Liban et Proche-Orient
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Nº 3089 du vendredi 4 mai 2018

Liban et Proche-Orient
Mercredi, 02 Mai 2018 23:28

Confidences sécurité

Nasrallah-Souleimani
Rencontre secrète au Liban?

Une source proche du Hezbollah interrogée par Magazine s'est abstenue de commenter l'information selon laquelle le chef de Faylaq al-Qods, la brigade d'élite des Gardiens de la révolution iranienne, le général Kassem Souleimani, aurait secrètement rencontré le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, au Liban. Plusieurs sources ont rapporté que le général Souleimani aurait inspecté l'aéroport T4, dans la province de Homs, bombardé le 9 avril par l'aviation israélienne, et où sept militaires iraniens au moins auraient été tués. Le général iranien serait ensuite venu au Liban, où il aurait procédé à une évaluation politique et militaire des derniers développements en Syrie et dans la région avec Sayyed Nasrallah. La source du Hezbollah précise cependant que "les concertations entre les alliés sont régulières et se sont intensifiées ces derniers temps".

Un Dan.338 dans une cache de l'EI
Lors du ratissage des régions anciennement contrôlées par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) dans les jurd de Ras-Baalbeck et Qaa, les services de sécurité libanais ont fait une découverte surprenante. Ils ont saisi un fusil israélien à précision avec des lunettes de vision nocturne Dan.338. Ce fusil, utilisé par les snipers, est réputé comme étant le plus précis au monde. Pesant 6 kg seulement, il peut atteindre des cibles situées à 1 200 m.


La Syrie «colonisée» par ses alliés?
Des milieux de l'opposition syrienne dénoncent ce qu'ils appellent une "colonisation de la Syrie" par le Hezbollah et par les Iraniens. Selon eux, des milliers de familles de combattants du Hezbollah et des Gardiens de la révolution, tombés en Syrie, auraient reçu en récompense des maisons et des appartements abandonnés par des exilés ou des réfugiés syriens connus pour leurs sympathies pour l'opposition. Ces cas individuels seraient devenus un phénomène, au fils des mois, si bien que des quartiers entiers sont désormais habités par des familles libanaises et iraniennes. Cette "colonisation" toucherait des régions de la province de Homs, surtout celles qui sont proches de la frontière avec le Liban. Interrogées par Magazine, une source du Hezbollah a estimé que ces "allégations ne méritent même pas d'être démenties".

1 500
détenus islamistes dans les prisons libanaises devraient bénéficier de la loi d'aministie en gestation. Parmi eux figurent certains condamnés ayant participé à des actes terroristes ou à des attaques contre l'armée et les forces de sécurité. Toutefois, ce texte, reporté depuis des mois,  a peu de chance d'être adopté à cause des divergences entre les responsables. Certains veulent y inclure les 3 000 Libanais réfugiés en Israël, d'autres les 48 000 suspects, chiites en majorité, qui font l'objet de mandats d'arrêt.

La Syrie entre les deux Joseph
Le chef du Comandement central américain (CentCom), le général Joseph Votel, qui a visité le Liban le 20 avril, aurait surtout évoqué avec le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, la situation militaire en Syrie. Ce pays, où des troupes US sont déployées, fait partie de la zone de responsabilité de Votel.  L'officier supérieur américain s'est ensuite rendu à Tel-Aviv, où certains  médias l'ont présenté comme le "chef des forces américains opérationnelles en Syrie".

Coopération
La coopération judiciaire et sécuritaire entre le Liban et l'Irak a atteint ses plus hauts niveaux et devrait être un modèle pour tous les pays arabes. Ce commentaire d'un responsable d'un service de sécurité libanais est intervenu après l'extradition vers l'Irak, en février dernier, d'un ancien ministre du Commerce irakien, Abdel Falah al-Soudani, accusé de détournement de fonds et de corruption alors qu'il était en fonction, en 2009. L'ex-ministre était arrivé au Liban en septembre 2017. Les services de sécurité libanais et irakiens échangent des informations d'une manière régulière, surtout dans les domaines liés au terrorisme. Beyrouth a déjà livré à l'Irak plusieurs suspects.

Aïn el-Héloué
Mounir Maqdah incontournable
Le général Mounir Maqdah fait face, depuis des années, à des tentatives d'isolement politique, d'etouffement financier et d'intimidation sécuritaire. La dernière en date est la découverte, le 15 avril, non loin de son domicile dans le camp de Aïn el-Héloué (Est de Saïda) d'une charge piégée. Le général Maqdah a démenti l'information mais des sources palestiniennes ont précisé qu'un petit colis explosif, sans détonateur, a bien été retrouvé près de la maison de l'ancien chef des forces du Fateh au Liban. Le tempérament jugé trop indépendant du général Maqdah lui a créé de nombreux ennemis au sein de la direction palestinienne à Ramallah. Certains hauts responsables libanais de la sécurité n'apprécient pas non plus son refus de se transformer "en informateur première classe", selon les mêmes sources. Cependant, malgré toutes les tentatives de la marginaliser, le général Maqdah reste une personnalité incontournable à Aïn el-Héloué.



