3 questions à Fouad el-Saad
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Nº 3014 du vendredi 14 août 2015

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3 questions à Fouad el-Saad

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    3 questions à Fouad el-Saad
    Vous avez mis en garde contre la chute de la République si le vide persiste. C’est une déca-dence politique. La situation est lamentable et le pays s’effrite à tous les niveaux...
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Vous avez mis en garde contre la chute de la République si le vide persiste.
C’est une déca-dence politique. La situation est lamentable et le pays s’effrite à tous les niveaux (sécuritaire, social, financier, sanitaire...). Des incidents sécuritaires ont lieu, auxquels on n’aurait pas assisté il y a quelques mois. Aux autres niveaux, la situation n’est pas meilleure. Il suffit d’aller dans les rues et de voir ces montagnes d’ordures pour penser que ce qui se passe n’est bon ni pour l’odorat ni pour la santé, ni pour le pays.

A quoi est due cette décadence?
Au conflit politique qui persiste et qui frappe jusqu’au plus haut de la hiérarchie. Cela fait plus d’un an que nous sommes sans président de la République. La présence de quelqu’un à la tête de l’Etat est nécessaire et on ne peut se fier à une situation qui va à la dérive. Il est déplorable que l’affaire des déchets, le mécanisme de décision en Conseil des ministres et d’autres dossiers aient relégué aux oubliettes celui de la présidentielle.

Après la crise des déchets, celle des nominations…
Je ne comprends pas pourquoi nous devons vivre cette crise. On ne peut pas laisser le pays sans président de la République, sans commandant en chef de l’armée, sans chef d’état-major... Nous allons vers le vide total qui n’est pas bénéfique pour le pays. La classe politique est occupée par des affaires secondaires. Ce qui se passe n’est plus de son ressort. Notre sort n’est plus entre nos mains.

Arlette Kassas

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Éditorial
Aoun: rassembleur ou dictateur

Vivre au milieu des déchets, qu’on déplace de quartier en quartier, sans espoir de solution. Souffrir des fréquentes coupures de courant sans explication valable sauf le laisser-aller, le chaos et la dilapidation des moyens, subir les hausses de prix des matières de première nécessité sans aucun contrôle. Il fut un temps où même s’il n’était pas très efficace, nous étions dotés d’un service de la protection du consommateur. Où est-il et que fait-il? Et nous en passons, la liste des problèmes de notre quotidien serait trop longue. Pour compléter le tableau, les menaces des terroristes et des preneurs d’otages dont les médias font la «Une» de leurs journaux, sans résultat, pendant que des dirigeants croient pouvoir mobiliser une population soumise pour, dit-on, lui faire prendre conscience de la dérive du pays. Comme si le peuple était aussi sourd et aveugle que ses dirigeants qui, en définitive, ont réussi à enlever au Liban sa qualité d’Etat pour en faire une jungle où les plus hauts en couleur, aux voix assourdissantes, tentent de convaincre leurs compatriotes qu’ils sont les plus forts. Si les jeunes d’aujourd’hui sont encore capables d’enthousiasme et oublient l’essentiel de leur avenir, comment un ancien commandant de l’armée ayant combattu pour la libération du pays de la tutelle syrienne, ancien Premier ministre, désigné lui-même pour éviter le vide après la fin du mandat du président Amine Gemayel, membre du Parlement, chef d’un courant politique important, peut-être le plus important aux dires de ses membres, sans omettre sa qualité de représentant de la communauté maronite, dont il se dit défenseur des droits, Michel Aoun oublierait-il ce parcours? Les analystes sont nombreux à vouloir expliquer la personnalité du général à la retraite. Certaines de ses prises de position lui portent préjudice et affaiblissent le crédit dont il dispose, et dont il disposerait encore, pour peu qu’il affronte de face les problèmes insolubles qu’il pose à ses partisans comme à ses alliés, autant qu’à ses rivaux. Rassembleur par définition, un chef d’Etat a pour une première et indispensable mission d’en assurer la stabilité si tant est que ses citoyens, chrétiens, sunnites et chiites veuillent vivre en paix sous un même chapeau tricorne réclamé à cor et à cri par le peuple. Hélas, ce message par lequel le pape Jean-Paul II avait défini le Liban s’est perdu dans les dédales des couloirs politiques.Interrogé sur les raisons de la colère affichée par le général et par les violentes menaces dont il abreuve le peuple, un de ses proches lieutenants, voulant se faire son avocat, explique que le ton, dont use et abuse le général, «pour se faire entendre du peuple et pour le mobiliser en vue d’une invasion de la rue, n’est pas celui, plus apaisant, qu’il adopte dans les réunions du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme. Ce double langage est peut-être rassurant, mais cela signifie que les Libanais, toutes catégories confondues, ont besoin d’être violentés pour être motivés. L’intelligence populaire mérite autant, sinon plus, de respect que celle des parlementaires. Le peuple, harangué pour être acquis à une cause, se sent de plus en plus humilié, du moins, nous l’espérons. Et, surtout, nous souhaitons que l’entourage de l’ancien général lui rappelle qu’il a quitté l’habit militaire pour prendre les commandes du bien-être du citoyen et de la paix du pays.Désespérés de trouver des solutions à leurs problèmes, les Libanais, et non seulement leurs dirigeants, se tournent vers l’étranger pour connaître leur sort et leur avenir. Ils regardent du bout de la lorgnette ce qui se dit dans les pays censés avoir de l’intérêt pour la région, et par ricochet pour le Liban, un pays du vivre-ensemble dans une région peu tolérante, où ils trouvent des vestiges historiques tant appréciés par les Occidentaux et les historiens et jouissent des fabuleux paysages, de la proximité de la mer et de la montagne… Tout cela existe encore et les plus grandes vedettes restent attirées par ce mélange historique et moderne. Mais jusqu’à quand? Nos propres compatriotes, partis vers des horizons plus cléments, sont rentrés, il est vrai, passer des vacances au pays, mais pour de courts séjours et la main sur le cœur, histoire de retrouver des membres de leurs familles qui y vivent encore.


 Mouna Béchara
   

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