La fuite en avant
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Nº 2912 du vendredi 30 août 2013

La fuite en avant

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    La fuite en avant
    Après la série d’attentats qui a frappé Dahié et Tripoli, la presse internationale s’inquiète de l’ouverture d’une nouvelle phase beaucoup plus sombre pour le Liban. Al-Hayat Al-Hayat livre, lui, un exposé beaucoup...
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Après la série d’attentats qui a frappé Dahié et Tripoli, la presse internationale s’inquiète de l’ouverture d’une nouvelle phase beaucoup plus sombre pour le Liban.

Al-Hayat
Al-Hayat livre, lui, un exposé beaucoup plus sombre, intitulé La route la plus rapide vers l’éclatement.
Ce qui est le plus dangereux dans les événements dont le Liban est aujourd’hui la victime, c’est qu’ils nous rappellent ses jours les plus sombres - avec ses quartiers fermés et ses frontières clairement dessinées. En effet, avec les soi-disant «mesures de sécurité» qui ont suivi l’attentat de Dahié, ainsi que les événements observés dans certains quartiers de Tripoli, dans la foulée des attentats dans les deux mosquées, les citoyens passent ou sont refoulés sur la base de leur appartenance confessionnelle. La porte est grande ouverte à la «purification» des quartiers et à l’interdiction de brassage entre les communautés, ce qui devrait être considéré comme naturel dans un pays où les citoyens sont censés vivre ensemble.
Une des raisons les plus dangereuses qui ont relancé le débat sur la nécessité de ce type de système de sécurité, c’est le manque de confiance, partagé par tous les Libanais sans exception, dans la capacité des services de l’Etat à assurer la sécurité et la protection du pays et de ses citoyens. D’une part, cela est dû à l’héritage de l’histoire récente, et aussi aux effets négatifs des divisions communautaires du pays, ainsi qu’au comportement des services de sécurité, chacun étant accusé d’alignement communautaire. Et quand le ministre de l’Intérieur est allé jusqu’à justifier les mesures qui ont été prises dans les quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, dans le sillage du dernier attentat, on comprend le sentiment des Libanais.

 

The National
Le quotidien émirati The National livre une analyse extrêmement poussée de la situation libanaise.
Les retombées de l’intensification de la guerre civile en Syrie ont sans doute exacerbé les lignes de fracture au Liban. Jusqu’à récemment, toutefois, plusieurs facteurs ont permis au pays d’éviter le pire. Les principaux acteurs locaux ont compris que l’issue de la guerre civile syrienne aura plus d’impact sur l’avenir du pays que leur bras de fer. Ils ont aussi compris que toute victoire militaire ne se traduira pas en gains politiques tangibles. Un accord tacite entre les principales puissances régionales, qui stipule que le Liban ne sera pas utilisé comme un champ de bataille, mais plutôt comme une passerelle vers la Syrie, a renforcé ces calculs. Dans quel état le Liban est-il aujourd’hui? Dans un état pitoyable. Avec une économie en difficulté et la paralysie politique, l’Etat n’a ni les instruments, ni la volonté politique de contenir ces pressions. L’armée, qui reflète plus les malheurs du pays qu’elle ne les dépasse, est débordée et épuisée. Elle ne réussit pas à solidifier ses succès parce que beaucoup la perçoivent comme trop proche du Hezbollah. Un dernier mot: on a tendance à faire l’éloge de la capacité de résistance du pays et à estimer qu’une guerre à grande échelle est aujourd’hui improbable. Ces considérations sont peut-être contre-productives. Cette attitude, sans doute indispensable pour faire face à l’incertitude omniprésente et surmonter la douleur constante, a paradoxalement nourri la complaisance et le fatalisme. Les Libanais connaissent leur pays et leur Etat fracturé; pourtant, ils peinent à faire quelque chose à ce sujet...

