Caroline Galacteros, géopolitologue française. Un arrangement russo-américain sur l’Irak et la Syrie n’est pas exclu
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Nº 3076 du vendredi 7 avril 2017

Caroline Galacteros, géopolitologue française. Un arrangement russo-américain sur l’Irak et la Syrie n’est pas exclu

 
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    Caroline Galacteros, géopolitologue française. Un arrangement russo-américain sur l’Irak et la Syrie n’est pas exclu
    La guerre en Syrie, l’influence de la Russie dans le monde et au Moyen-Orient, la nouvelle donne à Washington… La géopolitologue française Caroline Galactéros livre son analyse à Magazine. La course...
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La guerre en Syrie, l’influence de la Russie dans le monde et au Moyen-Orient, la nouvelle donne à Washington… La géopolitologue française Caroline Galactéros livre son analyse à Magazine.

La course pour reprendre Raqqa s’accélère entre l’armée syrienne, les russes, les Américains. Avec, en filigrane, l’ombre de la Turquie et l’acteur kurde. Comment interprétez-vous cette nouvelle donne?
L’Administration Trump semble vouloir en finir rapidement avec l’héritage Obama en Syrie. Durant la campagne, Donald Trump avait d’ailleurs promis de demander à son état-major de lui fournir un plan pour «en finir avec Daech en 30 jours». La réalité est plus compliquée… mais il y a clairement une volonté d’en finir avec l’EI, ce qui se traduit par un nouveau pragmatisme diplomatico-militaire. Les FDS, notamment leur composante kurde des YPG, sont les troupes qui, depuis 6 ans, combattent le plus efficacement et le plus résolument l’EI en Syrie. Composée d’Arabes et de Kurdes sunnites, tandis que l’Armée syrienne libre (ASL), soutenue par Ankara, composée d’Arabes et de Turkmènes pour beaucoup islamistes, ne fait pas l’unanimité et encore moins «le job» aussi efficacement. Washington recherche une force à la fois efficace sur le terrain et capable de s’entendre avec Moscou et Damas pour trouver une sortie politique au conflit, ce qui semble être le cas avec les YPG, que la Russie s’apprête à entraîner militairement. Américains et Russes se servent donc tous deux des Kurdes syriens sur le terrain en les soutenant de diverses façons. Ces derniers cherchent à tirer parti au mieux de ces parrains difficiles et changeants pour servir leurs objectifs d’unification territoriale et d’autonomie politique. Il est probable, en dépit de l’opposition d’Ankara, qu’ils seront intégrés dans la négociation globale sur la Syrie future dont Washington et Moscou seront les ordonnateurs principaux même s’ils s’opposent pour l’heure sur sa forme – fédérale pour les Américains, unitaire mais décentralisée pour la Russie – mais qu’ils feront nécessairement les frais du nouvel équilibre.

La relation turco-américaine, avec un Erdogan de plus en plus inquiétant, peut-elle survivre à la crise syrienne?
Ni la Syrie, ni l’Irak, ni l’Iran et encore moins la Turquie ne veulent voir un Kurdistan émerger au Moyen-Orient. Quelles que soient les difficultés actuelles de la relation turco-américaine, Ankara reste un allié stratégique majeur de l’Otan. Le président Erdogan le sait et en joue. Il fait feu de tout bois pour se rendre à la fois indispensable et inquiétant auprès de tous ses interlocuteurs. C’est valable pour Washington, pour Moscou et bien sûr pour l’Europe. La dimension de politique interne est évidemment aussi à prendre en compte dans l’analyse de ses prises de positions ou retournements. Il est peut-être mégalomane, mais il est surtout un redoutable tacticien et a fort bien compris que son statut de puissance principale du flanc sud de l’Otan et de verrou des flots de réfugiés vers l’Europe peut lui permettre de mener son chantage assez loin… tant que l’on se laisse faire néanmoins. Le succès du référendum constitutionnel d’avril ne changera rien à la réalité de la situation en Syrie, où la poursuite de ses objectifs militaires et politiques dépend, en pratique, du bon vouloir de Moscou. Erdogan n’aurait tout simplement jamais pu lancer l’opération «Bouclier de l’Euphrate» sans s’être, au préalable, réconcilié avec Poutine…

