Ibrahim Maalouf. «J’ai l’impression de vivre un rêve»
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Nº 3078 du vendredi 2 juin 2017

Ibrahim Maalouf. «J’ai l’impression de vivre un rêve»

 
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    Ibrahim Maalouf. «J’ai l’impression de vivre un rêve»
    Prodige de la musique, compositeur à succès, trompettiste chevronné… Depuis 10 ans, Ibrahim Maalouf s’est forgé un parcours sans faute, accumulant les récompenses et consécrations au fil de ses 7...
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Prodige de la musique, compositeur à succès, trompettiste chevronné… Depuis 10 ans, Ibrahim Maalouf s’est forgé un parcours sans faute, accumulant les récompenses et consécrations au fil de ses 7 albums studio, un double album Live et une tournée dans 28 pays.  Il sera le 22 juillet sur la scène de Baalbeck. En attendant, celui que ses fans surnomment «Ibé», s’est confié à Magazine.


Dix ans de tournée déjà, et vous voilà enfin à Baalbeck. Quel répertoire comptez-vous proposer à votre public libanais?
Nous avons fait un concert gigantesque à Bercy en décembre, qui a rassemblé plus de 16000 personnes, c’était dingue. A Bercy, on a voulu mettre la barre très haut pour fêter dix ans d’albums et de tournées. J’avais très envie de faire ce même programme au Liban pour l’offrir aussi au public libanais. Baalbeck était à Bercy, ils ont vu le show, et m’ont dit «on veut ça!». Bien sûr, on va adapter au timing et au lieu, car je ne peux pas faire 4 heures de concert à Baalbeck. Avec un orchestre, je travaille sur l’élaboration d’un programme qui soit adapté. On balaiera dix ans d’albums et de concerts, comme un bilan! Il y aura aussi des invités surprise, mais chut… 

Où en êtes-vous, au terme de dix ans de live, de tournée?
Je suis heureux! J’ai plein de projets et tous sont extrêmement intéressants, et en même temps valorisant pour la carrière. Je viens par exemple de «re»-signer un très gros contrat avec la maison de disque Universal. C’est reparti donc pour des albums, des musiques de films etc. Les projets vont dans tous les sens et c’est passionnant. Après toutes les récompenses que j’ai eues et qui ont encore plus crédibilisé mon travail, notamment ma 4e Victoire de la musique pour la meilleure tournée de l’année, le César de la meilleure musique de film, et le prix des Lumières pour la meilleure bande originale (l’équivalent français des Golden Globes), c’était assez dingue… J’avais l’impression de vivre un rêve. On a concrétisé ce rêve avec le show de Bercy, et peu de gens le savent, mais je suis le premier artiste classé jazz en France à faire un concert «sold out» dans la plus grande salle de concerts de France. On a vécu un truc complètement hors normes. Alors, tout le reste, c’est du bonheur.

Comment se déroule le processus de création?
Cela dépend. Pour une musique de film, je dois être en accord avec le réalisateur, le producteur, main dans la main, pour que cette musique existe. Il y a donc beaucoup de compromis à faire. Pour un album, il n’y a que moi qui choisis. Je fais vraiment tout ce que je veux. Je peux prendre des risques. Mais le processus de création est le même. C’est l’imaginaire qui s’exprime. Cela fait dix ans que je ne fais que ce que me dicte mon imagination, c’est-à-dire inventer des choses et m’amuser.

Vous êtes plutôt hyperactif avec tous vos projets…
Oui, je travaille beaucoup. J’ai composé la musique du film de Naomi Kawase, Hikari (Vers la lumière), qui était en compétition dans la sélection officielle au dernier Festival de Cannes. En ce moment, je prépare un album en hommage à Dalida avec plein d’artistes différents comme Alain Souchon, Ben l’Oncle Soul, Thomas Dutronc, Monica Bellucci, Melody Gardot, etc. Je suis également au jury du Festival du cinéma américain de Deauville et du festival du Film de Cabourg. Ce n’est que du bonheur tout le temps, c’est stimulant. Je sais qu’il y a un moment où je vais me calmer, mais pour l’instant, je profite.

