LIBAN
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Nº 3083 du vendredi 3 novembre 2017

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LIBAN

La première année du sexennat du général Michel Aoun, élu le 31 octobre 2016 après deux ans et demi de vacance à la première magistrature de l’Etat, vient de s’achever. Partisans et détracteurs du mandat avancent des bilans tellement contradictoires qu’on a l’impression qu’ils ne parlent pas du même pays. Les fidèles du chef de l’Etat égrènent une longue liste de «réalisations», qui n’auraient pu être concrétisées sans la présence, au palais de Baabda, d’un «président fort». Les réussites du mandat vont de l’adoption d’une nouvelle loi électorale introduisant le mode de scrutin proportionnel et le vote des émigrés, à la bataille de l’«Aube des jouroud», qui a permis la libération, par l’armée libanaise, du territoire des groupes terroristes, en passant par les nominations administratives, militaires, sécuritaires, diplomatiques et juridiques, bloquées depuis des années. Au crédit du chef de l’Etat, également, le renforcement de la sécurité préventive, qui a épargné au pays de nombreux attentats, la condamnation à mort d’Ahmad el-Assir et d’autres extrémistes, dont les procès avançaient au ralenti à cause de l’absence d’une volonté politique. Sur le plan économique et social, les partisans du mandat soulignent le vote du budget 2017, après 12 ans de dépenses selon la douzième provisoire – qui autorise toutes sortes d’abus –, et l’adoption de l’échelle des salaires dans la fonction publique, qui renforce le pouvoir d’achat de dizaines de milliers de familles.
Dans le bilan des contempteurs du mandat, ces «réalisations» ont cédé la place à une interminable liste de fiascos, d’échecs et de défaillances. «L’Etat est en déliquescence», déplore l’ancien Premier ministre Nagib Mikati, qui se livre dans les colonnes de Magazine à un réquisitoire au vitriol contre le pouvoir actuel (voir page 16). Pour les détracteurs du président Aoun, les nominations ne sont qu’un partage du gâteau entre les partenaires de la coalition gouvernementale. Plus qu’une faute, l’échelle des salaires serait un péché, selon eux, car son financement impose des charges et des taxes supplémentaires aux chefs d’entreprises, aux sociétés, à la classe moyenne et les catégories les plus démunies. Le vote du budget n’est en aucun cas une source de fierté, car il s’agit de l’année fiscale écoulée, et déjà le gouvernement a dépassé les délais constitutionnels dans l’examen et l’approbation du budget 2018. De plus, la loi fondamentale votée au Parlement permet de mesurer la gravité du phénomène du gaspillage des deniers publics, avec des centaines de milliards de livres qui partent en fumée entre les administrations publiques, les dépenses inutiles et les fonds secrets (voir page 34).
Entre ces deux descriptions antagonistes du Liban, il y a la perception qu’ont les Libanais de leur pays. Rares sont ceux qui ont le sentiment que leur vie s’est améliorée d’une année à l’autre. La tâche qui attend le mandat est tellement titanesque, que les réalisations accomplies, aussi importantes soient-elles, n’ont que très peu pesé dans le jugement que les Libanais se font des conditions et de la qualité de leur vie.


Paul Khalifeh

Mariages collectifs
Chez les chrétiens et les musulmans

Face à la situation financière actuelle, des initiatives ont été prises pour permettre à plusieurs couples de s’unir sans s’encombrer dans les dépenses occasionnées par le mariage.
Ainsi, à Bkerké, et à la suite de l’initiative de la Ligue maronite, le patriarche maronite, le cardinal Béchara Boutros Raï, a marié 37 couples dans le cadre d’un mariage collectif. Il a mis l’accent sur l’importance de «l’engagement dans le mariage», soulignant que «les 37 couples mariés fonderont 37 petites églises dans leurs nouvelles familles».
De son côté, la Ligue maronite a publié une brochure mettant l’accent sur «le sacrement du mariage». Elle a souligné l’importance de son initiative qui assure un soutien aux nouveaux mariés en couvrant toutes les dépenses de leurs mariages depuis les robes de mariée, à la décoration de l’église, aux photos. Elle offre, de plus, à chaque couple la somme de 2000 dollars pour entamer sa vie matrimoniale.
Un autre mariage collectif s’est déroulé le même jour au Hermel, un événement, le premier du genre dans la région. Cent cinquante jeunes hommes et femmes ont célébré leurs mariages au bord du fleuve el-Assi. Les couples se sont déplacés dans un convoi de Baalbeck au Hermel. L’événement a eu lieu sous le patronage du secrétaire général du Hezbollah sayyed Hassan Nasrallah. Des cadeaux ont été offerts aux couples.

