé par le ministre Ali Hassan Khalil prévoit une réduction du déficit à travers une compression des dépenses de l’Etat. Toutefois, les mesures envisagées semblent plus motivées par le souci de répondre aux attentes de la communauté internationale afin de débloquer les fonds de la conférence Paris IV que par une réelle volonté d’assainir sérieusement les finances publiques et de jeter les bases d’une réforme sur le long terme. Le texte initial examiné par le Conseil des ministres mardi, et qui sera revu à maintes reprises avant d’être voté par le Parlement, prévoit des dépenses de 26 031 milliards de livres et des recettes de 18 256 milliards, soit un déficit de 5 352 milliards de livres, ou 3,55 milliards de dollars. Conformément à ces chiffres, le déficit s’élèverait à 5,95% du Produit intérieur brut (PIB). Mais c’est sans compter les avances octroyées à l’Electricité du Liban (EDL) pour acheter le fuel, qui seraient de 1,13 milliard de dollars, ce qui signifie que le déficit réel avoisinerait les 8% du PIB. Cette tentative d’enjoliver les chiffres prouve que les préposés à la gestion des deniers publics n’ont pas rompu avec cette fâcheuse manie d’user de mesures cosmétiques pour maquiller la réalité. Mais ce n’est pas la seule tare du projet. Une première lecture montre que les autorités financières tablent plus sur une réduction des dépenses que sur une amélioration des recettes. La tentative de revoir à la baisse les gros budgets et de combattre le gaspillage est certes louable, elle semble cependant sinon arbitraire du moins sélective. Sur les 500 milliards de livres d’économies faites sur les fonds alloués à certains ministères et administrations, la moitié (252 milliards de L.L.) est supportée par le ministère de la Défense, qui voit son budget passer de 3 199 milliards à 2 946 milliards de livres. Le ministère de l’Intérieur, lui, est amputé de seulement 17 milliards de livres (1 652 au lieu de 1 670 milliards); celui du Travail de 24 milliards (365 au lieu de 389 milliards); les Travaux publics perdent 73,6 milliards (368 au lieu de 441 milliards) etc.D’autres ministères voient leurs budgets augmenter, comme celui de l’Energie et de l’Eau, qui passe de 328 milliards à 400 milliards de L.L.; celui des Affaires sociales s’élève à 340 milliards au lieu de 228 milliards. Le plus frappant est l’augmentation du budget de la présidence du Conseil (qui passe de 1 523 à 1 592 milliards de L.L.), alors que les fonds alloués à la présidence de la République et au Parlement baissent respectivement de 2,1 milliards et 5,6 milliards de livres. Cela montre que la «mentalité» des préposés à la gestion des finances publiques n’a pas changé sinon comment expliquer le fait que le Grand Sérail continue de gérer une multitude de caisses et de fonds pour lesquels sont alloués plus d’un milliard de dollars, sans véritable audit et sans qu’aucune coupe ne soit opérée dans ces généreux budgets.La principale augmentation des recettes proviendrait de la hausse de l’impôt sur les dépôts bancaires qui passerait de 7 à 10%, et qui drainerait plus de 900 milliards de livres. Sinon, il y a peu de mesures pour pénaliser ceux qui ont fait des centaines de millions de dollars dans l’illégalité, comme les empiètements sur le domaine public maritime: les exemptions douanières qui permettent aux institutions religieuses d’user et d’abuser de leurs privilèges en important des produits pour le compte de commerçants, qui le revendent sur le marché en faisant du dumping des prix etc…Et évidemment, il n’est nulle part question de récupérer ne serait-ce qu’une infime partie des milliards de dollars détournés ou volés par les pontes du système.  


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un baptême
L’Eglise «vit», en grande partie, grâce aux quêtes dominicales et aux donations. Il n’existe pas de tarification officielle pour l’organisation d’un baptême. Toutefois, certains frais peuvent être estimés. «Le baptême…

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