Liban et Proche-Orient
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Nº 3099 du vendredi 1er mars 2019

Liban et Proche-Orient
Mardi, 26 Février 2019 12:47

Confidences sécurité

Migrants clandestins
Un passeur tué par l'armée

L'armée libanaise a intensifié la lutte contre les passeurs de migrants clandestins qui s'activent depuis des mois entre le Liban et Chypre. Le 11 février dernier, une patrouille des SR militaires a eu un accrochage avec un gang de passeurs dans la région de Abdé, au nord de Tripoli. Un des passeurs, Moustapha Klassina, a été tué et une autre personne, Bachar el-Kheir, a été blessée. Le gang était accompagné de dix-huit Syriens et de deux Libanais, qu'ils se proposaient de faire entrer illégalement à Chypre par la mer. Lors d'une perquisition survenue le lendemain, neuf autres Syriens, qui devaient emprunter la même embarcation, ont été arrêtés. Dans son édition de novembre 2018, Magazine avait publié une brève intitulée: Les réseaux de passeurs clandestins s'activent. Le voyage illégal vers Chypre coûterait 1 800 dollars par personne. A la demande de plusieurs pays européens, les services de sécurité libanais ont intensifié, ces derniers mois, leur lutte contre les gangs de passeurs. 


Terrorisme
La lutte préventive s'intensifie

Depuis que l'ex-Front al-Nosra a pris le contrôle total de la province d'Idleb, les services de sécurité libanais ont renforcé leurs mesures dans le cadre de la stratégie de lutte préventive contre les réseaux terroristes. Une attention particulière est accordée aux camps palestiniens, à la ville de Tripoli et à d'autres régions du Liban-nord jugées sensibles. Dans ce cadre, la Sûreté de l'Etat a procédé à une descente dans le quartier de Bab el-Ramel, à Tripoli, où elle a arrêté, début février, trois suspects souspçonnés d'avoir des liens avec de groupes terroristes en Syrie. Deux ressortissants syriens, qui seraient liés à al-Nosra, ont par ailleurs été arrêtés à la même période à Nabatiyé (Liban-sud).


Le Hezbollah évacue le Qalamoun
Le Hezbollah a poursuivi ces dernières semaines un vaste mouvement de redéploiement de ses troupes en Syrie, commencé en août 2018, après la fin des grandes batailles autour de Damas et dans le sud du pays. Selon des sources informées, le Hezbollah a retiré la majeure partie de ses combattants qui étaient déployés dans la région du Qalamoun, entre le Liban et la Syrie, du côté syrien de la frontière. Certaines de ses positions ont été remises à l'armée syrienne, d'autres, jugées désormais inutiles, ont été complètement abandonnées. Cependant, le Hezbollah maintient toutes ses positions dans la région de Qoussair, limitrophe du Hermel, transformée en zone militaire. C'est l'une des rares régions que les réfugiés syriens au Liban n'ont pas encore été autorisés à regagner.

 

Réfugiés: le retour va s'accélérer
Quelque 200 000 réfugiés syriens installés au Liban bénéficieraient des démobilisations des réservistes et des amnisties pour les déserteurs décrétées par le commandement de l'armée syrienne ou par le président Bachar el-Assad ces derniers mois. La dernière décision prise par l'armée syrienne démobilise les soldats et les sous-officiers natifs de 1981 (âgés de plus de 38 ans) et annule les poursuites contre tous ceux qui n'ont pas rejoint leurs unités. Depuis l'adoption de ces mesures, le nombre de réfugiés syriens souhaitant regagner la Syrie a nettement augmenté, a révélé une source de sécurité libanaise.


Abou Malek el-Tallé capturé en Syrie
Le tristement célèbre Abou Malek el-Tallé, ancien chef du Front el-Nosra (rebaptisé depuis Hayaat Tahrir al-Cham) dans le Qalamoun, aurait été fait prisonnier par l'armée syrienne lors d'une opération spéciale au nord de la province de Hama. Ce chef jihadiste s'était rendu célèbre par l'enlèvement et la séquestration pendant des mois de treize religieuses au couvent Sainte-Thècle, à Maaloula. Il est également impliqué dans le rapt et l'exécution de plusieurs soldats libanais lors de la bataille de Ersal, en août 2014. Des familles de certains des militaires assassinés par l'ex-Front el-Nosra envisageraient de demander aux autorités libanaises et à la Syrie son extradition afin qu'il soit jugé au Liban pour les crimes qu'il a commis. Cependant, les autorités syriennes n'ont pas encore officiellement annoncé avoir capturé Abou Malek el-Tallé.  


L’éventualité d’un retrait des troupes américaines de Syrie a fait l’objet d’une vive controverse avant même son annonce le 20 décembre par Donald Trump. Si elle éloigne le spectre de la partition, elle ravive néanmoins la course d’influence régionale dans le nord-est du pays et aura un impact sur l’évolution du conflit.
 