 

Manifestations
L’enquête sur les violences se poursuit

Depuis quelques jours, l’enquête se poursuit sur les incidents qui ont eu lieu dans les manifestations au centre-ville. Des sources ont souligné que cette enquête est menée par les autorités sécuritaires, à la demande du ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk, et non par les autorités judiciaires, comme de coutume. Depuis 2005, de grandes manifestations ont lieu à des dates variées et pour des raisons multiples, mais c’est la première fois que les autorités sécuritaires s’emploient à préciser les responsabilités et à rendre publics les procès-verbaux dans ce cadre.

Le ministre Machnouk avait précisé que trois groupes sont responsables de l’emploi exagéré de la force, signalé au cours de la manifestation du 22 août: la garde du Parlement, la faction de l’armée chargée d’assurer la protection du Parlement et les éléments des Forces de sécurité intérieure. Ces derniers ont été entendus et tenus responsables de ce qui s’est passé. Mais il n’a pas été possible d’obtenir les dépositions des éléments de la garde du Parlement. Le commandement de l’armée n’a pas enquêté sur ce qui s’est passé, la faction de l’armée chargée d’assurer la protection du Parlement recevant ses ordres de la présidence de la Chambre. Par conséquent, le commandement de l’armée n’est pas concerné par l’enquête.

 

Santé
Fermeture de dispensaires illégaux

Trente-cinq dispensaires illégaux ou ne répondant pas aux qualifications requises  pour la sécurité des malades ont été fermés sur ordre du ministre de la Santé, Waël Abou Faour, qui a qualifié certains d’entre eux de «boutiques commerciales exploitant les malades à des fins personnelles, notamment dans les régions éloignées et pauvres».
En mai dernier, le ministère de la Santé avait publié un décret en vertu duquel les dispensaires disposaient d’un délai expirant le 31 juillet 2015 pour régulariser leur situation. Un grand nombre de ces établissements n’a pas pris au sérieux cette décision. Abou Faour avait adressé des avertissements à 281 dispensaires et laboratoires ne répondant pas aux conditions sanitaires minimums, avant de prendre des mesures radicales à l’encontre de ces dispensaires qui menacent la santé des citoyens. Le ministre a publié une liste des dispensaires non munis de licences, situés dans les régions de Dennié, Jbeil, Koura, Saïda, Abbassiyé, Deir Amess, Sour, Hasbaya, Tripoli, Baalbeck, Aïtarout et Bint Jbeil.

 

Diplomatie
Hugo Shorter, nouvel ambassadeur de Sa Majesté

Le gouvernement britannique a désigné un nouvel ambassadeur au Liban pour remplacer Tom Fletcher, dont le mandat est venu à expiration. Hugo Shorter exercera ses fonctions en tant que chargé d’affaires, en attendant de pouvoir présenter ses lettres de créance au futur chef de l’Etat.
Selon un communiqué de l’ambassade britannique à Beyrouth, c’est le premier poste d’ambassadeur que Shorter occupe. Il était à la tête de la direction européenne des affaires étrangères au sein du ministère britannique des Affaires étrangères. Il avait occupé auparavant la position de conseiller du ministre des Affaires étrangères sur une variété de dossiers, et servi de coordinateur de la politique étrangère britannique au sein du G7/8.
Shorter a grandi au Brésil, où il a effectué sa scolarisation à Rio de Janeiro, avant de retourner à Oxford puis à l’Ecole nationale d’administration pour ses études supérieures.
Le nouvel ambassadeur, marié et père de trois enfants, s’est dit «honoré» d’occuper cette nouvelle position, et de pouvoir célébrer à Beyrouth ses 25 ans de service au sein du ministère britannique des Affaires étrangères.

