Liban et Proche-Orient
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Nº 3101 du vendredi 3 mai 2019

Liban et Proche-Orient
Vendredi, 03 Mai 2019 11:18

Confidences sécurité

Le triple bouclier israélien
Très Coûteux et peu efficace

Des experts militaires israéliens de renom relativisent l'efficacité du triple bouclier anti-missiles déployé dans le pays pour le protéger en cas de guerre. Le Dôme d'acier (pour intercepter les roquettes de courte portée), le Fronde de David (moyenne portée) et Hetz (longue portée) seront incapables de contrer les quelque 2 000 roquettes et missiles que le Hezbollah lancerait tous les jours sur Israël en cas de conflit, estiment les experts. Si une partie des projectiles sera interceptée, des centaines d'autres atteindront leurs cibles. Le triple bouclier devra tirer en moyenne 1 400 projectiles par jour pour être efficace, ce qui signifie que l'Etat hébreu n'est pas capable de mener une guerre de longue durée. De plus, 1 400 missiles couteraient 1,3 milliard de dollars par jour. Si la guerre dure 10 jours, le coût s'élèverait à 13 milliards. Si elle se poursuit pendant 33 jours, comme la guerre de juillet-août 2006, il faudra débourser 43 milliards de dollars.

Chadi Mawlaoui refait surface
L'islamiste recherché par la justice, Chadi Mawlaoui, refait parler de lui après un an et demi de silence. Cette figure extrémiste tripolitaine, dont l'arrestation par la Sûreté générale (SG), en mai 2012, avait provoqué de fortes tensions dans le pays, s'était réfugiée dans le camp de Aïn el-Héloué avant de s'enfuir en Syrie à l'automne 2017. Depuis son refuge à Idleb, où il combat dans les rangs de Hayaat Tahrir al-Cham (l'ancienne branche d'al-Qaïda en Syrie), il a publié, fin avril, un communiqué, menaçant de représailles les services de sécurité libanais, «qui se livrent à des vexations contre les sunnites», s'ils «ne mettent pas un terme à leurs exactions contre nos femmes».  

Les tunnels ne mobilisent pas
Le Front populaire de libération de 
la Palestine - Commandement général, dirigé par Ahmad Jibril, occupe toujours des tunnels creusés dans la montagne dans la localité de Nahmé, à 20 kilomètres au sud de Beyrouth. On ne connaît pas exactement le nombre de combattants déployés sur ce site ni le type d'armements qu'ils possèdent. Leur approvisionnement en eau et en nourriture se fait discrètement par le biais de véhicules civils. Selon une source informée, une personnalité politique considérée comme un faucon du 14-Mars a tenté dernièrement de mobiliser les habitants de la localité contre cette présence armée non légale dans une zone résidentielle. Mais cette personnalité n'a pas trouvé des oreilles attentives au sein de la population locale car les principaux partis influents dans la région refusent d'ouvrir ce sujet qui risque de créer des tensions qu'ils jugent «inutiles» à ce stade.  

Blanchiment
Washington encourage la délation

«La récompense allant jusqu'à 10 millions de dollars proposée par le Département du Trésor américain à toute personne fournissant des informations susceptibles de faire la lumière sur les réseaux de financement du Hezbollah est un appel on ne peut plus clair à la délation», a affirmé une source bancaire libanaise. Dans les milieux du Hezbollah, l'appel du Trésor américain lancé le 22 avril, est pris très au sérieux. Une source proche du parti estime que les efforts des services de renseignements américains se concentrent actuellement sur le recrutement d'agents et de collaborateurs au sein du secteur bancaire pour surveiller les transactions financières et fournir des informations sur les clients.

