Liban, l’échec interdit
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Nº 3091 du vendredi 6 juillet 2018

Liban, l’échec interdit

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    Liban, l’échec interdit
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Le 31 octobre 2016, le général Michel Aoun entrait au Palais de Baabda, comme président de la République. Élu, après des années de lutte nationale, il a l’ambition de réformer le pays et de remettre sur pied un État fort. Malgré les blocages, la guerre à nos frontières, obligeant le pays à accueillir plus d’un million et demi de réfugiés syriens, en dépit des batailles contre Daech et al-Nosra, Michel Aoun et le gouvernement de Saad Hariri ont tenu une des promesses présidentielles les plus attendues: doter le pays d’une nouvelle loi électorale. Le chef de l’État avait dès le départ prévenu, que «le premier gouvernement de son mandat» serait celui issu des prochaines élections législatives. Ainsi, avec cette étape franchie et la formation d’un gouvernement, une page de la vie politique libanaise se tourne, ouvrant la voie à la mise en place de réformes tant souhaitées...
L’adoption de la proportionnelle, même en y insérant le vote préférentiel, est une avancée dans l’histoire politique libanaise. Mais il reste nécessaire de prendre en considération les clivages confessionnels et territoriaux, et de revoir le découpage des circonscriptions pour un réel équilibre démographique.
Un constat s’impose, celui d’un fort taux d’absentéisme: 49% se sont rendus aux urnes (54 % en 2009). Le jeu des alliances couplé à la complexité de la loi, n’y est pas étranger. En effet, cette dernière va à l’encontre de la tradition électorale libanaise, marquée par le panachage et le scrutin majoritaire.
De même, l’absence de «mégacenter» permettant de voter à partir du lieu de résidence est à déplorer. Il faudra aussi épurer les listes électorales, de nombreux inscrits n’habitant plus au Liban.
Cependant, une des failles de ces élections, tout comme les précédentes, est l’argent: que ce soit dans les médias ou pour «l’achat de voix». Les élections devraient, à ce niveau, être contrôlées par un comité indépendant doté de larges prérogatives.
Quels que soient les reproches, on ne pourra plus revenir en arrière, ni sur la proportionnelle, ni sur le vote des Libanais de l’étranger (une des grandes avancées de la présidence Aoun). Pour les prochains scrutins, il faut tendre vers plus de transparence, une plus grande représentativité des jeunes et des femmes, un contrôle des dépenses, un accès équilibré aux médias, une prise en compte des difficultés des personnes à mobilité réduite ou non voyantes...
Au niveau politique, les législatives ont définitivement mis un terme aux clivages nés après 2005 entre 8 et 14 mars. Une chose est sûre, cependant, les Libanais ne comprendraient plus que leurs gouvernants ne mettent pas un terme à la corruption qui gangrène le pays. Selon Transparency International, le Liban est classé 143e pays sur 180! De même, plusieurs études précisent que le coût de la corruption s’élèverait à 10 milliards de dollars par an.
Le gouvernement aura à faire face à une situation économique catastrophique et devra répondre aux exigences de la communauté internationale en termes de réformes (CEDRE...). Dans ce cadre, le seul chiffre de la dette publique, près de 80 milliards de dollars, soit 160% du PIB, confirme l’urgence de la situation. De même, le chef de l’État et son gouvernement auront à traiter le problème brûlant des déplacés syriens.
Aujourd’hui, le président Michel Aoun livre probablement un de ses combats politiques le plus crucial. Dans certains combats, l’échec est interdit, et celui que le président mène pour le changement, la lutte contre la corruption, et la renaissance de l’État est l’un de ceux-là. C’est l’une des dernières chances pour le Liban et pour notre avenir…

Pascal Monin
Professeur à l’Université Saint Joseph

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Éditorial
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