L’affaire Marcel Ghanem: un cas d’école
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Nº 3085 du vendredi 5 janvier 2018

L’affaire Marcel Ghanem: un cas d’école

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La polémique qui oppose le journaliste vedette Marcel Ghanem au ministre de la Justice, Salim Jreissati, ne peut être interprétée que comme un bâton dressé à l’attention du journaliste et des médias en général, afin qu’ils ne dépassent pas les limites tolérées par le pouvoir. Un cas d’école sur le bras de fer qui oppose souvent le pouvoir médiatique au pouvoir politique, et l’absence de charte d’éthique dans les médias libanais.
La démarche du ministre de la Justice ne se résume pas à lever un carton rouge pour l’adresser uniquement à Ghanem: car cette vedette médiatique et son talk-show Kalam el-nass sont, et de loin, des plus influents et des plus suivis depuis plus de 20 ans, même sous l’occupation syrienne. Plus largement, c’est la presse qui est visée. Et, en ce sens, l’initiative du ministre de la Justice enfreint la procédure judiciaire normale, porte atteinte à la liberté de la presse et constitue, de ce fait, une démarche commune à tout pouvoir politique qui cherche à contrôler la presse et censurer la parole publique.
Mais sur le fond, qu’en est-il des accusations portées contre Marcel Ghanem? Le ministre lui reproche d’avoir fait passer à l’antenne, et plus précisément dans son programme, deux journalistes saoudiens qui se sont livrés à une critique virulente des plus hautes autorités libanaises dans le cadre de la crise libano-saoudienne.
Peut-on prétendre qu’il y a eu infractions aux lois impliquant une intervention judiciaire? La réponse est non. Peut-on parler de dérapage éthique et professionnel?
«L’ère de la prostitution journalistique qui échappe à l’éthique professionnelle et morale est révolue», a argumenté Jreissati en réponse au plaidoyer de Marcel Ghanem. Avec cette réplique, le ministre de la Justice place en effet l’affaire sur le terrain de la faute éthique et professionnelle. On pourrait effectivement reprocher à Ghanem de n’avoir pas répliqué aux deux journalistes saoudiens quand ils s’en sont pris aux autorités libanaises ou de ne pas s’être clairement désolidarisé de leurs propos.
Il est vrai qu’au sein du secteur médiatique libanais, les exemples d’entraves et d’atteintes aux principes éthiques et professionnels abondent. Plusieurs questions se posent devant les erreurs quotidiennes commises au sein de la profession:
● Comment un journaliste peut-il faire son métier quand il est militant politique, propagandiste ou fonctionnaire?
● Comment un journaliste peut-il rester indépendant quant il est lié, d’une manière ou d’une autre, aux pouvoirs politiques, financiers, au monde des affaires, ou des autorités religieuses?
● Comment un journaliste peut-il renoncer au sensationnel quand il est soumis à la loi de l’audimat?
Il est nécessaire de rappeler qu’un des principes fondamentaux du journalisme est de servir l’intérêt public et non les intérêts privés (ceux d’un parti politique, de l’entreprise médiatique…)
Il n’existe aucune charte d’éthique professionnelle au Liban qui régirait le fonctionnement des institutions médiatiques et le métier en général, comme c’est le cas dans la plupart des pays. Les syndicats du métier sont plutôt folkloriques et ceci depuis des décennies, et ne jouent aucun rôle effectif. L’affaire Marcel Ghanem aurait dû être réglée dans un cadre éthique et syndical et non dans le cadre juridique.
La défense de la liberté de la presse est une nécessité absolue et aucun régime démocratique digne de ce nom ne pourrait l’enfreindre. Le régime libanais ne peut pas en faire exception. Mais un effort est demandé aux gens de ce métier afin de la consolider pour qu’elle puisse se moderniser, se renforcer et tenir son rang d’autorité publique.

Docteur Georges Sadaka
Doyen de la Faculté d’information à l’Université libanaise

 

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Deux priorités en 2018

L'heure n’est pas aux bilans mais aux perspectives d’avenir. 2018 est une année charnière pour la stabilité politique du Liban et le sauvetage de son économie. La réanimation des institutions, fin 2016, après deux ans et demi de coma, avec l’élection d’un président de la République, la désignation d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement, reste incomplète. Elle ne sera menée à terme qu’avec le renouvellement du Parlement, dont le mandat aurait dû s’achever en juin 2013, mais qui s’est maintenu en vie en auto-prorogeant sa législature à trois reprises. Les élections parlementaires de mai 2018 sont donc une étape cruciale dans le processus de normalisation de la vie politique nationale. Ces élections sont d’autant plus importantes que la prochaine Chambre promet d’être un brin plus représentative que les précédentes, grâce notamment au mode de scrutin proportionnel, appliqué au Liban pour la première fois. Certes, la classe politique a trouvé le moyen de transformer cette avancée de géant en modeste petit pas. Elle a, par exemple, introduit le concept du vote préférentiel restrictif – dans les grandes circonscriptions les électeurs sont ainsi contraints de «préférer» un candidat uniquement originaire de leur caza, ce qui limite leur choix. Malgré cela, la nouvelle loi électorale devrait permettre de briser, partiellement sans doute, les monopoles et autres exclusivités communautaires, exercées par les mêmes partis ou figures depuis des décennies. De gros investisseurs privés ou institutionnels attendent cette échéance capitale pour arrêter leurs plans et faire connaître leurs intentions à moyen et long termes.  Les investisseurs observent aussi avec un intérêt marqué l’avancement du processus d’exploitation, par le Liban, de ses ressources en hydrocarbures. Il s’agit, là, de la seconde priorité nationale en 2018, dont dépendra, peut-être, la stabilité de la livre libanaise, et, par conséquent, la préservation de l’ordre social. Avec une dette et un service de la dette qui atteindront des sommets inégalés cette année et un ratio dette/PIB qui va encore augmenter, l’Etat aura besoin soit de recettes supplémentaires soit d’un miracle. Certes, si les forages commencent en 2019, le Liban devra attendre cinq ans avant de toucher des dividendes. Mais le seul fait que le processus soit solidement mis sur les rails est susceptible de déclencher un cercle vertueux qui permettrait, par exemple, à l’Etat libanais d’emprunter sur les marchés financiers internationaux à des taux préférentiels. Le Liban doit relever ces deux défis dans un contexte régional pas très avantageux, il est vrai, mais moins dangereux que les années précédentes, surtout en Syrie, où la guerre semble toucher à sa fin. Quoi qu’il en soit, les Libanais peuvent capitaliser sur les réalisations accomplies l’année dernière. Car, quoi qu’en disent les plus sceptiques et les gens de mauvaise foi, 2017 a été plutôt positive: une stabilité politique qui s’est manifestée dans l’affaire Hariri, une stabilité sécuritaire qui s’est concrétisée dans la victoire contre les takfiristes, et une résilience économique qui a fait ses preuves également lors de la crise de la démission du Premier ministre.


 Paul Khalifeh
   

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