Cette décision soudaine et unilatérale, prise contre l’avis de ses conseillers, a provoqué une véritable onde de choc et une levée de boucliers tant au sein de l’administration, du parti républicain que de l’establishment militaire et, plus étonnamment, chez les démocrates. Elle a aussi mis en évidence les divergences au sein de l’exécutif américain, enclenchant un bras de fer public déconcertant et une nouvelle vague de démission, dont celle du secrétaire à la Défense.
Une décision pourtant prévisible prise par un président qui n’a eu de cesse d’annoncer sa détermination à quitter la Syrie et qui «marque le plein avènement de la politique étrangère qu’il a toujours affirmé vouloir appliquer» selon Karen DeYoung, rédactrice en chef adjointe au Washington Post. «S’il existe une Doctrine Trump, le retrait de Syrie en est la pleine éclosion.»  Désormais il ne s’agit plus de savoir s’il aura lieu mais quand et comment?
Dans une Syrie livrée à une lutte régionale, l’Etat islamique n’était pas le seul objectif de la présence américaine. L’été dernier, le Département d’État avait convaincu Trump de rester en Syrie pour y contrer l’influence grandissante de l’Iran. Pour nombre de responsables américains, un retrait reviendrait à sacrifier pour rien un levier d’influence acquis à moindre coût et à laisser le champ libre aux Russes, aux Iraniens et au régime.
Retrait désordonné. Selon Robert Malley, CEO d’International Crisis Group, « Trump a raison de dire que la meilleure solution est de nous extirper de la Syrie, mais son erreur fatale réside dans la mise en œuvre de ce retrait». Un retrait désordonné et précipité pourrait embraser le nord-est syrien.

 

   | Ce retrait représente pour Moscou autant une opportunité qu'un risque.

 

Contrairement à la Russie et aux autres puissances régionales impliquées en Syrie, les Américains ont peu d’intérêts dans la balance et une influence limitée. Leurs objectifs se résument principalement à défaire l’EI, à protéger les milices kurdes et soutenir leurs alliés régionaux, notamment Israël. «Atteindre chacun de ces objectifs ne sera pas déterminé par une présence militaire à long terme, en plus relativement faible», selon Malley.
Pour le géographe Fabrice Balanche, « Trump est réaliste, il ne souhaite pas s’embourber en Syrie. Il préfère partir sur une victoire contre l’EI que de voir des bombes exploser et décimer ses troupes comme à Manbij le 16 janvier dernier». Il y a des risques à quitter la Syrie, mais de beaucoup plus grands à y rester, estime Aaron Miller du Woodrow Wilson Center.
Avec 2 000 soldats sur le terrain, les Etats-Unis n’ont ni la volonté, ni la capacité de confronter directement l’influence iranienne en Syrie et de concurrencer celle de Moscou. La récente déclaration de Trump selon laquelle les Iraniens «peuvent faire ce qu’ils veulent» en Syrie relève plus d’un constat que d’un feu vert.
Aussi, ce retrait ne fait que prendre acte de la victoire de la Syrie et de ses alliés. Du reste, le nord-est n’aurait pas permis à Washington d’obtenir des concessions importantes, explique Robert Ford, ex-ambassadeur américain en Syrie.
La volonté de réchauffer les relations en dents de scie avec Ankara aura fortement pesé dans la balance. Cet acteur-clé, pivot de l’Otan, est courtisé avec succès par la Russie qui en a fait un partenaire incontournable du processus d’Astana. Les Américains ont besoin des Turcs afin de contrecarrer l’influence de la Russie et de l’Iran et garder un œil sur le processus politique. Il devenait impératif de rétablir la confiance avec la Turquie qui s’était trop rapprochée de l’Iran et de la Russie. La vente récemment autorisée de missiles Patriot à Ankara, malgré l’achat de S-400 russes, pourrait y avoir contribué. Si la Turquie a intérêt à se réconcilier avec Washington, il sera difficile de l’éloigner de l’axe irano-russe.

