Milagros Hernando. «La société libanaise est résiliente»
Logo

Nº 3077 du vendredi 5 mai 2017

Milagros Hernando. «La société libanaise est résiliente»

 
  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Milagros Hernando. «La société libanaise est résiliente»
    Au terme de sa mission de cinq ans, entamée en juillet 2012 en tant qu’ambassadrice d’Espagne au Liban, et à la veille de son départ définitif, Milagros Hernando a partagé...
  •  
Notez cet article
(0 votes)
A- A+

Au terme de sa mission de cinq ans, entamée en juillet 2012 en tant qu’ambassadrice d’Espagne au Liban, et à la veille de son départ définitif, Milagros Hernando a partagé avec Magazine ses impressions et des récits sur son séjour au pays du Cèdre.

La guerre en Syrie et ses retombées sur le Liban avec l’afflux de près d’un million et demi de réfugiés, la vacance à la présidence, qui s’est prolongée pendant deux ans et demi, la prorogation du mandat de la Chambre, la crise des déchets. Autant d’événements qui ont meublé le long séjour de Milagros Hernando au Liban et qu’elle a vécu avec les Libanais. «Je réalise qu’aujourd’hui la situation sécuritaire est de loin meilleure. En 2012 la société libanaise était très divisée, il y a eu plusieurs attentats dans la banlieue sud de Beyrouth, à Tripoli, il y avait des échanges accusations. Mais aujourd’hui, il est clair qu’aucune des forces politiques ne cherche la confrontation, et la collaboration entre les divers services de sécurité a porté ses fruits».
Aussitôt arrivée en 2012, sa première approche était de définir une idée claire de la stratégie à adopter. «Mon souhait était de transformer notre relation, d’un rapport tactique à un rapport stratégique, à long terme » confie Milagros Hernando. Assistée par les milieux journalistiques et politiques, l’ambassadrice a construit une stratégie visant à aider le Liban dans le processus de construction démocratique.  A travers l’association Masar, plusieurs initiatives à caractère social ont été entreprises telles que l’inspection des prisons, l’appui aux femmes, l’amélioration de la situation du personnel de maison, etc. «Nous avons tenté d’accompagner le Liban dans ces efforts de réformes pour avoir de meilleures législations, notamment une loi électorale». D’ailleurs, à ce niveau, Milagros Hernando ne cache pas son optimisme. Dans sa tournée auprès des principales figures politiques, le Premier ministre Saad Hariri, Walid Joumblatt ou Sleiman Frangié, tous lui ont assuré leur intention de trouver un accord sur une nouvelle loi électorale. Tout en sachant qu’il n’y a pas de système parfait, elle affirme avec un large sourire: «Notre rôle n’est pas d’entrer dans les détails et les modalités de la loi, mais de vous accompagner dans le processus de réforme. La société libanaise mérite une nouvelle loi électorale et si vos leaders politiques sont optimistes, il n’y a aucune raison que je ne le sois pas aussi».