Des mémoires qui font des vagues

Un ancien haut responsable d'un service de sécurité libanais, très influent à une époque pas très lointaine, est sur le point de terminer la rédaction de ses mémoires. Une source informée du projet assure que le livre ferait d'importantes révélations sur des événements qui ont marqué les 20 dernières années au Liban et dans la région, ferait la lumière sur certaines zones d'ombre et ébranlerait pas mal de certitudes. «Ces mémoires, très bien documentés, apportent des réponses parfois déroutantes à des événements cruciaux et contiennent de précieuses informations», affirme cette source à Magazine. Certaines personnalités toujours actives dans la vie politique auraient conseillé à cet ancien haut responsable sécuritaire de ne pas publier ses mémoires à ce stade, car ils risquent de provoquer des polémiques et d'ouvrir des plaies à un moment où le pays a besoin de stabilité et d'un minimum de vagues. 

 

Le mur de Miyé Miyé
Les habitants protestent

Les habitants de la localité de Miyé-Miyé, à l'est de Saïda, ont protesté auprès de l'armée libanaise contre la construction d'un mur séparant le camp palestinien portant le même nom que le village. Soutenu par l'évêque grec-catholique de Saïda et Deir al-Qamar, Mgr Elie Haddad, et du curé de la paroisse Sassine Grégoire, les habitants réclament la restitution de leurs maisons saisies il y a près de quatre ans par le groupe Ansarallah, chassé du camp en octobre 2018 par le Fateh (après des combats qui ont fait 4 morts et 30 blessés). Ansarallah, dont le chef Jamal Sleiman avait été exilé en Syrie, a accepté le principe de la restitution de ces trois maisons, dont l'une avait été transformée en mosquée. Les habitants souhaitent que le tracé du mur n'englobe pas leurs biens, mais l'armée a indiqué que cet ouvrage est provisoire. Affaire à suivre.

Liban-Syrie: la frontière surveillée
Le déploiement de l'armée libanaise à la frontière orientale du pays n'a jamais été aussi important et efficace, affirme un source informée dans la région de Baalbek-Hermel. Le dispositif de surveillance de la frontière, mis en place avec une aide et un financement britanniques est pratiquement achevé. Il comporte des dizaines de miradors fortifiés et équipés de matériel de surveillance. Cette source déclare que la frontière libano-syrienne au niveau du Hermel est aujourd'hui pratiquement sous le contrôle de l'armée. «Cette frontière était poreuse, on pouvait aller et venir entre le Liban et la Syrie comme si on se déplaçait dans un même pays. On se rendait à Homs comme si on allait à Zahlé. Ce n'est plus le cas», ajoute la source. L'armée libanaise a laissé un passage entre le Hermel et la région syrienne de Qoussair pour que le Hezbollah puisse transférer et remplacer ses troupes déployées en Syrie. La source ajoute que le renforcement du contrôle de l'armée à la frontière se fait en coordination avec le Hezbollah.

Agendas différents en Syrie
Une source libanaise bien informée a assuré que les hauts dirigeants syriens n'ont pas été associés aux efforts de la Russie qui ont permis de retrouver et de restituer à Israël, début avril, le corps du soldat Zachary Baumel, porté disparu depuis la bataille de chars de Sultan Yaacoub (Békaa-Ouest), entre l'armée syrienne et les troupes d'invasion israéliennes, en 1982. Cette source n'a cependant pas nié que les Russes auraient pu bénéficier de l'aide d'un service de sécurité syrien. Cette affaire montre que Russes, Syriens et Iraniens n'ont pas le même agenda en Syrie, conclut la source.

1 204
sur les 3 071 incidents violents répertoriés en 2018 au Liban par le Conflict analysis Bulletin ont impliqué Israël. Ce pays est le premier des 30 acteurs identifiés par l'étude comme responsables de différents actes de violence. En 2ème position viennent les «civils» libanais, responsables de 1 130 incidents, suivis des Forces de sécurité intérieure (FSI, 877) et des «civils syriens» avec 561 incidents. Le bulletin fait état de 949 violations de l'espace aérien libanais par des appareils israéliens en 2018.   


