Focus Liban
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Nº 3092 du vendredi 3 août 2018

Focus Liban
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Focus Liban (7)

Ces derniers mois, plusieurs signaux laissent penser que la Russie souhaiterait étendre son influence, déjà acquise en Syrie, jusqu’au Liban. Reste à savoir si le pays du cèdre pourrait réellement être séduit par les sirènes russes.

Beyrouth et Moscou seraient-ils prêts à commercer en roubles et en livres libanaises, sans passer par le dollar? C’est en tout cas ce qu’a semblé affirmer le président du Parlement, Nabih Berry, dans une interview passée presque inaperçue, accordée à l’agence de presse russe Sputniknews.com, le 6 juin dernier. Il a en effet estimé que rien n’empêchait le Liban et la Russie d’effectuer leurs échanges commerciaux en roubles et en livres libanaises, bien que la devise libanaise reste adossée sur le dollar. «Bien sûr que c’est possible (le passage aux échanges commerciaux en devises nationales, ndlr), rien ne l’empêche. Mais ces opérations se font actuellement au cours officiel du rouble par rapport à la livre libanaise qui reste ancrée au dollar américain». Cette petite phrase, d’apparence anodine, vient ajouter de l’eau au moulin de ceux qui estiment que la Russie aurait, après avoir renforcé son influence en Syrie depuis son engagement aux côtés de Bachar el-Assad dans le conflit syrien, des visées sur le Liban.
Toujours sur le plan commercial, la même Russie est devenue via sa compagnie Novatek, partie intégrante du consortium formé pour l’exploitation des ressources pétrolières et gazières dans les eaux territoriales libanaises, aux côtés du français Total et de l’italien Eni. Le consortium ainsi formé a acquis le droit d’exploiter deux gisements au Liban, après une décision du ministère de l’Energie.
Si l’on ajoute à cela, la proposition d’un important package deal à hauteur d’un milliard de dollars remboursable sur 15 ans, à un taux d’intérêt de 0%, posé la table par Moscou, et comprenant la livraison d’armes russes, assortie d’une coopération militaire et technique, il n’en faut pas plus à certains observateurs de la région, pour s’interroger sur les manœuvres russes au Liban.
Ces indices ont par exemple poussé le journaliste Nicholas Blanford à publier un article dans le Christian Science Monitor le 15 mars dernier, intitulé Russia-Lebanon deal? What the resurgent power sees in Syria’s tiny neighbor. Quel intérêt aurait donc Moscou à s’intéresser à un pays comme le Liban, après avoir gagné son pari en Syrie? Pour Blanford, le package deal russe pourrait menacer le programme d’assistance militaire américain en vigueur depuis 2006, au cours duquel les Libanais se sont vu livrer un arsenal léger en armes et équipements divers et ont bénéficié d’entraînements et de formations, pour un total de plus d’1,6 milliard de dollars. Une menace potentielle que les Américains, comme les Britanniques, ne prennent pas à la légère. Ils l’auraient d’ailleurs fait savoir aux officiels libanais, brandissant le spectre d’une suspension pure et simple de leur programme d’aide militaire. Pour l’heure, selon nos informations, le package deal proposé par la Russie révélé en février dernier est toujours resté sans réponse de la part des autorités libanaises.
Par ailleurs, l’agence Sputnik et la chaîne al-Mayadeen estimaient probable, en février, que le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev, ait chargé l’armée russe d’œuvrer au renforcement des relations défensives avec Beyrouth. Le site d’information The National Interest explique que l’objectif consiste à «ouvrir les ports libanais aux navires de guerre russes». Reste à savoir quel intérêt les infrastructures portuaires libanaises pourraient représenter pour Moscou, qui dispose déjà de points d’ancrage militaro-maritime en Syrie, à Tartous et Lattaquié. Rafi Madayan, directeur du Lebanese Institute for Studies and Information (www.lisireports.com) estime, dans une interview à Magazine, que «les Russes n’ont pas besoin du port de Beyrouth réellement. Ils ne veulent pas l’utiliser comme base maritime. Il n’y a aucun intérêt stratégique».

