Sur les autoroutes de la blockchain
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Nº 3101 du vendredi 3 mai 2019

Sur les autoroutes de la blockchain

 
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    Sur les autoroutes de la blockchain
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Tout le monde en a déjà entendu parler. Mais globalement, personne n’y a rien compris. Est-ce que blockchain est bitcoin? Réponse: Est-ce qu’Internet est Amazon? La réponse par une question met un peu d’ordre dans les idées du public concernant ce buzzword qu’est, de nos jours, la blockchain.
 

Les personnes que l’on serait susceptible de rencontrer dans des conférences sur ce sujet épineux semblent être divisées en trois catégories: celle qui est persuadée que ce système ne décollera jamais; celle qui prétend comprendre tout le jargon qui convient pour sonner suffisamment expert, même s’ils ne savent pas toujours de quoi ils parlent; celle, enfin, qui déplore généralement la perte colossale de ne pas investir dans le bitcoin. De l’autre côté, les panélistes, parlant apparemment un langage secret que personne ne comprend vraiment, insistent avec ferveur sur le fait que la blockchain est sans équivoque l’avenir – et qu’il est préférable que les gens s’y mettent rapidement avant qu’il ne soit trop tard.
Il y a beaucoup de définitions au mot blockchain ou chaîne de blocs sur Google et dans les livres. Mais au moins un aspect commun s’y dégage: celui d’un nouveau business model.      
«Très simplement, le concept de la blockchain en 2019 est l’équivalent à ce que l’on pensait d’Internet dans les années 1970», explique Nicolas Chikhani, ancien directeur général de l’Arab Bank-Suisse, ajoutant qu’«Internet était une toute nouvelle technologie à l’époque et la plupart des gens n’avaient aucune idée de son pouvoir, mais aujourd’hui, il a révolutionné tous les aspects de nos vies: notre façon de vivre, de travailler et de communiquer. De même, la blockchain va révolutionner les transactions pour tous les secteurs de l’industrie, en numérisant les transactions, en éliminant les intermédiaires et en augmentant l’efficacité et la rentabilité dans son ensemble». Aucune dépendance envers les établissements bancaires, ici seuls des ordinateurs sont garants du bon fonctionnement des crypto-actifs. L’analogie qui est souvent utilisée est qu’un consommateur ne comprend pas la technologie qui se cache derrière Internet, alors qu’il sait en quoi elle influe sur sa vie. On peut en dire autant de la blockchain.
Pour Claire Balva de TEDxLyon, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’information qui est sécurisée, transparente, fonctionne sans organe central de contrôle, incorruptible et immuable. Concrètement, dit-elle, la blockchain ressemble à un registre sur lequel sont inscrites des informations, des données et des transactions qui sont regroupées en bloc. Ce registre a une particularité: il n’est pas stocké sur un serveur central mais sur un grand nombre de serveurs que l’on appelle les nœuds du réseau. Ce qui rend toute attaque plus difficile. C’est un algorithme qui permet à tous les utilisateurs de se mettre d’accord sur l’état du registre à un moment donné.