Banditisme
Soumis depuis le printemps 2018 aux pressions de l'armée et des services de sécurité, les gangs qui étaient actifs dans le trafic de drogue et d'armes dans la Békaa semblent s'être reconvertis dans le brigandage de grand chemin. Ces trois derniers mois, plusieurs personnes sont tombées dans les filets de ces malfaiteurs vêtus d'uniformes militaires et qui écument la route internationale Chtoura-Masnaa à bord de 4x4 utilisés par les services de sécurité libanais. Ils choisissent leurs cibles parmi les voitures luxueuses, qu'ils interceptent. Puis ils emmènent les occupants vers la région de Baalbek où ils les délestent de tout ce qu'ils ont de précieux, y compris la voiture, avant de les abandonner dans des lieux déserts. 

 

Les choix de Bassil
Dans l'entourage du président de la République Michel Aoun, il y a plusieurs avis concernant  les nominations des candidats aux postes militaires et sécuritaires occupés par des chrétiens, assure une source proche de la présidence. Mais dans la majorité des cas, c'est le choix retenu par le ministre des Affaires étrangères et chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, qui l'emporte sur tous les autres. Sauf lorsque le président Aoun souhaite lui-même nommer une personne bien déterminée à un poste.   

En dépit du renforcement des pressions sur le Hezbollah et l’Iran, la stabilité du Liban continue de faire la quasi-unanimité à Washington. Mais jusqu’à quand?

La visite à la mi-mai à Beyrouth du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo ne change pas vraiment la donne en ce qui concerne la politique américaine vis-à-vis du Liban ou de la région, et qui reste focalisée sur les sanctions financières contre l’Iran et ses alliés. Selon des sources interviewées par Magazine à Washington, le pays du cèdre n’est pas une priorité pour le moment, malgré l’escalade verbale opposant les Etats-Unis à l’Iran et la guerre économique que livrent les premiers au second. «Ni le Liban ni la Syrie ne sont des dossiers urgents pour l’administration américaine», souligne une source au sein de cette dernière ayant requis l’anonymat.
En effet, le débat qui semble captiver Washington et diviser Démocrates et Républicains se focalise essentiellement sur la politique américaine envers l’Arabie saoudite, la Maison-Blanche maintenant des relations privilégiées avec le royaume au grand dam du Congrès. Depuis l’assassinat, le 2 octobre 2018, au consulat saoudien d’Istanbul, du journaliste Jamal Khashoggi, la classe politique américaine s’est liguée contre la dynastie des Saoud, et plus particulièrement contre le prince héritier Mohamed ben Salman, exigeant une révision des relations américano-saoudiennes de la part de la Maison-Blanche, notamment pour ce qui est de la guerre du Yémen, de la détention de femmes activistes et de l’assassinat du journaliste, très respecté à Washington. Par ailleurs, le Congrès a approuvé en début de mois une résolution exhortant Donald Trump à arrêter tout soutien à la coalition saoudienne dans la guerre au Yémen.

Les milices irakiennes
Dans une moindre mesure, l’Irak retient toujours l’attention de Washington en raison de la présence de troupes américaines sur son sol et la menace que représentent les milices pro-iraniennes comme Kataëb Hezbollah, Assaïb Ahl al-Haq, entre autres, dont le discours s’est exacerbé depuis l’élargissement des sanctions américaines, les plus récentes ayant visé Harakat Hezbollah al-Nujaba. A noter – cela malgré les pressions américaines contre le nouveau gouvernement visant à démanteler les milices irakiennes, notamment les forces de mobilisations populaires vues par Washington comme le bras armé de Téhéran en Irak, et l’importance que présente le dossier irakien aux yeux des Américains – qu’aucune haute délégation militaire ou diplomatique n’était présente lors du récent forum de Suleimaniya, organisé début mars par l’Université américaine d’Irak. Cet événement avait attiré les années précédentes des personnalités comme Brett McGurk, l’ancien envoyé présidentiel auprès de la Coalition internationale contre l’Etat islamique, et le général David Petraeus.
En ce qui concerne le Liban, la politique américaine envisage le dossier par le prisme de la délimitation des frontières et des sanctions contre le Hezbollah. A Beyrouth, Mike Pompeo avait appelé le pays à se démarquer des «sombres ambitions» de l’Iran et du Hezbollah, pressant le peuple libanais à «avancer courageusement en tant que nation indépendante» et ajoutant que les Etats-Unis continueront à utiliser tous les moyens pacifiques pour étouffer le financement et l’usage abusif de postes gouvernementaux» par le Hezbollah.
M. Pompeo s’est entretenu durant le mois de mars avec les dirigeants libanais sur les relations bilatérales entre les deux pays, l’importance de préserver la stabilité au Liban, l’aide militaire américaine à l’armée libanaise. Les discussions ont également porté sur la nécessité de régler le contentieux autour des frontières maritimes entre le Liban et Israël, notamment celui concernant la zone économique exclusive (ZEE) du Liban, à la lumière de l’exploitation des ressources en hydrocarbures offshores dans cette région.

