Golfe-Liban. Le chemin inverse de nombreux Libanais
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Nº 3079 du vendredi 7 juillet 2017

Golfe-Liban. Le chemin inverse de nombreux Libanais

 
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La crise économique dans le Golfe se fait ressentir jusqu’au Liban, témoin cette année d’un mouvement migratoire inversé. Les Libanais installés à Dubaï ou en Arabie saoudite sont nombreux à renvoyer leur famille au pays, où le niveau de vie est plus abordable que dans les pays arabes.


«Les prix à Dubaï étaient devenus exorbitants, notamment le coût de la scolarité (40 000 dollars pour trois enfants) et la location de la maison. C’est ce qui nous a poussés à rentrer», affirme Nada, mère de trois adolescents et nouvellement installée à Beyrouth. Dubaï serait la 11e ville la plus
chère au monde pour ce qui est des prix des loyers. L’année passée, l’émirat se hissait également en 9ème position, juste devant Sydney, dans le classement des villes les plus coûteuses pour les travailleurs étrangers, publié par le réseau immobilier Savills. La ville arabe occupe la 25e position dans le classement MSN Finance de 2016.
Le gouvernement de Dubaï pratique des coûts rédhibitoires pour ce qui relève des services de base autrefois bon marché. Selon Nada, les montants des factures d’électricité et du service des eaux s’élèvent à 1 000 dollars par mois. «Par ailleurs, l’introduction de nouvelles formalités très onéreuses, comme celles des employées de maison, qui auraient doublé ces deux dernières années», rend les choses encore plus difficiles, explique Nada.

Taxation en Arabie
Même son de cloche en Arabie saoudite, où Rania vit depuis 10 ans. Cette année, et pour la première fois, elle envisage de quitter Riyad. «La vie est devenue trop chère, la location de notre villa est de 60 000 dollars par an, la scolarité de nos trois enfants s'élève à 30 000 dollars bien qu’ils soient inscrits à l’école française, jugée abordable! Les écoles américaines facturent 37 000 dollars par enfant!», s’insurge Rania.
Parallèlement, à l’augmentation du coût de la vie, l’Arabie saoudite a aussi haussé les taxes, une première dans le royaume. Les résidents des pays du Golfe, riches en ressources  énergétiques, avaient, de tout temps, connu un régime sans taxes, avec certains services fortement subventionnés, mais l’effondrement des prix du brut, en 2014, a provoqué une importante réduction des recettes publiques.
Selon la compagnie PWC, de nouvelles taxes auraient été introduites en janvier 2017.
En effet, le taux du droit de douane pour les aliments et les boissons est passé de 5% à une fourchette comprise entre 6% et 25% selon le produit. Celui des engrais est passé de 5% à 12% et des produits chimiques (par exemple, pigments préparés, lustres liquides, vernis, colorants et produits similaires) a augmenté de 5% à 20%. Les taxes sur certains articles de consommation comme les tissus, savons, détergents et produits de soins de santé ont augmenté dans une proportion de 10% à 20%.
«Ces taxes sont appliquées à tous les échelons.Ainsi la formalité de «khourouj» et «awdeh» (aller et retour), qui permet aux résidents de sortir du pays, est de 50 dollars par personne et par mois passé en dehors du royaume», explique Rania. 
Mais c’est surtout le ralentissement de l’activité économique dans les pays du Golfe qui pousse ces familles à revenir au Liban.
Selon Jadwa Investment, l’économie de l’Arabie saoudite devrait continuer à ralentir cette année, entraînée par une croissance négative dans le secteur pétrolier. Le dernier rapport de Jadwa indique que la croissance du secteur pétrolier deviendra négative en raison du fait que le royaume se conforme aux réductions de production de l’OPEP, alors que la croissance du secteur non pétrolier devrait s’améliorer, tout en demeurant timide. Au niveau des pays du Golfe, les six économies connaîtront un ralentissement. Les Émirats arabes unis témoigneront d’une petite reprise estimée à 2,8% par rapport à 2,2% en 2016 selon la publication Arabian Business.
«Mon mari qui travaillait pour une très grosse entreprise s’est retrouvé au chômage l’année passée, il a dû se contenter d’un travail moins bien rémunéré en Arabie saoudite. En règle générale, les salaires dans les pays de Golfe ne sont tout simplement plus ce qu’ils étaient par le passé», fait remarquer Nada.    