Vous avez dit révolution?
Il s’agit bien de la 4ème révolution dans la mesure où la blockchain permet l’échange de valeurs de pair à pair sans intermédiaire. L’échange de pair à pair sans organe de contrôle a été rendue possible grâce à Internet. Néanmoins, il trouve ses limites lorsqu’il s’agit d’échanger de la valeur. A titre d’exemple: si on vous envoie 30$, il faut bien que l’on ne puisse plus avoir accès à ce montant. Or, dans un échange Internet d’une photo, d’une information ou d’un document, les parties concernées par cette transaction contrôlent l’objet de l’échange puisqu’il ne s’agit que d’une copie. La seule voie pour transférer de la valeur était de passer par les intermédiaires que représentent les banques. Avec la crise internationale de 2008 et la baisse de la confiance des individus dans leurs banques, Satoshi Nakamoto, le créateur du bitcoin (dont on ne connaît pas l’identité exacte), publie un livre blanc où il détaille le fonctionnement d’une monnaie numérique qui fonctionne sans la banque de pair à pair, le bitcoin. Celui-ci est une monnaie qui n’appartient à aucun pays, à aucun gouvernement à aucune banque. Les bitcoins appartiennent à tous ses utilisateurs. Satoshi Nakamoto a inventé un protocole informatique sous-jacent appelé blockchain, qui permet à tous les utilisateurs de bitcoins de se mettre d’accord sur l’historique des transactions effectuées dans cette monnaie numérique. «Cette invention est révolutionnaire, selon Claire Pavla, parce qu’elle contribue à un rééquilibrage de l’accès aux ressources pour deux milliards d’adultes non bancarisés. Aujourd’hui, la valeur de tous les jetons bitcoins en circulation s’élèverait à 11 milliards $».

Les banques centrales dans le monde
«Le monde se dirige vers une convergence entre le système informatique bancaire actuel et celui de la blockchain», souligne Nicolas Chikhani, qui parle d’une maturation du concept de la blockchain. Autrement dit, les banques vont commencer à accepter des crypto-monnaies et c’est dans ce sens-là qu’on parle d’une ère de perturbation (disruptive era), une ère où un nouveau business model a émergé. Ce n’est pas le cas au Liban mais celui des Etats-Unis, de Malte et de la Suisse, où une régulation de la blockchain est en gestation. La Suisse est à l’avant-garde dans ce domaine. Il y existe déjà une Crypto-Vallée à l’instar de la Silicon Valley. Selon Nicolas Chikhani, «si les banques centrales ne se lancent pas dans le nouveau business model beaucoup de dérives auront lieu». Pour l’instant, et comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers ainsi que la Banque de France, il s’agit d’actifs numériques pouvant être échangés sur des plateformes spécialisées. Ceci n’empêche pas que les banquiers centraux du monde ont commencé à discuter de l’idée des monnaies numériques des banques centrales, et même le FMI et sa présidente, Christine Lagarde, discutent ouvertement des avantages et des inconvénients de cette idée.
Dans les faits, les espèces sont de moins en moins utilisées et ont presque disparu dans des pays comme la Suède et la Chine. Dans le même temps, les systèmes de paiement numériques – PayPal, Venmo et d’autres en Occident; Alipay et WeChat en Chine; M-Pesa au Kenya; Paytm en Inde – offrent des alternatives attrayantes aux services fournis jadis par les banques commerciales traditionnelles. Un article rédigé par Dong He, directeur adjoint du Département des marchés monétaires et des capitaux du FMI, explique que les banques centrales devraient envisager de prendre des mesures pour «prévenir la pression concurrentielle que les actifs cryptographiques peuvent exercer sur les monnaies fiduciaires et rendre les monnaies fiduciaires plus attractives pour le numérique».
 
Anonymat et blanchiment
Autrement dit, la régulation commence à se greffer sur l’infrastructure disponible. Néanmoins, les individus ne l’acceptent pas facilement jusqu’à ce jour parce qu’ils y voient un outil de spéculation plus qu’un instrument de paiement. Dans le même temps, beaucoup de voix se sont élevées pour dénoncer l’utilisation de la crypto-monnaie comme un canal pour le blanchiment d’argent, cette monnaie étant attractive pour ceux souhaitant rester anonymes. En fait, les crypto-monnaies comme les bitcoins ne sont pas anonymes, car les particuliers et les organisations utilisant des crypto-portefeuilles laissent encore une empreinte numérique. Les transactions de pair à pair ne sont plus dans l’anonymat total et sans contrôle lorsqu’il y a convergence entre bitcoin et l’argent cash. A ce moment, l’agent qui souhaite avoir les bitcoins en fiducie doit se rendre chez un chargeur ou sur une plateforme numérique comme Coinbase. A ce jour et à ce stade, le passage par la banque reste indispensable. Celle-ci entreprend sur la personne qui encaissera l’argent liquide les processus de clearance relatifs aux concepts: la connaissance de son client (KYC) et la lutte contre le blanchiment d’argent (AMT). Ceci étant dit, tout avantage concurrentiel injuste des actifs cryptographiques pourrait découler d’une réglementation plus légère que celle en vigueur en fiducie. Ce qui  implique l’application rigoureuse de mesures visant à prévenir le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, à renforcer la protection des consommateurs et à taxer efficacement les transactions cryptées.
   