Changement tactique. A plus d’un titre, ce retrait ne constitue ni un «game changer», ni ne modifie la stratégie US. Pour Paul Salem, président du Middle East Institute, «les éléments de continuité dans la région l’emportent sur les changements». Le secrétaire d’Etat américain affirmait le 13 janvier que ce retrait constituait un «changement tactique» qui n’affectait pas les objectifs de son administration au Moyen-Orient et les efforts visant à détruire l’EI et à faire pression sur l’Iran.
Par ailleurs, la Conférence de Varsovie visait à rassurer les alliés sur la solidité des engagements américains au Moyen-Orient à long terme. Mais selon Amos Harel, analyste militaire à Haaretz, «cette région sera moins présente quotidiennement pour les Etats-Unis et ses alliés seront contraints de faire face aux défis grandissants en s’appuyant davantage sur eux-mêmes». Une volonté clairement affichée de sous-traiter les questions régionales en impliquant plus les alliés tant dans la lutte contre l’EI que l’Iran.
En mettant un terme à une présence résiduelle, Washington laisse la «patate chaude» à la Russie et à la Turquie. Son retrait va relancer une course pour le contrôle du nord-est avec les risques de confrontation qu’elle comporte.
Toutes les parties devront désormais avancer leurs pions et certaines ententes seront soumises à rude épreuve. Hormis pour le régime, qui en est le grand bénéficiaire, il serait erroné de raisonner simplement en terme de gagnants et de perdants.
Pour Ankara notamment, ce retrait pourrait être un cadeau empoisonné. Il ne pourra plus jouer sur la rivalité entre les deux grandes puissances et se retrouvera seul dans un ménage à trois avec l’Iran et la Russie. Sans aval russe, son offensive contre les Kurdes est désormais compromise. De plus, Erdogan a échoué lors du dernier sommet de Sotchi à rallier Moscou à son projet de zone de sécurité à la frontière turco-syrienne qui porterait atteinte à l’intégrité territoriale de la Syrie. Pour sa part, la Russie a proposé de réactiver le traité sécuritaire d’Adana de 1998 qui lui permettrait d’assurer un redéploiement de l’armée syrienne à la frontière nord et d’entraîner la Turquie sur le chemin de Damas. Les Kurdes n’auront d’autre choix que de négocier avec les Russes et le régime un retour de l’armée syrienne dans le nord.
Vue de Moscou, l’annonce d’un retrait américain a été accueillie avec un certain scepticisme. Il n’est pas sans danger pour la Russie qui, parallèlement à la poursuite du dialogue politique, devra «manœuvrer entre Damas et Ankara pour empêcher l’émergence d’une “guerre pour l’héritage américain”», prévient Kirill Semenov, chercheur au Russian International Affairs Council. Le Kremlin s’expose aussi à des risques de frictions avec la Turquie sur la question kurde et celle d’Idleb et devra également gérer le conflit irano-israélien et en contenir les effets. Autant dire que ce retrait représente pour Moscou autant une opportunité, celle d’être l’artisan clé d’une solution en Syrie, qu’un risque étant donné la difficulté d’y parvenir. Il lui faudra à nouveau faire preuve d’ingéniosité diplomatique afin de réunir tous les acteurs autour de la table des négociations, un véritable travail d’orfèvre.

Camille Najm
 

Au grand dam de ses nombreux détracteurs, la République islamique d’Iran, 40 ans après son avènement, plie mais ne rompt pas. Contestée, décriée par ses ennemis, elle ne s’en est pas moins transformée, le régime des mollahs s’adaptant bon gré mal gré aux aspirations de la société.
 

«Il faut changer ce régime». La citation, lapidaire, est signée John Bolton, aujourd’hui à la tête du Conseil à la sécurité nationale de la présidence américaine. C’est en juin 2017 que le faucon néoconservateur ex-ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu, prononce ces mots, alors qu’il participe au rassemblement annuel des Moudjahidines du peuple organisé en France. Volontiers provocateur — ou témoignant d’un optimisme débordant? —, le septuagénaire donne rendez-vous «à Téhéran en 2019» à l’audience rassemblée devant lui.
Deux ans plus tard, le 1er février dernier, à 9h33 précises, la République islamique célèbre en grande pompe ses quarante ans d’existence. Drapeaux verts, blancs et rouges à la main, entonnant des chants à la gloire de l’islam et de la nation iranienne, parsemés de quelques slogans anti-américains ou contre la dynastie saoudienne, des milliers de personnes se rassemblent au mausolée de l’imam Khomeiny, à Téhéran. C’est à cette heure-là, un 1er février 1979, que l’avion Air France a ramené d’exil le père de la Révolution et premier guide la République islamique d’Iran, l’ayatollah Rouhollah Moussavi Mostafavi, dit Khomeiny.
La capitale est fleurie de guirlandes lumineuses et d’affiches commémoratives. Depuis plusieurs semaines, le pays entier se prépare aux célébrations. Pourtant, la situation économique n’offre pas de quoi pavoiser. Avec la sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire signé en 2015, les retombées commerciales et financières tant espérées par les Iraniens et promises par le président Hassan Rouhani, ne se sont pas concrétisées. La situation a même empiré depuis le durcissement des sanctions par Washington, qui aura eu pour effet de faire fuir les multinationales — en grande partie européennes, comme Peugeot et Total— qui avaient commencé à revenir en Iran.
Avec une inflation qui a bondi de moins de 10% à 35% entre le premier et le second mandat du président Rohani, l’économie, déjà en récession en 2018, poursuivra sur la même pente et devrait plonger à -4% cette année. Autant d’indicateurs qui augurent, en principe, du pire pour la République islamique. Et pourtant. Si le ras-le-bol des Iraniens, toutes classes sociales confondues est palpable, s’illustrant régulièrement par la tenue de manifestations sociales dans diverses régions du pays, les fondements de la République islamique ne vacillent pas.