Division sur le Liban
La visite de Pompeo à Beyrouth, faisant partie d’une tournée régionale, avait été précédée par celle de son adjoint David Satterfield, qui s’était également rendu à Beyrouth pour préparer le voyage de son patron, le diplomate ayant lui-même tenté en vain l’an dernier de négocier un accord sur la frontière maritime litigieuse entre le Liban et Israël afin de calmer les craintes libanaises suscitées par les opérations de forages israéliennes dans la zone contestée.
«La classe politique est divisée au sujet de la meilleure politique à adopter envers le Liban. D’un côté, certains comme l’ambassadeur John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, plaident pour un durcissement de position envers Beyrouth, alors que d’autres, comme le secrétaire Pompeo attendent de voir ce que le gouvernement peut livrer comme promesses. Paul Salem, président du think tank Middle East Institute à Washington, estime que l’instinct du président Donald Trump est de ne pas passer à la vitesse supérieure au Liban. La Maison-Blanche, le Département de la Défense et celui du Département d’Etat étant tous d’accord sur la question. «Le Congrès américain également ne tient pas à mettre en danger le secteur bancaire libanais», signale-t-il.  
La confrontation entre les Etats-Unis et l’Iran restera donc avant tout économique et semble aller en crescendo avec la décision américaine de placer les Gardiens de la révolution iranienne sur la liste des groupes terroristes. Le Hezbollah, et à travers lui le Liban, continueront de subir cette escalade financière.
Le chercheur Matt Levitt signale en effet que de nouvelles sanctions pourraient être votées dans le cadre de l’HIFPA dans une tentative d’assécher toutes les sources de financement possibles dont bénéficie le Hezbollah afin de resserrer l’étau sur le parti. En octobre 2018, de nouvelles sanctions étaient venues renforcer le texte de l’HIFPA, soit le Hezbollah International Financial Act de 2015, visant le parti chiite libanais. Autre inquiétude de Washington est le prise en main du Hezbollah du ministère de la Santé. «Ce dernier dispose d’un gros budget et pourrait être utilisé par le Hezbollah pour blanchir ses fonds», ajoute Levitt.
Mais une escalade militaire contre le Hezbollah et l’Iran n’est toujours pas envisageable. «La guerre contre l’Iran restera avant tout économique et cela malgré la recrudescence des menaces américaines», signale le chercheur Hussein Ibish du Arab Gulf States Institute à Washington.
Bien que sanctionné par le biais du Hezbollah, Le Liban n’est toujours pas dans le collimateur des Etats-Unis, du moins pas encore. Il reste à voir si les sanctions américaines vont être élargies aux alliés du Hezbollah tels le mouvement Amal et le Courant patriotique libre (CPL), ou à certains cadres de ces deux formations dans un premier temps.

Mona Alami
 

Plus de vingt ans après le déclenchement, en avril 1996, de l’opération israélienne dite «Raisins de la colère», Hervé de Charette parle. Il était à l’époque ministre des Affaires étrangères et avait mené la médiation qui a permis d’aboutir à un cessez le feu. C’est ce qu’il raconte dans L’histoire secrète d’un succès diplomatique français*. Magazine l'a rencontré.
 

