Les États-Unis au Levant. Une stratégie incohérente
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

Les États-Unis au Levant. Une stratégie incohérente

 
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    Les États-Unis au Levant. Une stratégie incohérente
    L’Administration américaine a imposé début janvier de nouvelles sanctions visant des particuliers et des entreprises soupçonnés de liens avec le Hezbollah. En prenant cette décision, la Maison-Blanche espère limiter l’influence...
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L’Administration américaine a imposé début janvier de nouvelles sanctions visant des particuliers et des entreprises soupçonnés de liens avec le Hezbollah. En prenant cette décision, la Maison-Blanche espère limiter l’influence de l’Iran au Moyen-Orient, et plus particulièrement au Liban, en Syrie et en Irak. Par Mona Alami (à Washington)


De nouvelles nominations au sein du Département d’Etat américain pourraient se traduire par une politique plus dure vis-à-vis des pays du Levant, abritant des acteurs non-étatiques loyaux à l’Iran. Toutefois, cette politique pourrait être limitée par les divisions au sein de l’administration du président américain Donald Trump.
Ces derniers mois, l’Administration américaine semble vouloir redoubler d’efforts pour contrer l’influence de l’Iran, dans le but de réduire le soutien apporté par ce dernier aux milices syriennes et au Hezbollah. En janvier, le président Trump a demandé à ses alliés européens de renégocier l’accord sur le dossier nucléaire avec l’Iran sous une période de 120 jours, menaçant de s’en retirer. En février, le Département du Trésor a communiqué de nouvelles mesures prises à l’encontre de six personnes et sept entreprises basées au Liban, en Irak et en Afrique de l’Ouest, ces mesures tombant dans le cadre d’une première vague de sanctions ciblant les réseaux financiers licites et illicites du Hezbollah.
De même, en janvier, le secrétaire d’État Rex Tillerson a fait connaître la nouvelle politique du gouvernement envers la Syrie, fondée sur plusieurs objectifs, notamment le maintien à long terme de forces américaines en Syrie, l’expansion de la mission des forces militaires américaines comprenant non seulement la lutte contre l’Etat islamique mais également contre l’influence de l’Iran en Syrie; la «stabilisation» de la Syrie par le biais d’une aide humanitaire, économique et politique aux zones sous contrôle de l’opposition et l’organisation d’élections nationales sous la supervision des Nations unies; et finalement  s’assurer le ralliement du peuple syrien afin de forcer le président syrien Bachar el-Assad à démissionner.
Cet agenda reste toutefois dominé par l’accord sur le nucléaire. «La priorité du président Donald Trump reste (la révision) de l’accord iranien sur le nucléaire (le JCPOA), du fait qu’il est inextricable de l’effort pour contrer l’influence de l’Iran. Le Congrès américain est également préoccupé par certaines failles de l’accord et par le fait que le programme balistique n’ait pas été inclu dans ce dernier. Si M. Trump décide de ne pas lever les sanctions, les Etats-Unis sortiront de l’accord», assure Ahmad Majdayar, chercheur auprès du Middle East Institute à Washington.

Politique des sanctions
Pour le moment, les analystes américains estiment que la politique de Washington vis-à-vis de l’Iran passe obligatoirement par ses affidés, le Hamas, les Unités de mobilisation populaires irakiennes et  le Hezbollah. En janvier, le Département d’État a sanctionné le chef du Hamas et trois autres groupes palestiniens et égyptiens, qualifiés de terroristes. Le gouvernement américain a également accusé de terrorisme le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, ainsi que l’organisation palestinienne Harakat al-Sabireen, et deux groupes égyptiens. «Les autorités américaines parlent beaucoup des Unités de mobilisation populaire irakiennes, sans prendre de mesures contre elles», ajoute Majdayar. Pour ce qui est de la Syrie, l’expert Charles Lister, affilié au Middle East Institute, a également dénoncé la politique américaine vis-à-vis de ce pays, soulignant dans un récent éditorial que Washington avait bien défini ses objectifs en Syrie sans toutefois développer de stratégie cohérente lui permettant de les réaliser.
Cette incohérence peut être attribuée à la répartition des pouvoirs entre diverses institutions américaines, entre le Département d’Etat, celui de la Défense et la Maison-Blanche, précise l’analyste Hussein Ibish, affilié au Arab Gulf State Institute in Washington. L’Administration Trump a également été marquée par les moult scandales, démissions et licenciements, ce qui entraîne la vacance de nombreux postes importants se trouvent vacants. Un autre expert, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, estime que seul le Département de la Défense est très bien contrôlé par le secrétaire à la Défense Jim Mattis, qui possède une parfaite connaissance des divers dossiers arabes.
«La politique de Trump est motivée par plusieurs préoccupations: éviter d’être impliqué dans des conflits lorsque cela est possible, avoir recours à la force uniquement lorsque cela est nécessaire, et dans ce cas de manière écrasante. Il en résulte une politique similaire à celle de l’ancien président Barack Obama», explique Ibish. Les détracteurs d’Obama ont en effet dénoncé la faiblesse de ses positions notamment après le recours présumé du régime syrien aux armes chimiques, violant ainsi les lignes rouges américaines, et resté impuni, l’expansion de l’Iran dans ce pays ainsi que celui de la Russie. 

Nouvelles nominations
Ces données pourraient toutefois changer avec de nouvelles nominations au sein du Département d’Etat. David Shenker, du Washington Institute, est censé remplacer le secrétaire d’Etat adjoint David Satterfield. «Satterfield était connu pour ses positions indulgentes vis-à-vis du Liban, il est intervenu personnellement lors de la crise de novembre déclenchée par la démission du Premier ministre Hariri, il est concerné par la stabilité du Liban», affirme Bassam Barabandi, un ancien diplomate syrien. «De même, les  nouveaux diplomates en charge du dossier levantin auraient une approche plus agressive à l’égard de l’Iran», ajoute-t-il. Sous couvert d’anonymat, un autre analyste estime toutefois que Shenker prône le soutien aux institutions militaires libanaises, malgré ses positions très dures envers l’Iran et le Hezbollah.  
Ces nominations vont-elles entraîner une inflexion au niveau de l’Iran de la Syrie et du Liban? Tout dépend de la capacité des nouveaux diplomates américains à accorder leurs violons. Et pour ce qui est du Liban, de leur volonté à déstabiliser le pays des Cèdres, qui reste un des derniers pays à jouir d’une situation relativement stable...

Mona Alami (Washington)

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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