Walid Joumblatt: «Le régent Bassil dicte tout à tout le monde»
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Nº 3099 du vendredi 1er mars 2019

Walid Joumblatt: «Le régent Bassil dicte tout à tout le monde»

 
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    Walid Joumblatt: «Le régent Bassil dicte tout à tout le monde»
    Walid Joumblatt est inquiet. Il voit ses anciennes alliances se défaire et ses paris régionaux échouer. Le président du Parti socialiste progressiste (PSP) reproche à Saad Hariri d’être trop conciliant...
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Walid Joumblatt est inquiet. Il voit ses anciennes alliances se défaire et ses paris régionaux échouer. Le président du Parti socialiste progressiste (PSP) reproche à Saad Hariri d’être trop conciliant avec Gebran Bassil, accuse ce dernier d’imposer sa volonté à tout le monde, et soupçonne les Syriens et le Hezbollah de vouloir provoquer une discorde inter-druze. Les vents sont défavorables au seigneur de Moukhtara. La meilleure défense est l’attaque. Interview.

Vous avez récemment émis, à plusieurs reprises, des craintes pour l’accord de Taëf. Est-il menacé et par qui?
Quand on voit certaines nouvelles formules, par exemple le fait que cinq députés peuvent former un bloc parlementaire, on se pose des questions. Je n’ai pas compris cette formule. On ne peut pas non plus faire partie de la majorité et être, en même temps, dans l’opposition. C’est impossible. Ce sont les Syriens qui avaient imposé ça. Une fois que vous êtes dans l’opposition, théoriquement vous n’avez plus accès aux services pour (en faire bénéficier) vos électeurs. Alors, nous sommes tous dans le même sac pour essayer, autant que peut se faire, de récolter certains privilèges. C’est anti-démocratique, je sais. Certes, cela ne relève pas de l’essence même de l’accord mais des dérives du système syrien. Maintenant, tout le monde y est habitué.

Vous critiquez, là, une certaine interprétation de Taëf. Mais récemment, vous avez dit que l’accord en lui-même était menacé?
Je pense que (l’ancien Premier ministre) Tammam Salam a fourni dans son intervention au Parlement une bonne explication de ce qui est en train de se passer actuellement. J’adhère à ce qu’il a dit.

Qui menace Taëf et pour quelles raisons?
Nous pouvons reprendre l’essence de l’accord. Par exemple, nous n’avons jamais pu former la commission pour l’abolition du confessionnalisme, ni à l’époque syrienne ni aujourd’hui. Cette commission est censée nous conduire vers un régime moderne non confessionnel.

Mais en raison de ce et de ceux que vous représentez vous n’avez aucun intérêt à l’abolition du confessionnalisme politique. Vous faites partie de ce système.
Je sais très bien que je fais partie du système mais je vous rappelle que l’accord de Taëf prévoit la formation d’un Sénat représentant les intérêts confessionnels et un Parlement (élu sur une base) non confessionnelle.

 

Vous êtes donc favorable à la mise en œuvre intégrale de Taëf?
Oui, absolument. Nous sommes au point mort. J’ai osé dire que j’étais favorable au mariage civil facultatif, il y a eu une réponse indirecte de la part de Dar al-Fatwa, rappelant qu’une telle union était contre la charia.

Vous avez été assez critique à l’encontre du Premier ministre Saad Hariri. Vous avez laissé entendre qu’il bradait Taëf. Pourquoi lui avez-vous fait ces reproches?
On voit très bien qu’il y a, quelque part, la présence, l’influence du prince régent, qui s’appelle Gebran Bassil. Le prince régent est en train de dicter tout à tout le monde, pas seulement à M. Hariri. C’est une impression, peut-être qu’elle est fausse. Avec Taëf et la redistribution des pouvoirs (prévu par l’accord) la fonction du Premier ministre est primordiale. Prenons, par exemple, les nominations au sein de l’administration: les résultats des concours du Conseil de la Fonction publique ne sont pas respectés, au prétexte qu’il n’y a pas d’équilibre confessionnel. Toutefois, cet équilibre est exigé dans Taëf uniquement pour les postes de la première catégorie.

