Jamal el-Jarrah. «Tout cela pour un siège à Gebran Bassil!»
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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

Jamal el-Jarrah. «Tout cela pour un siège à Gebran Bassil!»

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    Jamal el-Jarrah. «Tout cela pour un siège à Gebran Bassil!»
    En dépit de son refus du projet orthodoxe, le Courant du futur participera aux élections quelle que soit la loi. Interview du député Jamal el-Jarrah. Votre avis sur la réunion de...
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En dépit de son refus du projet orthodoxe, le Courant du futur participera aux élections quelle que soit la loi. Interview du député Jamal el-Jarrah.

Votre avis sur la réunion de Maarab entre Samir Geagea, Gebran Bassil et l’artisan du projet de loi orthodoxe, Elie Ferzli. Le Moustaqbal était-il au courant? Craignez-vous les résultats éventuels de cette rencontre?
La vérité, c’est que nous rejetons totalement le projet orthodoxe, parce qu’il divise le pays en confessions et communautés et peut mener à une guerre civile. Certains de nos alliés et adversaires sont opposés à la loi de 1960. La solution est dans une loi consensuelle bénéficiant d’un appui maximal qui nous débarrasse du projet orthodoxe et de la loi de 1960. Une loi mixte. Nous avons fait une grande concession en acceptant la proportionnelle, alors que nous l’avions totalement rejetée à l’ombre des armes qui contrôlent la vie politique au Liban.

Avez-vous été informés des résultats de la réunion de Maarab, d’autant plus que le Dr Geagea est entré en contact avec Saad Hariri…?
Ce qui a filtré, c’est la nécessité de produire une loi électorale, qui puisse bénéficier d’une quasi-unanimité, pour sortir de l’immobilisme devant lequel certaines parties se sont arrêtées. Les choses étaient au point mort. Je pense que lorsque le danger du torpillage des élections s’est précisé, toutes les parties ont reculé d’un pas pour observer plus clairement la situation politique. Si j’étais chrétien, peu m’importe d’élire 64 ou 84 députés en l’absence d’un véritable Etat. Je serais dans une situation inconfortable dans un pays où le chrétien ne vit pas en paix et en sécurité. Lorsque cette sécurité a été perturbée, il a été le premier à rejeter cet état de fait, parce que le chrétien est un adepte de l’Etat, de la stabilité, de la croissance économique… Il est la principale victime des armes et de l’insécurité.

On dit que l’une des victimes de la rencontre de Maarab sera le député Boutros Harb, parce que le CPL réclame un siège pour le ministre Bassil pour céder d’autres sièges ailleurs.
S’il s’agit d’un échange de sièges contre l’exposition du pays aux dangers d’une partition et de la guerre civile… Quelle belle politique! C’est incroyable! Le pays aura vécu six à sept mois de forte tension… tout cela pour M. Gebran? C’est une catastrophe.

Mais il y a eu un précédent au niveau du gouvernement, pourquoi le même scénario ne se reproduirait-il pas?
Il n’est pas normal de se fixer sur des individus, il est anormal de susciter de grandes crises politiques à caractère communautaire et confessionnel pour obtenir un siège pour Gebran.

Si la loi de 1960 est maintenue, craignez-vous l’émergence d’une entente entre les FL et le général Aoun auxquels se joindraient le député Sleiman Frangié et les Kataëb? Une sorte de pacte quadripartite chrétien?
Au contraire. Tout ce qui apaise la vie politique au Liban est bienvenu. Ce qu’il y a de plus dangereux aujourd’hui, c’est que le pays est sans gouvernement. Nous avons un cabinet de règlement des affaires courantes et des dépenses. Les fonds publics sont gaspillés, des contrats sont signés, des engagements pris… Nous avons aussi une fraction du gouvernement qui a décidé, à la place de tous les Libanais, de participer à la guerre en Syrie sans que quelqu’un puisse lui en faire assumer la responsabilité. Le gouvernement d’expédition des affaires courantes n’est pas responsable… et si la crise politique a pour but d’amener Gebran Bassil à l’hémicycle, c’est une honte!

La prorogation du mandat des députés est-elle possible? Le président Berry a parlé d’un renouvellement pour une période de six mois ou d’un an, cela implique-t-il la reconduction du mandat du chef de l’Etat?
Le président Berry déclare aussi: accordons-nous sur un mode de scrutin et je tiendrai la séance le lendemain! Cela veut dire que le chef de l’Assemblée tient à ce que la séance soit conforme au Pacte national.

Vous êtes toujours confiant qu’il ne convoquera pas à une séance non conforme au Pacte?
Il l’a dit publiquement et franchement. Je crois qu’il est sérieux.