Risque et volatilité
Le grand risque de l’usage de la crypto-monnaie est sa volatilité puisque sa valeur est sujette à l’offre et à la demande alors que l’inflation ne l’affecte pas. Par conséquent, elle peut faire l’objet d’actions de dumping et de pumping entraînant des mouvements de spéculations énormes. De plus, la volatilité des cours montre clairement que ces crypto-monnaies ne sont pas des produits d’épargne sûrs. Elle n’a pas de cours légal, c’est-à-dire qu’aucun commerçant n’est tenu de l’accepter en paiement d’un bien ou d’un service et aucune banque centrale n’en garantit la valeur, à la différence de ce qui se passe pour l’euro, le dollar ou la livre sterling.
Lors d’un entretien avec Magazine, Nicolas Chikhani évoque l’émergence de services d’investissement portant sur des produits dérivés dont le sous-jacent est constitué de crypto-monnaie. Ces produits dérivés peuvent être juridiquement qualifiés de contrats financiers intelligents et pourraient rendre cette crypto-monnaie plus stable.
Autrement dit, la crypto-monnaie n’est qu’une des applications de la blockchain. Historiquement, c’est la première avec le bitcoin. Pour examiner les aspects juridictionnels, l’approche en matière de titres de propriété, d’obligations contractuelles et de responsabilités est une source de préoccupation. Il ne s’agit pas seulement d’essayer de tout mettre dans la blockchain, mais bien de créer un système qui durera très longtemps. 
D’où l’apparition de tokens ou jetons qui peuvent représenter essentiellement les actifs qui sont fongibles et la négociabilité de produits à des points de fidélité et même d›autres crypto-monnaies. Les jetons sont une représentation d’un actif particulier ou utilitaire, qui réside au-dessus d’une autre blockchain. Il s’agit donc de tokens fondés sur des chaînes entièrement nouvelles, mais dont le code consiste en un dérivé de bitcoin. Ainsi, les jetons peuvent représenter de l’argent, des droits de propriété sur des voitures, des biens immobiliers ou des téléphones, la propriété intellectuelle ou tout ce qui a une valeur qui lui est associée.

Entre privé et public
Les entreprises dans les chaînes de blocs publics n’investiront pas tant qu’elles ne connaîtront pas la réglementation en vigueur. Néanmoins, les chaînes de blocs d’entreprises privées peuvent offrir les avantages d’un réseau public sans perdre le contrôle total. Les blockchains privées permettent aux organisations d’utiliser la technologie de grand livre distribué sans rendre les données publiques. En résumé, une blockchain permet à quiconque d’envoyer directement une «valeur». Toutefois, la personne effectuant des transactions dans la blockchain possède une clé privée, créée de manière cryptographique pour les blocs d’informations qu’elle «possède». Elles peuvent posséder leur propre identité numérique, leurs actifs, leurs données.
Pour l’instant, près de 90% des transactions conclues en bitcoin le sont dans les pays en voie de développement. La raison est simple: dans ces pays, il est plus facile d’avoir un Smartphone qu’un compte bancaire. Plus globalement, la blockchain bouleverse le processus de transfert d’argent. Par exemple, le Département foncier de Dubaï teste une solution de bout en bout permettant aux résidents et aux visiteurs d’acheter une propriété à Dubaï sur un réseau de blockchain. Dubaï Land intégrera les promoteurs, les banques, le Dubaï Land Department, les courtiers et toutes les autres entités impliquées dans l’achat d’une maison dans l’émirat.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Un budget en deçà des ambitions

