Salim Eddé. Un entrepreneur philanthrope qui a du flair
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Nº 3074 du vendredi 3 février 2017

Salim Eddé. Un entrepreneur philanthrope qui a du flair

 
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    Salim Eddé. Un entrepreneur philanthrope qui a du flair
    Diplômé des plus prestigieuses universités du monde, Salim Eddé dirige Murex, une entreprise spécialisée dans les logiciels bancaires, qui fait la fierté du Liban. Philanthrope, il a aussi fondé et...
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Diplômé des plus prestigieuses universités du monde, Salim Eddé dirige Murex, une entreprise spécialisée dans les logiciels bancaires, qui fait la fierté du Liban. Philanthrope, il a aussi fondé et financé le musée Mim de Beyrouth.


Salim Eddé est né et a grandi dans une famille où l’on parlait, à longueur de journée, d’entreprenariat, du succès des entreprises privées face à des entités publiques à la traîne, tant au niveau de leur fonctionnement que de la qualité des services qu’elles fournissent. Le leitmotiv familial était de «devoir se débrouiller en prenant toujours un nouveau départ, non sans risque absolu.» A l’inverse de ce qui se passait en France dans les années 70, son père, Michel Eddé, était persuadé qu’au Liban, la dernière chose à faire était de lorgner la fonction publique.
Pour Salim Eddé, l’entreprenariat n’est pas dans le sang. Il s’agirait plutôt de facteurs exogènes cumulés comme l’environnement, le travail assidu, une succession d’accidents positifs, une chance à identifier, ou encore, une éducation permettant de mieux cibler ce que la personne recherche, en lui ouvrant davantage l’esprit et les horizons. Aussi, souligne-t-il l’importance de flairer un besoin non satisfait du marché, en anticipant et en comprenant ses attentes.
A l’opposé de Richard Branson, dont la success-story s’est inscrite dans la diversification des activités, Salim Eddé compte parmi les hommes qui ont réussi en concentrant leur activité dans l’informatique et, plus précisément, le développement de logiciels de gestion des risques financiers. Murex, la société qu’il a fondée en 1986 avec un associé français,  ses frères et son beau-frère à Paris, à partir d’un capital équivalent à 7 700 euros, est devenue aujourd’hui une multinationale forte de 2 000 employés. Elle dispose de bureaux dans 17 pays à travers le monde, avec 7 têtes de pont, y compris celle de Beyrouth, ainsi que de clients se trouvant dans 70 pays.
 
Ingénieur chimiste.  Avant de trouver sa voie, Salim Eddé a tâté le terrain ailleurs que dans l’informatique. Bardé de diplômes, il a fréquenté l’école Polytechnique en France, le prestigieux MIT aux Etats-Unis, et l’Université de Chicago. A ses débuts, il a travaillé pendant de courtes périodes comme ingénieur chimiste en France et en Arabie saoudite, avant d’essayer de se rapprocher du Liban en 1985, où il ne trouve pas d’emploi. De retour en France en 1986, il décide, en concertation et en partenariat avec son ami Laurent Neel, de se lancer dans un travail de sous-traitance en informatique pour l’entreprise dans laquelle il avait travaillé, en Arabie saoudite. Entre-temps, les marchés financiers prennent leur élan dans l’Hexagone, sur l’impulsion de Pierre Bérégovoy, et affichent un besoin urgent d’outils de calcul. La société Murex prend alors son envol, en créant des logiciels de gestion des risques financiers. «Les calculs destinés à ces marchés sont les mêmes que ceux utilisés en génie chimique», indique-t-il, avant de confier à Magazine que «le métier d’ingénieur chimique est une profession que j’ai aimée, mais qui ne me nourrissait pas.»
Dès lors, Murex n’a pas cessé de bénéficier d’un développement organique. «Le seul aléa dans notre corps de métier est le risque informatique qu’il faut contrôler et maîtriser», souligne Salim Eddé. Les profits engrangés par la société sont strictement réinvestis dans celle-ci ou déposés auprès des banques. Ils ne sont jamais utilisés à des fins spéculatives. Avec beaucoup d’humour, Salim Eddé dit souhaiter que «les banques restent les clients de Murex mais jamais ses fournisseurs.»
Tous ceux qui le connaissent l’avouent: Murex a, à son honneur, l’initiative de rapatrier de jeunes cerveaux libanais. L’égalité des chances des candidats est sauvegardée, puisqu’il y a des tests écrits et oraux à passer. Une fois les employés embauchés, les conditions salariales qui leur sont proposées sont supérieures à la moyenne. Les salariés de Murex Liban bénéficient ainsi du même niveau de salaire que leurs collègues installés à Paris. Pourquoi seraient-ils payés moins qu’un employé à l’étranger puisqu’ils fournissent une même qualité de travail et parfois meilleure? s’interroge Salim Eddé. Il souligne d’ailleurs que «les actifs de Murex sont ses ressources humaines et rien d’autre.»
Toutes les industries mûrissent parce que les besoins des consommateurs changent, le plus important est de savoir adapter son produit au profil de la demande. Sinon c’est la disparition du marché. Le bureau de Beyrouth est devenu l’un des fers de lance de l’entreprise, puisqu’il assure une veille 24h/24 à tous les clients et regroupe le quart des effectifs de la multinationale.
Impossible de parler de Salim Eddé sans évoquer le musée privé des minéraux, Mim, qu’il a créé et où il a investi presque tous les profits qui lui proviennent de Murex. Un musée n’est pas créé pour gagner de l’argent. Il concrétise un engagement dans une démarche qui apporte de la valeur au mécène, tout en contribuant à l’intérêt général.
Salim Eddé fait partie de ces hommes qui ont encore de nombreuses pages à écrire dans le parcours de leur vie.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Des murs et des pas mûrs

