Taymour Joumblatt. Un bey malgré lui
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Nº 3074 du vendredi 3 février 2017

Taymour Joumblatt. Un bey malgré lui

 
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Contrairement à ses souhaits, Walid Joumblatt avait été adoubé par sa communauté de façon subite. Même scénario pour son fils Taymour qui, après avoir résisté, a fini par céder aux desiderata de son père, au nom de la pérennité historique du palais de Moukhtara.


Si, après l’assassinat du leader Kamal Joumblatt, Walid s’était retrouvé contraint à renoncer à sa vie privée pour se transformer rapidement en héritier ingénieux et en zaïm qui sait se démarquer de ses pairs dans la vie politique libanaise, les circonstances veulent que Taymour se prépare à prendre la relève du vivant de son père, même s’il aurait préféré poursuivre sa vie comme il l’avait lui-même tracée.
Peut-être que Walid bey, qui a vécu les difficultés du passage rapide des tumultes de la jeunesse aux responsabilités de chef, en passant par la gestion complexe des grandes équations et l’administration d’une société traditionnelle, ne souhaitait pas que son fils suive la même voie. C’est pourquoi il a voulu le préparer à ce lourd héritage politique. Kamal Joumblatt ne s’était pas embarrassé de former Walid à la «zaama», et ce dernier, durant la période de gloire de son père, vivait loin des soucis de Moukhtara, jusqu’à l’heure du «maudit assassinat», en 1977. Le jeune Walid n’avait aucun talent de leader et ne détenait aucun outil qui puisse lui faciliter la tâche, mis à part la «abaya» de l’adoubement, posée sur ses épaules par un peuple paniqué et choqué par le meurtre de son chef.
Après la période de préparation au legs politique au sein du parti et de la communauté, le député Joumblatt veut lancer le chantier de la modification de la structure décisionnelle dans ces deux entités, à la faveur d’un nouveau commandement formé de la jeune génération, proche de l’âge du jeune «prince héritier». Dans la perspective d’injecter du sang nouveau au parti, Joumblatt père a décidé que l’entrée du fils sur la scène partisane se ferait de «bas en haut». Ainsi, entouré par une poignée de jeunes leaders, comme Rayan Achkar, Waël Abou Faour, Ramy Rayès, Zafer Nasser, Radwan Nasr, Taymour a commencé par entamer des tournées auprès des responsables de secteurs dans les régions.
Leçons particulières. Ce trentenaire diplômé des universités parisiennes a pris des leçons particulières en matière de «traditions» à Moukhtara. Il a appris à bien doser son approche des cheikhs druzes pour endosser ultérieurement la «abaya» paternelle. Depuis l’enfance et jusqu’à son départ pour Paris, le jeune Joumblatt avait observé de loin le parcours politique du père. Ayant terminé les cycles primaire et secondaire de sa scolarité à l’International College (IC), à l’instar de Walid bey, il s’est inscrit à l’AUB (American University of Beirut) avec un «major» en Sciences politiques. C’est là qu’il a fait la connaissance de Diana Zeaïter, jeune chiite de la Békaa, devenue plus tard son épouse. On a voulu, à cette période, donner une dimension politique à son union avec la jeune fille issue d’une grande tribu de la Békaa. Mais les connaisseurs des coulisses de Moukhtara démentent cette thèse et affirment que Taymour et Diana ont contracté un vrai mariage d’amour. Walid Joumblatt aurait même essayé, plus d’une fois, de convaincre son fils de reporter l’idée du mariage, en vain.
A la Sorbonne, qu’il a fréquentée pour ses études supérieures, Taymour n’a jamais été connu pour ses frasques, contrairement à Walid qui faisait les quatre cents coups du temps de sa jeunesse. On dit que, durant son séjour parisien, le jeune successeur fréquentait le Dr Ghassan Salamé qui l’a beaucoup influencé. Moins farouche que son père, Taymour a toutefois le même caractère bien trempé et le même sens de la générosité. Il est de ces personnes qui affichent un calme olympien et qui posent beaucoup de questions pour s’informer. Intelligent, modeste, respectueux des gens, il est à l’écoute des autres et prend rarement la parole. Son apprentissage politique, il l’a débuté discrètement lorsqu’il était étudiant à l’AUB; il l’a poursuivi en France, entouré des amis de son père. Il n’hésite pas à consacrer du temps à sa petite famille composée de son épouse, Diana Zeaïter, très politisée, et de ses enfants Sabine (7 ans) et Fouad (4 ans). Passionné de musique et d’histoire, ses amis le qualifient «d’encyclopédie du cinéma». Côté forme, Taymour pratique des activités physiques dans un club privé. Il était, par ailleurs, souvent aperçu, un livre à la main, dans les cafés in beyrouthins ou installé dans un coin, les écouteurs sur les oreilles.

