Tromperie sur marchandise meurtrière. James McCormick, un maître-escroc
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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

Tromperie sur marchandise meurtrière. James McCormick, un maître-escroc

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    Tromperie sur marchandise meurtrière. James McCormick, un maître-escroc
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Pendant une décennie, l’entreprise de James McCormick a vendu aux services de sécurité du monde entier des détecteurs révolutionnaires qui ont notamment équipé la Finul, au Liban-Sud. Trop beau pour être vrai. Le 2 mai dernier, après trois ans d’investigation, l’homme d’affaires britannique a été condamné à dix années de prison pour fraude. Récit d’une gigantesque escroquerie.

C’est avant tout l’histoire d’un homme d’affaires peu scrupuleux qui a flairé un marché prometteur. Jusqu’à la fin des années 90, James McCormick, un moustachu à l’allure débonnaire qui va sur ses 50 ans, a mené une vie plutôt modeste. Après avoir quitté l’école avec un brevet des collèges en poche, il s’engage dans la police du Merseyside, dans la région de Liverpool, en Angleterre. Fort de ses deux ans d’expérience, il quitte les forces de l’ordre et devient commercial pour plusieurs entreprises britanniques et américaines, spécialisées dans la haute technologie. Au fil de ses rencontres, il entend parler, pour la première fois, d’un mystérieux appareil qui a la capacité de détecter la présence d’explosifs et de drogues. Il cherche à en savoir plus. Il remonte la chaîne, interroge les revendeurs qui le mènent au fournisseur. Il lui propose de l’engager, le fournisseur accepte. Ses voyages lui ouvrent les portes de l’Arabie saoudite, du Mexique et de la Chine. McCormick flaire le bon coup, les attentats du 11 septembre 2001 lui ouvrent le marché de la sécurité sur un plateau d’argent. Il décide alors de fabriquer son propre détecteur.


Une fraude enfantine
En 1997, McCormick monte avec plusieurs associés la société Advanced Tactical Security & Communications (ATSC) dans une ancienne ferme laitière de Sparkford, dans le comté agricole du Somerset. Dans ces années, il a vent d’un appareil, le Gopher, vendu comme un «trouveur de balles de golf». Le concept, un objet en plastique, qui ressemble à un vulgaire allume-gaz sur lequel est montée une petite antenne qui repère, comme les détecteurs de métaux, les matériaux de fabrication des balles de golf. A la manière des sourciers qui, munis de leurs baguettes, recherchent les nappes phréatiques. Cette science des radiations a un nom, la radiesthésie. Dans l’un des clips promotionnels de l’appareil, on peut entendre cette phrase: «Ne riez pas, cet appareil fonctionne si on l’utilise de la bonne manière».

McCormick adore l’idée
En 2001, il décide alors d’importer 300 Gopher à 20 dollars la pièce. Les appareils sont remodelés. Le petit boîtier rectangulaire est remplacé par une crosse en forme de poignée de scie, l’antenne est tout simplement allongée et les étiquettes portant le logo d’origine sont remplacées par celui de l’entreprise. Pour crédibiliser l’appareil, McCormick leur adjoint les logos de l’Association internationale des techniciens en explosifs et de la Chambre de commerce de l’Essex. Il emballe ses détecteurs dans des cartons similaires à ceux utilisés pour transporter des produits militaires, estampillés d’autocollants officiels avertissant les utilisateurs de ne pas ouvrir les détecteurs. Un jeu d’enfant. Le premier ADE (Advanced Detection Equipment) est né.
McCormick lui attribue un fonctionnement tout aussi enfantin. Il suffit de mettre un petit morceau du type d’explosif ou du matériau à détecter dans une jarre en verre; placer un petit autocollant dedans, pour qu’il en absorbe les vapeurs; coller l’autocollant sur une carte en plastique à glisser dans l’appareil; et voilà, c’était prêt! Ne restait plus qu’aux agents de sécurité à passer au détecteur véhicules et lieux suspects.