 

 

 

 

La vente de plusieurs marques de labné non conformes aux standards hygiéniques requis a été suspendue à la suite de la demande du ministre de l’Economie, Alain Hakim. Les marques impliquées sont: Fresh Milk (Chtaura), Salamé (Zahlé), al-Marj (Zghorta) et al-Majzoub (Saïda). Cette suspension sera levée une fois que les produits seront conformes aux normes d’hygiène.
Après quatre mois de fermeture forcée, et la solution trouvée pour l’affaire des journaliers, l’Electricité du Liban s’est attelée aux travaux de réparation nécessaires. Les câbles dans les régions de Basta-Unesco et Basta Aéroport ont été réparés, ainsi que le mélangeur à la station ouest principale, ce qui rétablit l’alimentation dans la région du Beyrouth administratif et ses banlieues.
Jaafar el-Chahal, fils du fondateur du courant salafiste, le cheikh Daï el-Islam el-Chahal, a été arrêté à Tripoli. Ce dernier a considéré que les accusations portées de collusion avec des groupuscules terroristes portées contre lui sont «pur mensonge».

Vendredi, 28 Septembre 2012 12:19

En attendant Benoît XVI

«De même que le fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup» (1). Voilà  ce que les chrétiens d’Orient sont en droit de demander au vicaire de Dieu, le pape Benoît XVI. Celui-ci, en venant au Liban, dit au monde que personne ne s’y trompe: si les chrétiens du Liban ne sont pas les premiers, car il n’y aura jamais de premiers, ils demeurent le symbole d’une chrétienté bimillénaire dans sa terre d’origine. Le Saint-Père n’est pas un chef d’Etat comme les autres. L’Eglise a renoncé, depuis deux siècles, au pouvoir temporel. C’était d’ailleurs le message originel du Christ. C’est sur les âmes qu’elle prétend veiller pour rendre moins pénible le passage dans la «Vallée des larmes» qu’est ce monde. Mais l’âme est dans un corps et celui-ci mérite de ne pas souffrir. «C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice» (2). Que peut le pape alors? Certes beaucoup. Depuis que Vatican II a ramené l’Eglise repliée sur elle-même, dans la société, elle est de nouveau l’autorité qui peut sans être politique, faire de la politique. Elle peut et doit veiller au présent et à l’avenir des chrétiens, sans utiliser des armes auxquelles elle a renoncé. Benoît XVI peut se contenter d’une visite pastorale, au cours de laquelle il bénira l’ensemble des Libanais dans une grande fête œcuménique, insufflant de l’espoir à ceux qui n’en ont plus, mais qui s’estompera aussitôt qu’il sera parti. Ce que nous attendons de Benoît XVI, c’est qu’il use de toute son autorité pour que cesse le massacre des innocents en Syrie et au Liban. Nous souhaitons qu’il se batte pour rester fidèle à sa propre exhortation. «L’Homme, la personne dans son intégrité est le premier capital à sauvegarder» (3). L’homme qu’il désigne est la créature de Dieu quelles que soient sa couleur, sa race et surtout sa religion. Que ce soit principalement des musulmans qui meurent en Syrie et à Tripoli, il faut, avec le cardinal Jean-Louis Tauran, «passer de la peur de l’autre à la peur pour l’autre» (4). Car, en définitive, la folie meurtrière n’épargnera personne, ni en Syrie ni au Liban. L’Irak est là pour nous rappeler comment, dans un conflit où ils n’étaient qu’observateurs, les chrétiens ont payé un lourd tribut.
 

«Le Vatican, combien de divisions blindées?» C’est ce que demandait Staline. Pourtant, on ne peut méconnaître certaines réalités aux Etats-Unis qui, quand ils l’ont voulu, ont mis un terme aux tueries du colonel Khadafi. En Amérique, un citoyen sur quatre est catholique et 74% d’entre eux se disent satisfaits de Benoît XVI (5). Joe Biden, actuel vice-président, et son concurrent, Paul Ryan, sont tous deux catholiques. Dans un pays où seuls 5% de la population se disent athées (6), on peut évaluer la portée d’un message du Pape aux dirigeants de la Maison-Blanche pour mettre un terme au carnage. Même l’Europe n’est pas insensible aux avis du Vatican. On se souvient de la dispute qui a longtemps tenu en haleine le continent, quand il s’est agi de rappeler les racines chrétiennes de l’Europe pour les inclure dans la nouvelle Constitution de 2005. Si l’idée ne fut pas retenue, le débat a montré que la religion catholique n’est pas totalement étrangère à la conscience européenne et que le souverain Pontife peut y être entendu, s’il venait à demander une intervention européenne pour arrêter la tuerie. Même la Russie, complice de l’Occident dans le sanglant statu quo qui anéantit la Syrie depuis le pontificat de Benoît XVI, est plus attentive à ses déclarations, qu’à celles de son prédécesseur. Son renoncement au titre de patriarche d’Occident, titre considéré par les orthodoxes comme une agression, et l’échange de lettres qu’il y a eu avec le patriarche de Moscou et de Russie, Alexis II, sont la démonstration d’un réchauffement des relations entre les deux Eglises. Quand on sait combien l’Eglise orthodoxe est influente auprès de Vladimir Poutine au point de voir en lui un «Miracle», on peut espérer qu’elle participe à la résolution du conflit.
Voilà ce que l’on attend de Benoît XVI. Qu’il use de tout son crédit auprès des grands décideurs pour mettre fin à ce drame qui, non seulement met à feu et à sang la Syrie, mais peut embraser tout le Moyen-Orient. Qu’il nous le dise clairement lors de sa visite.

