Hervé de Charette à Magazine. «L’avenir au Liban semble être difficile»
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Nº 3101 du vendredi 3 mai 2019

Hervé de Charette à Magazine. «L’avenir au Liban semble être difficile»

 
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    Hervé de Charette à Magazine. «L’avenir au Liban semble être difficile»
    Plus de vingt ans après le déclenchement, en avril 1996, de l’opération israélienne dite «Raisins de la colère», Hervé de Charette parle. Il était à l’époque ministre des Affaires étrangères...
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Plus de vingt ans après le déclenchement, en avril 1996, de l’opération israélienne dite «Raisins de la colère», Hervé de Charette parle. Il était à l’époque ministre des Affaires étrangères et avait mené la médiation qui a permis d’aboutir à un cessez le feu. C’est ce qu’il raconte dans L’histoire secrète d’un succès diplomatique français*. Magazine l'a rencontré.
 

Le récit de l’ancien patron du Quai d’Orsay est riche et dense de témoignages sur cette action exceptionnelle de la diplomatie française. Mais il est encore plus passionnant sur les «leçons» à tirer pour la politique d’aujourd’hui et les actions de demain. Dans ce récit, Hervé de Charette plaide pour que «la politique arabe et méditerranéenne de la France» soit «au cœur» de sa politique étrangère, à travers une «présence active, aussi attentive aux peuples qu’exigeante à l’égard des gouvernants». Mais vingt ans après, qu’est devenue cette politique extérieure de la France dans cette région? Pour l’ancien chef de la diplomatie française, «elle reste plus que jamais d’actualité pour la France et l’Europe toute entière. Car il y a, dans le monde arabe et méditerranéen, des enjeux majeurs dans le domaine de la sécurité et des intérêts concernant notre vision de la géopolitique mondiale, ainsi que des intérêts économiques et culturels à ne pas négliger». Selon lui, «la France est la première puissance dans le pourtour méditerranéen, ce qui nous donne des possibilités et des responsabilités». Certes, les tentatives européennes, dans les années 1990, de réunir l’ensemble des pays méditerranéens pour des projets politiques, économiques et sociaux communs (Union pour la Méditerranée) n’ont pas marché. Il y avait plusieurs raisons à cela, estime Hervé de Charette: d’abord la présence d’Israël empêchait certains pays arabes de contribuer utilement au projet; ensuite, au fond, les pays du pourtour méditerranéen ont des personnalités diverses, difficiles à fédérer sur des actions politiques communes. C’est pourquoi, ajoute-t-il, la France doit mener «sa propre politique,  car elle est tout à fait essentielle dans cette région et elle est  attendue comme un pays d’influence».
Bien sûr, la question se pose de savoir si les conditions sont réunies pour exercer ce «volontarisme de la diplomatie française»? Hervé de Charette répond par l’affirmative et se dit «heureux de constater que le président de la République (Emmanuel Macron) accorde beaucoup d’importance et de temps à tout ce qui concerne le pourtour méditerranéen».