PAS DE VOLONTÉ POLITIQUE
Revenant sur l’historique des propositions d’armement en provenance de Moscou, l’expert note qu’«en 2009, les Russes avaient proposé de fournir gracieusement des avions de chasse Mig-29, se heurtant au veto américain mais aussi à des réticences au sein de l’armée libanaise, d’autant que ce type d’armement n’était pas adapté au contexte libanais». Nouvelle offre un an plus tard, de doter l’armée de «6 hélicoptères d’attaque MI-24, munis de canons et de missiles sol-air, similaires aux Cobras américains». Là aussi, indique M. Madayan, la Russie se voit opposer une fin de non-recevoir américaine, et en filigrane, israélienne, les deux pays «ne souhaitant pas que le Liban soit équipé d’armements sophistiqués aériens leur procurant une puissance de feu». En 2011, la Russie réitère avec d’autres propositions, qui échouent également. Autant d’éléments qui font penser au directeur du LISI qu’il «n’y a pas de volonté au sein du pouvoir politique libanais de signer un accord militaire avec la Russie, à cause des pressions américaines». «Les Etats-Unis comme Israël ne tiennent pas spécialement à ce que l’armée libanaise soit en possession de missiles anti-char russes de type Kornet et ne veulent pas entendre parler de missiles sol-air, d’aviation, etc.».
Quid alors d’une potentielle volonté russe d’accroître son influence sur le Liban? Pour Rafi Madayan, c’est «la Syrie qui reste avant tout stratégique pour Moscou, qui a pu y établir des bases à Tartous, Lattaquié, Hmeimin, Homs». «Ils souhaitent avoir des relations avec l’armée libanaise, la doter éventuellement d’armement russe, ils coopèrent déjà avec certains services de renseignements ici, dans le partage d’informations notamment. Même sur le plan politique, le Kremlin entretient de bonnes relations tant avec le 14-Mars qu’avec le 8-Mars, mais ces bonnes relations ne signifient pas nécessairement que le Liban s’engagerait dans un tel revirement stratégique».
Il semble donc que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, Beyrouth résisterait pour l’instant à la tentation russe. C’est également le point de vue de Walid Charara, journaliste à al-Akhbar et chercheur au Centre consultatif pour les études et la recherche (www.dirasat.net). «On peut imaginer qu’il y ait des relations intermédiaires entre les deux pays, sans réorientation stratégique. Beyrouth et Moscou peuvent développer des relations de partenariats, pas forcément militaires. Une réorientation ne pourrait pas se faire en douceur, car il y a les Etats-Unis derrière. Un retournement du Liban vers la Russie marquerait, s’il se produisait un bouleversement stratégique, mais aussi une volonté d’indépendance». Le journaliste relève que tout ce qui se passe au Moyen-Orient doit se lire «à travers le prisme d’une stratégie de confrontation entre Washington et Moscou». «La Russie essaie de s’imposer dans plusieurs régions du monde comme un acteur politique incontournable qui peut jouer un rôle dans la solution de conflits durable comme au Yémen, en Libye, en Palestine. Cette posture de médiateur s’inscrit dans une stratégie de confrontation plus globale avec les Etats-Unis», note-t-il. «Malgré la rhétorique belliqueuse des Etats-Unis, avec Trump, leur capacité à peser sur certains pays dans le monde est moins importante qu’auparavant», analyse Walid Charara. Il affirme également que «s’il y avait eu une autre attitude européenne ou américaine envers la Russie, celle-ci ne serait pas intervenue en Syrie. Moscou a été amené dans la région à réaffirmer avec force son statut de puissance internationale, dans le cadre de cette stratégie de confrontation».

ET LE HEZBOLLAH?
Une autre question qui se pose, le Hezbollah voit-il d’un bon œil ces tentatives d’influence grandissantes russes au Liban? S’ils sont alliés de fait sur le terrain syrien, leurs agendas ne sont pas forcément identiques. Début juin, un incident survenu dans la région de Qoussair, à la frontière libano-syrienne, laissait planer le doute. Ce jour-là, la police militaire russe se positionne dans cette région où le Hezbollah dispose d’une très forte présence, la zone offrant un point de vue stratégique en matière de surveillance. Des «frictions» dues à une «incompréhension» entre les deux parties s’ensuivent, sans recours aux armes. Très vite, les Syriens interviennent pour régler le différend, poussant la police militaire russe à se retirer de la zone. Selon des sources proches du Hezbollah à Beyrouth, cet incident est apparu comme une sorte de «test», entre forces pourtant alliées dans leur soutien à la Syrie de Bachar el-Assad. Cet élément vient en tout cas montrer la complexité du jeu d’alliances actuellement en cours en Syrie et par conséquence, au Liban. Si le Hezbollah, et en sous-main l’Iran, verrait sans doute plutôt d’un bon œil le revirement du Liban vers la Russie, en revanche, cela ne servirait pas forcément leur ultime objectif, qui demeure la mobilisation de la résistance anti-israélienne. Alliés sur le terrain syrien, Iran, Hezbollah et Russie nourrissent en effet des agendas différents. «Il y a des convergences entre le Liban, le Hezbollah et la Russie, note Walid Charara. «Il y a aussi des divergences. Ce qu’il faut voir, c’est que les convergences sont des convergences importantes, c’est cela qui est fondamental». Le journaliste estime que l’Iran, comme la Russie, n’iront pas remettre en cause leur partenariat politique par des réactions démesurées.