Avez-vous peur que cela ne s’arrête?
Peur non. Mais je garde les pieds sur terre. J’enseigne depuis presque 20 ans à des jeunes à qui je transmets mon amour de la musique. C’est ça qui me nourrit, c’est ma passion principale. C’est sûr que c’est valorisant d’être tous les jours arrêté dans la rue pour des selfies, ou des autographes, mais au fond, ce n’est pas pour cela que je fais de la musique. Si un jour tout cela s’arrêtait, je continuerais à composer et à faire de la musique. Mon père m’a offert la chance de jouer d’un instrument de musique avec lequel je m’éclate sur scène, mais je suis plutôt quelqu’un de l’ombre. Donc si je retourne dans l’ombre, ce ne sera pas grave du tout.

Parlez-nous de votre parcours.
J’ai commencé avec le Conservatoire nationale supérieur de Paris puis les concours internationaux qui sont l’équivalent des championnats du monde, mais dans le domaine musical. C’est en gagnant que je me suis fait connaître. Je suis un pur produit de l’élite mais aussi autodidacte puisque j’ai appris à jouer du piano et à composer tout seul. À la maison, quand j’avais 9-10 ans, mon passe-temps favori c’était inventer de la musique. Depuis, je n’ai jamais arrêté. Lorsque mon premier album est sorti, la presse française et francophone était unanime. Il a eu un succès d’estime très rapide. J’ai été vite récompensé pour mon travail sur les albums suivant, puis le cinéma et la musique du film sont arrivés, notamment Yves Saint-Laurent, qui a fait le tour du monde, puis Dans les forêts de Sibérie, pour lequel j’ai eu le César. Même si je travaille beaucoup et que je fais des rencontres magnifiques, je crois que j’ai surtout de la chance.

Vous êtes inspiré par les femmes. Quel regard portez-vous sur la Libanaise d’aujourd’hui?
Elle est à l’image de l’Humanité, diverse. Je la trouve en général très classe, très distinguée, et surtout particulièrement intelligente. Mais aussi, je trouve que souvent, les Libanaises manquent de confiance en elles et cherchent, en transformant leur visage par exemple, à cacher leurs défauts. Or ce que j’aime chez l’être humain, ce sont les défauts. J’ai toujours été amoureux des défauts des gens plutôt que de leurs qualités. Les qualités je les trouve suspectes. Je trouve cela dommage, cette mode depuis 15-20 ans, de corriger physiquement ses défauts… c’est juste que quand je rencontre quelqu’un qui a fait trop d’opérations sur son visage, je me dis que je ne saurais jamais qui est vraiment cette personne.  

Vous avez collaboré avec votre oncle, l’écrivain Amine Maalouf, pour la chanson Un automne à Paris, après les attentats du Bataclan. Un prélude à une future collaboration?
Lorsque les attentats ont eu lieu en France, les ministères de la Culture et de l’Education nationale m’ont demandé de faire un geste symbolique pour redonner un peu d’espoir aux Français, surtout aux jeunes. J’ai souhaité associer Amine, l’une des plus belles plumes en France, et Louane pour l’interpréter. La chanson a été très relayée en France et toutes les écoles l’ont enseignée. Amine est très réservé d’habitude, il refuse presque toutes les collaborations et la plupart des interviews. J’étais fier qu’il accepte. Il est l’un des hommes de lettres les plus respectés en France et dans le monde francophone. J’ai la chance de voyager, de faire de la musique, de créer dans tous les sens. Lui est quelqu’un de plus secret, d’isolé. C’est un homme que j’aime beaucoup, qui a la réserve de la sagesse des grands.

Après tous ces succès, quel défi vous reste-t-il encore à relever?
Mon rêve est simplement de continuer à faire ce que je fais. Ni plus ni moins. C’est du bonheur absolu.