Moins de subventions
Les pays du Golfe, confrontés à de graves déficits budgétaires, ont réduit les subventions et les dépenses, des mesures ayant abouti à un ralentissement du secteur privé. Les entreprises du secteur des hydrocarbures et de l’immobilier, qui sont les plus touchés, ont été forcées de licencier des milliers d’employés. C’est notamment le cas de Saudi Oger. Celles qui dépendent de ce secteur et des subventions gouvernementales ont également revu leurs chiffres d’affaires  à la baisse. Le marché de l’emploi ressent sévèrement cette baisse d’activité.
«Cela ne vaut plus la peine de vivre en Arabie saoudite. Mon mari est propriétaire de cinq compagnies liées au secteur de la construction, qui est confronté à une forte crise de liquidités. Personne ne paie et c’est un cercle vicieux. C’est la fin de l’eldorado saoudien des années 70 à 90», soupire Rania.
Mais comment se répercutera le retour de ces familles libanaises sur le pays du cèdre? Nassib Ghobril, économiste en chef de la Byblos Bank, assure que malgré la crise du Golfe, les transferts de fonds vers le Liban ont augmenté de 1,8% à 7,6 milliards de dollars en 2016. Mais il reste prudent, ajoutant qu’il est très difficile d’estimer l’impact du retour en partie de certaines familles libanaises résidant dans les pays du Golfe, en raison de l’absence de données économiques. «C’est à voir et c’est trop tôt pour tirer les conclusions. Mais ce sera difficile à mesurer».
Pour Nada, le Liban est pour le moment le seul pays où elle peut vivre avec sa famille. «Je possède une voiture, une maison, les universités et les écoles sont moins chères qu’à Dubaï. Je reste donc ici dans l’immédiat. Mais dans le cas où la situation financière de mon mari s’améliorerait, je ne sais pas, j’envisagerais certainement d’envoyer les enfants poursuivre leurs études à l’étranger».

Mona Alami

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Éditorial
Confiance déficitaire

Face aux immenses défis, notamment économiques, auxquels le Liban est confronté, les hommes politiques font figure de nains essayant, comme Atlas, de soulever sur leurs épaules la voûte céleste. Le temps précieux perdu en verbiage et en fanfaronnades autour de la loi électorale aurait pu être investi dans une profonde réflexion pour imaginer des idées, élaborer des plans et trouver des ressources permettant à l’économie de se redresser. Au lieu de cela, la classe politique a dilapidé, à coups de polémiques inutiles et de chamailleries stériles, une grande partie du capital-confiance du nouveau mandat, clé de voûte de tout projet d’avenir.De fausses batailles sont menées au nom de la défense du destin du Liban, qui résiderait, à en croire certains hommes politiques, dans le code-barre d’une carte magnétique. Pendant ce temps, la dette publique continue de gonfler et les capacités de l’Etat à trouver des ressources pour son financement deviennent de plus en plus aléatoires. L’ingénierie financière imaginée il y a presque un an par le gouverneur de la BDL serait à bout de souffle. C’est l’Association des banques du Liban (ABL) qui l’annonce, dans son rapport annuel. L’ABL exprime sa crainte de voir les dépôts, attirés l’année dernière par le montage de Riad Salamé, refaire le chemin inverse.Cette mise en garde illustre une inquiétude à peine voilée de la part des banques de ne pas voir affluer au Liban, en 2017 et 2018, des capitaux en quantités suffisantes pour couvrir les besoins de l’Etat libanais en financement, et du secteur privé en investissements. L’incertitude est alimentée par des facteurs régionaux, nés de la profonde division qui a frappé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) après le bras de fer entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis d’un côté, le Qatar de l’autre. L’absence de perspectives positives concernant une remontée du prix du pétrole n’améliore pas la situation. Les émigrés, qui ont longtemps contribué généreusement aux transferts de capitaux vers la mère-patrie, sont contraints de se serrer la ceinture à cause de ces fâcheux développements. D’ailleurs, un début de mouvement de retour des familles de travailleurs libanais du Golfe, dissuadés par la cherté de vie, est enregistré.Le moins que l’on puisse dire est que la conjoncture n’est pas favorable au Liban. Il y a certes des éléments positifs, comme le redémarrage du tourisme après cinq années de recul. Cela reste toutefois insuffisant pour relancer des pans entiers de l’économie.Une meilleure gouvernance, la lutte contre la corruption, l’amorce de réformes et le début de l’exploitation des ressources en hydrocarbures auraient pu apporter, partiellement, des solutions de rechange. Mais ce ne sont pas des hommes politiques comateux ou qui jouent aux Don Quichotte qui seront capables de le faire.


 Paul Khalifeh
   

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