Jenny Saleh

Melhem Riachy agit en amont et en aval en tant que ministre de l’Information et négociateur en chef pour rapprocher différentes composantes politiques libanaises. Il affirme avoir embrassé les deux rôles avec autant d’enthousiasme que de détermination.

Dans un entretien accordé à Magazine, Melhem Riachy concède que la négociation est une qualité fréquemment recherchée, en particulier dans les fonctions à responsabilité publique. Par ailleurs, c'est un ministre de l’Information qui a mené «une restructuration institutionnelle» de son département, le libérant du carcan dans lequel il était enfermé depuis un demi-siècle. Le ministre souhaite laisser dans l’inconscient de l’opinion publique l'image d’un homme qui a bouleversé la donne dans le monde médiatique du secteur public afin de lui permettre de suivre le rythme du développement technique et technologique dans le monde.
A la fin de son mandat au sein du premier gouvernement formé par M. Saad Hariri, le ministre sortant de l’Information, qui a le contact facile, affirme sans ambages mais avec amertume que «des bâtons dans les roues à caractère politique ont jalonné son mandat ministériel.» Toutefois, il évite d’aller plus loin dans ces propos. Ecrivain et journaliste depuis un quart de siècle, il connait tous les maux, difficultés et souffrances de ses confrères du métier. De même, conscient de la désuétude d’un ministère de l’Information et de la primauté de la communication et de l’interactivité entre émetteur et récepteur du message, il a planché sur cinq projets de loi pilotes. «Mon successeur n’aura qu’à les mettre en œuvre», dit-il.

Eyepolice
Ces projets ont été approuvés par l’autorité de la fonction publique et se trouvent dans les tiroirs du secrétariat de la présidence du conseil. Ils n’ont jamais été inscrits à l’ordre du jour d’une réunion du gouvernement en raison de la pression exercée par plusieurs forces politiques qui ont décrété «leur boycott». Ainsi, il évoque le nouvel organigramme du ministère de l’Information dans le cadre duquel de nouvelles unités administratives seraient introduites, à savoir celles de l’informatique; de l’information numérique; de la communication; et du dialogue. Il mentionne par ailleurs la restructuration du Syndicat des rédacteurs dans le but de le transformer en Ordre, à l’instar des Ordres des ingénieurs, des avocats et des médecins; l’introduction du concept de salaire minimum pour un journaliste qu’il travaille dans l’audiovisuel, la presse écrite ou électronique et son inscription à une mutuelle de santé. Aussi Melhem Riachy est-il fier d’avoir initié la création de la Fédération des académiciens des facultés de journalisme et de l’audiovisuel au Liban, en vue de moderniser les programmes académiques, et d’avoir promu une subvention financière à la presse écrite. Poussé par une volonté de faire bouger le processus de réforme et d’instituer un changement au niveau de la mission de son département, il a lancé une application informatique EYEPOLICE, en coopération avec la société Cyberwaves, permettant au citoyen d’enregistrer toute violation au règlement public et de faire du ministère de l’Information une ébauche de médiateur de la République. Quant au dossier de Télé Liban et de Radio Liban, un projet de privatisation a été signé par le Premier ministre Saad Hariri et envoyé au Conseil supérieur de la privatisation. Prié de dire s’il croit encore à la presse dans son format papier, il considère que la fabrication du contenu n’a pas changé et que les nouvelles technologies ne sont qu’une forme parmi d’autres pour la diffusion du contenu, ajoutant que les nouvelles technologies de la communication n’ont pas empêché l’existence du téléphone, ni la présence des sociétés de télécommunications d’exister et d’être présentes sur le marché.      
 