Comment percevez-vous votre pays d’origine aujourd’hui?
Je ne suis pas très objectif car je suis amoureux du Liban. Je sais que les choses ne sont pas parfaites. Mais le Liban qui est à genoux depuis des décennies, ne tombe pas. Malgré les problèmes, les crises, les réfugiés, etc. Il ne se laisse pas faire et je suis fier de mon pays. Et je prie chaque jour pour que le Liban retrouve la sérénité qu’il a perdue.

Pourriez-vous venir vous installer au Liban?
Oui. Je l’envisage très sérieusement. Il y a deux ans, j’ai racheté la maison de mon arrière-arrière-grand-père dans la montagne. Je l’ai retapée et je suis très fier de ça. C’est très symbolique et important pour moi de garder très présente cette partie de ma vie et de ma culture. Je me sens bien quand je suis entouré des gens que j’aime et c’est de là que viennent presque tous les membres de ma famille. Et la famille pour moi, c’est la chose la plus importante au monde.

Qu’aimeriez-vous transmettre du Liban à votre enfant?
Les valeurs humaines sont selon moi universelles. J’ai envie que ma fille soit quelqu’un de respectueux, d’heureux, sociable, cultivé, loyal, tendre, d’amoureux et de passionné, et surtout d’honnête. Qu’elle aime la musique arabe, libanaise, Fayrouz, la nourriture libanaise, qu’elle soit imprégnée de cette culture. J’ai envie qu’elle ait l’accent libanais quand elle parle français, même si elle ne parle pas libanais! Qu’elle porte cette culture là comme moi et qu’elle en soit fière.

Jenny Saleh

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Éditorial
Au nom de la stabilité

La prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, pour un mandat de six années, ne fait pas l’unanimité des partis politiques et des experts, même si la décision a été prise en un tour de main au cours d’une réunion du Conseil des ministres tenue à Baabda. Les opposants à cette décision s’expriment ouvertement. Certains d’entre eux accusent le patron de la banque centrale d’être «l’allié privilégié des banques commerciales», l’affublant, parfois, du titre peu élogieux de «banquier des banques». La stratégie qu’il met en œuvre, à chaque fois que ce secteur est confronté à un début de crise, aboutit à rendre les établissements de crédits, ou la plupart d’entre eux, relativement renforcés. D’autres détracteurs, plus sévères, le qualifient, carrément, de «gardien des voleurs du temple».En deux mots, le 5ème mandat qu’entamera Riad Salamé en juillet sera encore plus délicat et difficile à gérer que les précédents. Le statu quo de stabilité relative au pays du cèdre peut basculer brusquement. Le Proche-Orient est dans la tourmente. Le monde arabe, les présidents américain et russe, Donald Trump et Vladimir Poutine, n’ont pas encore jeté leurs dés et tous les scénarios sont encore possibles. Karl Albrecht avait dit: «Partir avec un idéal en tête et finir avec un deal», alors qu’Ashleigh Brilliant avait conseillé «de négocier (…), si vous ne pouvez ni le contrôler, ni le surmonter.» Or aujourd’hui, le Liban est contraint de suivre les règlements – souvent perçus comme des diktats – des pays dont il utilise la monnaie, en l’occurrence le dollar américain et l’euro, entraînant une obligation inéluctable, celle de la négociation. Riad Salamé a réussi à gérer ce volet, en évitant au Liban et à son secteur bancaire le pire. Néanmoins, il ne peut pas se prévaloir d’avoir relancé la croissance économique – mais est-ce son rôle? –, en dépit des programmes de subvention des taux d’intérêts débiteurs et d’autres stimulations adoptées par la BDL, ces cinq dernières années. Selon les prévisions du FMI, le taux de croissance serait, en 2022, de 3%. Il est évident que la politique monétaire a quelque peu empiété sur la politique économique et financière. Mais qui en assume la responsabilité?Certes, personne n’est indispensable dans le monde des affaires, de l’économie et des finances. Mais il y a aussi ce que l'on appelle «l’homme du moment». En attendant que les épais nuages qui couvrent la région commencent à se dissiper, le pays doit respirer, mais, surtout, il a besoin «d’inspiration divine pour une prudente continuité de résilience et d’ingénierie»… qui profiterait, cette fois, à tous.


 Liliane Mokbel
   

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