Le récit de l’ancien patron du Quai d’Orsay est riche et dense de témoignages sur cette action exceptionnelle de la diplomatie française. Mais il est encore plus passionnant sur les «leçons» à tirer pour la politique d’aujourd’hui et les actions de demain. Dans ce récit, Hervé de Charette plaide pour que «la politique arabe et méditerranéenne de la France» soit «au cœur» de sa politique étrangère, à travers une «présence active, aussi attentive aux peuples qu’exigeante à l’égard des gouvernants». Mais vingt ans après, qu’est devenue cette politique extérieure de la France dans cette région? Pour l’ancien chef de la diplomatie française, «elle reste plus que jamais d’actualité pour la France et l’Europe toute entière. Car il y a, dans le monde arabe et méditerranéen, des enjeux majeurs dans le domaine de la sécurité et des intérêts concernant notre vision de la géopolitique mondiale, ainsi que des intérêts économiques et culturels à ne pas négliger». Selon lui, «la France est la première puissance dans le pourtour méditerranéen, ce qui nous donne des possibilités et des responsabilités». Certes, les tentatives européennes, dans les années 1990, de réunir l’ensemble des pays méditerranéens pour des projets politiques, économiques et sociaux communs (Union pour la Méditerranée) n’ont pas marché. Il y avait plusieurs raisons à cela, estime Hervé de Charette: d’abord la présence d’Israël empêchait certains pays arabes de contribuer utilement au projet; ensuite, au fond, les pays du pourtour méditerranéen ont des personnalités diverses, difficiles à fédérer sur des actions politiques communes. C’est pourquoi, ajoute-t-il, la France doit mener «sa propre politique,  car elle est tout à fait essentielle dans cette région et elle est  attendue comme un pays d’influence».
Bien sûr, la question se pose de savoir si les conditions sont réunies pour exercer ce «volontarisme de la diplomatie française»? Hervé de Charette répond par l’affirmative et se dit «heureux de constater que le président de la République (Emmanuel Macron) accorde beaucoup d’importance et de temps à tout ce qui concerne le pourtour méditerranéen».

