Mandat Chamoun. Accrochages sanglants autour d’une prorogation
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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

Mandat Chamoun. Accrochages sanglants autour d’une prorogation

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    Mandat Chamoun. Accrochages sanglants autour d’une prorogation
    Le Liban des années cinquante, particulièrement au cours des mois qui ont précédé les événements sanglants de 1958, avait connu une série de perturbations. Les accrochages entre loyalistes et opposants...
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Le Liban des années cinquante, particulièrement au cours des mois qui ont précédé les événements sanglants de 1958, avait connu une série de perturbations. Les accrochages entre loyalistes et opposants occupaient la scène locale. Le sujet à l’ordre du jour était alors la probabilité de renouvellement du mandat présidentiel de Camille Chamoun.

Dès le début de 1957, la tension politique grandissait entre le pouvoir et l’opposition. Le Front national s’était élevé contre la décision du pouvoir de prendre certaines mesures concernant les élections: notamment le fait que tout intervenant dans un meeting électoral devait avoir fait acte de candidature.
Le 9 mai, le chef du gouvernement, Sami el-Solh, hospitalisé des suites d’une infection pulmonaire, avait annoncé sa candidature à Beyrouth contre la liste de l’opposition de Abdallah Yafi et Saëb Salam. A sa sortie d’hôpital, des milliers de ses partisans l’escortaient jusqu’à son domicile, alors qu’un meeting autorisé de l’opposition se tenait à Tarik Jdidé où celle-ci, accusant les autorités de susciter des tensions confessionnelles, appelait à la lutte contre toute tentative d’amener une majorité parlementaire docile afin d’amender le texte de la Constitution en vue de la réélection du chef de l’Etat.
Le 30 mai 1957, l’opposition organise une importante manifestation de rue pour protester contre la politique du gouvernement. Ce dernier l’interdit sous prétexte qu’elle ne pouvait pas être pacifique. L’opposition passe outre et elle est accusée de vouloir, en agissant ainsi, renverser le chef de l’Etat.
Les manifestants tentent alors de forcer les barrages des gendarmes. Ces derniers ripostent. De violentes confrontations s’en suivent. Le bilan est très lourd: huit tués et trente blessés dont Saëb Salam et Nassim Majdalani qui avaient pris la tête des manifestants.
Inter-La gifle de Salam
Les forces de l’ordre avaient pour mission d’empêcher les manifestants de se rendre à la rue Fouad 1er, où le grand rassemblement devait avoir lieu. Les manifestants n’ont pas capitulé. Autour du terminus dit de Basta, de violents heurts ont lieu, chaque fois que les manifestants cherchaient à forcer les barrages des gendarmes. Arrivant de son domicile en compagnie de cinquante de ses partisans, Saëb Salam est bloqué sur un barrage. Il tente de passer mais les forces de l’ordre s’y opposent. Salam gifle alors le commandant responsable. Dans l’accrochage, Salam est blessé d’un coup de crosse à la tête.
Un peu plus loin, Nassim Majdalani est arrêté à un barrage à Tarik Jdidé. Les manifestants attaquent les gendarmes qui ripostent. La situation se dégrade et l’armée intervient pour ramener le calme. Réuni d’urgence, le Conseil des ministres donne au commandement de l’armée l’ordre de tirer sans sommation pour disperser les attroupements. Un mandat d’arrêt est lancé contre Salam, pour outrage à un responsable de l’ordre dans l’exercice de ses fonctions.
Un autre facteur entre en ligne après l’annonce par le gouvernement de l’arrestation de deux officiers des services de renseignements syriens. Alors qu’il envisage d’adresser une note de protestation à Damas, les autorités syriennes nient toute ingérence sur la scène libanaise.
L’affaire est confiée à la Cour de justice. Le 24 septembre, le juge d’instruction, Adel Takieddine, requiert, dans son acte d’accusation, les travaux forcés à perpétuité pour Abdallah Yafi, Saëb Salam, Hamid Frangié, Ahmad el-Assaad, Sabri Hamadé et Nassim Majdalani, ainsi que contre Ali Bazzi et Abdallah Machnouk. Il requiert l’arrestation de 391 autres personnes qui seront déférées devant la Cour de justice. Les accusations portent sur des agressions commises dans le but de déclencher une guerre civile confessionnelle. L’hypothèse du complot est retenue, ainsi que des tentatives d’homicide et d’incendies.
L’opposition ne répond pas à l’accusation et se contente de souligner que plusieurs inculpés n’ont pas été interrogés. L’affaire ne va pas plus loin.

Arlette Kassas   
 

N.B: Les informations citées dans cet article sont tirées du Mémorial du Liban: le mandat de Camille Chamoun de Joseph Chami.