La société civile
Parmi les réalisations de Milagros Hernando, on relève un travail tactique et stratégique qui a porté sur des réformes démocratiques, le processus de consolidation de la paix à travers la Finul dont l’Espagne fait partie, l’amélioration des relations entre l’Espagne et le Liban au niveau de l’économie, du tourisme et de l’éducation. «Nous avons réussi à introduire l’Espagnol comme deuxième langue choisie par les Libanais dans les écoles publiques et à l’Université libanaise et nous avons introduit un Master en langue espagnole».
Malgré tout ce qu’elle a réussi à faire, Milagros Hernando avoue qu’elle aurait aimé être plus en contact avec la société culturelle libanaise. «Je connais un peu le milieu du théâtre et de la musique mais le monde culturel a beaucoup à dire. Ce sont ces gens-là qui vont marquer l’avenir. Cependant, le monde politique m’a pris trop de temps». La diplomate ajoute qu’elle aurait aimé avoir plus de moyens pour s’introduire dans la société civile afin d’améliorer le sort des enfants, des femmes et de lutter contre la corruption. «J’aurai voulu pouvoir plus écouter pour ensuite essayer de mieux répondre».
Ce qu’elle a apprécié le plus au pays du Cèdre, c’est la société libanaise. «J’ai beaucoup aimé cette société généreuse, hospitalière, ouverte, qui n’a pas peur des étrangers et leur permet de s’y introduire et de s’exprimer». Milagros Hernando relève que cette fameuse hospitalité libanaise n’appartient pas aux riches uniquement. «La personne qui vous vend des oranges au coin de la rue est capable de vous inviter chez elle dans son village. Lorsqu’on est en compagnie de Libanais et qu’il arrive que quelqu’un ne comprenne pas une langue, on passe directement à une autre, chose qui ne risque pas d’arriver en Espagne». La diplomate retient aussi de son séjour une société résistante, résiliente capable de se transformer dans les différents moments de l’Histoire. «On parle souvent d’immigration mais je me rends compte que depuis tout temps, les Libanais ont été de grands voyageurs. Ce que je souhaiterais, c’est que cette émigration ne soit pas une obligation mais que ce soit une décision ou un choix». L’ambassadrice d’Espagne manifeste sa confiance dans le système éducatif libanais. «Ce n’est pas une coïncidence si les meilleures universités de la région se trouvent au Liban. J’ai beaucoup d’admiration pour cette petite société dont chaque membre parle au moins trois ou quatre langues». Elle aime particulièrement l’ambiance estivale au Liban avec toutes les manifestations culturelles, dont les festivals, qui se déroulent dans plusieurs régions du pays.

La crise des déchets
Des déceptions, elle en a connu également durant son séjour. Elle en retient surtout la crise des déchets. «J’ai été très déçue de constater qu’il n’y a pas eu de solution à ce problème. Je me demandais comment les Libanais, capables de gérer les sociétés les plus complexes et d’avoir les hôpitaux les plus performants, n’ont pas réussi à trouver une solution à cette crise». «Les problèmes d’eau, d’électricité. J’ai vécu avec les Libanais ces déceptions. Un jour, ce sera plus facile mais entre-temps les gens ont besoin de réponses et ne pas en avoir porte un coup au pacte social».
Parmi les mauvais plis que la diplomate n’a pas aimés, c’est la façon de conduire de certains Libanais. «Lorsque je me plaignais, on me répondait: ça c’est le Liban. Je refuse cette logique. Je n’aime pas l’agressivité, le manque de respect. J’ai dû imposer mes propres règles aux chauffeurs de l’ambassade. Je leur ai défendu l’usage des portables, interdit les stationnements en double file, imposé le port de la ceinture de sécurité. Ce n’est pas parce qu’on a une plaque diplomatique que l’on peut se permettre d’enfreindre la loi».
Durant sa mission, le Liban a vécu des événements importants sur le plan politique, dont la vacance présidentielle. «Au début, je pensais fermement que c’était une affaire de quelques mois. La prorogation du Parlement je l’avais, à la limite, comprise, mais je n’arrivais pas comprendre la réaction de la société». Milagros Hernando fait part de l’admiration qu’elle porte à l’ancien Premier ministre Tammam Salam. «Alors que la région était à feu et à sang, il a réussi à préserver la stabilité et à maintenir le dialogue. J’ai admiré sa patience et tous les efforts qu’il a déployés». Quand elle a finalement réalisé que l’élection présidentielle n’était pas proche, elle a essayé d’en savoir plus en discutant avec des journalistes, des think tanks. Puis elle a compris que c’était une question de temps.
Son contact avec les Libanais a été très facile. «Je ne me suis jamais sentie étrangère ici. On me prenait souvent pour une Libanaise et on s’adressait à moi en arabe». Elle a même pris des leçons d’arabe à raison de deux fois par semaine. «Je lis et écrit l’arabe mais ce que j’aime le plus, ce sont les proverbes libanais». Il y a un en particulier qui l’amuse beaucoup et dont la traduction littérale est: «Le singe aux yeux de sa mère est une gazelle». Pour elle, une langue c’est plus que de la grammaire. Elle a également beaucoup d’admiration pour ses collègues ambassadeurs qui parlent parfaitement notre langue.
Milagros Hernando rentre désormais en Espagne, où elle passera deux à trois ans au ministère des Affaires étrangères. Elle emporte avec elle le souvenir d’une expérience très riche, non seulement au niveau du pays mais aussi de la région. «En tant que femme, votre pays m’a permis de me déplacer librement sans aucune contrainte. Même dans les milieux les plus conservateurs, je n’ai jamais senti de rejet mais, bien au contraire, on m’a témoigné beaucoup d’amitié». Son vœu le plus cher est que la société libanaise croit en son futur et en ses possibilités. «Je souhaite que les Libanais croient à un avenir meilleur. Rien n’est impossible».
Milagros Hernando s’en va, emportant avec elle les souvenirs de ces cinq années passées au pays du Cèdre. Elle a promis de revenir en visite un jour, mais entre-temps, son sourire, sa bienveillance et son sens de l’humour vont particulièrement manquer aux Libanais et son absence dans le paysage diplomatique sera fortement ressentie par ses innombrables amis. Milagros Hernando, hasta pronto…