Pour une politique réaliste
Toutefois, «la mission traditionnelle de la France qui réside dans sa capacité à pouvoir parler avec tout le monde» est-elle possible aujourd’hui en raison de son parti pris, notamment dans la crise syrienne? L’ancien ministre ne cache pas ses réserves quant à certains comportements français avec la Syrie et précise: «J’ai toujours considéré que nous avions eu tort d’interrompre nos relations diplomatiques avec la Syrie, même si nous n’avions pas de raisons de soutenir toutes les initiatives du président Assad. Car ce qu’on attend de la France, c’est d’être ce que les Américains appellent un «honest broker», un intermédiaire utile et un interlocuteur capable d’écouter les uns et les autres et de fournir des idées. En ce qui concerne la Syrie, oublions les erreurs du passé et regardons le présent. Nous allons sûrement rouvrir un jour notre ambassade et je pense que ça sera dans l’intérêt de tout le monde. Bien entendu il n’est pas question de financer la reconstruction d’un pays dans lequel nous n’avons pas d’ambassade, et il faut avoir à l’esprit que la crise syrienne sera de longue durée». 
Les conditions sont-elles réunies pour la réouverture de l’ambassade à Damas? Est-ce pour bientôt? Hervé de Charette répond: «Ça ne peut pas se faire comme cela et cela suppose des étapes, des préparatifs, des contacts et des discussions mais je pense que c’est en cours».
Une médiation de la France sur la crise syrienne, à l’instar de celle menée lors de l’opération «Raisins de la colère», est-elle possible et envisageable? L’ancien ministre marque une petite hésitation avant de répondre: «Pour l’instant, il faut travailler dans la discrétion avec les principaux partenaires engagés, l’Iran, la Russie et aussi la Coalition internationale, pour tracer les pistes possibles pour la reconstruction de l’Etat syrien».
Quel regard porte-t-il aujourd’hui sur le retour en force de la Russie sur l’échiquier proche-oriental, alors qu’il parlait en 1996 de sa «faiblesse»? La réponse se veut «franche et claire»: «La France n’a aucune raison de s’opposer de quelque façon que ce soit à la volonté russe d’être présente au Moyen-Orient comme elle l’a toujours été. La Russie s’intéresse actuellement à la Syrie et l’action qu’elle a menée a sauvé le régime syrien. Les choses étant ce qu’elles sont aujourd’hui, cherchons à faire en sorte que les uns et les autres puissent servir la cause de la paix en Syrie. Ce n’est pas facile, c’est difficile, parce que ce régime s’est avéré très dur et très violent».
Les choses étant ce qu’elles sont et le président Assad restant en place, Hervé de Charette plaide pour l’adoption d’une «politique réaliste» et appelle à «travailler avec l’ensemble des partenaires, engagés à un titre ou à un autre dans les différents épisodes de la crise, c’est-à-dire la Russie, l’Iran et la Coalition internationale».
Plus précisément, sur le rôle régional de l’Iran déjà présent en 1996 et qualifié par de Charette de «sparring partner» (acteur décisif), l’ancien ministre souligne que l’événement le plus significatif de la période récente a été la décision du gouvernement américain, sous l’autorité du président Donald Trump, de se désengager de l’accord de Vienne sur le nucléaire militaire iranien. «Une décision prise pour des raisons de politique intérieure américaine, mais totalement contraire aux principes de recherche de la paix. C’est dommage que la première puissance mondiale décide de déchirer tout simplement, moins de deux ans après sa signature, un traité qu’elle avait ratifié. C’est évidemment quelque chose d’inimaginable et une offense faite aux bons usages diplomatiques. Les conséquences sont tout à fait négatives pour l’Iran, qui est profondément affecté matériellement, mais aussi pour l’ensemble de la communauté internationale, à commencer par nous-mêmes qui avions commencé d’investir dans l’économie iranienne et de développer des contacts politiques à très haut niveau. La France joue un rôle important dans la recherche des solutions qui permettent de maintenir des échanges économiques avec l’Iran lequel, félicitons-nous-en, respecte les accords de Vienne en dépit de l’attitude américaine. Et je dois dire que je considère l’Iran comme une des puissances régionales majeures. Il est de la plus haute importance qu’il puisse retrouver la place à laquelle il aspire dans la communauté internationale et particulièrement dans cette région du Moyen-Orient».
Quelles sont selon lui les raisons de l’échec de la proposition iranienne? Proposition évoquée lors de sa visite à Téhéran en 2014 – trois ans après le début des événements en Syrie – pour que la France et l’Iran coopèrent pour résoudre la crise syrienne comme ils l’avaient fait lors du cessez-le-feu en 1996 au Liban. Peu disert sur cette question, Hervé de Charette se contente de dire: «Il faudrait poser la question au ministre des Affaires étrangères de l’époque, c’est-à-dire à Laurent Fabius», à qui il avait transmis la suggestion iranienne. Et de constater que «l’attitude française a été une erreur» en expliquant que «le dialogue avec l’Iran aurait certainement contribué à orienter les efforts des uns et des autres dans des directions convergentes, alors qu’on a continué à avoir des actions directement contraires les uns aux autres»… «Tout cela est dernière nous. Aujourd’hui, le président de la République et le ministre des Affaires étrangères ont manifesté de façon très claire leur souci d’avoir avec l’Iran des relations politiques, économiques et culturelles qui soient toutes orientées dans un sens progressif».

Contact avec Assad?
La situation actuelle en Syrie est une «période d’incertitude», estime l’ancien ministre car «il reste plusieurs situations à régler: premièrement l’avenir des Kurdes dans le nord, où ils ont joué un rôle très important dans la lutte contre Daech; et en dépit de la mauvaise volonté turque, ce sont des forces qui peuvent contribuer à l’équilibre de la Syrie de demain. C’est pourquoi il faut discuter de ce sujet avec toutes les parties concernées, notamment avec les Turcs, pour parvenir à un modus vivendi acceptable pour eux et pour l’ensemble des parties. Deuxièmement, il y a à régler la question des dernières forces de la tradition d’al-Qaïda qui se trouvent à Idlib. Troisièmement, il y a un autre jeu complexe qui consiste à tenir compte des préoccupations des Turcs; sans oublier la question très importante et majeure du retour des réfugiés syriens. Ce processus de recherche des solutions sera un processus long, difficile et parfois chaotique». Faut-il que la France reprenne contact avec le président Bachar al-Assad? L’ancien chef de la diplomatie française répond fermement: «évidemment». Tout en précisant que «les modalités doivent faire l’objet de négociations et plus il y aura de discussions mieux ça sera».
Concernant l’Irak, voisin de la Syrie, Hervé de Charette constate que «les autorités françaises portent un regard plus attentif que dans le passé récent à la situation en Irak... Le pays est en train de sortir d’une longue nuit dans laquelle il s’est trouvé enfermé par le drame de Daech. Il est en train de retrouver un certain équilibre politique et du coup une certaine sérénité, le temps de la reconstruction est venu et c’est le moment pour nous de nous investir dans ce pays. Et cela nous donne une leçon pour la Syrie».