Flou autour des S300 à la Syrie
La Russie laisse planer le flou sur ses intentions concernant la livraison, à la Syrie, de systèmes de défense antiaérienne S300, dans le cadre d'un contrat signé en 2010 et jamais entièrement exécuté pour des raisons géopolitiques. En effet, le déploiement d'un tel dispositif paralyserait l'aviation israélienne, ce qui est perçu par l'Etat hébreu comme une ligne rouge infranchissable. Mais après les frappes tripartites occidentales le 14 avril, le ministère russe de la Défense avait dit qu'il recommanderait aux dirigeants politiques la mise en oeuvre de ce contrat. Une source militaro-diplomatique russe a, quant à elle, démenti la livraison de quattre batteries de S300 à la Syrie à la mi-avril.  

Les repentis d'al-Assir
D'excellents informateurs De nombreux partisans repentis du cheikh radical sunnite Ahmad al-Assir, qui est actuellement jugé par le tribunal militaire, seraient devenus de précieuses sources d'informations pour les services de sécurité libanais au sujet de la mouvance salafiste. Un responsable de la sécurité a révélé à Magazine que "les informations les plus fiables sont généralement celles qui sont rapportées par les ex-partisans d'al-Assir". Les "rapports" de ces militants islamistes reconvertis dans le "métier" d'informateur permettent de maintenir sous surveillance les milieux salafistes extrémistes, ce qui les empêche de s'organiser en cellules et en réseaux et limite, de la sorte, leur capacité de nuisance.

Oussama Hamdane tâte le terrain
L'ancien représentant du Hamas au LIban, Oussama Hamdane, devenu aujourd'hui porte-parole pour les relations internationales du mouvement islamiste palestinien, aurait effectué quatre séjours au Liban depuis le début de l'année, selon des sources bien informées. A chaque fois, le but de la visite était le même: explorer les possibilités de rétablir le contact entre le Hamas et les autorités syriennes. Ces mêmes sources précisent que le responsable palestinien a sollicité la médiation du Hezbollah mais aussi celle du Parti syrien national social (PSNS) et d'un richissime homme d'affaires palestinien basé à Damas et qui entretient de bonnes relations avec de hauts responsables syriens. La réponse de Damas a été évasive, sans fermer totalement la porte à une éventuelle médiation mais en laissant entendre que le moment propice n'était pas encore venu pour une telle démarche. 


Des yeux et des oreilles partout
Avant la guerre de 2006, le Hezbollah disposaient d'un réseau de miradors et de postes d'observation tout au long de la frontière méridionale. Après la guerre et le déploiement de l'armée libanaise et de la Finul renforcée, le parti de la Résistance a dû démanteler son dispositif, vu que la résolution 1701 lui interdit toute présence visible au sud du Litani. Mais cela ne l'a pas empêché de trouver d'autres moyens pour continuer à surveiller les travaux et mouvements de l'autre côté de la frontière. Les moindres faits et gestes des Israéliens sont observés photographiés ou filmés. Le média militaire du Hezbollah (al-Ihlam al-Harbi) ne se prive pas de diffuser des images de soldats ou de véhicules militaires, parfois prises à des kilomètres de distance, dans le cadre de la guerre psychologique. Les autorités israéliennes se sont plaints à plusieurs reprises auprès de la Finul de l'activité du Hezbollah près de la frontière mais les Casques bleus n'ont jamais pu la prouver.

 

Frappes tripartites en Syrie, alignement français sur les positions américaines, renégociation éventuelle de l’accord sur le nucléaire iranien, autant de dossiers qui laissent entrevoir une nouvelle guerre froide inquiétante. Caroline Galactéros, présidente du think tank Geopragma (Pôle français de géopolitique réaliste), fait le point sur ces développements qui pourraient bien enflammer la région.