Se dirige-t-on vers une convergence de fait, entre Washington et Moscou?
Depuis que Russes et Syriens ont repris la main militairement sur la situation en Syrie, il n’est plus possible de les ignorer comme le faisait le président Obama. On ne peut exclure un arrangement plus ou moins officieux permettant aux Américains d’engranger les bénéfices d’une reprise de Mossoul et d’une stabilisation politique de l’Irak au bénéfice des sunnites et des Kurdes irakiens de M. Barzani (dont la relation avec les «frères syriens» est très tendue), contre une attitude conciliatrice en Syrie, y laissant de facto la main aux Russes. Un tel apaisement n’est toutefois pas pour demain, ni en Irak, ni en Syrie. Car une telle convergence entre Washington et Moscou fait face à l’hostilité profonde des autres acteurs régionaux (Turquie, Iran et Israël notamment), qui craignent d’en faire les frais et préfèrent que l’antagonisme classique demeure, qui leur confère plus de poids et de moyens de pression. Les monarchies sunnites aussi ont chacune leur propre agenda. Et il faut enfin naturellement compter avec la résistance interne acharnée de certains pans de l’Administration américaine au Pentagone, à l’Otan ou à la CIA.

Moins de budget US pour la diplomatie, plus pour la défense… Les nouvelles orientations de la nouvelle politique américaine? Quel avenir entrevoyez-vous pour l’Otan?
En dépit des appels américains à l’autonomisation stratégique de l’Europe, Donald Trump souhaite en fait «que tout change pour que rien ne change». Autrement dit, il veut simplement que les Européens dépensent davantage pour leur défense (en achetant naturellement des armes américaines) sans être le moins du monde prêt à céder un pouce du contrôle politique et stratégique de l’Alliance qui demeurera américain. L’Otan permet aux Etats-Unis de contrôler une partie de l’Eurasie. C’est fondamental et cela ne changera pas. En revanche, peut-être la lutte contre le terrorisme deviendra-t-elle plus centrale dans le spectre de ses missions. Les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à voir l’Europe dans son ensemble s’autonomiser sérieusement en termes de défense ou de capacités de décision politique et de projection militaire. Il leur faut, en toute logique prévenir un rapprochement des Européens avec la Russie. Ils s’y emploient activement depuis 25 ans. L’élargissement de l’Alliance s’est fait essentiellement dans cette optique et n’a finalement buté que sur l’Ukraine. La question pour eux est de savoir sur quelle puissance européenne majeure s’appuyer désormais. L’Allemagne était un bon point d’ancrage, mais la relation Merkel-Trump va mettre du temps à devenir harmonieuse. La Grande-Bretagne a été un parfait cheval de Troie, qui a décidé de rentrer à l’écurie et la France, pour l’instant, est plutôt un obstacle à la mise en œuvre d’une diplomatie réaliste et pragmatique. Quant aux questions budgétaires et à la baisse éventuelle des moyens du Département d’Etat, je pense que Donald Trump veut dans l’immédiat complaire au Pentagone et mettre les ambassadeurs au pas, le Département d’Etat étant lui aussi globalement «vent debout» face à ce président qui casse tous les codes et tabous. Il met en place, dans ce domaine comme dans d’’autres, les éléments d’un nouveau rapport de force et de négociation qui lui soit plus avantageux.

Vous dites du Golan qu’il est représentatif de la «matriochka» qu’est la Syrie? Pouvez-vous expliciter?
Les Iraniens et le Hezbollah ne cachent pas leurs ambitions de libérer le Golan des Israéliens. Cet objectif est avant tout idéologique (montrer que l’on n’oublie pas «l’ennemi sioniste») mais aussi stratégique (créer un nouveau front au contact d’Israël, en plus du Liban). Les frappes aériennes israéliennes qui ont eu lieu dans la nuit du 16 au 17 mars visaient vraisemblablement une base près de Palmyre utilisée par les Iraniens. Tel-Aviv avait constaté les semaines précédentes des mouvements de troupes en direction du Golan et craignait que les milices soutenues par l’Iran n’accroissent leur présence et leurs activités dans la région. Cette incursion aérienne fut la plus profonde menée par Israël en Syrie. S’agit-il d’un signal adressé à l’Iran? Il semble difficile d’imaginer qu’elles aient pu avoir lieu sans l’aval au moins implicite de Moscou. Cet épisode illustre bien le «matriochka» syrien. Moscou entretient de bonnes relations avec Israël mais a aussi besoin du soutien iranien à Damas. Une fois de plus, la Russie doit jouer des ambitions des uns et des autres pour obtenir leur soutien sur certains dossiers. Il peut aussi s’agir d’un signal adressé par Israël à l’intention de la Russie pour qu’elle modère les ardeurs iraniennes en Syrie et en Méditerranée (i.e: «Si vous n’êtes capables de tenir vos partenaires, nous nous en occuperons»).