Donc selon vous, Gebran Bassil est en train de s’emparer de certaines prérogatives qui relèvent du Premier ministre.
C’est lui qui a créé la formule des cinq députés pour former un bloc. C’est lui qui a inventé ce système qui peut à n’importe quel moment faire tomber le gouvernement. Il s’est arrogé la minorité de blocage tout en faisant signer à ses ministres une démission anticipée. C’est absurde. Après tout ça, vous voulez que je ne sois pas assailli par le doute!?

Vous pensez que Saad Hariri laisse faire?
Posez-lui la question.

Votre impression?
J’ai des doutes. De loin, je doute. J’ai le droit de douter, on verra.

Mais Gebran Bassil et le parti qu’il dirige affirment qu’à l’origine il y avait un déséquilibre dans l’application de Taëf du fait de l’absence d’un vrai partenaire chrétien. Aujourd’hui, ce partenaire chrétien est revenu dans l’équation.
Cela nous ramène à la théorie du parti fort, du président fort, qui a causé beaucoup de torts aux chrétiens pour commencer et au Liban pour finir. Ça nous ramène à l’époque de Bachir Gemayel, Michel Aoun, Amine Gemayel. Je suis contre le fait qu’une communauté se présente comme étant celle qui décide. Ce reproche, je l’adresse aussi bien à Gebran Bassil qu’au Hezbollah qui décide de presque de tout. Ce Liban ne peut pas être gouverné par une seule communauté qui impose aux autres. C’est impossible.

Vous avez l’impression qu’aujourd’hui une communauté s’impose aux autres?
Maintenant c’est le Hezbollah… c’est la force principale. Mais Bassil veut nous ramener en arrière. Non!

Vous n’êtes pas pour un président fort mais un pour président faible?
Non! Il n’y a pas de président fort, il y a une Constitution forte et un Liban fort. N’interprétez pas mes propos comme si j’étais contre le président chrétien fort. Je suis pour le président fort qu’il soit chrétien, musulman ou n’importe quoi.

Justement, puisque vous parlez du président, vos relations avec le chef de l’Etat Michel Aoun passent par des hauts et des bas…
Non, non, elles sont bonnes depuis que j’ai décidé de ne pas aller trop loin, parce que j’avais critiqué le régime en affirmant qu’il avait failli. Certains aounistes ont alors lancé des attaques verbales, nous avons répondu en tant que partisans et que druzes, ce qui a provoqué dans certains milieux de la montagne des crispations confessionnelles. Ce n’est pas la peine de formuler les mêmes réserves et critiques. Je tiens à avoir avec le président de bonnes relations.

Vous parvenez à faire une séparation entre le président Aoun et Gebran Bassil?
Je ne fais pas de séparation mais il y a encore ce petit fil ténu auquel il faut s’accrocher.

On voit bien que vous êtes inquiet pour votre leadership du fait de l’émergence d’autres forces au sein de la communauté druze.
Elles n’ont pas émergé. Monsieur (Talal) Arslan est là depuis longtemps et je lui ai toujours gardé une place lors des élections, à l’exception d’une seule fois. Maintenant, j’ai le droit d’être inquiet du fait que je vois le Syrien et ses anciennes haines, avec le Hezbollah quelque part, en train d’activer certains milieux druzes pour, peut-être, provoquer une discorde. Quand on voit qu’il y a des milices armées ou pseudo-armées; quand on voit la dernière rencontre du «front du refus et de la fermeté» à Jahiliya... Ça m’inquiète, oui.

 

Vous soupçonnez le Hezbollah…
Oui, je le soupçonne. J’ai le droit d’avoir des soupçons parce qu’on ne peut pas accuser uniquement le Syrien. Il y a un allié principal du Syrien; est-il derrière ce projet de discorde, l’accepte-t-il ou bien le rejette-t-il? Je n’ai pas eu encore de réponses claires malgré le fait qu’il y a des visites entre nos représentants respectifs. J’ai eu des réponses assez vagues pour le moment.