Lors d’une interview accordée à Fox News le 22 avril, Emmanuel Macron a affirmé que les Etats-Unis et leurs alliés devraient rester en Syrie pour reconstruire une «nouvelle Syrie» et contrer l’influence de l’Iran et de Bachar el-Assad dans ce pays. Que peut-on attendre de la visite d’Emmanuel Macron à Washington? La France est-elle définitivement alignée sur les positions américaines?
Je souhaite de tout cœur que ce ne soit pas le cas. Paris n’a aucun intérêt à un quelconque alignement sur les Etats-Unis. Notre ADN stratégique doit redevenir celui d’une indépendance assumée de pensée et d’action et d’une analyse de la conflictualité mondiale et du rôle que nous, Français, devons y jouer en fonction de nos intérêts nationaux stricts et de nos «avantages comparatifs».  
Nous n’avons à mon sens rien gagné, si ce n’est mépris et discrédit, à nous laisser entraîner pour complaire à Washington, à frapper de manière précipitée et suspecte, hors mandat de l’Onu et sans preuves la Syrie qui n’attaquait personne. Les objectifs américains au Moyen-Orient ne sont pas les nôtres. Ils sont fondés sur le double ciblage de l’Iran – pour complaire à Israël – et de la Russie pour limiter son influence régionale et empêcher toute autonomisation de l’Europe en matière stratégique, qu’une relation normale et pacifiée avec Moscou pourrait enclencher.
Pour notre président, il s’agit d’aller à Washington pour nourrir sa relation avec le président américain, bien plus pragmatique et créatif que ses tweets compulsifs ne le laissent penser, puis à Moscou dans quelques semaines, non pour faire allégeance à l’un ou à l’autre, mais pour montrer à Donald Trump tout l’intérêt qu’il y a pour lui à avoir comme alliée (non comme vassale alignée) une France qui peut, veut et sait parler à tout le monde, y compris à Moscou et à Téhéran, préservant ainsi d’importants canaux de communication dans une atmosphère où le dogmatisme ignorant, le cynisme et le manichéisme font peser de véritables menaces non seulement sur la paix mondiale.
Tout est fait pour que la guerre en Syrie reparte de plus belle, que les Russes perdent patience et que les Iraniens reprennent leur quête de sanctuarisation nucléaire si l’Amérique, foulant de nouveau au pied le droit international, sort de l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien. Attention pour la France à ne pas tomber dans le piège narcissique que l’on nous tend. L’entourage redoutable de Donald Trump, qui déteste son imprévisibilité et le contrôle désormais étroitement, ne supporte pas les esprits indépendants et on veut clairement nous faire rentrer dans le rang en jouant sur notre besoin d’exister et de compter. Nous pouvons et devons compter autrement.

Le 15 avril, après que Macron ait affirmé que les Etats-Unis allaient rester en Syrie, il s’est vu contredit dans la journée par la Maison-Blanche. Dans le même temps, lors des jours précédents et suivants les frappes, on a assisté à de nombreux moments de flou dans les positions de l’Administration américaine, entre les tweets belliqueux de Trump et les déclarations plus posées des militaires. Beaucoup d’hésitations et de couacs qui rendent souvent illisible la politique US. Que penser de la proposition américaine d’envoyer une «force arabe» au nord-est de la Syrie? Finalement, les Etats-Unis ont-ils une stratégie en Syrie (autre que contenir l’Iran)? 
Je n’ai jamais cru au discours lénifiant sur l’improvisation stratégique américaine, la concurrence des think tank et des courants intellectuels, etc… Cette diversité erratique est évidemment une composante d’une posture globale qui elle, ne change guère sauf dans ses modalités d’application. Au Moyen-Orient, depuis au moins 35 ans, par le déclenchement ou l’entretien de conflits, il s’agit pour Washington de purger périodiquement la région de ses excès de pétrodollars qui la rendent dangereuse pour l’économie américaine, de prévenir toute unification politique de la nation arabe (d’où la déstabilisation méthodique des grands Etats musulmans laïcs), de s’appuyer sur des autocrates tant qu’ils obéissent sinon de les faire taire, d’empêcher (comme en Europe) toute puissance régionale (Russie, Turquie et naturellement Iran) de prendre l’ascendant local et, last but not least, de préserver le déséquilibre stratégique en matière nucléaire au profit ultime d’Israël, son allié stratégique majeur.
Dans le contexte actuel où est en train de se structurer une nouvelle bipolarité «de tête» entre Washington et Pékin, il devient d’autant plus important de maîtriser ses affidés, régionaux comme européens, et d’empêcher la Russie de faire un come-back humiliant et gênant pour les alliances jugées nécessaires (avec l’Arabie saoudite) et même avec la Turquie. Cela donne un jeu apparemment incohérent donc peu lisible, mais en fait assez clair. La présence américaine, directe ou indirecte, demeurera en Syrie (sans doute à l’est de l’Euphrate en effet) et en Irak, même si les Irakiens s’en émeuvent et cherchent à diversifier leurs appuis. D’autant plus que Moscou chasse aussi sur les terres saoudiennes et consolide son influence en Egypte et en Algérie.