La Russie a été au cœur des élections US et françaises, engendrant une russophobie parfois exacerbée…
Nous assistons à une opération tragi-comique américaine de diabolisation tous azimuts de la Russie destinée à mettre en échec le reset de la relation de Washington avec Moscou souhaité par Trump, qui voulait amorcer sinon une coopération, du moins un dialogue constructif sur des problématiques communes. Le nouveau président se voit paralysé par une véritable hystérie médiatique en relais d’une offensive des Démocrates, de certains Républicains ou néocons forcenés, qui vise à l’engluer dans une posture défensive via une série d’affaires montées en épingle. Quel que soit le fond de l’affaire, le mal est fait. La psychose antirusse a pris des proportions affligeantes. Les médias US mainstream semblent ravis d’entendre d’innombrables «experts» expliquer que Trump va devoir endosser lui aussi les vieux habits de la plus grande démocratie du monde attaquée par l’épouvantable «ennemi» russe. Le débat sur l’opportunité d’une autre approche de la relation américano-russe est totalement escamoté. Trump est contraint de changer ses équipes et de faire des déclarations martiales envers Moscou déçu, défiant, qui observe avec commisération le cirque pathétique d’une Amérique dont le pouvoir politique est si faible et attend d’évaluer la réalité de la marge de manœuvre du nouveau président. Cette mascarade est dommageable pour la paix du monde. Cela montre combien la carte mentale de la Guerre froide est toujours profondément imprimée dans les mentalités américaines, même à très haut niveau. Ce tohu-bohu permet d’éluder, entre autres, les dernières révélations de Wikileaks sur l’existence d’une nouvelle et discrète agence à l’intérieur même de la CIA, qui a pour mission de mener des attaques cyber et surtout, via le «projet Ombrage», de faire en sorte que celles-ci puissent être réattribuées… à ses ennemis!

Est-t-on face à une nouvelle domination russe sur la région?
La Russie n’attaque personne, n’en déplaise au story telling américain. Elle défend ses intérêts au Moyen-Orient comme ailleurs. Elle n’a fait en Syrie, qu’exploiter le vide et le chaos stratégiques laissés par les Etats-Unis et chercher une contrepartie au grignotage continu par l’Otan de ses marges protectrices en Europe depuis 25 ans. Elle défend son droit d’être différente, de rester elle-même, de ne pas se laisser imposer nos standards occidentaux. Un combat très coûteux mais valeureux qui, ne nous en déplaise, semble toujours massivement ressenti comme légitime au plan politique interne. La cécité européenne sur ce qu’est profondément et veut demeurer la Russie, sur ses intérêts évidents et légitimes, mais aussi sur ce qui la lie au continent européen va au-delà de la mauvaise foi et sert essentiellement le jeu américain et celui sanglant de nos ennemis islamistes. Une réflexion intelligente sur la relation de l’UE avec Moscou devient urgente, tandis que Washington et Pékin se jaugent pour mettre en place un condominium qui nous marginalisera nécessairement.

L’Europe est-elle en train de louper le coche sans arriver à parler d’une seule voix, comme avec la Turquie?
Il n’y a pas d’Europe en matière stratégique et internationale. Dans l’actuelle crise ouverte par la Turquie à propos des communautés turques de l’UE, la France vient de perdre une nouvelle occasion de démontrer sa solidarité européenne envers l’Allemagne et d’afficher une posture enfin ferme vis-à-vis d’une puissance qui nous fait ouvertement chanter et se permet désormais de nous insulter de façon inqualifiable et nous a promis «un été sanglant en Europe»… quelques jours avant l’attentat de Londres. Même les Pays-Bas ont su être plus courageux. Les peuples européens eux aussi ont besoin de sentir la fermeté de leurs dirigeants, leur volonté de les protéger. L’Europe ne peut plus se satisfaire de sa pusillanimité et de son angélisme. Il lui faut entrer enfin dans l’âge adulte stratégique, prendre sa défense en main, protéger ses frontières, établir une charte commune pour l’intégration et l’immigration sur le continent qui soit valable et contraignante dans chaque Etat.

