Dette publique. Gérable à court terme
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Nº 3082 du vendredi 6 octobre 2017

Dette publique. Gérable à court terme

 
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    Dette publique. Gérable à court terme
    «II faut réduire la dette». On crie à la faillite. Non: la livre est en bonne santé et l’endettement public est gérable pour l’instant. L’important est d’informer le citoyen afin qu’il...
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«II faut réduire la dette». On crie à la faillite. Non: la livre est en bonne santé et l’endettement public est gérable pour l’instant. L’important est d’informer le citoyen afin qu’il ne se laisse pas impressionner par les épouvantails que certains agitent.

Alain Bifani, directeur général du ministère des Finances, s’attend à ce que la dette atteigne 79 milliards $ fin 2017, alors que le déficit budgétaire représenterait près de 7,5% du PIB, à la suite «des revenus exceptionnels du Trésor», soit 1 000 milliards de livres, grâce à la taxe de 15% sur les profits des banques commerciales enregistrés après l’ingénierie financière de juin dernier, conduite par la BDL. Quant à l’excédent primaire, il s’élèverait, fin 2017, à 1 674 milliards de livres, ou 1,2% du PIB, un pourcentage favorable qui dépasserait les prévisions.
Ce panorama financier ne sera certes pas le même au cours du prochain exercice fiscal, ce qui nous amène à insister sur le fait que les finances publiques ne sont pas sur la bonne voie à long terme. Rien ne montre jusqu’à présent que les transferts du Trésor à l’EDL diminueraient, ni que le gonflement des fonctionnaires du secteur public, notamment dans les secteurs de l’Education nationale et des forces armées, serait réduit. «Une étude sérieuse et rigoureuse des dépenses publiques utiles et un arrêt du gaspillage des deniers publics sont impératifs», ajoute M. Bifani.
Un processus qui ne peut se faire par le tracé d’un crayon. Les chiffres des finances publiques subissent les contrecoups du taux de croissance économique et de la distribution des revenus des ménages. Il faut prévoir l’augmentation des dépenses en 2018 et dans les années à venir avec l’approbation de l’échelle des salaires, de l’augmentation des indemnités de fin de service. Vu la dynamique de la dette publique, le montant de son service serait d’environ 750 milliards de livres en 2018, un chiffre supérieur à celui de l’année en cours. Ces dernières années, et malgré une conjoncture régionale instable, le ministère des Finances a réussi à émettre des eurobonds en dollars sur 20 ans et des bons du Trésor sur une durée de 15 ans à des taux d’intérêt inférieurs à ceux appliqués à la dette souveraine de la Turquie et de l’Egypte. Mais cette partie n’est pas gagnée définitivement puisque les prévisions internationales évoquent une hausse des taux d’intérêt des Etats-Unis, ce qui devrait affecter à la hausse les taux d’intérêt débiteurs des pays émergents, dont le Liban. Tout comme le repositionnement sur les marchés internationaux de la Chine et des Etats-Unis aurait un impact sur le cours de l’or noir et, par conséquent, sur le flux de dollars vers notre pays et dont la BDL a tant besoin pour consolider ses réserves et assurer la stabilité de sa politique monétaire.
Pour Roy Badaro, économiste et ancien conseiller auprès du bureau du Premier ministre en Irak (2009-2010), le niveau approprié des réserves que la BDL souhaite garder et sa justification scientifique a probablement pour objectif de garder deux ratios stables. Le premier est celui de la dette en devises sur le total de la dette, et qui est gardé en deçà des 60%. L’autre est celui du montant des réserves sur la masse monétaire M2: la règle utilisée par nombre de pays stipule que les réserves d’un pays devraient égaler la dette extérieure à court terme, afin de résister à un retrait massif de capitaux étrangers. Par ailleurs, le ratio de la dette par rapport au PIB enregistrerait une baisse légère passant de 149% en 2017 à 148% en 2018. Néanmoins, ceci ne signifie nullement que la dette est sous contrôle mais que l’amélioration de ce ratio est liée à l’amélioration de la balance primaire.

Plan de rigueur
Seule une augmentation des recettes fiscales peut permettre de réduire le poids de la dette, tout en maintenant un service public de qualité et en soutenant l’économie par les dépenses publiques. Que l’on parle de rigueur ou d’assainissement des finances publiques, la contraction des dépenses de l’Etat est partout brandie comme le remède à la dette. L’argument repose sur une assimilation entre les comptes publics et le budget des ménages: lorsqu›on est trop endetté, il faut réduire son train de vie au risque de léguer une dette à ses enfants. Aucun des gouvernements successifs depuis la fin de la guerre n’a jamais évoqué «un plan de rigueur exceptionnel», «une compression budgétaire», «un gel des augmentations des rémunérations des chefs d’Etat, du Premier ministre ou des députés.» En revanche, ces derniers ont bénéficié depuis le début des années 2000 d’un plan de retraite-pension extrêmement généreux. A présent, tous les espoirs sont permis: le pouvoir est déterminé à réduire les dépenses publiques inutiles et dans le même temps à imposer un panier de taxes et d’impôts ciblant les secteurs de rente et, dans une moindre mesure, les domaines productifs. S’il est crucial de réduire l’endettement public, c’est en raison de ses effets redistributifs des pauvres vers les riches. Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle législation fiscale, la totalité des revenus provenant de l’acquittement des impôts et taxes ne représentent que 15% du PIB, un des niveaux les plus bas au monde. Ils ne couvrent que la moitié des dépenses publiques et un peu plus que le service de la dette publique.
L’absence de budget pendant 12 ans a acculé la BDL à tenir d’une manière officieuse les rênes des politiques monétaires et financières. Or, les comptes publics sont soumis à des conditions et des règlements qui ne font pas assumer la gestion de la dette publique à la Banque Centrale. Le problème des finances publiques perdure depuis 40 ans et le report des montants venus à échéance ne les supprime pas pour autant. Quant à la structure de la dette publique, elle se présente comme suit: le total de l’endettement public a enregistré une progression de 4,76% sur un an, atteignant 76,88 milliards $ à juillet 2017. Dans les détails, la dette en livres libanaises a accaparé près de 61,4% du total de l’endettement public, enregistrant un recul de 6,29% sur un an à 47,17 milliards $, alors que la part de la dette en devises étrangères s’est accrue de 2,42% sur un an, représentant 29,71 milliards $, à fin juillet 2017. La Banque centrale est le plus grand détenteur de la dette en monnaie locale, sa part étant de 45,8%. Quant aux banques commerciales et autres institutions financières et non financières, elles détiennent des parts respectives de 38,6% et 15,5% de cette catégorie de dette. La dette en devises étrangères est principalement couverte par l’émission d’eurobonds constituant une part 92,3%, tandis que les prêts multilatéraux et bilatéraux ainsi que ceux issus de la conférence de Paris II représentent des parts respectives de 4,3%, 3,1% et 0,1%. Parallèlement, le bilan de la BDL a montré à la mi-septembre 2017 une hausse de 2,52% de ses avoirs, totalisant 113,68 milliards $ contre 110,89 milliards à la mi-août. Ses actifs en devises (37,86% du total) et ses réserves en or (10,77% du total des avoirs) ont pointé un recul respectif de 1,37% et 3,71% entre mi-août 2017 et mi-septembre de la même année.

Paramètres à examiner
A part le ratio dette/PIB qui est d’autant plus important que la croissance économique est faible et la dynamique de la dette est ascendante, il y a d’autres paramètres à prendre en compte: la qualité de la dette, l’identité de ses détenteurs et son coût. Selon un consensus international, la qualité de la dette libanaise est considérée comme «acceptable», atténuant le risque émanant du ratio élevé dette/PIB (141% fin 2017). En fait, en dépit de l’impasse politique dans le pays pendant de longues années et le déclenchement de la guerre en Syrie, le Liban a toujours été en mesure d’honorer ses engagements en ayant recours à des outils tels que le swap, s’assurant le soutien des souscripteurs locaux de sa dette. Dans ce contexte, il est nécessaire de souligner que le gouvernement avait réussi à réduire le ratio dette/PIB de 183% en 2006 à 131% en 2012, la croissance économique entre 2007 et 2010 ayant joué un rôle prépondérant. Le cas du Liban est similaire à celui du Japon et de Singapour, dans la mesure où leurs dettes publiques sont souscrites respectivement pour le premier par des agents locaux et pour le deuxième par la CNSS. Le cas de la Grèce est totalement différent de celui du Liban et des deux autres pays précités. La dette souveraine de la Grèce était détenue en grande partie par des entités étrangères, ce qui avait renforcé la pression sur l’Etat au moment des échéances des titres obligataires. Les agences de notation avaient dégradé la notation souveraine du pays entraînant une hausse des taux d’intérêt et donc du coût de la dette et par le fait même, réduisant sa possibilité de remboursement. Au Liban, le coût de la dette, mesuré à ses risques conjoncturels, est acceptable. Néanmoins, le secteur bancaire local, un des principaux détenteurs de la dette publique, est considéré comme une soupape de sécurité pour le gouvernement, le ratio dette/dépôts bancaires était de l’ordre de 47,5% en 2016. Ce qui signifie que les dépôts bancaires auprès des banques commerciales représentent plus de deux fois la taille de la dette publique, constituant un coussin durable pour les finances publiques chaotiques. Même si le paramètre du ratio dette/PIB n’est pas à lui seul déterminant pour qualifier une dette, il constitue un indicateur de taille. Selon les standards de l’UE, le pacte de stabilité et de croissance postule que l’endettement est excessif quand la part de la dette dans le revenu national (PIB) dépasse le seuil arbitraire de 60%. Le seuil est de 90% pour les économies industrialisées. L’annulation de la loi sur les nouvelles taxes par le Conseil constitutionnel a eu au moins pour aspect positif de constituer un rappel à l’ordre des milieux dirigeants. Dorénavant, il n’est plus acceptable que la Loi de finance ne soit pas approuvée chaque année dans les délais règlementaires.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Les aléas de la géopolitique

Toujours prompts à flairer les bonnes affaires, les Libanais ont été parmi les premiers entrepreneurs à débarquer au Kurdistan irakien, en 2006, au lendemain du vote par le Parlement de cette région autonome, d’une loi sur la libéralisation des investissements. Financiers, promoteurs immobiliers, opérateurs, conseillers, les Libanais étaient présents à tous les échelons et dans tous les domaines, à l’exception de l’industrie, où leur apport était plutôt modeste face au savoir-faire des Turcs et des Chinois. Une quarantaine de sociétés libanaises et autant de joint-ventures avec des partenaires locaux se sont implantées dans cette région, longtemps qualifiée d’«eldorado» par la presse régionale et internationale. Elles étaient présentes et parfois pionnières dans les domaines de l’hôtellerie, de la banque, de l’informatique, de la construction, du tourisme, du transport aérien, de la restauration, de l’éducation, de la distribution... C’est, par exemple, le Libanais Dar al-Handassa, qui avait été choisi pour établir un plan d’aménagement urbain de la ville d’Erbil à l’horizon 2030. Quelque 5 000 Libanais ont trouvé un emploi au Kurdistan au plus fort du boom économique, transférant au Liban plusieurs dizaines de millions de dollars par an.La situation économique a commencé à se détériorer avec la proclamation du califat de Daech, en juin 2014. De nombreuses entreprises libanaises ont réduit le volume de leurs affaires, d’autres, moins nombreuses, ont plié bagages. Mais toutes nourrissaient l’espoir de voir le marché redémarrer après la fin de la crise et de participer à la fondation d’un nouveau Dubaï.Le référendum organisé le 25 septembre porte un coup sérieux à leurs rêves. Le Kurdistan est un territoire totalement enclavé et encerclé par trois Etats qui sont farouchement hostiles à toute velléité d’indépendance: l’Irak, la Turquie et l’Iran. Ces pays peuvent, s’ils le souhaitent, isoler la région autonome du monde extérieur et une éventuelle fermeture totale des frontières aura des effets désastreux non seulement sur l’économie mais aussi sur l’approvisionnement des marchés avec les produits de bases.Une fois de plus, les Libanais sont victimes des aléas de la géopolitique. Même s’ils se consolent, en vantant leur extraordinaire capacité à renaître de leurs cendres, comme le phénix, ou à repousser toujours plus loin les frontières des affaires, comme les Phéniciens, le monde devient de plus en plus dangereux, risqué et compliqué pour eux. Certes, ils imagineront des solutions de rechange, comme celle d’aller investir à Chypre (voir page 32). Mais il s’agit opportunités ponctuelles susceptibles d’apporter des réponses sur le court terme. Seul le Liban peut leur offrir un refuge durable et sûr. Le temps est venu de lancer des réformes profondes pour moderniser l’économie, alléger les poids de la bureaucratie, limiter le gaspillage des deniers publics, améliorer le climat des affaires et lutter contre la corruption endémique.


 Paul Khalifeh
   

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