Déjà affaiblie diplomatiquement lors du mandat de François Hollande, la France ne s’est-elle pas définitivement discréditée au Moyen-Orient?
Dieu merci, rien n’est jamais définitif en matière internationale. Mais il faut cesser de s’enferrer dans nos lourdes erreurs passées, de chercher à escamoter «le troisième larron» dans le conflit syrien entre Daech et l’épouvantable Bachar. C’est un conte pour enfants qui ne trompe plus personne. Nous devons adopter une posture pragmatique pour être enfin utiles. En Syrie, cela signifie rompre avec tout soutien politique ou concret à l’engeance islamiste sunnite qui agit comme un retardateur du «moment politique» pour ce malheureux pays. Cela signifie aussi joindre nos efforts diplomatiques à ceux des Russes et des Iraniens. Plus nous attendons plus nous nous enfonçons dans un «anti-russisme» et un «anti-iranisme» primitifs, plus nous nous décrédibilisons, nous nous marginalisons et démontrons notre ignorance entêtée des véritables lignes rouges de la région que nous ne sommes pas les seuls à définir.

Quel était le véritable objectif des frappes du 14 avril? Tenter de rééquilibrer un rapport de forces trop défavorable au camp atlantiste?
Je crains que oui au plan local. Mais à l’échelle globale, il s’agissait par cette opération punitive et précipitée de manifester une repolarisation idéologique, politique et sécuritaire autour de l’Alliance atlantique mais plus encore de l’Amérique qui la contrôle.  

Donald Trump menace de se retirer de l'accord sur le nucléaire si les signataires européens ne durcissent pas ses conditions d›ici au 12 mai. Que peut-il se passer? Les Européens peuvent-ils encore le convaincre de maintenir l›accord? D’un autre côté, les Iraniens estiment-ils que les Européens (ou du moins la France) sont encore des partenaires fiables?
Pour les Russes, de moins en moins, ainsi que l’a récemment dit Dmitri Peskov, porte-parole du président Poutine, durant l’affaire Skripal et l’hystérie antirusse à laquelle elle a donné lieu. Les Iraniens quant à eux, sont évidemment déçus mais surtout inquiets de voir les fissures apparaître dans la résolution des signataires européens de l’accord de juillet 2015, dont certains commencent à évoquer une possible renégociation. Seul Paris est encore sur une ligne légaliste stricte ainsi que vient de le rappeler notre président. Sur ce sujet, nous avons un rôle très important à jouer pour empêcher ceux qui veulent la montée des tensions et pourquoi pas l’affrontement, de l’emporter. 

 

Lors de cette crise entre Etats-Unis et Russie, la Turquie s’est posée en médiatrice, après s’être rapprochée de Moscou pour combattre les Kurdes à sa frontière. Erdogan veut-il s’éloigner de l’OTAN? Son rapprochement avec Moscou est-il tactique ou stratégique? Va-t-il être obligé de choisir entre Otan et Russie?
La Turquie a tout à gagner à rester dans l’OTAN. Ce statut d’allié majeur et massif du Flanc sud de l’Alliance est stratégique pour Ankara, et Washington soutient de fait l’offensive contre les Kurdes et veut évidemment conserver la Turquie dans l’Alliance pour cette présence aux frontières du chaudron moyen-oriental. Cela permet à Ankara de jouer sur tous les tableaux, de pratiquer le chantage à grande échelle vis-à-vis de l’Amérique et de l’OTAN (contre la Russie) de la Russie, de l’Iran et de la Syrie (contre l’Amérique), enfin envers l’Europe sur la question des migrants. Chacun a besoin de la Turquie, les enchères montent et les Kurdes trinquent… Ce qui démontre bien, si besoin était, le niveau de cynisme auquel notre moralisme et nos bons sentiments déclaratoires servent de paravent transparent. Et je ne parle même pas du Yémen.