Qu’attendez-vous du prochain président français sur les questions cruciales?
J’attends des qualités banales, celles qui ont toujours été le propre d’un chef politique et militaire, mais qui sont pourtant en voie de disparition parmi nos élites déboussolées: de la hauteur de vue, de l’autorité, du courage, une vision de ce que nous devons redevenir à l’intérieur et sur la scène du monde, et une détermination sans failles pour redresser notre économie et restaurer notre cohésion nationale. 

Donald Trump s’est prononcé en faveur de l’établissement de zones sécurisées en Syrie pour accueillir le flot de réfugiés, ce qui réjouirait Ankara. Quelle forme peuvent-elles prendre?
Au stade actuel, d’après l’ONU, ce projet semble encore peu probable, trop dangereux dans l’immédiat. En se proposant de prendre en charge ces «zones sécurisées», Ankara souhaitait avant tout créer une aire sécurisée, couplée à une zone d’exclusion aérienne au nord, afin de protéger les rebelles qu’elle soutenait des bombardements syro-russes, mais aussi d’empêcher les Kurdes d’occuper le territoire. Comme avec son chantage aux migrants en Europe, le président Erdogan utilise sans vergogne les réfugiés syriens pour servir ses intérêts.

Quid des relations entre Téhéran et Ankara, qui ont témoigné d’échanges très tendus ces derniers temps?
Leurs relations sont complexes. En Syrie et au Moyen-Orient, Turquie et Iran rivalisent d’influence sur les plans religieux, politique, militaire et économique. Elles sont aussi en concurrence pour s’attirer les bonnes grâces de la Russie. Leur interdépendance économique est certes grande et ancienne. Les actuelles tensions d’Ankara avec l’UE peuvent inciter le président Erdogan à rechercher un rôle d’influence et d’équilibre - qu’il imagine sans doute central - entre les pays du Golfe et l’Iran. Il alterne d’ailleurs critiques et reconnaissance d’une nécessaire collaboration avec Téhéran. Par ailleurs, Donald Trump ne paraît pas aussi conciliant avec l’Iran qu’Obama. Le président turc pourrait être tenté d’exploiter cette nouvelle posture américaine pour rompre avec son isolement passé. 

Une note du Quai d’Orsay, dévoilée par le Figaro, prend le contre-pied de la position européenne sur la Syrie. La France est-elle définitivement hors course?
Cette note du CAPS révèle douloureusement notre dogmatisme pathétique à contretemps et contre-emploi sur la question syrienne et l’enkystement incompréhensible de notre diplomatie dans des partis-pris initiaux qui ont abouti à nous sortir du jeu diplomatique en cours, et pire encore, à nourrir le terrorisme qui nous frappe sur le territoire national. Nous persistons à rêver le monde tel qu’il n’est pas et il ne nous attend plus. Nous nous paralysons tous seuls au lieu d’user de notre influence résiduelle au profit d’un apaisement qui ne peut advenir que si l’on quitte précisément ces postures moralisantes et dogmatiques. Notre politique étrangère est entièrement à repenser vis-à-vis du Levant, mais aussi de l’Afrique, de l’Asie, de l’Europe. Sans parler de la Russie ou de la relation transatlantique. Il nous faut un prochain ministre des Affaires étrangères qui ne soit pas «étranger aux affaires» et la vision d’un président de la République qui agisse avec autorité et ambition pour le bien commun mais aussi, sans états d’âme, pour la défense de nos intérêts nationaux qui ne sont pas qu’économiques. Quant à l’Europe, elle doit cesser de renoncer à être, comprendre que c’est paradoxalement en restaurant ses souverainetés internes et sa sécurité externe qu’elle pourra s’affirmer et compter stratégiquement. Un paradoxe puissant.

Sommes-nous entrés définitivement dans un nouvel ordre mondial ?
Il est certain que « l’ordre » international marqué par une illusion unilatéraliste, où la domination américaine était consentie et attendue, a vécu. Les divers désastres stratégiques occidentaux, notamment au Moyen-Orient et au Levant, l’ombre grandissante et offensive de Pékin, la renaissance russe et son expression soudaine et décisive dans le conflit syrien, tout cela fait entrer le monde en vibration intense. La multipolarité stratégique, politique mais aussi normative est en cours de ré-ordonnancement dans une tectonique encore indécise. Un «contre-monde» multi-vectoriel et multi-sectoriel se structure autour de Pékin sans qu’on n’en prenne toute la mesure. «L’Occident» déboussolé, derrière Donald Trump, va probablement essayer de reprendre la main. Ce ne sera possible qu’en lien avec Moscou et Pékin, en rompant avec nos postures idéologiques présomptueuses et égoïstes et sur la base d’un respect des principes fondateurs de la Charte des Nations Unies, largement bafoués depuis la fin de la Guerre froide. Une vraie révolution intellectuelle et morale…

Caroline Galactéros: Spécialiste de géopolitique et d'intelligence stratégique, elle analyse les nouvelles lignes de failles qui dessinent le monde d'aujourd'hui, sur son blog Bouger les lignes(http://galacteros.over-blog.com).