Vous n’estimez pas que Wiam Wahhab représente une partie de la communauté?  
Peut-être qu’il est représentatif mais il a aussi un appui des voisins.

Si je comprends bien, vous êtes en mauvais termes avec Saad Hariri…
Non. Ça arrive de faire des critiques.

Vous êtes critique à l’égard de Gebran Bassil, vous êtes soupçonneux avec le Hezbollah… qui vous reste-t-il comme alliés?
Personne! C’est très bien, comme ça on est tranquille.

Vous êtes un fin politicien et vous avez toujours joué un rôle dans ce système.
Certes, mais enfin vous savez que dans la conjoncture actuelle, il semble qu’on ne peut pas critiquer la politique économique de ce fameux gouvernement parce qu’on dénonce la privatisation; on ne peut pas dire qu’ils violent Taëf à leur façon; on ne peut pas non plus critiquer certains rapprochements contre-nature.

Quels rapprochements?
Je fais allusion au prince régent.

Son rapprochement avec Saad Hariri?
Oui, parce que lors des dernières élections, M. Hariri n’a pas pris en compte le scrutin dans le Chouf et la loi électorale nous a placés dans une situation gênante et très confessionnelle.

Mais il y eu une sorte de compromis qui a pris en considération vos intérêts en maintenant le Chouf et Aley dans une seule circonscription.
Ça n’a rien donné parce que jusqu’à maintenant j’essaie de déchiffrer cette loi électorale; je n’y suis pas encore parvenu… En tout cas, ce n’est pas du tout la proportionnelle.

Le rapprochement entre MM. Hariri et Bassil est-il motivé par les 11 milliards de dollars de CEDRE et tous les projets en perspective?
Il semble que ce soit le cas. Mais pas seulement.Il y a aussi la possibilité d’avoir M. Bassil comme président de la République. Il agit pour ça, il oublie que son beau-père est toujours là.

Pourtant, on dit que c’est son beau-père qu’il l’aide et le soutient pour renforcer ses positions.
Je ne sais vraiment pas, je ne peux pas vous répondre.

Et le président Nabih Berry, ce n’est plus votre allié?
Il a toujours été un allié, heureusement. Il a aussi été la cible de critiques, au Parlement, de la part de certains de ses très proches alliés. L’un deux a dit, je pense, qu’il est temps d’en finir avec cet homme qui est au pouvoir depuis plus de deux décennies.

Vous pensez que nous sommes à la veille de changements des rapports de force au Liban et ailleurs?
Non, pas du tout. Je parle de politique intérieur. Rien ne change à part l’état de fait que l’Iran augmente son emprise ici et malheureusement avec l’Iran vient le Syrien avec ses anciennes haines, rancunes et velléités.

Comment se traduit cette influence iranienne? Ce pays est incapable de vendre quoi que ce soit au Liban. Il propose d’équiper l’armée libanaise, personne n’accepte, de construire des centrales électriques personne n’en veut, de vendre des médicaments à des prix compétitifs, personne ne semble intéressé.
Car c’est impossible d’acheter leur matériel ou leurs armes du fait des sanctions américaines. C’est ce que Saad Hariri a, heureusement, fait comprendre à Mohamad Zarif. Mais quand on voit qu’hier encore, Angela Merkel a averti que le retrait américain de Syrie va entraîner une emprise totale de l’Iran et de la Russie sur la Syrie… Ce n’est pas moi qui le dit.

Il y aussi l’influence de la Turquie.
Certes, mais la Turquie, c’est au nord de la Syrie. Le problème principal de la Turquie, ce sont les Kurdes, les pauvres Kurdes qui sont en train d’être abandonnés par tout le monde.