Méconnaissance US du Liban
Que dire de l’évolution du Liban «en mutation»? Hervé de Charette évoque «un peuple attachant, les liens traditionnels de la France avec ce pays qui font partie intégrante de notre propre histoire». Et d’ajouter: «Mais il faut reconnaître que l’Etat libanais est faible». A cela, plusieurs raisons selon l’ancien ministre: «Tout d’abord des sensibilités différentes et des divisions même à l’intérieur des communautés, puis le conflit israélo-palestinien qui rejaillit régulièrement sur la situation libanaise, ensuite l’influence syrienne qui a cherché dans le passé à imposer sa domination sur le pays, et en plus la question essentielle des réfugiés syriens qui risque aussi de déstabiliser le Liban. C’est pourquoi l’avenir semble être difficile».
Evoquant les défis économiques auxquels le Liban doit faire face, de Charette, également président d’honneur de la Chambre de commerce franco-arabe, parle des «difficultés économiques qui sont fortes» et de «la pauvreté qui s’est beaucoup développée dans ce pays pourtant traditionnellement aisé. Les inégalités se sont développées d’une façon cruelle. Evidemment le processus CEDRE est très important et je me réjouis que le président Macron poursuive une politique à laquelle, avec Jacques Chirac, nous avons apporté notre contribution il y a une vingtaine d’années».
Concernant les pressions exercées par les Etats-Unis sur le Liban au sujet de la présence du Hezbollah, Hervé de Charette critique le comportement des Américains: «Ils connaissent très mal le Liban et ne comprennent pas comment il fonctionne… Il revient de régler ce problème entre les Libanais eux-mêmes. C’est vrai qu’on ne peut pas trouver normal et qu’on ne peut approuver la présence de milices au Liban, comme dans d’autres pays arabes, qui sont une sorte de négation de l’unité de l’Etat. Mais il faut rappeler que l’opération Raisins de la colère – lancée contre le Hezbollah par le gouvernement israélien avec le soutien discret mais réel des Américains – a abouti à un résultat totalement négatif. C’est pourquoi cette question doit relever des Libanais entre eux». La clé de la stabilité. Quelles chances de voir un début de concrétisation du projet appelé «l’accord ou la transaction ou le deal du siècle», projet que porte l’administration américaine pour résoudre le conflit israélo-arabe? L’ancien ministre des Affaires étrangères a une position très critique. Il considère que «l’attitude américaine actuelle nuit à la paix car ses fondements injustes ne tiennent compte ni des droits ni des aspirations palestiniennes et ne reposent que sur les intérêts des Israéliens».
En conclusion, Hervé de Charette insiste sur sa conviction profonde qu’«aucun équilibre durable au Moyen-Orient n’est possible sans un rapprochement, une sorte de modus vivendi, entre l’Iran d’un côté et les pays du Golfe de l’autre, avec à leur tête l’Arabie saoudite. C’est la clé de la stabilité régionale, sinon toute confrontation pourrait mal finir».  Comment pourrait se manifester ce rapprochement à son avis? Il répond: «La concrétisation ne pourra se faire que par étapes» et comme un bon gaulliste convaincu, il emprunte les préceptes établis lors du processus de rapprochement est-ouest, se résumant en trois mots  «détente, entente, coopération».

