Interview
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Nº 2897 du vendredi 17 mai 2013

Éditorial
Poutine de toutes les Russies

Berceau des trois religions monothéistes, lieu d’ancrage ou de passage des plus grandes civilisations de l’Histoire, principal réservoir énergétique de la planète, le Proche-Orient se trouve, encore une fois, au cœur d’intenses événements. Faut-il se sentir flattés ou, au contraire, s’en alarmer? Certes, savoir que tant de regards sont braqués vers nous devrait être une source de fierté. Mais le fait qu’un bras de fer planétaire se déroule au-dessus de nos têtes est plutôt angoissant. Surtout que les outils utilisés dans cette confrontation vont du gaz sarin à l’éviscération, en passant par les décapitations, les lacérations - avant et après viol -, les rapts d’évêques, de prêtres, de Casques bleus, de chrétiens et de musulmans, de riches et de pauvres, sans oublier l’exode de millions de personnes, la torture, les attentats suicide, les raids aériens, la terre brûlée, les villes rasées, les pénuries alimentaires, la malnutrition des enfants, les années scolaires perdues, les familles déchirées ou anéanties... Mais, nous serine-t-on, la «liberté» et la «démocratie» n’ont pas de prix. C’est vrai qu’en regardant la Libye, le Yémen, la Tunisie ou l’Egypte post-dictature, qui baignent dans la quiétude, la stabilité, la sécurité, la prospérité et l’authentique démocratie, on peut lâcher un soupir de soulagement... le jeu en vaut vraiment la chandelle! Il ne faut pas s’inquiéter des quelques excès qui se produisent ici et là, car rien ne peut arrêter une «révolution en marche», du moment que la graine de la démocratie est plantée et qu’il se trouvera toujours quelqu’un pour l’arroser. Laurent Fabius n’a-t-il pas dit, dans une interview au Monde, le 9 mai, que «ces transitions arabes prendront du temps»? «Nous voulons le respect de deux principes: les libertés fondamentales (droit d’expression, droits des femmes...) et la possibilité d’alternance, le pluralisme», a dit le ministre français des Affaires étrangères. Il faudra interroger les femmes, les minorités religieuses, les homosexuels, les bons vivants et les fêtards, les laïcs (comme Chukri Belaïd en Tunisie), et tous ceux qui ne pensent pas comme les «arroseurs de la graine», pour savoir ce qu’il en est vraiment. Les choses allaient merveilleusement bien jusqu’au jour où un certain Vladimir Poutine est venu fourrer son nez dans ce qui ne le regarde pas. Les Etats-Unis avaient raison de s’inquiéter de la réélection de ce Monsieur au Kremlin. Jugeant la conjoncture internationale propice, le président russe s’est fixé comme objectif de rendre à son pays la position de leader mondial traitant d’égal à égal avec l’Occident, qu’il avait honteusement perdue à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique. Et c’est en prenant comme point de départ la crise syrienne qu’il compte arriver à ses objectifs. Les nouveaux équilibres internationaux qui se mettent en place se sont exprimés avec force, ces derniers jours, à plusieurs occasions. A un Benyamin Netanyahu, venu le convaincre de ne pas livrer des missiles S-300 à la Syrie, il a opposé une fin de non-recevoir. Il l’a même mis en garde de ne pas lancer de nouveaux raids aériens contre Damas, comme ceux du 5 mai. «Il est crucial dans ce moment important d’éviter tout acte pouvant déstabiliser la situation», a-t-il dit à son interlocuteur embarrassé.   Quelques jours plus tôt, il avait réussi à renflouer l’accord de Genève, prévoyant une solution politique négociée à la crise syrienne, à laquelle a souscrit le secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Le 9 mai, à l’occasion du traditionnel défilé commémorant la victoire en 1945 sur le nazisme, Vladimir Poutine a déclaré que la Russie, «ferait tout son possible pour préserver la paix, renforcer la sécurité mondiale et éviter de nouvelles guerres». Un message adressé aux Etats-Unis, qui ont mené pas moins de sept guerres ou vastes offensives aériennes, ces vingt dernières années, pour asseoir leur influence sur la scène internationale.    Cette position de leader, Washington la lui reconnaît déjà, du moins verbalement. «En tant que leader sur la scène internationale, la Russie a un intérêt, et également l’obligation d’essayer de résoudre (le) problème (syrien)», a déclaré Barack Obama en recevant le Premier ministre David Cameron, lundi à la Maison-Blanche. Cela n’a pas empêché la Russie de confondre et d’embarrasser les Etats-Unis en dévoilant, avec grand tapage médiatique, l’arrestation d’un présumé agent de la CIA, à Moscou. Après avoir dénoncé un comportement «de l’esprit de la guerre froide», le Kremlin a ironisé mercredi sur cette tentative «grossière et maladroite» de recruter un agent des services spéciaux russes par un diplomate américain. Ce n’est pas un hasard que cette affaire ait éclaté quelques semaines avant un sommet Poutine-Obama, le 17 juin, où le président américain ne sera pas dans une situation très confortable. Si les deux dirigeants ne parviennent pas à des compromis sur les nombreux dossiers en suspens (crise syrienne, nucléaire iranien, bouclier antimissile…), la mini-guerre froide se poursuivra et s’aggravera.


 Paul Khalifeh
   

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