PAS D’ENVIE DE RÉVOLUTION. Ces 40 dernières années ont été marquées par une modernisation de la société iranienne, tant en termes de transport, d’électricité, d’adduction d’eau, d’éducation, etc... «Le taux de fécondité est passé de 7 à 2, les divorces ont augmenté, aujourd’hui il y a 46% de femmes dans les universités, nombre d’entre elles occupent des postes importants, l’urbanisation aussi a beaucoup progressé avec tous les investissements consacrés aux infrastructures, y compris dans les campagnes, les mentalités en Iran sont plus individualistes mais aussi plus nationalistes», énonce Thierry Coville, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Iran. Des signes, selon lui, d’une modernisation en profondeur du pays. Un constat partagé par un autre connaisseur de la région, Ardavan Amir-Aslani. «En 40 ans, le pays a changé de manière radicale: l’Iran est passé d’une population de 37 à 83 millions. 72% de la population iranienne a moins de 40 ans», relève-t-il. «Eduquée, connectée à l’internet et n’ayant connu que la théocratie, cette jeunesse aspire au changement. L’évolution du régime est donc parallèle à l’évolution de sa démographie et contraint de s’y adapter», note-t-il. Le président iranien lui-même en faisait le constat l’an dernier: «Le problème, c’est que nos enfants ne veulent plus vivre comme nous», a-t-il affirmé. Chaque année en Iran, 900 000 nouveaux diplômés arrivent sur le marché du travail, «une catastrophe», selon Thierry Coville, s’ajoutant aux cohortes de chômeurs. Le pays affiche un taux de chômage de 12 à 13%, qui touche 27% des jeunes.
La République islamique, après 40 ans d’histoire mouvementée, se trouve donc confrontée à un défi de taille, celui de rassembler une société qui réclame de s’émanciper et des mollahs qui ont verrouillé l’ensemble du système. «Le pouvoir a compris que pour pouvoir assurer sa pérennité, il lui appartient de proposer autre chose que des restrictions, des libertés publiques et le chômage à sa jeunesse. D’où l’accord sur le nucléaire. Même si ce dernier n’a pas produit les effets escomptés du fait du retrait américain du 6 mai 2018, il traduisait la compréhension par le pouvoir de la nécessite du changement. Il appartient maintenant au régime de démontrer qu’il peut se reformer de l’intérieur», analyse Ardavan Amir-Aslani.
«Aujourd’hui, il y a une demande de changement qui vient vraiment d’en bas, pas seulement des classes les plus éduquées. Il y a un vrai poids de l’opinion publique», remarque Thierry Coville. «Même si les gens sont en colère, ils ne veulent pas faire une révolution, ils l’ont fait il y a 40 ans». Le chercheur pressent «un fort taux d’abstention lors des prochaines législatives, car ils savent que cela ne servira à rien». Selon lui, «les sanctions américaines s’avèrent contre-productives, un sentiment d’injustice s’est développé dans la population qui estime que l’Iran a rempli sa part du contrat. Le ras-le-bol touche toutes les couches de la société, des traditionnalistes aux plus occidentalisés. C’est un peuple extrêmement résilient qui encaisse. Ils ont toujours vécu dans une économie de sanctions».
Aux défis économiques, s’ajoutent aussi des enjeux environnementaux, lourds de conséquences, avec une sécheresse grandissante et une pollution de plus en plus prégnante. Alors, quelles perspectives pour un République islamique qui semble parfois sclérosée dans son fonctionnement? Thierry Coville évoque un «risque majeur de populisme», qui pourrait séduire une population lassée des promesses électorales sans lendemain. Rohani a déçu. La rançon de son échec à résoudre les problèmes économiques qui gangrènent le pays pourrait porter une personnalité bien plus radicale à la présidence. Si le héros de la guerre en Syrie et en Irak, le général Qassem Suleimani aurait pu remporter tous les suffrages, lui-même a déclaré à plusieurs reprises, qu’il ne souhaitait pas s’investir en politique. Toutefois, observe le chercheur, «l’Iran actuel est différent de l’Iran du shah. Les dirigeants iraniens sont au courant de ce qui se passe, à l’inverse de ce qui a pu se voir avant 1979, en matière d’économie ou de politique étrangère».

QUEL SUCCESSEUR AU GUIDE? Dans le même temps, la succession du guide Ali Khamenei, que l’on sait malade depuis des années, interroge. Le religieux Ebrahim Raïssi, qui s’était présenté à la présidentielle d’avril 2017 contre le président Hassan Rohani, paraît tenir la corde. «Il tient un discours très populiste», rapporte Coville. Pur produit du pouvoir conservateur, ce procureur spécial du tribunal du clergé, apparaît comme un fidèle parmi les fidèles du Guide suprême, Ali Khamenei, selon Armin Arefi, journaliste au Point. En Iran, «tout dépend du rapport de force politique. Si ce sont les radicaux, les populistes qui prennent plus de pouvoir, ils seraient plus enclins à imposer un candidat bien dur. Il faut voir aussi si les modérés résistent et si les réformateurs existent toujours. Les gens sont déçus par Rohani, les réformateurs n’ont plus vraiment d’écho», avance Thierry Coville. Pour Ardavan Amir-Aslani, «la question sera, pour le pouvoir, de réussir sa transition d’une théocratie absolue vers un système de plus en plus séculier. La République islamique d’Iran n’a pas d’autres choix que de devenir la République iranienne en enlevant le «islamique» de son nom. Cette évolution nécessitera bien évidemment une période transitoire qui ne pourra efficacement se réaliser qu’avec l’élection d’un civil issue du corps des Gardiens de la révolution. C’est ce qui attend le pays lors des élections à venir si ce n’est plus tôt». Autre candidat potentiel pouvant faire l’unanimité autour de lui, Ali Larijani, qui selon le chercheur de l’Iris, pourrait «constituer une synthèse acceptable pour les Iraniens». «Ce n’est pas un dur, mais un conservateur proche du Guide, qui a validé la répression de 2009». «Quelques noms circulent mais son remplacement est un sujet tabou, relève Amir-Aslani. «Ce n’est que lorsque ce dernier sera choisi que l’on saura quel chemin l’Iran va emprunter pour les années à venir».
Malgré toutes ses difficultés sur le plan interne, la République islamique, qui a abandonné très tôt, au lendemain de la guerre Iran-Irak, son aspiration d’exporter la révolution, aura tout de même réussi à se placer comme une superpuissance régionale avec qui il faut compter. Un statut qui lui coûte, Téhéran restant un paria dans la communauté internationale, comme l’a encore démontré la tenue du sommet de Varsovie ces derniers jours.
Quarante ans après, la République islamique tient bon. Malgré les multiples failles du système, la population ne s’imagine pas revenir à l’ère du Shah. Qu’on l’accepte ou pas, la Révolution aura apporté aux Iraniens une souveraineté et une indépendance que le peuple apprécie, même si son prix est élevé. Reste à savoir si et comment le régime parviendra à opérer sa mue, pour lui garantir une paix sociale et l’amélioration de la vie quotidienne. «Tout le débat sera justement le ‘comment’ et le ‘quand’ de cette évolution d’une théocratie vers une république séculière de manière à ce que le pouvoir en place puisse refléter la volonté de la majorité des iraniens qui sont pour la séparation de la religion de la gouvernance du pays. Ce sont les grandes interrogations du moment», conclut Ardavan Amir-Aslani.