Messager de paix
Dans le contexte des missions de médiation et de rapprochement interchrétiennes et interlibanaises qu’il mène, Melhem Riachy dit «être prêt à aller vers l’Autre pas seulement jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois» (Matthieu 18.21-22). Ceci dit, il confirme que la négociation est une alternative à la violence qui ne mène, à son avis, qu’à la destruction. S’il est pacifiste et se veut «un messager de paix, de dialogue et de rapprochement», sa conception de départ du processus de négociations stratégiques est empruntée au Calife Omar Ibn al-Khattab: «Tâcher d’être fort sans violence et d’être doux sans faiblesse». Il tapera du poing sur la table lorsque des accords conclus ne sont pas respectés et convient avec le ministre sortant Gebran Bassil qu’un mémorandum d’entente conclu n’est pas «un menu à la carte». Ce document se doit d’être respecté dans sa totalité. Certes, dit-il, les concessions ne sont livrées par les parties qu’à l’ombre d’un rapport de force et les sensibilités politiques des uns et des autres ne sont pas faciles à intégrer. La négociation est un fait typiquement humain, peut-être parce qu’elle requiert le recours au langage, ou que la résolution des conflits entre les personnes et les groupes appelle le remplacement de certaines lois de la nature par les règles de la culture. En réponse à une question, le ministre sortant de l’Information précise que l’accord de Maarab n’est qu’une annexe au compromis politique rendu public par le leader des Forces libanaises Samir Geagea, le jour de la proclamation de son soutien à la candidature du général Michel Aoun à la première magistrature et en présence de ce dernier. L’accord de Maarab est basé sur le partage du pouvoir, rappelle-t-il.

Liliane Mokbel
 

Éditorial
Gouvernement: ce que cachent les apparences

En apparence, les écueils qui retardent la formation du gouvernement sont de nature interne, liés aux demandes des uns et des autres concernant le nombre de ministres et la répartition des portefeuilles. Le président de la République, Michel Aoun, et le Courant patriotique libre (CPL) exigent au moins 11 ministres, ce qui leur permettra d’assurer le tiers de blocage au gouvernement. Il s’agit pour eux de restaurer, d’une manière contournée, une partie des prérogatives retirées au chef de l’Etat par l’accord de Taëf, notamment la compétence de dissolution du Parlement. Les Forces libanaises (FL) réclament, pour leur part, quatre ministres dans un Cabinet de 30 membres, dont un portefeuille régalien. Une demande que la formation de Samir Geagea juge raisonnable vu le bloc de 14 députés qu’elle a obtenu aux élections législatives. Walid Joumblatt exige que les trois ministères revenant aux druzes lui soient attribués, arguant du fait que 6 des 8 députés de cette communauté appartiennent à son bloc parlementaire. Le seigneur de Moukhtara veut, en fait, retrouver le rôle de balancier qu’il affectionne tant et qu’il a perdu à la Chambre. Saad Hariri, enfin, ne souhaite pas que l’un des sièges sunnites soit octroyé à une personnalité proche du 8-mars ayant, de surcroît, des ambitions de devenir Premier ministre.Cependant, la réalité est que les conditions posées par les différents acteurs cachent des enjeux bien plus importants que le nombre de ministres et la nature des portefeuilles attribués à tel ou tel parti. En effet, la formation de ce gouvernement intervient à un moment-clé de l’histoire de la région, marqué par la victoire de Bachar al-Assad et de ses alliés en Syrie, et par la décision de l’administration américaine d’essayer de mettre sur les rails l’«accord du siècle» pour un règlement du conflit israélo-palestinien, que d’autres appelleraient «la liquidation de la cause palestinienne». On comprend mieux, dès lors, que les puissances régionales et internationales se livrent à un bras de fer au Liban afin que leurs alliés respectifs conservent assez d’influence pour peser dans la balance lorsque viendra le moment des grandes décisions. La partie est cruciale, surtout pour les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, dont les amis au Liban ont perdu la majorité des deux tiers au Parlement. S’ils sont également mis en minorité au gouvernement, Washington et Riyad ne disposeront plus de leviers politiques assez efficaces pour influer sur le processus de prise de décision. Le Hezbollah et ses alliés auront alors les coudées franches pour exécuter leur agenda sur lesquels figurent des points allant de la normalisation des relations avec Damas, au renforcement des liens avec l’Iran, en passant par l’obstruction au plan de Donald Trump. Il ne faut plus s’étonner que la formation du gouvernement traîne autant. La surprise aurait été qu’il voit le jour rapidement.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Combien ça coûte les garderies
Avec 450 garderies en moyenne réparties dans tout le pays, on compte quelque 22 500 enfants qui les fréquentent chaque année. Quel budget faut-il prévoir pour y inscrire son enfant? Trouver…

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