 

Amine Issa
 


1- Mathieu XX-28
2- Mathieu VII-20
3- Encyclique Caritas in veritate (2009)
4- Synode des évêques pour le Moyen-Orient (2010)
5- Espresso 30/08/12
6- The Economist 22/8/2012


 

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Éditorial
La perception compte que la réalité

La première année du sexennat du général Michel Aoun, élu le 31 octobre 2016 après deux ans et demi de vacance à la première magistrature de l’Etat, vient de s’achever. Partisans et détracteurs du mandat avancent des bilans tellement contradictoires qu’on a l’impression qu’ils ne parlent pas du même pays. Les fidèles du chef de l’Etat égrènent une longue liste de «réalisations», qui n’auraient pu être concrétisées sans la présence, au palais de Baabda, d’un «président fort». Les réussites du mandat vont de l’adoption d’une nouvelle loi électorale introduisant le mode de scrutin proportionnel et le vote des émigrés, à la bataille de l’«Aube des jouroud», qui a permis la libération, par l’armée libanaise, du territoire des groupes terroristes, en passant par les nominations administratives, militaires, sécuritaires, diplomatiques et juridiques, bloquées depuis des années. Au crédit du chef de l’Etat, également, le renforcement de la sécurité préventive, qui a épargné au pays de nombreux attentats, la condamnation à mort d’Ahmad el-Assir et d’autres extrémistes, dont les procès avançaient au ralenti à cause de l’absence d’une volonté politique. Sur le plan économique et social, les partisans du mandat soulignent le vote du budget 2017, après 12 ans de dépenses selon la douzième provisoire – qui autorise toutes sortes d’abus –, et l’adoption de l’échelle des salaires dans la fonction publique, qui renforce le pouvoir d’achat de dizaines de milliers de familles. Dans le bilan des contempteurs du mandat, ces «réalisations» ont cédé la place à une interminable liste de fiascos, d’échecs et de défaillances. «L’Etat est en déliquescence», déplore l’ancien Premier ministre Nagib Mikati, qui se livre dans les colonnes de Magazine à un réquisitoire au vitriol contre le pouvoir actuel (voir page 16). Pour les détracteurs du président Aoun, les nominations ne sont qu’un partage du gâteau entre les partenaires de la coalition gouvernementale. Plus qu’une faute, l’échelle des salaires serait un péché, selon eux, car son financement impose des charges et des taxes supplémentaires aux chefs d’entreprises, aux sociétés, à la classe moyenne et les catégories les plus démunies. Le vote du budget n’est en aucun cas une source de fierté, car il s’agit de l’année fiscale écoulée, et déjà le gouvernement a dépassé les délais constitutionnels dans l’examen et l’approbation du budget 2018. De plus, la loi fondamentale votée au Parlement permet de mesurer la gravité du phénomène du gaspillage des deniers publics, avec des centaines de milliards de livres qui partent en fumée entre les administrations publiques, les dépenses inutiles et les fonds secrets (voir page 34). Entre ces deux descriptions antagonistes du Liban, il y a la perception qu’ont les Libanais de leur pays. Rares sont ceux qui ont le sentiment que leur vie s’est améliorée d’une année à l’autre. La tâche qui attend le mandat est tellement titanesque, que les réalisations accomplies, aussi importantes soient-elles, n’ont que très peu pesé dans le jugement que les Libanais se font des conditions et de la qualité de leur vie.


 Paul Khalifeh
   

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