Jenny Saleh

Walid Joumblatt est inquiet. Il voit ses anciennes alliances se défaire et ses paris régionaux échouer. Le président du Parti socialiste progressiste (PSP) reproche à Saad Hariri d’être trop conciliant avec Gebran Bassil, accuse ce dernier d’imposer sa volonté à tout le monde, et soupçonne les Syriens et le Hezbollah de vouloir provoquer une discorde inter-druze. Les vents sont défavorables au seigneur de Moukhtara. La meilleure défense est l’attaque. Interview.

Vous avez récemment émis, à plusieurs reprises, des craintes pour l’accord de Taëf. Est-il menacé et par qui?
Quand on voit certaines nouvelles formules, par exemple le fait que cinq députés peuvent former un bloc parlementaire, on se pose des questions. Je n’ai pas compris cette formule. On ne peut pas non plus faire partie de la majorité et être, en même temps, dans l’opposition. C’est impossible. Ce sont les Syriens qui avaient imposé ça. Une fois que vous êtes dans l’opposition, théoriquement vous n’avez plus accès aux services pour (en faire bénéficier) vos électeurs. Alors, nous sommes tous dans le même sac pour essayer, autant que peut se faire, de récolter certains privilèges. C’est anti-démocratique, je sais. Certes, cela ne relève pas de l’essence même de l’accord mais des dérives du système syrien. Maintenant, tout le monde y est habitué.

Vous critiquez, là, une certaine interprétation de Taëf. Mais récemment, vous avez dit que l’accord en lui-même était menacé?
Je pense que (l’ancien Premier ministre) Tammam Salam a fourni dans son intervention au Parlement une bonne explication de ce qui est en train de se passer actuellement. J’adhère à ce qu’il a dit.

Qui menace Taëf et pour quelles raisons?
Nous pouvons reprendre l’essence de l’accord. Par exemple, nous n’avons jamais pu former la commission pour l’abolition du confessionnalisme, ni à l’époque syrienne ni aujourd’hui. Cette commission est censée nous conduire vers un régime moderne non confessionnel.

Mais en raison de ce et de ceux que vous représentez vous n’avez aucun intérêt à l’abolition du confessionnalisme politique. Vous faites partie de ce système.
Je sais très bien que je fais partie du système mais je vous rappelle que l’accord de Taëf prévoit la formation d’un Sénat représentant les intérêts confessionnels et un Parlement (élu sur une base) non confessionnelle.

 

Vous êtes donc favorable à la mise en œuvre intégrale de Taëf?
Oui, absolument. Nous sommes au point mort. J’ai osé dire que j’étais favorable au mariage civil facultatif, il y a eu une réponse indirecte de la part de Dar al-Fatwa, rappelant qu’une telle union était contre la charia.

Vous avez été assez critique à l’encontre du Premier ministre Saad Hariri. Vous avez laissé entendre qu’il bradait Taëf. Pourquoi lui avez-vous fait ces reproches?
On voit très bien qu’il y a, quelque part, la présence, l’influence du prince régent, qui s’appelle Gebran Bassil. Le prince régent est en train de dicter tout à tout le monde, pas seulement à M. Hariri. C’est une impression, peut-être qu’elle est fausse. Avec Taëf et la redistribution des pouvoirs (prévu par l’accord) la fonction du Premier ministre est primordiale. Prenons, par exemple, les nominations au sein de l’administration: les résultats des concours du Conseil de la Fonction publique ne sont pas respectés, au prétexte qu’il n’y a pas d’équilibre confessionnel. Toutefois, cet équilibre est exigé dans Taëf uniquement pour les postes de la première catégorie.