 

*Editions du CNRS                                   

Béchara Bon (à Paris)

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Éditorial
Un budget en deçà des ambitions

Le projet de budget 2019 proposé par le ministre Ali Hassan Khalil prévoit une réduction du déficit à travers une compression des dépenses de l’Etat. Toutefois, les mesures envisagées semblent plus motivées par le souci de répondre aux attentes de la communauté internationale afin de débloquer les fonds de la conférence Paris IV que par une réelle volonté d’assainir sérieusement les finances publiques et de jeter les bases d’une réforme sur le long terme. Le texte initial examiné par le Conseil des ministres mardi, et qui sera revu à maintes reprises avant d’être voté par le Parlement, prévoit des dépenses de 26 031 milliards de livres et des recettes de 18 256 milliards, soit un déficit de 5 352 milliards de livres, ou 3,55 milliards de dollars. Conformément à ces chiffres, le déficit s’élèverait à 5,95% du Produit intérieur brut (PIB). Mais c’est sans compter les avances octroyées à l’Electricité du Liban (EDL) pour acheter le fuel, qui seraient de 1,13 milliard de dollars, ce qui signifie que le déficit réel avoisinerait les 8% du PIB. Cette tentative d’enjoliver les chiffres prouve que les préposés à la gestion des deniers publics n’ont pas rompu avec cette fâcheuse manie d’user de mesures cosmétiques pour maquiller la réalité. Mais ce n’est pas la seule tare du projet. Une première lecture montre que les autorités financières tablent plus sur une réduction des dépenses que sur une amélioration des recettes. La tentative de revoir à la baisse les gros budgets et de combattre le gaspillage est certes louable, elle semble cependant sinon arbitraire du moins sélective. Sur les 500 milliards de livres d’économies faites sur les fonds alloués à certains ministères et administrations, la moitié (252 milliards de L.L.) est supportée par le ministère de la Défense, qui voit son budget passer de 3 199 milliards à 2 946 milliards de livres. Le ministère de l’Intérieur, lui, est amputé de seulement 17 milliards de livres (1 652 au lieu de 1 670 milliards); celui du Travail de 24 milliards (365 au lieu de 389 milliards); les Travaux publics perdent 73,6 milliards (368 au lieu de 441 milliards) etc.D’autres ministères voient leurs budgets augmenter, comme celui de l’Energie et de l’Eau, qui passe de 328 milliards à 400 milliards de L.L.; celui des Affaires sociales s’élève à 340 milliards au lieu de 228 milliards. Le plus frappant est l’augmentation du budget de la présidence du Conseil (qui passe de 1 523 à 1 592 milliards de L.L.), alors que les fonds alloués à la présidence de la République et au Parlement baissent respectivement de 2,1 milliards et 5,6 milliards de livres. Cela montre que la «mentalité» des préposés à la gestion des finances publiques n’a pas changé sinon comment expliquer le fait que le Grand Sérail continue de gérer une multitude de caisses et de fonds pour lesquels sont alloués plus d’un milliard de dollars, sans véritable audit et sans qu’aucune coupe ne soit opérée dans ces généreux budgets.La principale augmentation des recettes proviendrait de la hausse de l’impôt sur les dépôts bancaires qui passerait de 7 à 10%, et qui drainerait plus de 900 milliards de livres. Sinon, il y a peu de mesures pour pénaliser ceux qui ont fait des centaines de millions de dollars dans l’illégalité, comme les empiètements sur le domaine public maritime: les exemptions douanières qui permettent aux institutions religieuses d’user et d’abuser de leurs privilèges en important des produits pour le compte de commerçants, qui le revendent sur le marché en faisant du dumping des prix etc…Et évidemment, il n’est nulle part question de récupérer ne serait-ce qu’une infime partie des milliards de dollars détournés ou volés par les pontes du système.  


 Paul Khalifeh
   
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Combien ça coûte

Un baptême
L’Eglise «vit», en grande partie, grâce aux quêtes dominicales et aux donations. Il n’existe pas de tarification officielle pour l’organisation d’un baptême. Toutefois, certains frais peuvent être estimés. «Le baptême…

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