Michel Eléftériadès. L’amour de l’art et le génie des affaires
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Nº 3082 du vendredi 6 octobre 2017

Michel Eléftériadès. L’amour de l’art et le génie des affaires

 
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Michel Eléftériadès a réussi à conjuguer à la perfection son amour de l’art et son génie des affaires. Créateur du célèbre MusicHall, tous ses projets, anciens et nouveaux, sont de véritables succès.

 

C’est dans le cadre merveilleux de son dernier né, le B, qui a pris ses quartiers sur le rooftop de Aïshti by the sea, que Michel Eléftériadès nous reçoit. Pourquoi B? «B comme Beautiful people, comme Beyrouth, Byzance, Belgrade, ou BB, ou encore Batikh, Bouza, Biscine, Bolice et la liste est encore longue», confie ironiquement l’empereur du Nowheristan. Mais tout simplement, c’est aussi B by Eléftériadès, une signature qui garantit à elle seule le succès de cette nouvelle entreprise.
Dans ce décor où les reflets des statues de bronze et d’acier façonnées par Michel Eléftériadès s’allient aux lueurs du soleil couchant, aucune œuvre n’a été achetée. «J’ai créé moi-même ces statues. Quand on dort peu, on a le temps de faire beaucoup de choses». Brillant homme d’affaires, il parle de ses débuts et de ses années d’exil pour des raisons purement politiques. «Je n’ai jamais été intéressé par l’argent et celui-ci n’a rien changé dans mon mode de vie. Je ne porte jamais d’habits de marque et je ne fréquente pas les endroits à la mode. Ce qui m’intéresse, c’est de réaliser des projets que j’aime et j’ai le privilège d’avoir fait des choses que j’apprécie moi-même». Le secret de son succès?
«Mon courage ou ma témérité. Je n’ai jamais peur de perdre de l’argent et l’opinion des gens m’importe peu». Pour lui, la vie est un casino. «Certains jouent de l’argent, moi des projets».
Artiste et homme d’affaires, Michel Eléftériadès est diplômé de l’ALBA et de l’Ecole des Beaux Arts de Nantes, où il a suivi une formation en peinture, sculpture et arts plastiques. Un grand talent et une capacité énorme de travail figurent aussi parmi les clés de sa réussite. «J’ai une grande endurance au travail. Par exemple, je viens de sortir d’une période de travail de sept mois d’affilée, de 17 à 20 heures par jour, sans prendre un seul jour de congé».

Des années difficiles
Pourtant, les choses n’ont pas toujours été faciles pour Michel Eléftériadès. Après des débuts tumultueux et des années d’exil pour des raisons politiques, entre la France, Cuba et les pays de l’Est, ce n’est qu’en 1998 qu’il rentre au Liban, où il crée son premier club, Amor y libertad (Amore pour les habitués), dédié à la culture cubaine. En 1999, il relance le Festival de Byblos, lui donnant une carrure internationale, et décide de le déplacer sur la mer, contrairement à l’avis de la municipalité et des habitants de Jbeil, qui estimaient que le festival devait se tenir dans la citadelle.
Il se lance dans la production et réalise les fameux duos de Wadih el-Safi et José Fernandez ainsi que des chansons pour Demis Roussos et l’orchestre oriental, Hanin y son cubano, Nahawand et bien d’autres. Il devient l’unique label d’une majeure compagnie discographique, Warner, en dehors de l’Europe et des Etats-Unis. Eléftériadès produit des vidéo-clips pour Demis Roussos, José Calvez, grande star du flamenco, ainsi que pour Tony Hanna, les Frères Chéhadé et Nahawand.

