Comment les «fabricants d’opinion» tuent l’individu, donc le collectif
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Comment les «fabricants d’opinion» tuent l’individu, donc le collectif

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    Comment les «fabricants d’opinion» tuent l’individu, donc le collectif
    Je me heurte, de plus en plus, et parfois quand je m’y attends le moins, à la domination quasi totalitaire de certains «fabricants d’opinion» au Liban. Poursuivant ma vie entre Paris...
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Je me heurte, de plus en plus, et parfois quand je m’y attends le moins, à la domination quasi totalitaire de certains «fabricants d’opinion» au Liban.
Poursuivant ma vie entre Paris et Beyrouth, les deux villes qui totalement m’habitent (vit-on vraiment dans les lieux où l’on réside?), c’est toujours d’autant plus violent, au retour de Paris, de confronter la division aliénante et stérile, bipolarisée par deux corporations d’intellectuels autoproclamés détenteurs légitimes de l’exclusivité du savoir. Il n’est pas question ici de faire un parallèle, d’emblée inutile et idiot, afin de mesurer la liberté de penser du côté des deux rives de la Méditerranée, il suffit d’observer le cas Pascal Boniface, ou la production médiatique (l’imam Chalghoumi), pour se faire une rapide idée de la situation tout autant dramatique en France.   
Toutefois, les rêveries solitaires qu’offre l’anonymat parisien, cet esseulement jamais menaçant qui permet toutes les équations, rendent l’atmosphère moins asphyxiante. On s’abandonne alors aux créations artistiques, au dépassement de soi, à celui du corps par le biais des dernières créations: des  trapézistes de la Villette, à la chorégraphie d’Alexander Ekman à l’opéra Garnier… Là-bas, il n’est plus alors question uniquement de prouesse physique, mais de poésie, d’imagination et d’humour.   
N’ayant jamais eu une fascination particulière pour une idéologie ou un parti, j’ai souvent souffert des leçons que font les adeptes des certitudes rassurantes aux inclassables. Les relations sociales sont d’ordre linguistique: qui énonce et qui reçoit le discours? Ceci indépendamment du contenu brouillé par l’absence d’une démarche de «vérité et réconciliation».
A Paris, lorsque j’évoquais les massacres de Damour, commis par des miliciens palestiniens, je me faisais taxer d’extrême droite. Au Maronistan, – traumatisé par les massacres et déplacements lors de la guerre druzo-chrétienne – dès que j’appuie sur le bouton «Sabra et Chatila» pour dénoncer le massacre, je me fais traiter de «maronite qui a la haine de soi», ou encore d’autres fois, se désole-t-on de mon «manque de passion pour la liberté»
parce que je ne trouve pas «obscurantiste» le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions, contre Israël).
Je constate le silence d’un grand nombre d’intellectuels (parmi ceux qui ont tous les jours des choses à dire) et leur manque de solidarité avec Ahed Tamimi. Idem pour Jérusalem. L’indignation est sélective vu qu’on s’est auto-séquestré  et qu’on ne peut plus avancer une idée sans qu’elle ne soit récupérée par la grille politique de l’adversaire, ou sans qu’on ne s’aligne sur la ligne politique de la «caste» intellectuelle à laquelle on s’est soumis. Par ce silence, qui traduirait un rejet de tout ce qui nous héritons de la propagande d’Assad aux premières heures de la rébellion syrienne, on légitime son monopole de la lutte anti-impérialiste, lui, qui se présente comme «le fer de lance de la résistance contre Israël», au carrefour d’un moment historique où on assiste à un bras de fer fratricide sur la question de la centralité et celle de la priorité dans les drames palestiniens et syriens, comme si la solidarité avec les uns serait paradoxale avec l’intérêt des autres.    
Mais comment construire une «Cité» en marge des questions sécuritaires et des enjeux politiques régionaux et internationaux? Par l’enfermement dans des idéologies – qui s’effondrent – ou à partir du sens premier du rôle du «poète» (l’intellectuel des temps modernes) comme porte-parole et acteur dans la «Cité» c’est-à-dire par l’humanisme plutôt que par les idées? Par le rassemblement autour de valeurs communes, qui sont les valeurs de la plupart de ces «fabricants d’opinion» des deux camps: la lutte contre le communautarisme, et contre toutes les formes de discrimination: raciales, sociales, d’orientation sexuelle, un combat pour une ville plus écologique, pour les droits des femmes… D’ailleurs ces fabricants d’opinion  sont tous des hommes, tout comme au Parlement; ne sont-ils pas en train, ces hommes modernes, de reproduire le système patriarcal par cette intolérance intellectuelle, cette dictature des idées, la pire du mécanisme de la domination machiste?

Rita Bassil
Ecrivaine et journaliste

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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