Point final
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Nº 3099 du vendredi 1er mars 2019

Point final
Point final

Point final (30)

 

Dans sa nouvelle philosophie de la connaissance, Idriss Aberkane prêche la libération des cerveaux. Pour Aberkane, «le matériel» est fini mais le savoir potentiel, «immatériel», est infini. «Quand on partage un bien matériel, renchérit-il, on le divise, quand on partage un bien immatériel, on le démultiplie».
Au Liban, la course de l’immatériel est ancestrale. Les familles libanaises s’évertuent par monts-et-par-vaux depuis des décennies à immuniser leurs enfants contre la dictature de l’anarchie présente en les éduquant. Munis de leur visa d’excavation, ils sont envoyés à leur majorité vers des cieux plus démocratiques, vers des «ailleurs» qui reconnaissent les cerveaux bien faits et les apprécient à leur juste valeur.
Ce premier vol vers la libération des neurones, un groupe d’élèves issus d’établissements scolaires différents, l’a déjà entamé dans notre club de robotique.
Depuis 6 ans déjà, un noyau formé d’une vingtaine d’élèves au centre progresse en intelligence artificielle et démultiplie l’immatériel prêché. En mars 2018, ces mêmes élèves ont remporté avec succès 7 prix d’excellence lors de la compétition nationale de robotique Vex qui a eu lieu à la NDU. Ils ont pu voyager aux États-Unis pour représenter leur pays et y décrocher simultanément la 5e et la 6e place parmi 597 équipes participantes.  
Ces élèves qui ont été champions à un âge aussi jeune, qui sont partis d’un savoir très scolaire pour aboutir à cette grande libération intellectuelle, sont actuellement en attente. L’attente d’une reconnaissance de l’Etat tout d’abord, un pater qui voit ses jeunes réussir pour les laisser par la suite s’envoler vers d’autres contrées où l’excellence n’est pas seulement reconnue mais récompensée. Ils sont aussi en attente de la reconnaissance d’organismes qui peuvent entrevoir dans ces jeunes virtuoses, les futurs leaders de demain. Au risque de les voir émigrer un jour d’un pays qui leur est indifférent, nos dirigeants tournent le dos l’un après l’autre à ces petits champions en devenir.
Les uns prétextent que le club de robotique est un luxe, d’autres que les participants ne sont pas de leur circonscription électorale. Certains ministères ont même prétendu aider «leurs» organismes propres, d’autres ont prétexté la crise financière.
Entretemps, notre club égrène ses jeunes cerveaux. Nous les voyons abandonner petit à petit un club qui devient légitimement plus cher de jour en jour. La technologie est, apparemment, comme l’a défini un de nos responsables officiels, un luxe qui ne doit être accessible qu’à une caste. Des parents fatigués de poursuivre une excellence qui vide leur portefeuille, retirent leurs enfants de cette course effrénée.
Le club de robotique vivra désormais sur ses vestiges, sur la culture de «l’inachevé» si chère aux Libanais.
Est-ce trop demander à son pays d’aider ses jeunes à accéder à l’excellence? Est-ce trop lui demander de reconnaître ces jeunes cerveaux, d’adopter leur projet et de les aider à aller plus loin et plus haut comme le feraient des parents fiers de leur progéniture? Le drainage de la connaissance immatérielle qui se démultiplie sans cesse continue, un saignement culturel devenu trop familier déjà. Malheureusement, la connaissance libanaise continuera à se démultiplier à l’infini sous d’autres cieux, loin d’un pays qui ne veut point restituer un savoir qui lui est légitime.
Nos élèves quitteront un jour, comme leurs prédécesseurs, un pays qui leur tourne le dos, un père qui est indifférent à leur savoir, une terre génératrice et méprisante, une matrice nourricière et repoussante, antithèse comme seul le Liban peut se prévaloir d’en avoir.

Carole Lteif
Directrice et Cofondatrice
Creoscendo-Hazmieh  
Centre éducatif et ONG

1- Aberkane Idrisse, Libérez votre cerveau, éditions Robert Laffont, 2016.

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Éditorial
Comparer le comparable

Le retour des réfugiés syriens dans leur pays est une vraie bataille dans l’intérêt du Liban et une fausse cause pour ceux qui, au nom de diverses considérations, tentent d’en discuter les modalités et les conditions, au risque d’en entraver ou d’en retarder le processus. La balance penche résolument du côté des facteurs qui plaident pour un retour sans délai des réfugiés. L’argument qui vient le plus naturellement à l’esprit est que le cas des déplacés syriens risque de connaître le même sort que la présence palestinienne, qui dure «provisoirement» depuis 1948. Les défenseurs zélés des réfugiés affirment qu’il ne faut pas «comparer» deux situations qui ont des commencements et des cheminements différents et qui n’auront pas forcément le même dénouement. Ceux-là et celles-là semblent oublier que la comparaison a de tout temps été l’outil le plus important de l’homme, celui qui lui permet de créer des repères pour évaluer une situation présente afin d’imaginer des solutions ou une conduite à adopter. C’est la comparaison avec des situations antérieures qui permet d’établir une échelle de valeur pour en tirer une grille de lecture. L’homme «compare» tout et depuis toujours. Lorsqu’il admire une œuvre d’art, il le fait par rapport à d’autres toiles ou sculptures qu’il connaît déjà. Quand il savoure un mets, il ne peut s’empêcher de le «comparer» à d’autres cuisines. En se plongeant dans un nouveau livre, il l’évalue par rapport à une lecture précédente ou aux auteurs avec lesquels il est familier, quelle que soit l’opinion qu’il peut en avoir. Lorsqu’il dit avoir rencontré l’amour de sa vie, il le fait en fonction de toutes les relations amoureuses qu’il a pu avoir dans le passé.La comparaison est l’outil le plus légitime, le plus efficace, y compris et surtout dans le cas des réfugiés syriens. Le risque qu’ils restent au Liban est sérieux. Les études des Nations unies montrent que 35% des déplacés restent dans les pays d’accueil et que la durée moyenne d’un exil est de 17 ans. On n’oserait pas imaginer les conséquences que cela pourrait avoir sur la démographie, le tissu social et l’économie.Le redressement économique passe inéluctablement par le retour des réfugiés syriens chez eux. L’infrastructure du Liban, sa production d’électricité, déjà déficitaire, l’ensemble de ses services publics, son territoire exigu, sa composition démographique délicate, ne peuvent plus supporter la présence sur son sol d’une population qui représente le quart de ses habitants.Ceux qui adhèrent aux arguments de la communauté internationale pour refuser le retour des réfugiés avant une solution politique en Syrie servent, consciemment ou inconsciemment, des agendas politiques desquels le Liban n’a rien à tirer. L’objectif des puissances occidentales et de leurs alliés régionaux est de garder les 5 millions de réfugiés syriens en réserve, dans l’espoir de peser sur le résultat de l’élection présidentielle en Syrie, en 2021. Il est inadmissible de lier le sort de notre pays à ces enjeux géopolitiques qui le dépassent. La priorité, pour le Liban, est qu’ils rentrent chez eux dignement, dans les régions pacifiées. Que les Nations unies et les faux objecteurs de conscience leur fournissent l’aide sur place.


 Paul Khalifeh
   

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