Vous êtes opposé au retrait américain de Syrie pour maintenir un certain équilibre?
Après le départ des Américains, Assad sera très à l’aise. Ma position est bizarre, je l’admets. Mais de toute façon, la Syrie est dépecée entre Russes, Turcs, et Iraniens. Qu’en reste-il? Les Américains avaient une certaine présence symbolique. Par leur retrait, ils augmentent le pouvoir d’Assad. Ce n’est pas nouveau, ils n’ont rien fait dès le départ et (Donald) Trump continue la politique d’Obama, qui avait abandonné la Syrie et son peuple après l’accord sur le chimique (en 2013).

Vous pensez que les Américains n’ont rien fait parce qu’ils ne veulent pas ou parce qu’ils ne peuvent pas?
Ils auraient pu armer adéquatement l’opposition syrienne nationaliste, presque laïque, ils ne l’ont pas fait. Ils ont abandonné la Syrie aux hordes qui sont venus de Turquie, du Golfe, du Pakistan.

Mais ce sont les Américains et les Occidentaux qui ont encouragé d’une certaine manière l’afflux des candidats au jihad…
Les Américains ont laissé faire, et en même temps il y a eu la croisade chiite contre la croisade sunnite, au lieu de prendre en compte les revendications légitimes du peuple syrien abandonné de tous. On ne parle plus maintenant de la formule transitoire qu’ils avaient adoptée à Genève. On parle de Sotchi, ce qui signifie que le régime reste. Hier encore, Assad a prononcé un discours, affirmant qu’il combattait le terrorisme. Il n’a pas changé.

Vous non plus vous n’avez pas changé.
Non, je n’ai pas changé.

Justement, vous êtes un homme politique qui a joué un rôle plus important que le poids de sa communauté dans ce système communautaire. Vous êtes un habile politicien, mais on ne voit pas une remise en cause de vos paris, de vos choix concernant la Syrie.
J’ai déjà reconnu plusieurs fois avoir perdu mon pari mais je ne suis pas opportuniste pour dire que je remets ça en cause, j’admets que j’ai perdu mon pari à cause de la position occidentale lâche, à l’exception de François Hollande. Mais lorsqu’il voulait intervenir, il ne pouvait pas le faire seul.   

Vous n’avez pas eu de discussion avec les Russes sur la Syrie?
J’ai eu de nombreuses discussions avec les Russes. Quand je suis allé à Moscou en 2011, c’était encore une révolution pacifique ensuite elle s’est transformée en insurrection armée. La position russe était «que les élections décident». Puis le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a eu des propos très durs affirmant qu’il s’agissait d’une lutte contre le terrorisme. Il a adopté le même discours qu’Assad.

Il y a des intérêts et des enjeux géopolitiques qu’il est difficile d’ignorer quand même…
Il y en a, effectivement. Ils dépassent tout le monde. Cela ne veut pas dire que je vais abandonner ma position de principe.

Est-ce qu’on pourrait voir votre fils Taymour un jour à Damas?
Pas de mon vivant.

Pour revenir au Liban, croyez-vous que le gouvernement soit sérieux et dispose des moyens nécessaires pour combattre la corruption?
J’espère. Mais d’après CEDRE, tout doit commencer par le secteur électrique, c’est–à-dire (nommer un nouveau) conseil d’administration, appliquer les lois, augmenter les recettes de la perception des factures. 40% des recettes se perdent à cause des problèmes techniques et administratifs.

Les dirigeants du Hezbollah affirment aussi vouloir lutter contre la corruption.
C’est une nouvelle donne qui n’est pas mal. C’est la première fois qu’ils parlent d’une manière aussi claire. Je pense qu’ils ont peur. Lors des dernières élections, ils ont eu des déboires à Baalbeck-Hermel. C’est pour cela qu’ils ont insisté pour obtenir les ministères de la Santé et de l’Agriculture, parce que leur électorat traditionnel se plaint. Si la livre s’effondre, en plus des sanctions américaines, ils ne pourront pas satisfaire tout le monde.

Vous vous attendez à un effondrement de la livre?
Pas maintenant. Cependant, aujourd’hui tout est bloqué. Si le déficit augmente… je ne sais pas. En plus, le service de la dette est très important.