Pour une politique réaliste
Toutefois, «la mission traditionnelle de la France qui réside dans sa capacité à pouvoir parler avec tout le monde» est-elle possible aujourd’hui en raison de son parti pris, notamment dans la crise syrienne? L’ancien ministre ne cache pas ses réserves quant à certains comportements français avec la Syrie et précise: «J’ai toujours considéré que nous avions eu tort d’interrompre nos relations diplomatiques avec la Syrie, même si nous n’avions pas de raisons de soutenir toutes les initiatives du président Assad. Car ce qu’on attend de la France, c’est d’être ce que les Américains appellent un «honest broker», un intermédiaire utile et un interlocuteur capable d’écouter les uns et les autres et de fournir des idées. En ce qui concerne la Syrie, oublions les erreurs du passé et regardons le présent. Nous allons sûrement rouvrir un jour notre ambassade et je pense que ça sera dans l’intérêt de tout le monde. Bien entendu il n’est pas question de financer la reconstruction d’un pays dans lequel nous n’avons pas d’ambassade, et il faut avoir à l’esprit que la crise syrienne sera de longue durée». 
Les conditions sont-elles réunies pour la réouverture de l’ambassade à Damas? Est-ce pour bientôt? Hervé de Charette répond: «Ça ne peut pas se faire comme cela et cela suppose des étapes, des préparatifs, des contacts et des discussions mais je pense que c’est en cours».
Une médiation de la France sur la crise syrienne, à l’instar de celle menée lors de l’opération «Raisins de la colère», est-elle possible et envisageable? L’ancien ministre marque une petite hésitation avant de répondre: «Pour l’instant, il faut travailler dans la discrétion avec les principaux partenaires engagés, l’Iran, la Russie et aussi la Coalition internationale, pour tracer les pistes possibles pour la reconstruction de l’Etat syrien».
Quel regard porte-t-il aujourd’hui sur le retour en force de la Russie sur l’échiquier proche-oriental, alors qu’il parlait en 1996 de sa «faiblesse»? La réponse se veut «franche et claire»: «La France n’a aucune raison de s’opposer de quelque façon que ce soit à la volonté russe d’être présente au Moyen-Orient comme elle l’a toujours été. La Russie s’intéresse actuellement à la Syrie et l’action qu’elle a menée a sauvé le régime syrien. Les choses étant ce qu’elles sont aujourd’hui, cherchons à faire en sorte que les uns et les autres puissent servir la cause de la paix en Syrie. Ce n’est pas facile, c’est difficile, parce que ce régime s’est avéré très dur et très violent».
Les choses étant ce qu’elles sont et le président Assad restant en place, Hervé de Charette plaide pour l’adoption d’une «politique réaliste» et appelle à «travailler avec l’ensemble des partenaires, engagés à un titre ou à un autre dans les différents épisodes de la crise, c’est-à-dire la Russie, l’Iran et la Coalition internationale».
Plus précisément, sur le rôle régional de l’Iran déjà présent en 1996 et qualifié par de Charette de «sparring partner» (acteur décisif), l’ancien ministre souligne que l’événement le plus significatif de la période récente a été la décision du gouvernement américain, sous l’autorité du président Donald Trump, de se désengager de l’accord de Vienne sur le nucléaire militaire iranien. «Une décision prise pour des raisons de politique intérieure américaine, mais totalement contraire aux principes de recherche de la paix. C’est dommage que la première puissance mondiale décide de déchirer tout simplement, moins de deux ans après sa signature, un traité qu’elle avait ratifié. C’est évidemment quelque chose d’inimaginable et une offense faite aux bons usages diplomatiques. Les conséquences sont tout à fait négatives pour l’Iran, qui est profondément affecté matériellement, mais aussi pour l’ensemble de la communauté internationale, à commencer par nous-mêmes qui avions commencé d’investir dans l’économie iranienne et de développer des contacts politiques à très haut niveau. La France joue un rôle important dans la recherche des solutions qui permettent de maintenir des échanges économiques avec l’Iran lequel, félicitons-nous-en, respecte les accords de Vienne en dépit de l’attitude américaine. Et je dois dire que je considère l’Iran comme une des puissances régionales majeures. Il est de la plus haute importance qu’il puisse retrouver la place à laquelle il aspire dans la communauté internationale et particulièrement dans cette région du Moyen-Orient».
Quelles sont selon lui les raisons de l’échec de la proposition iranienne? Proposition évoquée lors de sa visite à Téhéran en 2014 – trois ans après le début des événements en Syrie – pour que la France et l’Iran coopèrent pour résoudre la crise syrienne comme ils l’avaient fait lors du cessez-le-feu en 1996 au Liban. Peu disert sur cette question, Hervé de Charette se contente de dire: «Il faudrait poser la question au ministre des Affaires étrangères de l’époque, c’est-à-dire à Laurent Fabius», à qui il avait transmis la suggestion iranienne. Et de constater que «l’attitude française a été une erreur» en expliquant que «le dialogue avec l’Iran aurait certainement contribué à orienter les efforts des uns et des autres dans des directions convergentes, alors qu’on a continué à avoir des actions directement contraires les uns aux autres»… «Tout cela est dernière nous. Aujourd’hui, le président de la République et le ministre des Affaires étrangères ont manifesté de façon très claire leur souci d’avoir avec l’Iran des relations politiques, économiques et culturelles qui soient toutes orientées dans un sens progressif».