Un hôtel à Florence
Mais l’empereur fait partie de ces gens qui s’ennuient très vite et passent directement à autre chose. En 2003, il fonde le fameux MusicHall, qui depuis 15 ans reste un incontournable de la night-life libanaise. Son but est de présenter sur scène 12 groupes, dont la performance ne dépasserait pas les 10 à 15 minutes. Pour les professionnels, cela relevait d’une pure folie à cause des coûts faramineux. Faisant fi des avis et des études de faisabilité peu favorables, Michel Eléftériadès se lance dans son projet. Résultat: un immense succès qui se poursuit jusqu’aujourd’hui. Les imitations sont nombreuses mais il est le seul à détenir légalement l’exclusivité du concept, qui est une marque déposée.
Dix ans après son lancement à Beyrouth, le MusicHall ouvre ses portes à Dubaï, en 2013, et déménage pour la saison d’été sur le waterfront de Beyrouth. «En 2010, je préparais l’ouverture du MusicHall au Qatar, sur le projet The Pearl, mais j’ai flairé les problèmes qui s’annonçaient pour Doha et j’ai renoncé à ce projet».
En 2015, Michel Eléftériadès se porte acquéreur du Palazzo Magnani, un palais florentin du XVIème siècle dans le style Renaissance le plus pur. Il l’ouvre au public et comme chaque projet auquel il se consacre, cet endroit devient un véritable succès. Il est élu parmi les 10 meilleurs hôtels d’Italie. Selon ses conseils, le quartier où se situe l’hôtel, le Borgo San Frediano, est réaménagé et il devient The coolest place on Earth, selon le fameux guide touristique Lonely Planet, devant Dubaï et New York. «Toute l’année, mon hôtel affiche complet».
Si le Liban ne peut être compétitif ni sur le plan de l’industrie ni celui de l’agriculture, c’est bien le secteur du tourisme qui est son véritable cheval de bataille. «Nous sommes faits pour le tourisme et ce pays possède un potentiel énorme. Nous ne demandons pas l’aide de l’Etat mais au moins que celui-ci ne nous mette pas des bâtons dans les roues. Avant, les gens avaient peur de venir au Liban, aujourd’hui le terrorisme a frappé Londres, Nice, Paris, Barcelone. Beyrouth, elle, est devenue une ville sûre. Tout est relatif», conclut-il.

Joëlle Seif

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Éditorial
Les aléas de la géopolitique

Toujours prompts à flairer les bonnes affaires, les Libanais ont été parmi les premiers entrepreneurs à débarquer au Kurdistan irakien, en 2006, au lendemain du vote par le Parlement de cette région autonome, d’une loi sur la libéralisation des investissements. Financiers, promoteurs immobiliers, opérateurs, conseillers, les Libanais étaient présents à tous les échelons et dans tous les domaines, à l’exception de l’industrie, où leur apport était plutôt modeste face au savoir-faire des Turcs et des Chinois. Une quarantaine de sociétés libanaises et autant de joint-ventures avec des partenaires locaux se sont implantées dans cette région, longtemps qualifiée d’«eldorado» par la presse régionale et internationale. Elles étaient présentes et parfois pionnières dans les domaines de l’hôtellerie, de la banque, de l’informatique, de la construction, du tourisme, du transport aérien, de la restauration, de l’éducation, de la distribution... C’est, par exemple, le Libanais Dar al-Handassa, qui avait été choisi pour établir un plan d’aménagement urbain de la ville d’Erbil à l’horizon 2030. Quelque 5 000 Libanais ont trouvé un emploi au Kurdistan au plus fort du boom économique, transférant au Liban plusieurs dizaines de millions de dollars par an.La situation économique a commencé à se détériorer avec la proclamation du califat de Daech, en juin 2014. De nombreuses entreprises libanaises ont réduit le volume de leurs affaires, d’autres, moins nombreuses, ont plié bagages. Mais toutes nourrissaient l’espoir de voir le marché redémarrer après la fin de la crise et de participer à la fondation d’un nouveau Dubaï.Le référendum organisé le 25 septembre porte un coup sérieux à leurs rêves. Le Kurdistan est un territoire totalement enclavé et encerclé par trois Etats qui sont farouchement hostiles à toute velléité d’indépendance: l’Irak, la Turquie et l’Iran. Ces pays peuvent, s’ils le souhaitent, isoler la région autonome du monde extérieur et une éventuelle fermeture totale des frontières aura des effets désastreux non seulement sur l’économie mais aussi sur l’approvisionnement des marchés avec les produits de bases.Une fois de plus, les Libanais sont victimes des aléas de la géopolitique. Même s’ils se consolent, en vantant leur extraordinaire capacité à renaître de leurs cendres, comme le phénix, ou à repousser toujours plus loin les frontières des affaires, comme les Phéniciens, le monde devient de plus en plus dangereux, risqué et compliqué pour eux. Certes, ils imagineront des solutions de rechange, comme celle d’aller investir à Chypre (voir page 32). Mais il s’agit opportunités ponctuelles susceptibles d’apporter des réponses sur le court terme. Seul le Liban peut leur offrir un refuge durable et sûr. Le temps est venu de lancer des réformes profondes pour moderniser l’économie, alléger les poids de la bureaucratie, limiter le gaspillage des deniers publics, améliorer le climat des affaires et lutter contre la corruption endémique.


 Paul Khalifeh
   

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