Une éclaircie économique est-elle possible lorsque le premier puits de gaz sera foré ?
Pour certains pays le pétrole et le gaz sont une source de prospérité et de développement, comme la Norvège, le Koweït et les Emirats, qui ont mis en place des fonds souverains. Pour d’autres pays, comme le Venezuela, le Nigeria et le Liban, c’est une malédiction.

Etes-vous disposé à céder à vos adversaires une partie des postes qui reviennent à la communauté druze dans la fonction publique?
Non, je ne suis pas prêt car j’ai toujours appuyé des candidats qui ont une bonne réputation.

Vous voulez tout?
Non je ne veux pas tout, il y a d’autres postes qui sont occupés par les autres. On verra.

Paul Khalifeh

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Éditorial
Comparer le comparable

Le retour des réfugiés syriens dans leur pays est une vraie bataille dans l’intérêt du Liban et une fausse cause pour ceux qui, au nom de diverses considérations, tentent d’en discuter les modalités et les conditions, au risque d’en entraver ou d’en retarder le processus. La balance penche résolument du côté des facteurs qui plaident pour un retour sans délai des réfugiés. L’argument qui vient le plus naturellement à l’esprit est que le cas des déplacés syriens risque de connaître le même sort que la présence palestinienne, qui dure «provisoirement» depuis 1948. Les défenseurs zélés des réfugiés affirment qu’il ne faut pas «comparer» deux situations qui ont des commencements et des cheminements différents et qui n’auront pas forcément le même dénouement. Ceux-là et celles-là semblent oublier que la comparaison a de tout temps été l’outil le plus important de l’homme, celui qui lui permet de créer des repères pour évaluer une situation présente afin d’imaginer des solutions ou une conduite à adopter. C’est la comparaison avec des situations antérieures qui permet d’établir une échelle de valeur pour en tirer une grille de lecture. L’homme «compare» tout et depuis toujours. Lorsqu’il admire une œuvre d’art, il le fait par rapport à d’autres toiles ou sculptures qu’il connaît déjà. Quand il savoure un mets, il ne peut s’empêcher de le «comparer» à d’autres cuisines. En se plongeant dans un nouveau livre, il l’évalue par rapport à une lecture précédente ou aux auteurs avec lesquels il est familier, quelle que soit l’opinion qu’il peut en avoir. Lorsqu’il dit avoir rencontré l’amour de sa vie, il le fait en fonction de toutes les relations amoureuses qu’il a pu avoir dans le passé.La comparaison est l’outil le plus légitime, le plus efficace, y compris et surtout dans le cas des réfugiés syriens. Le risque qu’ils restent au Liban est sérieux. Les études des Nations unies montrent que 35% des déplacés restent dans les pays d’accueil et que la durée moyenne d’un exil est de 17 ans. On n’oserait pas imaginer les conséquences que cela pourrait avoir sur la démographie, le tissu social et l’économie.Le redressement économique passe inéluctablement par le retour des réfugiés syriens chez eux. L’infrastructure du Liban, sa production d’électricité, déjà déficitaire, l’ensemble de ses services publics, son territoire exigu, sa composition démographique délicate, ne peuvent plus supporter la présence sur son sol d’une population qui représente le quart de ses habitants.Ceux qui adhèrent aux arguments de la communauté internationale pour refuser le retour des réfugiés avant une solution politique en Syrie servent, consciemment ou inconsciemment, des agendas politiques desquels le Liban n’a rien à tirer. L’objectif des puissances occidentales et de leurs alliés régionaux est de garder les 5 millions de réfugiés syriens en réserve, dans l’espoir de peser sur le résultat de l’élection présidentielle en Syrie, en 2021. Il est inadmissible de lier le sort de notre pays à ces enjeux géopolitiques qui le dépassent. La priorité, pour le Liban, est qu’ils rentrent chez eux dignement, dans les régions pacifiées. Que les Nations unies et les faux objecteurs de conscience leur fournissent l’aide sur place.


 Paul Khalifeh
   
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