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Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

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Editorial (260)

Mardi, 29 Janvier 2019 12:15

En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?
Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.   
Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur.
Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires.
A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.

 

Paul Khalifeh 
 

Vendredi, 28 Septembre 2012 12:19

En attendant Benoît XVI

«De même que le fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup» (1). Voilà  ce que les chrétiens d’Orient sont en droit de demander au vicaire de Dieu, le pape Benoît XVI. Celui-ci, en venant au Liban, dit au monde que personne ne s’y trompe: si les chrétiens du Liban ne sont pas les premiers, car il n’y aura jamais de premiers, ils demeurent le symbole d’une chrétienté bimillénaire dans sa terre d’origine. Le Saint-Père n’est pas un chef d’Etat comme les autres. L’Eglise a renoncé, depuis deux siècles, au pouvoir temporel. C’était d’ailleurs le message originel du Christ. C’est sur les âmes qu’elle prétend veiller pour rendre moins pénible le passage dans la «Vallée des larmes» qu’est ce monde. Mais l’âme est dans un corps et celui-ci mérite de ne pas souffrir. «C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice» (2). Que peut le pape alors? Certes beaucoup. Depuis que Vatican II a ramené l’Eglise repliée sur elle-même, dans la société, elle est de nouveau l’autorité qui peut sans être politique, faire de la politique. Elle peut et doit veiller au présent et à l’avenir des chrétiens, sans utiliser des armes auxquelles elle a renoncé. Benoît XVI peut se contenter d’une visite pastorale, au cours de laquelle il bénira l’ensemble des Libanais dans une grande fête œcuménique, insufflant de l’espoir à ceux qui n’en ont plus, mais qui s’estompera aussitôt qu’il sera parti. Ce que nous attendons de Benoît XVI, c’est qu’il use de toute son autorité pour que cesse le massacre des innocents en Syrie et au Liban. Nous souhaitons qu’il se batte pour rester fidèle à sa propre exhortation. «L’Homme, la personne dans son intégrité est le premier capital à sauvegarder» (3). L’homme qu’il désigne est la créature de Dieu quelles que soient sa couleur, sa race et surtout sa religion. Que ce soit principalement des musulmans qui meurent en Syrie et à Tripoli, il faut, avec le cardinal Jean-Louis Tauran, «passer de la peur de l’autre à la peur pour l’autre» (4). Car, en définitive, la folie meurtrière n’épargnera personne, ni en Syrie ni au Liban. L’Irak est là pour nous rappeler comment, dans un conflit où ils n’étaient qu’observateurs, les chrétiens ont payé un lourd tribut.
 

«Le Vatican, combien de divisions blindées?» C’est ce que demandait Staline. Pourtant, on ne peut méconnaître certaines réalités aux Etats-Unis qui, quand ils l’ont voulu, ont mis un terme aux tueries du colonel Khadafi. En Amérique, un citoyen sur quatre est catholique et 74% d’entre eux se disent satisfaits de Benoît XVI (5). Joe Biden, actuel vice-président, et son concurrent, Paul Ryan, sont tous deux catholiques. Dans un pays où seuls 5% de la population se disent athées (6), on peut évaluer la portée d’un message du Pape aux dirigeants de la Maison-Blanche pour mettre un terme au carnage. Même l’Europe n’est pas insensible aux avis du Vatican. On se souvient de la dispute qui a longtemps tenu en haleine le continent, quand il s’est agi de rappeler les racines chrétiennes de l’Europe pour les inclure dans la nouvelle Constitution de 2005. Si l’idée ne fut pas retenue, le débat a montré que la religion catholique n’est pas totalement étrangère à la conscience européenne et que le souverain Pontife peut y être entendu, s’il venait à demander une intervention européenne pour arrêter la tuerie. Même la Russie, complice de l’Occident dans le sanglant statu quo qui anéantit la Syrie depuis le pontificat de Benoît XVI, est plus attentive à ses déclarations, qu’à celles de son prédécesseur. Son renoncement au titre de patriarche d’Occident, titre considéré par les orthodoxes comme une agression, et l’échange de lettres qu’il y a eu avec le patriarche de Moscou et de Russie, Alexis II, sont la démonstration d’un réchauffement des relations entre les deux Eglises. Quand on sait combien l’Eglise orthodoxe est influente auprès de Vladimir Poutine au point de voir en lui un «Miracle», on peut espérer qu’elle participe à la résolution du conflit.
Voilà ce que l’on attend de Benoît XVI. Qu’il use de tout son crédit auprès des grands décideurs pour mettre fin à ce drame qui, non seulement met à feu et à sang la Syrie, mais peut embraser tout le Moyen-Orient. Qu’il nous le dise clairement lors de sa visite.

 

Amine Issa
 


1- Mathieu XX-28
2- Mathieu VII-20
3- Encyclique Caritas in veritate (2009)
4- Synode des évêques pour le Moyen-Orient (2010)
5- Espresso 30/08/12
6- The Economist 22/8/2012


 

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En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   
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