Donc selon vous, Gebran Bassil est en train de s’emparer de certaines prérogatives qui relèvent du Premier ministre.
C’est lui qui a créé la formule des cinq députés pour former un bloc. C’est lui qui a inventé ce système qui peut à n’importe quel moment faire tomber le gouvernement. Il s’est arrogé la minorité de blocage tout en faisant signer à ses ministres une démission anticipée. C’est absurde. Après tout ça, vous voulez que je ne sois pas assailli par le doute!?

Vous pensez que Saad Hariri laisse faire?
Posez-lui la question.

Votre impression?
J’ai des doutes. De loin, je doute. J’ai le droit de douter, on verra.

Mais Gebran Bassil et le parti qu’il dirige affirment qu’à l’origine il y avait un déséquilibre dans l’application de Taëf du fait de l’absence d’un vrai partenaire chrétien. Aujourd’hui, ce partenaire chrétien est revenu dans l’équation.
Cela nous ramène à la théorie du parti fort, du président fort, qui a causé beaucoup de torts aux chrétiens pour commencer et au Liban pour finir. Ça nous ramène à l’époque de Bachir Gemayel, Michel Aoun, Amine Gemayel. Je suis contre le fait qu’une communauté se présente comme étant celle qui décide. Ce reproche, je l’adresse aussi bien à Gebran Bassil qu’au Hezbollah qui décide de presque de tout. Ce Liban ne peut pas être gouverné par une seule communauté qui impose aux autres. C’est impossible.

Vous avez l’impression qu’aujourd’hui une communauté s’impose aux autres?
Maintenant c’est le Hezbollah… c’est la force principale. Mais Bassil veut nous ramener en arrière. Non!

Vous n’êtes pas pour un président fort mais un pour président faible?
Non! Il n’y a pas de président fort, il y a une Constitution forte et un Liban fort. N’interprétez pas mes propos comme si j’étais contre le président chrétien fort. Je suis pour le président fort qu’il soit chrétien, musulman ou n’importe quoi.

Justement, puisque vous parlez du président, vos relations avec le chef de l’Etat Michel Aoun passent par des hauts et des bas…
Non, non, elles sont bonnes depuis que j’ai décidé de ne pas aller trop loin, parce que j’avais critiqué le régime en affirmant qu’il avait failli. Certains aounistes ont alors lancé des attaques verbales, nous avons répondu en tant que partisans et que druzes, ce qui a provoqué dans certains milieux de la montagne des crispations confessionnelles. Ce n’est pas la peine de formuler les mêmes réserves et critiques. Je tiens à avoir avec le président de bonnes relations.

Vous parvenez à faire une séparation entre le président Aoun et Gebran Bassil?
Je ne fais pas de séparation mais il y a encore ce petit fil ténu auquel il faut s’accrocher.

On voit bien que vous êtes inquiet pour votre leadership du fait de l’émergence d’autres forces au sein de la communauté druze.
Elles n’ont pas émergé. Monsieur (Talal) Arslan est là depuis longtemps et je lui ai toujours gardé une place lors des élections, à l’exception d’une seule fois. Maintenant, j’ai le droit d’être inquiet du fait que je vois le Syrien et ses anciennes haines, avec le Hezbollah quelque part, en train d’activer certains milieux druzes pour, peut-être, provoquer une discorde. Quand on voit qu’il y a des milices armées ou pseudo-armées; quand on voit la dernière rencontre du «front du refus et de la fermeté» à Jahiliya... Ça m’inquiète, oui.

 

Vous soupçonnez le Hezbollah…
Oui, je le soupçonne. J’ai le droit d’avoir des soupçons parce qu’on ne peut pas accuser uniquement le Syrien. Il y a un allié principal du Syrien; est-il derrière ce projet de discorde, l’accepte-t-il ou bien le rejette-t-il? Je n’ai pas eu encore de réponses claires malgré le fait qu’il y a des visites entre nos représentants respectifs. J’ai eu des réponses assez vagues pour le moment.

Vous n’estimez pas que Wiam Wahhab représente une partie de la communauté?  
Peut-être qu’il est représentatif mais il a aussi un appui des voisins.

Si je comprends bien, vous êtes en mauvais termes avec Saad Hariri…
Non. Ça arrive de faire des critiques.

Vous êtes critique à l’égard de Gebran Bassil, vous êtes soupçonneux avec le Hezbollah… qui vous reste-t-il comme alliés?
Personne! C’est très bien, comme ça on est tranquille.

Vous êtes un fin politicien et vous avez toujours joué un rôle dans ce système.
Certes, mais enfin vous savez que dans la conjoncture actuelle, il semble qu’on ne peut pas critiquer la politique économique de ce fameux gouvernement parce qu’on dénonce la privatisation; on ne peut pas dire qu’ils violent Taëf à leur façon; on ne peut pas non plus critiquer certains rapprochements contre-nature.

Quels rapprochements?
Je fais allusion au prince régent.

Son rapprochement avec Saad Hariri?
Oui, parce que lors des dernières élections, M. Hariri n’a pas pris en compte le scrutin dans le Chouf et la loi électorale nous a placés dans une situation gênante et très confessionnelle.

Mais il y eu une sorte de compromis qui a pris en considération vos intérêts en maintenant le Chouf et Aley dans une seule circonscription.
Ça n’a rien donné parce que jusqu’à maintenant j’essaie de déchiffrer cette loi électorale; je n’y suis pas encore parvenu… En tout cas, ce n’est pas du tout la proportionnelle.