Contact avec Assad?
La situation actuelle en Syrie est une «période d’incertitude», estime l’ancien ministre car «il reste plusieurs situations à régler: premièrement l’avenir des Kurdes dans le nord, où ils ont joué un rôle très important dans la lutte contre Daech; et en dépit de la mauvaise volonté turque, ce sont des forces qui peuvent contribuer à l’équilibre de la Syrie de demain. C’est pourquoi il faut discuter de ce sujet avec toutes les parties concernées, notamment avec les Turcs, pour parvenir à un modus vivendi acceptable pour eux et pour l’ensemble des parties. Deuxièmement, il y a à régler la question des dernières forces de la tradition d’al-Qaïda qui se trouvent à Idlib. Troisièmement, il y a un autre jeu complexe qui consiste à tenir compte des préoccupations des Turcs; sans oublier la question très importante et majeure du retour des réfugiés syriens. Ce processus de recherche des solutions sera un processus long, difficile et parfois chaotique». Faut-il que la France reprenne contact avec le président Bachar al-Assad? L’ancien chef de la diplomatie française répond fermement: «évidemment». Tout en précisant que «les modalités doivent faire l’objet de négociations et plus il y aura de discussions mieux ça sera».
Concernant l’Irak, voisin de la Syrie, Hervé de Charette constate que «les autorités françaises portent un regard plus attentif que dans le passé récent à la situation en Irak... Le pays est en train de sortir d’une longue nuit dans laquelle il s’est trouvé enfermé par le drame de Daech. Il est en train de retrouver un certain équilibre politique et du coup une certaine sérénité, le temps de la reconstruction est venu et c’est le moment pour nous de nous investir dans ce pays. Et cela nous donne une leçon pour la Syrie».

Méconnaissance US du Liban
Que dire de l’évolution du Liban «en mutation»? Hervé de Charette évoque «un peuple attachant, les liens traditionnels de la France avec ce pays qui font partie intégrante de notre propre histoire». Et d’ajouter: «Mais il faut reconnaître que l’Etat libanais est faible». A cela, plusieurs raisons selon l’ancien ministre: «Tout d’abord des sensibilités différentes et des divisions même à l’intérieur des communautés, puis le conflit israélo-palestinien qui rejaillit régulièrement sur la situation libanaise, ensuite l’influence syrienne qui a cherché dans le passé à imposer sa domination sur le pays, et en plus la question essentielle des réfugiés syriens qui risque aussi de déstabiliser le Liban. C’est pourquoi l’avenir semble être difficile».
Evoquant les défis économiques auxquels le Liban doit faire face, de Charette, également président d’honneur de la Chambre de commerce franco-arabe, parle des «difficultés économiques qui sont fortes» et de «la pauvreté qui s’est beaucoup développée dans ce pays pourtant traditionnellement aisé. Les inégalités se sont développées d’une façon cruelle. Evidemment le processus CEDRE est très important et je me réjouis que le président Macron poursuive une politique à laquelle, avec Jacques Chirac, nous avons apporté notre contribution il y a une vingtaine d’années».
Concernant les pressions exercées par les Etats-Unis sur le Liban au sujet de la présence du Hezbollah, Hervé de Charette critique le comportement des Américains: «Ils connaissent très mal le Liban et ne comprennent pas comment il fonctionne… Il revient de régler ce problème entre les Libanais eux-mêmes. C’est vrai qu’on ne peut pas trouver normal et qu’on ne peut approuver la présence de milices au Liban, comme dans d’autres pays arabes, qui sont une sorte de négation de l’unité de l’Etat. Mais il faut rappeler que l’opération Raisins de la colère – lancée contre le Hezbollah par le gouvernement israélien avec le soutien discret mais réel des Américains – a abouti à un résultat totalement négatif. C’est pourquoi cette question doit relever des Libanais entre eux». La clé de la stabilité. Quelles chances de voir un début de concrétisation du projet appelé «l’accord ou la transaction ou le deal du siècle», projet que porte l’administration américaine pour résoudre le conflit israélo-arabe? L’ancien ministre des Affaires étrangères a une position très critique. Il considère que «l’attitude américaine actuelle nuit à la paix car ses fondements injustes ne tiennent compte ni des droits ni des aspirations palestiniennes et ne reposent que sur les intérêts des Israéliens».
En conclusion, Hervé de Charette insiste sur sa conviction profonde qu’«aucun équilibre durable au Moyen-Orient n’est possible sans un rapprochement, une sorte de modus vivendi, entre l’Iran d’un côté et les pays du Golfe de l’autre, avec à leur tête l’Arabie saoudite. C’est la clé de la stabilité régionale, sinon toute confrontation pourrait mal finir».  Comment pourrait se manifester ce rapprochement à son avis? Il répond: «La concrétisation ne pourra se faire que par étapes» et comme un bon gaulliste convaincu, il emprunte les préceptes établis lors du processus de rapprochement est-ouest, se résumant en trois mots  «détente, entente, coopération».