 

Jenny Saleh

 

 

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Éditorial
Saturation et indécence

Les interprétations optimistes des indicateurs économiques et les déclarations rassurantes des dirigeants ne cachent pas la réalité: l’économie tarde à prendre son envol. Les pronostics des institutions financières internationales et des cabinets d’études restent d’ailleurs assez modestes, même s’ils prévoient une légère amélioration. Le Fonds monétaire international (FMI) s’attend à une croissance de 2% en 2017, Business Monitor International (BMI, Grande-Bretagne) prévoit un taux de 2,2% et le fournisseur de données indépendant, Economena Analytics, pense que la croissance s’établira autour de 2,5%.Comment pourrait-il en être autrement lorsque les moteurs de croissance traditionnels du Liban, que sont le tourisme, l’immobilier et la construction, «ont subi des revers», comme le souligne le FMI dans son rapport sur le pays du Cèdre.Il n’y a d’ailleurs nul besoin de lire ce rapport pour mesurer l’étendue du marasme économique. Rien ou presque n’encourage les Libanais à reprendre la consommation, et ce ne sont pas les quelques milliers de clients des restaurants – ce sont les mêmes qui tournent d’un établissement à l’autre –, qui démentiront cette réalité.      Certes, l’approbation du projet de budget 2017 par le gouvernement, le vote des décrets sur le pétrole et le gaz, les propositions de loi pour lutter contre la corruption au sein de l’administration publique et pour protéger les lanceurs d’alertes, le plan de réforme du secteur de l’électricité… sont des mesures louables. Mais il y a tellement à faire dans tous les domaines, que tous les efforts entrepris jusqu’à présent, semblent insuffisants pour que redémarre l’économie.Et même si des réformes structurelles étaient lancées tous azimuts, le Liban continuera à traîner un énorme boulet, celui des réfugiés syriens, qui représentent plus d’un tiers de la population. Cela «est éprouvant pour les communautés locales, créant de la pauvreté, du chômage, et ajoutant de la pression sur les infrastructures et les finances publiques déjà fragilisées», souligne le FMI. Selon l’institution internationale, le coût indirect de la présence des réfugiés syriens aurait dépassé les 2,5 milliards de dollars en termes de dégradation des services publics.Les conséquences de la présence de ce nombre de réfugiés sont encore plus pernicieuses. L’Association des commerçants de Beyrouth (ACB) dénonce la compétition déloyale des Syriens installés au Liban pour les sociétés, les entreprises, les petites entreprises, les usines et les divers chantiers. L’ACB évoque un «cycle économique syrien qui prospère et se développe à l’intérieur de l’économie libanaise» et à ses dépens. «Même si tous les touristes du monde venaient au Liban, cela ne règlerait pas la crise car nous sommes confrontés à un problème structurel provoqué par la concurrence faite à l’économie libanaise par une autre économie», prévient l’ACB.Le Liban a donc atteint le point de saturation aussi bien au plan démographique qu’économique. La situation est d’autant plus grave que la communauté internationale n’a jamais tenu ses engagements financiers, ce qui a poussé le FMI à l’interpeler, en estimant qu’elle «doit jouer un rôle-clé pour répondre à la crise des réfugiés». «Le Liban a besoin et mérite un appui important», indique le rapport de l’institution financière internationale.A défaut d’une aide directe au Liban, qui pourrait ne jamais arriver, les agences de l’Onu et autres ONG devraient au moins avoir la décence d’acheter sur le marché libanais et aux entreprises locales les produits alimentaires, médicaux et autres, fournis aux réfugiés, au lieu d’aller s’approvisionner sur les marchés extérieurs. Cela permettrait de remplir quelques lignes dans les carnets de commandes, désespérément vides, de l’industrie libanaise.


 Paul Khalifeh
   

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