Au nom de la sécurité nationale et de la sauvegarde de l’emploi aux Etats-Unis, le président Donald Trump veut construire un mur fait d’un mélange de ciment et de lois protectionnistes. A peine a-t-il signé les premiers décrets pour l’édification de ces clôtures, censées être érigées aux frontières, que des barrières ont surgi à l’intérieur du pays. Ces décisions choquantes, prises par un président controversé, constituent un cocktail malodorant, qui n’a pas tardé à exploser en manifestations de colère dans les aéroports et les rues des villes américaines. La période de grâce est un luxe auquel Donald Trump n’a pas goûté.D’aucuns jugeront déplacée la vague de condamnation soulevée dans le monde par les décisions du président américain. Il s’agit, somme toute, de mesures prises par un Etat souverain sur son territoire national. Cela aurait été vrai si les Etats-Unis avaient été un pays comme les autres. Or, ils ne le sont pas et ne l’ont jamais été. L’Amérique est une nation, dont le modèle a, de tout temps, inspiré les autres, dans le pire et le meilleur, dans le rêve et le cauchemar. Que d’autres dirigeants soient tentés de lui emboîter le pas est un danger réel, qui aboutira au cloisonnement du monde. A l’ère de l’Internet et de la mondialisation, celui-ci devrait plutôt se diriger vers davantage d’ouverture. Ce n’est pas de barrières dont le monde a besoin, mais de plus d’humanité dans les relations entre les Etats.Ici au Liban, l’application de la «méthode Trump» risque de provoquer des catastrophes en chaîne, surtout que la classe politique se contorsionne pour tenter d’imaginer une loi électorale acceptée de tous. Le critère de la représentation est, certes, essentiel pour apaiser la vie politique. Il n’est plus permis, en effet, que les lois électorales soient confectionnées sur mesure afin de sauvegarder les intérêts personnels de certains dirigeants, au détriment d’autres composantes de la société. Mais, dans le même temps, si la juste représentation aboutit à la construction de murs entre les communautés, le résultat sera pire. Il faut s’entendre sur une formule susceptible en même temps d’assurer une représentation authentique de tous et de réduire, à leur plus simple expression, les cloisons entre les communautés religieuses. La tâche est difficile mais pas impossible. De nombreuses propositions allant dans ce sens existent et ont été débattues. Il suffit de les remettre sur la table.Le seul inconvénient est que le temps manque. Non pas que les délais constitutionnels soient courts, car il y a toujours moyen de les rallonger. Le problème est que l’économie est plus que jamais tributaire de l’entente politique, sans laquelle les réformes urgentes et structurelles ne peuvent pas être lancées. Espérons que la classe politique ne ratera pas le coche une nouvelle fois, d’autant que les experts s’attendent à une relance de l’économie en 2017.    


 Paul Khalifeh
   

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