 

The Christian Science Monitor
The Christian Science Monitor se concentre sur la sécurisation de Dahié.
Rues bouclées, hommes en civil fouillant minutieusement une longue file de voitures: les bastions du tout-puissant Hezbollah étaient déjà des «mini-Etats» au Liban, mais après deux attentats, le mouvement chiite les a transformés en une véritable forteresse de sécurité.
Aux entrées de la banlieue sud de Beyrouth, un des principaux fiefs du parti engagé dans la guerre en Syrie aux côtés du régime, des jeunes en civil demandent aux automobilistes d’ouvrir le coffre de leur voiture, créant des embouteillages monstres dans la zone. D’autres, talkie-walkie à la main, l’uniforme frappé du badge «Union des municipalités de la banlieue sud», demandent leurs papiers aux nombreux motards qui zigzaguent dans cette ceinture chiite densément peuplée. «L’heure est à la vigilance. Les gens sont plus tranquilles quand ils nous voient», explique un «vigile hezbollahi» à l’AFP, sous couvert d’anonymat.
Une fois passés les check-points improvisés sur les routes principales et les ponts, on voit des voitures stationnées sur des trottoirs bouclés et des ruelles bloquées par des barrières métalliques. Dans un pays où le Hezbollah est accusé d’imposer sa volonté par les armes, ces mesures viennent renforcer encore plus la situation d’«enclave» de la banlieue, où l’armée et la police entrent rarement. Près du site du deuxième attentat, dans le secteur de Roueiss, les gens, même s’ils ont peur, n’en laissent rien paraître devant les journalistes.

Libération
Le quotidien français Libération s’intéresse à la scolarisation des enfants syriens au Liban.
C’est un chiffre qui illustre la violence du conflit. Vendredi 23 août, l’Onu a annoncé que le nombre d’enfants syriens ayant fui la guerre en Syrie, qui dure depuis plus de deux ans, avait atteint le million. Une estimation tellement alarmante que le directeur des programmes à l’Unicef, Ted Chaiban, n’a pas hésité à parler de «crise de l’enfant». Toujours selon les chiffres de l’Onu, 740000 d’entre eux seraient âgés de moins de 11 ans. La plupart ont fui vers le Liban, pays frontalier qui absorbe aujourd’hui un total de près d’un million de réfugiés, dont
44 % d’enfants. Une situation sanitaire, sociale - et désormais scolaire - que le Pays du Cèdre, dont le système éducatif est vacillant, peine à gérer.
Les difficultés de scolarisation se concentrent surtout dans la vallée de la Békaa, près de la frontière syrienne où «contrairement à la Jordanie ou à la Turquie, les réfugiés syriens  ne sont pas regroupés dans des camps officiels», explique la journaliste. «Un moyen de ne pas répéter les erreurs du passé…», ajoute-t-elle. Dispersés dans la région, ces enfants n’ont donc pas tous accès au système éducatif proposé.
Les autres, les plus chanceux qui atteignent les bancs des écoles, créent, de facto, une surcharge quantitative. Dans la vallée de la Békaa, certaines classes ont vu leurs effectifs doubler. Selon l’Unicef, le nombre d’enfants scolarisables déjà enregistrés - ou en attente de l’être - ne cesse d’augmenter. A Ersal, petite ville nichée dans les collines, l’arrivée de femmes et d’enfants syriens a même conduit la municipalité à ouvrir de nouvelles classes.

Le Monde
Le journal Le Monde dresse un portrait émouvant de May el-Khalil.
Le 11 novembre 2012, 33000 personnes ont pris le départ du marathon de Beyrouth, bataillant contre la pluie, le froid, le vent. Et la guerre civile. En dix ans, l’épreuve est devenue l’une des manifestations sportives les plus importantes du Proche-Orient et un symbole précieux: celui de l’espoir et de la coopération dans l’une des zones les plus fragiles du monde. Celui d’une société civile en quête d’apaisement. Cet événement, hautement politique, a été rêvé, lancé, porté par une femme autodidacte, au corps cassé mais à la volonté de fer: May el-Khalil.
En jean délavé, talons aiguilles et veste d’homme, la petite cinquantaine, elle confirme: toutes ces années, le Liban s’est divisé, affronté: «Notre Parlement a démissionné, nous n’avons pas eu de président ni de Premier ministre pendant de longs mois, mais chaque année depuis 2003, il y a eu un marathon», traversant les différentes parties de la ville meurtrie et ses dix-huit communautés religieuses. Une fois par an, May el-Khalil met tout le monde d’accord. «Ce n’est pas tant le projet que mon histoire qui les a convaincus». Celle d’une résilience, qu’elle raconte sans forfanterie.