Exigences de l’opposition
Avant la manifestation du 30 mai, l’opposition dénonce, dans un télégramme adressé au chef de l’Etat, ce qu’elle appelle une volonté de fausser les résultats des élections pour amener une Chambre docile permettant à l’Autorité d’agir à sa guise. Elle exige la démission du gouvernement et la mise en place d’un cabinet neutre et intègre.

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Éditorial
Il ne reste que le rêve… et encore!

Alors que les magouilles gangrènent les institutions du pays, que le chômage bat son plein et que les citoyens, livrés à la loi de la jungle, souffrent d’une absence totale de protection, le Liban perd au fil des ans l’énergie de sa jeunesse. Jamais mieux qu’aujourd’hui, ne s’est appliquée au Liban, la célèbre formule de Georges Clemenceau: «Le pouvoir est tombé si bas qu’il faut se baisser pour le ramasser». Il fut une époque, très courte aux yeux de l’Histoire, où la jeunesse du pays, formée dans les grandes universités, que tous nos voisins nous envient, ne rêvait que de servir et de promouvoir le Liban, modèle de modernité, de démocratie et de liberté, pas seulement dans la région. Qu’en reste-t-il? Un pays qui s’apprête, quelque trente ans après la fin de la guerre civile pour les uns, et la guerre des autres pour certains, à rééditer la dramatique expérience. S’impliquer dans la crise syrienne, et encore plus dans son conflit probable avec Israël, est-ce dans nos cordes? En a-t-on les moyens? Au milieu de ce sombre tableau, nos universitaires, quelle que soit leur formation, privent, à leur corps défendant, le pays de leur savoir-faire et s’exilent vers des horizons plus cléments. Pendant que le Liban se vide de son sang jeune et de ses forces vives, ses dirigeants se disputent un siège place de l’Etoile ou un fauteuil confortable au Sérail. La question que les citoyens, ignorés par leurs représentants tant que les élections ne se dessinent pas à l’horizon, est celle de savoir à quoi sert un gouvernement dont l’inexistence passe pratiquement inaperçue ou ce Parlement, dont les réunions se font extrêmement rares, alors que ses tiroirs craquent sous les liasses de documents, jaunis à force d’attendre et très probablement devenus caducs. Dans cet abîme constitutionnel, où seuls les échos sifflent, les affaires aventureuses se multiplient. La dernière en date est celle du bateau promis à grands coups de déclarations outrageusement optimistes, après quelques décennies de rationnement électrique et même d’obscurité totale dans certaines régions oubliées. Lancée officiellement, par une publicité tapageuse et des panneaux prometteurs, la «barque turque», Fatmagül Sultan, nous promettait, «immense performance», deux heures de courant de plus dans tout le pays. Mais elle vécut ce que vivent les roses laissant derrière elle des relents sulfureux de négligence ou de scandale… l’avenir le dira peut-être. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que les armes se sont tues dans le pays, mais la lumière des bougies, qui n’ont rien des romantiques chandelles, n’a toujours pas disparu dans de très nombreux foyers. En parallèle, les tours luxueuses jalonnent les rues et montent toujours plus haut, les boutiques offrant les collections les plus huppées remplissent les quartiers et les restaurants aux menus gastronomiques par excellence, pullulent pour le plaisir d’une minorité nantie. Mais tout cela paraît factice et, pour une affaire qui connaît le succès, combien ne sont-elles pas forcées de baisser leur rideau aussitôt levé. Le chaos que connaît le Liban, depuis si longtemps, fait la richesse d’autres pays de la région. La Syrie, elle, avait connu ses beaux jours et son développement dès les premières années de notre guerre. Elle n’a pas su, elle non plus, sauvegarder ses acquis. Il n’en reste pas moins que le Libanais, optimiste invétéré, retrouve son rêve au moindre signe de détente. Ainsi, nous avons assisté aux retrouvailles des «cousins ennemis»: Sleiman Frangié à Bikfaya à l’invitation de Sami Gemayel, le Courant patriotique libre, représenté par le ministre démissionnaire Gebran Bassil, prendre la route de Maarab et les émissaires de Walid Joumblatt chez Nabih Berry, comme l’ancien vice-président de la Chambre à Aïn el Tiné. Le tout ponctué de quelques informations, diffusées sans, peut-être, beaucoup de conviction, annonçant un gouvernement dans les prochains jours… Et voilà que l’espoir renaît, que la vie s’annonce plus belle, à la lueur de la détermination affirmée du Premier ministre désigné et du président de la République. Il n’en reste pas moins que les jeunes exilés, partis vers d’autres horizons donner la preuve de leurs capacités et de leurs compétences, ne sont pas encore près de rentrer au bercail.


 Mouna Béchara
   

Santé

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