Ces sciences qui brillent par leur absence
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Nº 3093 du vendredi 7 septembre 2018

Ces sciences qui brillent par leur absence

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    Ces sciences qui brillent par leur absence
    Nous autres, Libanais, portons les sciences en haute estime. Telle est au moins l’impression que nous donnons à quiconque observe l’acharnement avec lequel nous dissuadons nos enfants de s’engager dans...
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Nous autres, Libanais, portons les sciences en haute estime. Telle est au moins l’impression que nous donnons à quiconque observe l’acharnement avec lequel nous dissuadons nos enfants de s’engager dans des études littéraires ou de se consacrer à une carrière artistique. Cependant, si l’on cherche la traduction sociétale de cette épistémophilie collective, on ne peut qu’être déçu par la place infime accordée aux sciences dans notre vie culturelle.
Dans notre presse, les articles consacrés à l’actualité scientifique – jamais originaux, souvent mal assimilés et pauvrement traduits –  servent à combler les vides des dernières pages. Nos journaux télévisés accordent plus d’importance aux rencontres routinières de nos dirigeants qu’à la découverte du boson de Higgs ou à la sixième extinction de masse, actuellement en cours. Et les seuls «savants» mis à l’honneur sur nos écrans sont les astrologues et les guérisseurs.
Quant à notre système éducatif, si sa performance en matière d’enseignement des sciences, surtout s’agissant de la transmission des contenus théoriques, est relativement satisfaisante, elle demeure cependant très faible s’agissant des dimensions épistémiques et procédurales, ce qui la laisse sans impact durable sur notre personnalité individuelle et collective.
Cette marginalité des sciences n’est certes ni le plus grave ni le plus urgent de nos problèmes, mais j’ai la conviction que si, moyennant des initiatives simples, nous remettons quelque peu les sciences à l’honneur, nous réussirons à opérer des changements significatifs dans l’être libanais et sa capacité à forger l’avenir.
Imaginez un lobbying pour l’amendement de l’article 30 de la Loi de l’audiovisuel,  qui en l’état enjoint à nos chaînes de consacrer une heure par semaine aux programmes culturels, afin d’élever ce quota à 10 heures hebdomadaires et d’y inclure la culture scientifique.
Imaginez que l’une de nos universités oriente ses étudiants en journalisme vers un parcours consacré à la communication scientifique.
Imaginez qu’à côté de ses centres de recherche dédiés à la géophysique, à l’énergie nucléaire, ou aux sciences marines, notre CNRS se dote d’un centre pour l’étude de la perception des sciences par le public et des moyens de la développer…
Imaginez que dans la controverse liée à l’incrimination de l’homosexualité, considérée comme «contre nature», notre opinion publique acquière le réflexe de se demander ce que nous disent, sur ce point, les sciences de la… nature!
Et ne sous-estimons pas les retombées politiques de cette réhabilitation des sciences, car ces dernières apprennent leurs pratiquants à penser «hautement», au dire d’E. Klein. Tout comme l’escalade en montagne, elles induisent «des changements de point de vue, le surgissement de nouvelles perspectives». Et l’un des signes de cette «hauteur» est la capacité de penser en sortant de son ego, de son intérêt individuel souvent myope, des peurs de sa communauté souvent injustifiées, de la diète intellectuelle souvent restrictive de son parti, pour habiter des horizons plus vastes, ceux du genre humain et des générations à venir.

Pascale Lahoud
Vice-rectrice exécutive Université Antonine

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Éditorial
Diplomatie à la hussarde

Gebran Bassil a parfaitement raison de mettre en garde dans les termes les plus directs des dangers qui se cachent derrière l’«accord du siècle» proposé par Donald Trump pour en finir une fois pour toute avec le conflit israélo-arabe. Proposer n’est d’ailleurs pas le verbe adéquat. Le président américain veut imposer sa vision aux Palestiniens en usant de pressions, d’intimidations, de sanctions économiques et autres mesures coercitives, avec l’accord ou le silence complice de pays arabes.La décision de Washington de ne plus participer au financement de l’UNRWA est un nouveau jalon posé sur la voie de ce plan. Le transfert, en mai dernier, de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en était un autre. Ces mesures viennent compléter la loi sur l’Etat-Nation juif, votée par la Knesset le 19 juillet, qui enlève la dernière feuille de vigne de la «seule démocratie du Proche-Orient», où les Arabes, chrétiens et musulmans, ne pourront plus prétendre aux mêmes droits que les juifs.Pour faire avaler ce cocktail nauséabond aux Palestiniens, Trump use d’une diplomatie à la hussarde. Il a déjà suspendu une grande partie de l’aide financière octroyée à l’Autorité palestinienne. La fin du financement de l’UNRWA était prévisible, car le plan américain enterre le droit au retour des 5 millions de réfugiés palestiniens des territoires de 1948 et de leur descendance, installés au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Cisjordanie et à Gaza.Le ministre des Affaires étrangères s’interroge, dans un tweet émis dimanche 2 septembre, sur «ce que cache l’accord du siècle». «Transfert (de population), exode, implantation etc…?». Ses craintes sont confirmées par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a révélé, le jour même, que le plan américain consistait en une Confédération jordano-palestinienne. Cette nouvelle entité serait donc appelée à accueillir les Arabes toujours installés en Israël, afin que le caractère juif de l’Etat puisse être consacré.L’énormité de ce que propose Donald Trump n’a d’équivalent que le silence complice des dirigeants arabes. Le plan américain est purement et simplement un remodelage géographique et démographique du Proche-Orient, avec ce que cela implique comme nouvelles complications.Le Liban ne saurait être à l’abri de ce séisme annoncé. Et une fois de plus, une partie de la classe politique montre qu’elle n’est pas à la hauteur des défis qui se profilent à l’horizon. Sinon, comment expliquer l’absence de réaction face à ce qui est en train de se mettre en place? Au lieu de décréter l’état d’urgence politique pour examiner les moyens de mettre le pays à l’abri de ce qui se prépare, ils traînent les pieds dans l’affaire du retour des déplacés syriens, un autre dossier encore plus dangereux que celui des réfugiés palestiniens. En prenant leur temps dans la formation du gouvernement, ils rendent le Liban encore plus vulnérable.Face à ces comportements douteux, nous sommes en droit de nous demander si une partie de la classe politique ne voit pas dans le plan de Trump et ses implications l’occasion rêvée de modifier les rapports de force internes.


 Paul Khalifeh
   

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