Le projet de budget 2019 proposé par le ministre Ali Hassan Khalil prévoit une réduction du déficit à travers une compression des dépenses de l’Etat. Toutefois, les mesures envisagées semblent plus motivées par le souci de répondre aux attentes de la communauté internationale afin de débloquer les fonds de la conférence Paris IV que par une réelle volonté d’assainir sérieusement les finances publiques et de jeter les bases d’une réforme sur le long terme. Le texte initial examiné par le Conseil des ministres mardi, et qui sera revu à maintes reprises avant d’être voté par le Parlement, prévoit des dépenses de 26 031 milliards de livres et des recettes de 18 256 milliards, soit un déficit de 5 352 milliards de livres, ou 3,55 milliards de dollars. Conformément à ces chiffres, le déficit s’élèverait à 5,95% du Produit intérieur brut (PIB). Mais c’est sans compter les avances octroyées à l’Electricité du Liban (EDL) pour acheter le fuel, qui seraient de 1,13 milliard de dollars, ce qui signifie que le déficit réel avoisinerait les 8% du PIB. Cette tentative d’enjoliver les chiffres prouve que les préposés à la gestion des deniers publics n’ont pas rompu avec cette fâcheuse manie d’user de mesures cosmétiques pour maquiller la réalité. Mais ce n’est pas la seule tare du projet. Une première lecture montre que les autorités financières tablent plus sur une réduction des dépenses que sur une amélioration des recettes. La tentative de revoir à la baisse les gros budgets et de combattre le gaspillage est certes louable, elle semble cependant sinon arbitraire du moins sélective. Sur les 500 milliards de livres d’économies faites sur les fonds alloués à certains ministères et administrations, la moitié (252 milliards de L.L.) est supportée par le ministère de la Défense, qui voit son budget passer de 3 199 milliards à 2 946 milliards de livres. Le ministère de l’Intérieur, lui, est amputé de seulement 17 milliards de livres (1 652 au lieu de 1 670 milliards); celui du Travail de 24 milliards (365 au lieu de 389 milliards); les Travaux publics perdent 73,6 milliards (368 au lieu de 441 milliards) etc.D’autres ministères voient leurs budgets augmenter, comme celui de l’Energie et de l’Eau, qui passe de 328 milliards à 400 milliards de L.L.; celui des Affaires sociales s’élève à 340 milliards au lieu de 228 milliards. Le plus frappant est l’augmentation du budget de la présidence du Conseil (qui passe de 1 523 à 1 592 milliards de L.L.), alors que les fonds alloués à la présidence de la République et au Parlement baissent respectivement de 2,1 milliards et 5,6 milliards de livres. Cela montre que la «mentalité» des préposés à la gestion des finances publiques n’a pas changé sinon comment expliquer le fait que le Grand Sérail continue de gérer une multitude de caisses et de fonds pour lesquels sont alloués plus d’un milliard de dollars, sans véritable audit et sans qu’aucune coupe ne soit opérée dans ces généreux budgets.La principale augmentation des recettes proviendrait de la hausse de l’impôt sur les dépôts bancaires qui passerait de 7 à 10%, et qui drainerait plus de 900 milliards de livres. Sinon, il y a peu de mesures pour pénaliser ceux qui ont fait des centaines de millions de dollars dans l’illégalité, comme les empiètements sur le domaine public maritime: les exemptions douanières qui permettent aux institutions religieuses d’user et d’abuser de leurs privilèges en important des produits pour le compte de commerçants, qui le revendent sur le marché en faisant du dumping des prix etc…Et évidemment, il n’est nulle part question de récupérer ne serait-ce qu’une infime partie des milliards de dollars détournés ou volés par les pontes du système.  


 Paul Khalifeh
   
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