 

*Editions du CNRS                                   

Béchara Bon (à Paris)

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Éditorial
Un budget en deçà des ambitions

Le projet de budget 2019 proposé par le ministre Ali Hassan Khalil prévoit une réduction du déficit à travers une compression des dépenses de l’Etat. Toutefois, les mesures envisagées semblent plus motivées par le souci de répondre aux attentes de la communauté internationale afin de débloquer les fonds de la conférence Paris IV que par une réelle volonté d’assainir sérieusement les finances publiques et de jeter les bases d’une réforme sur le long terme. Le texte initial examiné par le Conseil des ministres mardi, et qui sera revu à maintes reprises avant d’être voté par le Parlement, prévoit des dépenses de 26 031 milliards de livres et des recettes de 18 256 milliards, soit un déficit de 5 352 milliards de livres, ou 3,55 milliards de dollars. Conformément à ces chiffres, le déficit s’élèverait à 5,95% du Produit intérieur brut (PIB). Mais c’est sans compter les avances octroyées à l’Electricité du Liban (EDL) pour acheter le fuel, qui seraient de 1,13 milliard de dollars, ce qui signifie que le déficit réel avoisinerait les 8% du PIB. Cette tentative d’enjoliver les chiffres prouve que les préposés à la gestion des deniers publics n’ont pas rompu avec cette fâcheuse manie d’user de mesures cosmétiques pour maquiller la réalité. Mais ce n’est pas la seule tare du projet. Une première lecture montre que les autorités financières tablent plus sur une réduction des dépenses que sur une amélioration des recettes. La tentative de revoir à la baisse les gros budgets et de combattre le gaspillage est certes louable, elle semble cependant sinon arbitraire du moins sélective. Sur les 500 milliards de livres d’économies faites sur les fonds alloués à certains ministères et administrations, la moitié (252 milliards de L.L.) est supportée par le ministère de la Défense, qui voit son budget passer de 3 199 milliards à 2 946 milliards de livres. Le ministère de l’Intérieur, lui, est amputé de seulement 17 milliards de livres (1 652 au lieu de 1 670 milliards); celui du Travail de 24 milliards (365 au lieu de 389 milliards); les Travaux publics perdent 73,6 milliards (368 au lieu de 441 milliards) etc.D’autres ministères voient leurs budgets augmenter, comme celui de l’Energie et de l’Eau, qui passe de 328 milliards à 400 milliards de L.L.; celui des Affaires sociales s’élève à 340 milliards au lieu de 228 milliards. Le plus frappant est l’augmentation du budget de la présidence du Conseil (qui passe de 1 523 à 1 592 milliards de L.L.), alors que les fonds alloués à la présidence de la République et au Parlement baissent respectivement de 2,1 milliards et 5,6 milliards de livres. Cela montre que la «mentalité» des préposés à la gestion des finances publiques n’a pas changé sinon comment expliquer le fait que le Grand Sérail continue de gérer une multitude de caisses et de fonds pour lesquels sont alloués plus d’un milliard de dollars, sans véritable audit et sans qu’aucune coupe ne soit opérée dans ces généreux budgets.La principale augmentation des recettes proviendrait de la hausse de l’impôt sur les dépôts bancaires qui passerait de 7 à 10%, et qui drainerait plus de 900 milliards de livres. Sinon, il y a peu de mesures pour pénaliser ceux qui ont fait des centaines de millions de dollars dans l’illégalité, comme les empiètements sur le domaine public maritime: les exemptions douanières qui permettent aux institutions religieuses d’user et d’abuser de leurs privilèges en important des produits pour le compte de commerçants, qui le revendent sur le marché en faisant du dumping des prix etc…Et évidemment, il n’est nulle part question de récupérer ne serait-ce qu’une infime partie des milliards de dollars détournés ou volés par les pontes du système.  


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

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L’Eglise «vit», en grande partie, grâce aux quêtes dominicales et aux donations. Il n’existe pas de tarification officielle pour l’organisation d’un baptême. Toutefois, certains frais peuvent être estimés. «Le baptême…

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