Trois questions à Abdel-Sattar Allaz
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Nº 2895 du vendredi 03 Mai 2013

Trois questions à Abdel-Sattar Allaz

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    Trois questions à Abdel-Sattar Allaz
    Trois semaines après la désignation de Tammam Salam au poste de Premier ministre, que peut-on dire de la formation du gouvernement? Le président Salam a conclu ses concertations parlementaires. Il s’est...
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Trois semaines après la désignation de Tammam Salam au poste de Premier ministre, que peut-on dire de la formation du gouvernement?
Le président Salam a conclu ses concertations parlementaires. Il s’est aussi concerté avec chaque partie à part en vue de rapprocher les points de vue. Il a défini des critères de base pour la composition du gouvernement que tout le monde connaît. Il veut un gouvernement homogène pouvant travailler. Il ne veut pas d’un gouvernement trop élargi, comme il ne veut pas entrer dans les détails des quotas au sein du gouvernement. Il préconise le principe de rotation des ministères, et celui de ministres non candidats aux élections législatives. Le président désigné a fait part de ses points de vue à toutes les parties et il a écouté les leurs.

 

Toutes les parties n’ont pas les mêmes points de vue…
Effectivement. Et c’est pour cela que les contacts continuent afin de les rapprocher et d’aboutir au final à la formation d’un cabinet qui pourra s’atteler à la tâche qui l’attend.

 

Est-ce qu’on peut dire que c’est le début d’une crise gouvernementale?
Non, nous ne sommes pas dans une crise actuellement. Chaque partie a son point de vue, mais nous espérons que la forte confiance, dont a bénéficié le président Salam lors de sa désignation, se traduise maintenant dans la formation du cabinet.

Arlette Kassas  

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Éditorial
Libérez les deux évêques!

L’enlèvement de Youhanna Ibrahim, évêque syriaque orthodoxe d’Alep, et Boulos Yazigi, évêque de l’Eglise grecque-orthodoxe de la même ville, le 22 avril, est un crime répréhensible à tous les égards. Sur un plan général, la privation de liberté, pour des motifs injustifiés, par des groupes ne disposant d’aucun mandat pour le faire est un retour à la loi de la jungle. Humainement, ces deux prélats, de par leur fonction et leur vocation, sont des messagers de paix, d’amour et de dialogue, ils ne méritent certainement pas le mauvais traitement qui leur a été infligé. A un niveau religieux, ils ont été enlevés parce qu’ils sont chrétiens, ce qui constitue une atteinte inadmissible au principe de la liberté de culte. Vu du prisme de la crise syrienne, les deux évêques étaient en mission humanitaire, pour tenter d’obtenir la libération de deux prêtres kidnappés dans la même région, il y a deux mois. Leur enlèvement est une violation de tous les principes, y compris des règles de la guerre, qui interdisent de s’en prendre à des médiateurs et des messagers. Si deux éminents évêques, dont le frère du patriarche de la plus grande Eglise d’Orient, ont été traités avec autant de légèreté et de rudesse, quel sort sera-t-il réservé au commun de leurs ouailles. C’est sans doute l’un des principaux messages que les ravisseurs (des Tchétchènes paraît-il; mais qui croit qu’ils peuvent agir sans couverture locale?) veulent transmettre aux chrétiens de Syrie et de toute la région: «Même vos évêques ne jouissent d’aucune immunité, alors que dire de vos prêtres, vos diacres, vos bonnes sœurs et vos fidèles?». Malgré le caractère abject de cet acte, on constate avec tristesse et consternation qu’il n’a pas suscité la vague de réprobation qu’il mérite. Faut-il, à Dieu ne plaise, qu’ils soient torturés et leurs têtes plantées sur un clocher (comme le cheikh Saadeddine d’Alep, égorgé et décapité avant que sa tête ne soit exposée sur le minaret de sa mosquée), pour que l’on entende, enfin, quelques timides condamnations? Pourtant, pour bien moins que cela, nous avons vu, ces deux dernières années, des personnalités politiques et publiques et des dirigeants, monter sur leurs grands chevaux, pour dénoncer avec véhémence la «répression sauvage», «les crimes odieux», «les atteintes inacceptables aux libertés individuelles et collectives…». Nous avons vu des médias entrer en campagne pour défendre un blogueur interpellé, ou un militant arrêté, des ONG se mobiliser pour sensibiliser l’opinion publique… Mais pour les deux évêques, c’est le silence radio, tous ont perdu la voix… et la conscience. Cette triste affaire est un exemple vivant de la politique des deux poids deux mesures, qui n’est malheureusement plus l’apanage des grandes puissances, mais aussi de supports médiatiques censés informer les gens. On constate que l’information fait l’objet d’une sélection rigoureuse et d’une hiérarchisation répondant à une grille de lecture politique. Malgré toutes les tentatives destinées à minimiser la gravité de l’enlèvement des deux évêques et à le banaliser, en le traitant comme un fait divers ordinaire, cet acte constitue un développement extraordinaire. Il montre que plus personne n’est à l’abri, que certains groupes franchissent toutes les lignes rouges sans que personne ne leur demande de comptes et, plus grave encore, que les opposants syriens qui occupent le devant de la scène médiatique n’ont aucun pouvoir sur ceux qui tiennent le terrain. Si l’Occident n’est pas parvenu à obtenir la libération de deux évêques, quelles garanties peut-il encore fournir que les armes qu’il livre aux rebelles ne finiront pas entre les mains des coupeurs de têtes et autres barbares lâchés dans la nature… à deux pas de chez nous?


 Paul Khalifeh
   

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