Julien Abi Ramia
 

Vice
Les genévriers menacés
Le magazine américain Vice évoque un sujet qu’il ne faut pas sous-estimer.
Deux maillons de l’écosystème de l’Anti-Liban sont fortement menacés. Le genévrier et la grive draine souffrent du déboisement, du surpâturage et de la chasse. Sans la grive, la graine de l’arbre ne germe pas. Sans le genévrier, l’oiseau perd son abri. La vie de l’un dépend de l’autre. Sur les hauts plateaux du Hermel au nord de la Békaa, les fameuses forêts de genévriers sont en voie de disparition, et les grives se font de plus en plus rares. «De la chasse aux grives et de l’utilisation des pesticides résulte une difficulté de régénération naturelle de ces arbres», explique le Dr Mohanna, directeur au ministère de l’Agriculture.

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Éditorial
Mauvais remake

Si certains se réjouissent des intentions guerrières de l’Occident en Syrie, d’autres, au contraire, en sont consternés. Ce n’est pas qu’ils soient fans du régime syrien ou inquiets de l’avenir de Bachar el-Assad. De toute façon, Washington et ses alliés ont fixé les contours de la frappe avant même qu’elle ne se produise: elle sera «brève et limitée», elle n’aura pas pour objectif de renverser le président syrien mais seulement de le «punir» d’avoir utilisé des armes chimiques. Tout le monde y trouvera son compte. Cette tristesse, mêlée à une profonde déception, vient du fait que l’Occident affiche, une fois de plus, une hypocrisie sans borne, foulant du pied ce qui lui reste comme principes humains, qu’il a lui-même érigés en valeurs universelles. D’ailleurs, l’opinion publique dans les pays occidentaux ne semble pas dupe, puisqu’une majorité affirme être opposée à une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Encore une fois, ce n’est pas que les gens ont de la sympathie pour le régime syrien, mais c’est que les arguments, un peu trop hâtivement avancés pour justifier une nouvelle aventure guerrière aux conséquences inconnues, ne sont pas assez convaincants. Les centaines de victimes de la présumée attaque chimique de la Ghouta sont-elles les morts de trop, ceux qui ont donné un coup de fouet à la conscience des grands de ce monde? Les 100000 morts, tombés depuis le début du conflit, n’étaient-ils pas suffisants pour réveiller cette conscience? 100500 semble être le chiffre magique, celui qu’il ne faut pas atteindre ou dépasser, au risque de se voir puni par la très respectable communauté internationale. L’autre prétexte, celui de la «ligne rouge» qu’il ne fallait pas franchir, frôle le ridicule. L’utilisation des armes chimiques est donc prohibée et celui qui oserait violer cet interdit en payera le prix. On peut comprendre, par conséquent, que ce n’est pas l’acte en soi de tuer, d’exterminer, d’annihiler, d’écraser, de découper en morceaux, qui est répréhensible, mais l’outil utilisé pour le commettre. Les avions et les tanks du régime ou les machettes des takfiristes ne semblent pas constituer une transgression de la fameuse ligne rouge. Du moment que les gaz toxiques ne sont pas utilisés, les massacres peuvent continuer en toute tranquillité… et impunité. Poursuivons la réflexion. Cette affaire nous pousse à nous demander si ce n’est pas l’identité des victimes qui réveillerait la conscience du «monde civilisé». Cette remarque est légitime, car il semble que cette conscience reste endormie, comme anesthésiée, lorsque 200 paysans se font massacrer dans la «montagne alaouite» de Lattaquié, que 150 civils pro-régime et militaires sont exécutés froidement à Khan al-Assal et que des dizaines de chrétiens sont passés par les armes à Marmarita et Hawash, dans la région de Homs; pour ne citer que les tueries perpétrées en juillet et août. Mais quand des civils pro-rebelles sont tués, le monde s’émeut et crie vengeance. Il y a enfin une dernière possibilité. Ce ne serait pas l’identité des victimes, mais plutôt celle des tueurs présumés qui servirait d’alarme pour réveiller la conscience internationale. Quand les crimes sont imputés au régime, le monde se révolte, condamne, dénonce et veut jouer le rôle de gendarme et de justicier. Cependant, tous deviennent sourds, aveugles et introuvables, quand les massacres sont l’œuvre des rebelles. Plus affolant encore est le manque d’imagination des décideurs américains. Car c’est exactement le même scénario utilisé en 2003 pour justifier l’invasion de l’Irak qui est reproduit dans le cas syrien. Mais le remake est de moindre qualité que l’original, car le réalisateur, Barack Obama, a été formé sur le tas.


 Paul Khalifeh
   

Santé

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