Le rapprochement entre MM. Hariri et Bassil est-il motivé par les 11 milliards de dollars de CEDRE et tous les projets en perspective?
Il semble que ce soit le cas. Mais pas seulement.Il y a aussi la possibilité d’avoir M. Bassil comme président de la République. Il agit pour ça, il oublie que son beau-père est toujours là.

Pourtant, on dit que c’est son beau-père qu’il l’aide et le soutient pour renforcer ses positions.
Je ne sais vraiment pas, je ne peux pas vous répondre.

Et le président Nabih Berry, ce n’est plus votre allié?
Il a toujours été un allié, heureusement. Il a aussi été la cible de critiques, au Parlement, de la part de certains de ses très proches alliés. L’un deux a dit, je pense, qu’il est temps d’en finir avec cet homme qui est au pouvoir depuis plus de deux décennies.

Vous pensez que nous sommes à la veille de changements des rapports de force au Liban et ailleurs?
Non, pas du tout. Je parle de politique intérieur. Rien ne change à part l’état de fait que l’Iran augmente son emprise ici et malheureusement avec l’Iran vient le Syrien avec ses anciennes haines, rancunes et velléités.

Comment se traduit cette influence iranienne? Ce pays est incapable de vendre quoi que ce soit au Liban. Il propose d’équiper l’armée libanaise, personne n’accepte, de construire des centrales électriques personne n’en veut, de vendre des médicaments à des prix compétitifs, personne ne semble intéressé.
Car c’est impossible d’acheter leur matériel ou leurs armes du fait des sanctions américaines. C’est ce que Saad Hariri a, heureusement, fait comprendre à Mohamad Zarif. Mais quand on voit qu’hier encore, Angela Merkel a averti que le retrait américain de Syrie va entraîner une emprise totale de l’Iran et de la Russie sur la Syrie… Ce n’est pas moi qui le dit.

Il y aussi l’influence de la Turquie.
Certes, mais la Turquie, c’est au nord de la Syrie. Le problème principal de la Turquie, ce sont les Kurdes, les pauvres Kurdes qui sont en train d’être abandonnés par tout le monde.

Vous êtes opposé au retrait américain de Syrie pour maintenir un certain équilibre?
Après le départ des Américains, Assad sera très à l’aise. Ma position est bizarre, je l’admets. Mais de toute façon, la Syrie est dépecée entre Russes, Turcs, et Iraniens. Qu’en reste-il? Les Américains avaient une certaine présence symbolique. Par leur retrait, ils augmentent le pouvoir d’Assad. Ce n’est pas nouveau, ils n’ont rien fait dès le départ et (Donald) Trump continue la politique d’Obama, qui avait abandonné la Syrie et son peuple après l’accord sur le chimique (en 2013).

Vous pensez que les Américains n’ont rien fait parce qu’ils ne veulent pas ou parce qu’ils ne peuvent pas?
Ils auraient pu armer adéquatement l’opposition syrienne nationaliste, presque laïque, ils ne l’ont pas fait. Ils ont abandonné la Syrie aux hordes qui sont venus de Turquie, du Golfe, du Pakistan.

Mais ce sont les Américains et les Occidentaux qui ont encouragé d’une certaine manière l’afflux des candidats au jihad…
Les Américains ont laissé faire, et en même temps il y a eu la croisade chiite contre la croisade sunnite, au lieu de prendre en compte les revendications légitimes du peuple syrien abandonné de tous. On ne parle plus maintenant de la formule transitoire qu’ils avaient adoptée à Genève. On parle de Sotchi, ce qui signifie que le régime reste. Hier encore, Assad a prononcé un discours, affirmant qu’il combattait le terrorisme. Il n’a pas changé.

Vous non plus vous n’avez pas changé.
Non, je n’ai pas changé.

Justement, vous êtes un homme politique qui a joué un rôle plus important que le poids de sa communauté dans ce système communautaire. Vous êtes un habile politicien, mais on ne voit pas une remise en cause de vos paris, de vos choix concernant la Syrie.
J’ai déjà reconnu plusieurs fois avoir perdu mon pari mais je ne suis pas opportuniste pour dire que je remets ça en cause, j’admets que j’ai perdu mon pari à cause de la position occidentale lâche, à l’exception de François Hollande. Mais lorsqu’il voulait intervenir, il ne pouvait pas le faire seul.   

Vous n’avez pas eu de discussion avec les Russes sur la Syrie?
J’ai eu de nombreuses discussions avec les Russes. Quand je suis allé à Moscou en 2011, c’était encore une révolution pacifique ensuite elle s’est transformée en insurrection armée. La position russe était «que les élections décident». Puis le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a eu des propos très durs affirmant qu’il s’agissait d’une lutte contre le terrorisme. Il a adopté le même discours qu’Assad.

Il y a des intérêts et des enjeux géopolitiques qu’il est difficile d’ignorer quand même…
Il y en a, effectivement. Ils dépassent tout le monde. Cela ne veut pas dire que je vais abandonner ma position de principe.

Est-ce qu’on pourrait voir votre fils Taymour un jour à Damas?
Pas de mon vivant.