Employé à Sibline. Jeune étudiant, il avait été engagé comme employé à l’usine de Sibline, où il a eu l’occasion de côtoyer les ouvriers et autres salariés. Pas de gaspillage d’argent, pas de voitures bling-bling, aucun signe indiquant une quelconque ambition de leadership.
Mais quand l’heure a sonné, il s’est trouvé propulsé au cœur de la communauté druze à son retour de Paris où il s’était réfugié sur conseil de Walid bey, après l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Taymour venait de se marier civilement en Turquie. Il s’était envolé, par la suite, à Paris, où il s’était installé avant de retourner au Liban, en 2010, pour poursuivre son immersion dans son milieu. Au programme: félicitations, condoléances, «portes ouvertes» chaque mardi et samedi à Moukhtara, présence lors des réconciliations, activités sociales, tournées dans les régions dont certaines sur la ligne de tension sunnite-druze après la crise syrienne, représentation du paternel aux occasions, participation à des congrès sur le sort des minorités dans la région… En fréquentant les gens, le jeune homme, courtois et non dénué de charisme, est devenu une référence. Au chapitre business, Taymour est membre du conseil d’administration de Sibline et de la société Net Gas et se prépare à la réalisation de grands projets avec l’ami de son père, Riad el-Assaad. Avec ses collègues d’université, il cultive des liens d’amitié solides, plus qu’avec les politiques et leurs enfants.
Joumblatt fils, qui s’apprête à prendre les rênes du Parti socialiste progressiste (PSP) par décision de Walid bey, se prépare à succéder à son père au siège de député du Chouf.
Des voix s’élèvent pour demander à Abou Taymour de reporter cette décision encore un bout de temps.

 

| Taymour bey est né en 1982, sa mère, Gervette Joumblatt, est d’origine jordanienne.



L’obsession de la sécurité. Ce sont des raisons d’ordre sécuritaire qui ont poussé Walid Joumblatt à éloigner son fils du Liban après l’assassinat de Rafic Hariri, sachant que les Joumblatt n’aiment pas être entourés de mesures de sécurité et de convois. «Taymour, selon le témoignage de l’un de ses amis, est comme nous; il aime et déteste, et mène sa vie avec ses amis, collègues d’université. Il suit l’actualité française avec le même intérêt que l’actualité libanaise et parle couramment le français et l’arabe».
Contrairement à Kamal bey et Walid bey, qui n’avaient pas eu l’occasion de faire leurs gammes politiques auprès de leurs pères respectifs, Taymour a cet avantage.
Si la conscience collective des druzes «Mouahiddin» perçoit Kamal Joumblatt comme un symbole de la lutte pour la liberté et l’égalité sociale et Taymour comme une fenêtre ouverte sur l’avenir, il n’en demeure pas moins que c’est Walid qui est l’artisan de leur gloire, précisément depuis la guerre de la Montagne (1983), qui a constitué pour eux un tournant historique qui les a aidés à passer de la période «pressentiment du danger» à celle du «sentiment de puissance». Dans cette perspective, nul n’est pressé de voir le zaïm de Moukhtara prendre sa retraite.
Ceux qui connaissent bien la personnalité de Taymour affirment que le jeune homme est un concentré de «gènes joumblattistes», combinant Walid, Kamal et les aïeux. Mais ce qui est important, c’est sa capacité à marquer sa trajectoire de sa propre empreinte, en temps voulu. Ils sont formels: le jeune Joumblatt peut apporter un plus à la vie politique. De tendance «arabisante», fortement engagé envers la cause palestinienne, il est aussi un défenseur acharné de la démocratie et du libéralisme.
L’accession de Walid bey à la tête du parti, qui avait coïncidé avec la guerre de la Montagne dans les années 80, l’avait rapidement propulsé au rang de leader, alors qu’il était perçu comme un héritier peu expérimenté. Il est, en revanche, difficile pour Taymour d’être légitimé à l’instar de son père. Les circonstances actuelles, selon les connaisseurs de la mentalité des gens de la Montagne, ne semblent pas favorables à sa mutation en zaïm de la communauté, surtout que les guerres civiles qui produisent des meneurs et des leaders font désormais partie du passé. Le député du Chouf, conscient de cette faille, tente d’alimenter le sentiment de peur chez les druzes pour faciliter la vie à son successeur: peur de la fatalité qui poursuit la famille; peur de la courbe démographique qui assiège la communauté, avec les chiites du côté de Khaldé - Keyfoun et les sunnites du côté de l’Iqlim; peur de la résurgence de la théorie sur les spécificités de la minorité druze, qui mène à l’affaiblissement politique. Tous ces titres sont vrais, mais amplifiés aussi… L’idée étant de présenter le joumblattisme comme un projet renouvelé pour rassurer les druzes.

Chaouki Achkouti
 

Comment protéger les druzes?
C’est le défi que Taymour Joumblatt devra relever. Les milieux druzes savent très bien que la lutte n’est plus confinée au conflit entre druzes et maronites; elle s’est transformée en confrontation sunnite-chiite. Le deuxième enjeu concerne la sauvegarde des druzes dans leur fief du Chouf, surtout après l’explosion démographique des sunnites dans l’Iqlim el-Kharroub, la réduction du nombre de chrétiens et aussi les tentatives chiites de pénétrer au centre de l’ancien émirat. Taymour devra-t-il prouver sa capacité à construire des ponts, à traiter avec les druzes des autres régions et à poursuivre l’extension du PSP. La mission la plus difficile que l’héritier devra gérer porte sur l’impact qu’il aura sur les druzes de Syrie, qui n’ont pas répondu aux appels de Walid bey à rejoindre les rangs de l’opposition syrienne.

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 Paul Khalifeh
   

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