Le président Saad Hariri a dit qu’il participera aux élections même en cas d’application de la loi orthodoxe. Maintenez-vous cette position?
Quelle que soit la loi, nous y participerons. Mais nous essayons de sauvegarder l’union nationale et d’améliorer en même temps la bonne représentation des électeurs. Nous veillons à ne pas écorcher l’union nationale en ces moments difficiles où le feu embrase la région autour de nous… Mais nous ne voyons que Gebran Bassil. Nous avons été chercher les braises syriennes avec nos mains pour les introduire chez nous. Dans cette situation, il faudrait que nous parvenions à un haut degré d’entente nationale sur la sécurité du pays qui est en danger et sur les grandes lignes politiques, mais malheureusement nous sommes occupés à traquer des sièges.

Propos recueillis par Saad Elias

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Éditorial
Il ne reste que le rêve… et encore!

Alors que les magouilles gangrènent les institutions du pays, que le chômage bat son plein et que les citoyens, livrés à la loi de la jungle, souffrent d’une absence totale de protection, le Liban perd au fil des ans l’énergie de sa jeunesse. Jamais mieux qu’aujourd’hui, ne s’est appliquée au Liban, la célèbre formule de Georges Clemenceau: «Le pouvoir est tombé si bas qu’il faut se baisser pour le ramasser». Il fut une époque, très courte aux yeux de l’Histoire, où la jeunesse du pays, formée dans les grandes universités, que tous nos voisins nous envient, ne rêvait que de servir et de promouvoir le Liban, modèle de modernité, de démocratie et de liberté, pas seulement dans la région. Qu’en reste-t-il? Un pays qui s’apprête, quelque trente ans après la fin de la guerre civile pour les uns, et la guerre des autres pour certains, à rééditer la dramatique expérience. S’impliquer dans la crise syrienne, et encore plus dans son conflit probable avec Israël, est-ce dans nos cordes? En a-t-on les moyens? Au milieu de ce sombre tableau, nos universitaires, quelle que soit leur formation, privent, à leur corps défendant, le pays de leur savoir-faire et s’exilent vers des horizons plus cléments. Pendant que le Liban se vide de son sang jeune et de ses forces vives, ses dirigeants se disputent un siège place de l’Etoile ou un fauteuil confortable au Sérail. La question que les citoyens, ignorés par leurs représentants tant que les élections ne se dessinent pas à l’horizon, est celle de savoir à quoi sert un gouvernement dont l’inexistence passe pratiquement inaperçue ou ce Parlement, dont les réunions se font extrêmement rares, alors que ses tiroirs craquent sous les liasses de documents, jaunis à force d’attendre et très probablement devenus caducs. Dans cet abîme constitutionnel, où seuls les échos sifflent, les affaires aventureuses se multiplient. La dernière en date est celle du bateau promis à grands coups de déclarations outrageusement optimistes, après quelques décennies de rationnement électrique et même d’obscurité totale dans certaines régions oubliées. Lancée officiellement, par une publicité tapageuse et des panneaux prometteurs, la «barque turque», Fatmagül Sultan, nous promettait, «immense performance», deux heures de courant de plus dans tout le pays. Mais elle vécut ce que vivent les roses laissant derrière elle des relents sulfureux de négligence ou de scandale… l’avenir le dira peut-être. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que les armes se sont tues dans le pays, mais la lumière des bougies, qui n’ont rien des romantiques chandelles, n’a toujours pas disparu dans de très nombreux foyers. En parallèle, les tours luxueuses jalonnent les rues et montent toujours plus haut, les boutiques offrant les collections les plus huppées remplissent les quartiers et les restaurants aux menus gastronomiques par excellence, pullulent pour le plaisir d’une minorité nantie. Mais tout cela paraît factice et, pour une affaire qui connaît le succès, combien ne sont-elles pas forcées de baisser leur rideau aussitôt levé. Le chaos que connaît le Liban, depuis si longtemps, fait la richesse d’autres pays de la région. La Syrie, elle, avait connu ses beaux jours et son développement dès les premières années de notre guerre. Elle n’a pas su, elle non plus, sauvegarder ses acquis. Il n’en reste pas moins que le Libanais, optimiste invétéré, retrouve son rêve au moindre signe de détente. Ainsi, nous avons assisté aux retrouvailles des «cousins ennemis»: Sleiman Frangié à Bikfaya à l’invitation de Sami Gemayel, le Courant patriotique libre, représenté par le ministre démissionnaire Gebran Bassil, prendre la route de Maarab et les émissaires de Walid Joumblatt chez Nabih Berry, comme l’ancien vice-président de la Chambre à Aïn el Tiné. Le tout ponctué de quelques informations, diffusées sans, peut-être, beaucoup de conviction, annonçant un gouvernement dans les prochains jours… Et voilà que l’espoir renaît, que la vie s’annonce plus belle, à la lueur de la détermination affirmée du Premier ministre désigné et du président de la République. Il n’en reste pas moins que les jeunes exilés, partis vers d’autres horizons donner la preuve de leurs capacités et de leurs compétences, ne sont pas encore près de rentrer au bercail.


 Mouna Béchara
   

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