Pour revenir au Liban, croyez-vous que le gouvernement soit sérieux et dispose des moyens nécessaires pour combattre la corruption?
J’espère. Mais d’après CEDRE, tout doit commencer par le secteur électrique, c’est–à-dire (nommer un nouveau) conseil d’administration, appliquer les lois, augmenter les recettes de la perception des factures. 40% des recettes se perdent à cause des problèmes techniques et administratifs.

Les dirigeants du Hezbollah affirment aussi vouloir lutter contre la corruption.
C’est une nouvelle donne qui n’est pas mal. C’est la première fois qu’ils parlent d’une manière aussi claire. Je pense qu’ils ont peur. Lors des dernières élections, ils ont eu des déboires à Baalbeck-Hermel. C’est pour cela qu’ils ont insisté pour obtenir les ministères de la Santé et de l’Agriculture, parce que leur électorat traditionnel se plaint. Si la livre s’effondre, en plus des sanctions américaines, ils ne pourront pas satisfaire tout le monde.

Vous vous attendez à un effondrement de la livre?
Pas maintenant. Cependant, aujourd’hui tout est bloqué. Si le déficit augmente… je ne sais pas. En plus, le service de la dette est très important.

Une éclaircie économique est-elle possible lorsque le premier puits de gaz sera foré ?
Pour certains pays le pétrole et le gaz sont une source de prospérité et de développement, comme la Norvège, le Koweït et les Emirats, qui ont mis en place des fonds souverains. Pour d’autres pays, comme le Venezuela, le Nigeria et le Liban, c’est une malédiction.

Etes-vous disposé à céder à vos adversaires une partie des postes qui reviennent à la communauté druze dans la fonction publique?
Non, je ne suis pas prêt car j’ai toujours appuyé des candidats qui ont une bonne réputation.

Vous voulez tout?
Non je ne veux pas tout, il y a d’autres postes qui sont occupés par les autres. On verra.

Paul Khalifeh

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Éditorial
Comparer le comparable

Le retour des réfugiés syriens dans leur pays est une vraie bataille dans l’intérêt du Liban et une fausse cause pour ceux qui, au nom de diverses considérations, tentent d’en discuter les modalités et les conditions, au risque d’en entraver ou d’en retarder le processus. La balance penche résolument du côté des facteurs qui plaident pour un retour sans délai des réfugiés. L’argument qui vient le plus naturellement à l’esprit est que le cas des déplacés syriens risque de connaître le même sort que la présence palestinienne, qui dure «provisoirement» depuis 1948. Les défenseurs zélés des réfugiés affirment qu’il ne faut pas «comparer» deux situations qui ont des commencements et des cheminements différents et qui n’auront pas forcément le même dénouement. Ceux-là et celles-là semblent oublier que la comparaison a de tout temps été l’outil le plus important de l’homme, celui qui lui permet de créer des repères pour évaluer une situation présente afin d’imaginer des solutions ou une conduite à adopter. C’est la comparaison avec des situations antérieures qui permet d’établir une échelle de valeur pour en tirer une grille de lecture. L’homme «compare» tout et depuis toujours. Lorsqu’il admire une œuvre d’art, il le fait par rapport à d’autres toiles ou sculptures qu’il connaît déjà. Quand il savoure un mets, il ne peut s’empêcher de le «comparer» à d’autres cuisines. En se plongeant dans un nouveau livre, il l’évalue par rapport à une lecture précédente ou aux auteurs avec lesquels il est familier, quelle que soit l’opinion qu’il peut en avoir. Lorsqu’il dit avoir rencontré l’amour de sa vie, il le fait en fonction de toutes les relations amoureuses qu’il a pu avoir dans le passé.La comparaison est l’outil le plus légitime, le plus efficace, y compris et surtout dans le cas des réfugiés syriens. Le risque qu’ils restent au Liban est sérieux. Les études des Nations unies montrent que 35% des déplacés restent dans les pays d’accueil et que la durée moyenne d’un exil est de 17 ans. On n’oserait pas imaginer les conséquences que cela pourrait avoir sur la démographie, le tissu social et l’économie.Le redressement économique passe inéluctablement par le retour des réfugiés syriens chez eux. L’infrastructure du Liban, sa production d’électricité, déjà déficitaire, l’ensemble de ses services publics, son territoire exigu, sa composition démographique délicate, ne peuvent plus supporter la présence sur son sol d’une population qui représente le quart de ses habitants.Ceux qui adhèrent aux arguments de la communauté internationale pour refuser le retour des réfugiés avant une solution politique en Syrie servent, consciemment ou inconsciemment, des agendas politiques desquels le Liban n’a rien à tirer. L’objectif des puissances occidentales et de leurs alliés régionaux est de garder les 5 millions de réfugiés syriens en réserve, dans l’espoir de peser sur le résultat de l’élection présidentielle en Syrie, en 2021. Il est inadmissible de lier le sort de notre pays à ces enjeux géopolitiques qui le dépassent. La priorité, pour le Liban, est qu’ils rentrent chez eux dignement, dans les régions pacifiées. Que les Nations unies et les faux objecteurs de conscience leur fournissent l’aide sur place.


 Paul Khalifeh
   
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