Joëlle Seif

Plus dans cette rubrique:

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
Des pressions sur la livre

Dans son dernier rapport trimestriel sur le Liban, paru le 27 avril, la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme: le modèle économique libanais n’est plus viable et doit être remplacé par une formule capable d’assurer les besoins financiers et économiques du pays.Le rapport de l’institution internationale regorge de chiffres et d’indicateurs négatifs. Les plus alarmants sont le déficit de la balance commerciale, qui a atteint 15,7 milliards de dollars, fin 2016, et le volume des importations, qui ont grimpé à 26% du produit intérieur. Cela signifie que plus du quart de la richesse produite par les Libanais est utilisée pour importer des produits de l’étranger.Ces mauvaises prestations macroéconomiques s’accompagnent de mauvaises nouvelles pour les ménages: une hausse des prix de 3,13%, selon l’Association des consommateurs. Cette hausse, qui intervient alors que l'érosion du pouvoir d’achat se poursuit, serait due à deux facteurs: le débat parlementaire sur la grille des salaires dans le secteur public et la nouvelle batterie de taxes et d’impôts envisagée pour la financer. Le vote de la grille a finalement été reporté sine die mais les commerçants en ont profité pour majorer les prix de certains produits de consommation, comme les boissons alcoolisées, les produits de luxe et les cigarettes.Cette conjoncture, couplée à la crise politique larvée qui menace d’exploser à tout moment, s’est traduite par des pressions sur la livre libanaise. Selon des sources bancaires, la Banque du Liban (BDL) a dépensé entre 1,5 et2 milliards de dollars en deux mois pour intervenir sur le marché des changes afin de soutenir la monnaie nationale. Par conséquent, les réserves en devises de la BDL sont tombées sous la barre des 40 milliards de dollars.Les pressions sur la livre seraient dues au débat politique concernant la loi électorale, qui a montré combien le fossé était profond entre les forces politiques, et l’incertitude quant au renouvellement du mandat du gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé.       Pendant ce temps, la présence d’1,5 millions de réfugiés syriens continue de peser sur l’économie, en l’absence de toute aide internationale sérieuse, susceptible de réparer une partie des dégâts causés aux infrastructures.En parallèle, les milieux financiers s’attendent à un durcissement des législations américaines et internationales relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent sale et le financement du terrorisme. Cette transformation des lois internationales limite les capacités du secteur bancaire libanais et le prive de certains de ses atouts, principalement le secret bancaire, réduit à sa plus simple expression.Face à ces réalités inquiétantes, la classe politique continue de se chamailler autour de la loi électorale et d’autres sujets, alors que chaque jour qui passe, la BDL dépense entre 20 et 30 millions de dollars pour soutenir une livre dont plus personne ne veut.


 Paul Khalifeh
   

LES CHIFFRES

La facture de la circulation: Un milliard de dollars par an
Une étude menée conjointement par les universités de Louisiane et de Harvard avec des entités libanaises a porté sur les répercussions du problème du trafic routier au Liban. Cette étude…

Bannière

Combien ça coûte

Tout savoir sur les taxes successorales au Liban
Calculer les droits de succession lors d’un héritage, comprendre la procédure de déclaration, les abattements et les barèmes à appliquer pour évaluer le montant de ces droits n’ont jamais été…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved