Thomas Gomart, directeur de l’IFRI. La Russie revient au Levant aux dépens de l’Europe
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Nº 3103 du vendredi 5 juillet 2019

Thomas Gomart, directeur de l’IFRI. La Russie revient au Levant aux dépens de l’Europe

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    Thomas Gomart, directeur de l’IFRI. La Russie revient au Levant aux dépens de l’Europe
    Thomas Gomart éclaire, à travers son double regard d’historien et de spécialiste des relations internationales, la nouvelle marche de la planète à travers la transformation des rapports de force internationaux...
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Thomas Gomart éclaire, à travers son double regard d’historien et de spécialiste des relations internationales, la nouvelle marche de la planète à travers la transformation des rapports de force internationaux et les différents enjeux géopolitiques et donne son analyse des résultats des dernières élections européennes et leur impact sur l’influence extérieure de l’Europe.


Le directeur de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) commence par s’exprimer sur la vision pessimiste dégagée de son dernier essai qui s’affiche dès sa couverture avec ce titre choc: L’affolement du monde (Ed. Tallandier). Pour Gomart, «l’affolement traduit le changement de rapports de force internationaux (ascension de la Chine, unilatéralisme des Etats-Unis, fragmentation de l’Europe, retour de la Russie), et une forme d’accélération dans les changements internationaux qui s’expliquent par la conjugaison de plusieurs facteurs. D’abord la fin de la convergence entre la Chine et le système occidental, puis la trajectoire de l’Europe qui apparaît aujourd’hui beaucoup plus comme une source d’incertitudes que de certitudes avec une Union européenne (UE) qui a traversé différentes crises (l’Euro, la crise migratoire, le Brexit enlisé, et une cohésion interne qui  s’affaiblit). Enfin, le troisième facteur, qui est la raison principale, c’est qu’on est en face d’une dégradation rapide dans le domaine environnemental et une propagation tout aussi rapide des technologies de l’information et de la communication qui redistribue la puissance. Ces trois éléments réunis expliquent cette impression d’affolement et de perte de contrôle et d’emballement que je ressens à travers mes différents déplacements en Europe ou en dehors de l’Europe».

La crise migratoire
Concernant la crise migratoire qui suscite inquiétudes et tensions au sein de la société française et européenne, Thomas Gomart explique que «les flux migratoires provoquent de profondes divisions entre partenaires européens ainsi que dans la société française. Il convient de rappeler que le jihadisme constitue un phénomène distinct de l’immigration musulmane et de l’influence financière des pays du Golfe sur les capitales européennes. Il est indispensable d’examiner les liens éventuels entre ces trois phénomènes pour comprendre comment l’hostilité à l’égard de la France est alimentée et, inversement, comment une partie grandissante de l’opinion française devient hostile à l’étranger».

Nouveau positionnement de l’Europe

Sur sa lecture des résultats des dernières élections européennes courant mai dernier et leur impact sur l’influence extérieure de l’Europe, Gomart développe: «Les résultats des élections européennes traduisent deux aspirations peut-être contradictoires: le besoin de frontières à travers la consolidation des forces nationalistes, qui est à mon avis la réplique au sens sismique du terme de la crise migratoire et l’impression très forte que ces flux ne sont pas contrôlés, et puis la poussée des forces vertes de l’écologie. Ces deux poussées ont des conséquences sur le positionnement international de l’Union européenne avec une volonté d’un plus grand contrôle des frontières d’un côté, et un désir de changer la gouvernance internationale, de l’autre».
Evoquant ce nouveau positionnement, notamment au Levant où l’Europe semble perdre une place traditionnellement privilégiée en tant que troisième voie politique possible, Thomas Gomart commente: «Au Levant, l’Union européenne en tant que telle est très absente, elle reste présente par l’action de pays membres, en particulier la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. La grande difficulté dans laquelle on est, c’est de savoir aussi ce qu’on inclut et le jeu entretenu avec les autres puissances intervenant ou exerçant une influence sur le Levant. Je pense en particulier évidemment à la Russie, à l’Iran et à la Turquie et c’est peut-être en fait par le biais des relations avec ses grands acteurs extérieurs que l’Europe est plus visible et plus efficace».                                                       
Et le politologue spécialiste de la Russie d’ajouter: «Ce qui est certain est que la décision du 30 août 2013 prise par l’Administration Obama de ne pas intervenir en Syrie a été un tournant. Ce qui est certain aussi est que l’intervention militaire russe de septembre 2015 et ses conséquences montrent que la nature a horreur du vide stratégique et que la Russie est parvenue à sauver le régime de Bachar el-Assad en lien avec l’Iran. Et effectivement, la Russie fait du Levant le principal théâtre de son retour d’influence globale, et ça c’est tout à fait spectaculaire. Il y a eu une capacité de la Russie de saisir ce moment pour revenir au centre du jeu au Levant aux dépens principalement des Européens».

Risque de déstabilisation régionale
Sur l’absence de l’Europe du nouveau partage d’influence au Levant avec la possibilité de l’avènement d’un nouveau Sykes-Picot, Gomart réagit: «Je ne pense pas que ça soit la bonne image parce qu’on est dans des configurations historiques très différentes et ensuite parce que les aspirations politiques des pays de la région ne correspondent pas à la situation au moment de l’accord Sykes-Picot. Ce qui est frappant, c’est de voir que l’influence exercée à l’époque par la Grande-Bretagne et la France comme puissances mandataires n’a plus rien à voir dans le contexte d’aujourd’hui».
Concernant le climat détérioré dans cette région du monde et les craintes d’une confrontation régionale, Gomart n’exclut pas un «risque de guerre et de déstabilisation important» et insiste sur le fait que «la Syrie reste essentielle à la stabilité du Levant avec des conséquences très fortes pour le Liban voisin. Ainsi, la stabilité régionale dépendra directement de la métamorphose de ce conflit, qui sans s’éteindre, peut rester cantonné aux frontières de la Syrie ou, au contraire s’étendre à l’ensemble du Levant. Dans ce contexte, la nature des relations de l’Iran avec les Etats-Unis, Israël et l’Arabie saoudite, au-delà du seul dossier nucléaire, sera décisif pour certains pays de la région comme la Jordanie et le Liban».

Béchara Bon (à Paris)

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Éditorial
Le facteur temps est décisif

Les ministres rencontrés ou interviewés par Magazine ces dernières semaines, toutes tendances confondues, soulignent le «sens des responsabilités» des représentants de tous les partis au gouvernement et le «sérieux» avec lequel ils abordent les dossiers économiques, financiers et politiques. Ils jettent un regard plutôt positif sur la qualité des débats en Conseil des ministres, même si certains déplorent le temps parfois excessif passé sur des dossiers qui auraient pu être tranchés plus rapidement.Or le temps est, aujourd’hui, un facteur déterminant dans la dynamique de maîtrise de la crise que le gouvernement se promet d’enclencher. Chaque jour qui passe est un jour de perdu. Chaque jour qui passe éloigne davantage le gouvernement des objectifs qu’il s’est fixés au niveau de la réduction du déficit budgétaire. Chaque jour qui passe voit le service de la dette gonfler et le sauvetage de plus en plus périlleux.Cette constatation n’est pas nouvelle mais on ne la rappellera jamais assez. On ne la martèlera jamais assez. C’est parce qu’ils n’ont pas conscience du facteur temps que les responsables ont mené le pays là où il est aujourd’hui, au bord du gouffre. Le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité, adopté en avril dernier, est pratiquement le même que celui qui avait été préparé il y a 9 ans. Les tiraillements et les surenchères politiques avaient empêché sa mise en œuvre. Si ce vaste chantier avait été lancé à l’époque, les milliards de dollars engloutis par l’EDL, qui constituent tous les ans une moyenne de 11% du budget, auraient pu être économisés et le Liban ne serait pas dans la situation délicate qui est la sienne en ce moment. Cet exemple d’incurie des pouvoirs publics peut être multiplié à volonté dans divers secteurs.Le temps n’est plus un luxe que les dirigeants peuvent se payer avec l’argent du contribuable. L’examen du budget par la Commission parlementaire des Finances et du Budget a trop traîné, ce qui est inexplicable, car la composition politique de cette instance est presque similaire à celle du gouvernement, qui a déjà amplement pris son temps pour approuver le projet de loi de Finances au bout de 21 séances marathons. Soit les partis sont atteints de schizophrénie et adoptent une chose en Conseil des ministres puis son contraire en Commission; soit ils sont incapables de tenir leurs troupes et certains députés s’ingénient à défaire ce que leurs camarades ont approuvé au gouvernement; soit les partis tiennent un double langage et, de ce fait, sont moins «responsables» qu’ils n’en donnent l’impression. Cette dernière option nous semble la plus plausible.Pour la démentir, le gouvernement doit montrer son sérieux et sa détermination à aller de l’avant en préparant et en envoyant au Parlement le projet de budget 2020 d’ici la mi-octobre au plus tard, comme le stipule la Constitution. Sinon, le sauvetage relèvera des missions impossibles.     


 Paul Khalifeh
   

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