En 2017, Trump, comme Macron, paraissaient plutôt conciliants envers Vladimir Poutine. Aujourd’hui, les positions se sont durcies, également du côté du Royaume-Uni, empêtré dans l’affaire Skripal. Est-on entré dans une nouvelle guerre froide qui ne dit pas son nom et qui pourrait se jouer au travers d’une guerre régionale au Moyen-Orient?
C’est à mon avis précisément parce que cette phase constructive s’était en effet ébauchée il y a un an que nous avons subi une «reprise en main», via une manœuvre déterminée de contre-influence et de repolarisation des alliances. Rares sont finalement ceux qui recherchent vraiment l’apaisement. Le gigantisme des intérêts économiques, industriels, financiers et énergétiques, qui constitue l’arrière-fond de l’actualité internationale, est un facteur belligène important sans parler des corporatismes technocratiques, des divers lobbies, des castes, chapelles et écoles qui n’ont que peu d’intérêt à voir l’esprit de conciliation avancer. Nous sommes en effet entraînés dans une forme de nouvelle guerre froide, à mon sens plus dangereuse que l’ancienne, car les méthodes ont changé, les codes de pensée et de conduite ont explosés, les acteurs se sont multipliés et plus personne ne prise la paix puisque la plupart de ces dirigeants n’ont connu la guerre que d’assez loin, semble-t-il.

Jenny Saleh

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Éditorial
La bombe des réfugiés

Un faisceau d’indices montre que la question des réfugiés syriens sera, dans les mois à venir, une source de tensions entre le Liban et la «communauté internationale». Chaque partie a abattu ses cartes et celles dévoilées par les Nations unies, l’Union européenne et autres «organisations internationales», ne sont pas de bon augure pour les Libanais. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) a mal réagi au retour de 500 Syriens réfugiés à Chébaa dans leur village de Beit Jin. D’un autre côté, la conférence de Bruxelles II, organisée le 25 avril, appelle les pays hôtes à accorder aux réfugiés syriens un statut juridique, une résidence légale et un permis de travail au sein des pays d’accueil.Le chef de l’Etat Michel Aoun a dénoncé les résultats de cette rencontre dont les conclusions mettent «en danger le Liban en proposant une naturalisation voilée des réfugiés syriens», selon un communiqué présidentiel. Le Premier ministre Saad Hariri avait déclaré, dans son intervention, à Bruxelles, que le Liban s’était transformé en un immense camp de réfugiés syriens. «Les tensions entre réfugiés syriens et communautés hôtes se sont accrues, notamment en raison d’une compétition pour les ressources et les emplois», a-t-il dit.Le Liban plaide pour un retour «digne et sûr» des réfugiés syriens, alors que l’Onu et l’UE évoquent un retour «digne, sûr et volontaire». Ce dernier mot de trop traduit un différend fondamental dans l’approche des deux parties. En effet, lorsqu’ils auront obtenu des droits juridiques, légaux, sociaux et économiques, y compris un emploi, l’éducation gratuite (comme c’est actuellement le cas) et des soins de santé, il est fort probable qu’une bonne partie des réfugiés, surtout les plus jeunes qui n’ont pas ou plus d’attaches affectives avec la Syrie, n’envisageront pas de retourner «volontairement» dans leur pays. Cela nous amène à dire que l’approche prônée par la «communauté internationale» est soit irresponsable, soit suspecte. Le Liban accueille, selon les sources de la présidence de la République libanaise, 1,8 millions de Syriens, dont un million enregistré en tant que réfugiés. Nous retiendrons ce dernier chiffre. A l’échelle de la France, c’est l’équivalent de 16 millions de réfugiés, à celle des Etats-Unis, on arrive à 80 millions d’individus. De plus, les pays occidentaux connaissent parfaitement la fragilité des équilibres communautaires sur lesquels repose le système politique libanais et combien il est délicat de maintenir dans de telles conditions un minimum de paix sociale et civile.Le Liban n’a vraiment pas de leçons d’hospitalité et de bienséance à recevoir d’une communauté internationale hypocrite, qui n’a versé jusqu’à présent que 11% de l’aide promise pour le soutenir dans l’accueil des réfugiés, selon Saad Hariri. Il n’a pas non plus d’enseignements à tirer de pays censés être riches et développés, prônant les droits de l’homme, et qui font tout un drame parce qu’ils accueillent chez eux, au compte-goutte et après maints filtres, quelques petits milliers de migrants. Le Liban refuse de trouver une source d’inspiration dans ces pays où se développe un discours raciste et xénophobe qui n’a pas trouvé racine chez nous malgré le gigantisme des problèmes engendrés par la présence d’un nombre effrayant de réfugiés. Le plus grave serait de découvrir, un jour, que l’attitude de la «communauté internationale» s’inscrit en fait dans le cadre d’un plan machiavélique, destiné à modifier la démographie du pays dans l’espoir de changer les rapports de force. Qu’elle soit irresponsable ou suspecte, naïve ou réfléchie, la position des pays occidentaux constitue une menace existentielle pour le Liban. Elle n’est pas la bienvenue et ne le sera jamais. Le chantage au racisme ou à l’aide internationale conditionnée n’y changera rien.                                                                                                                                    


 Paul Khalifeh
   
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