Une vingtaine d’Etats bernés
Fabriqués pour 250 dollars, l’appareil et tout son attirail sont revendus 5000 dollars l’unité. La marge est énorme, la supercherie puérile. Le marketing est difficile au début. En Roumanie, pour justifier l’inefficacité de son appareil dans un camion rempli de drogues, McCormick explique que la présence de substances dans le sang de chauffeurs routiers a faussé les résultats. A la police montée du Canada qui exprime les mêmes réserves, l’homme d’affaires a juste rétorqué que son appareil fonctionnait. McCormick explique à ses interlocuteurs que son entreprise compte quatre laboratoires au Royaume-Uni et deux en Roumanie ultra-protégés qui travaillent dans le plus grand secret. Le mensonge est tellement gros qu’il passe.
D’autant que les appareils coûtent entre 5000 et 40000 dollars pour les modèles les plus sophistiqués. D’après le matériel promotionnel qui accompagnait l’ADE 651 - dernier modèle en date - le système était si efficace que l’appareil pouvait détecter des corps humains, des billets de banque et de l’ivoire, et que la détection pouvait se faire à des distances allant jusqu’à 1000 mètres, cela même si la substance était protégée par du béton ou des parois de plomb. A partir d’un avion, la portée montait à 5000 mètres et n’était que de 30 mètres sous l’eau. Un appareil de rêve qui attise l’appétit de plusieurs pays. L’Afghanistan, l’Algérie, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, le Bangladesh, la Chine, les Emirats arabes unis, la Géorgie, l’Inde, l’Iran, le Kenya, le Liban, le Mexique, le Niger, le Qatar, la Roumanie, la Syrie, la Thaïlande, la Tunisie et le Viêtnam ont notamment acheté ces appareils. Certaines machines auraient même fini aux Etats-Unis, au Canada, au Japon et en Belgique. Ce sont donc dans les pays les plus instables du monde que McCormick a pu vendre son matériel. Mais la principale victime de cette supercherie est sans doute l’Irak. Bagdad l’apogée, Bagdad la chute.  

L’eldorado puis la fin
L’ADE 651 a rapporté une fortune à James McCormick. Avec des détecteurs qu’il vendait jusqu’à 6000 dollars l’unité, on estime qu’il a amassé des sommes de l’ordre de 85 millions de dollars. En Irak, son plus gros client, uniquement entre 2008 et 2010, James McCormick a vendu 6000 détecteurs, pour un total de 40 millions de dollars. En tout, l’Irak aura payé à ATSC 85 millions de dollars. Les forces de sécurité, postées aux points de contrôle, ont été équipées de ces détecteurs pour empêcher les attentats suicide et les attaques à la voiture piégée. C’est alors la belle vie qui commence. Il achète pour sa fille des chevaux de dressage. Il roule en Porsche Cayenne. A Bath, il acquiert la maison de l’acteur Nicolas Cage, pour plus de cinq millions d’euros. Dans la campagne verte de l’ouest de l’Angleterre, il se paye une ferme près du charmant village de Taunton, pour près de deux millions d’euros, où il réside. Sans compter une villa à Chypre, une autre en Floride et un yacht, le Sunseeker. Mais le vent va tourner.
En 2009, après une sérieuse résurgence des attentats en Irak et à Bagdad plus précisément, les armées américaine et britannique s’interrogent sur l’efficacité des ADE. Des experts scannent l’appareil aux rayons X et découvrent l’impensable supercherie. Cette même année, un informateur anonyme, qui a travaillé pour James McCormick, raconte à la BBC que lorsqu’il avait mis en doute la fiabilité des ADE, son patron lui avait rétorqué que les engins «font exactement ce qu’ils sont censés faire, c’est-à-dire rapporter de l’argent». L’étau se resserre. Toujours en 2009, l’inspecteur général du ministère de l’Intérieur irakien, Akil el-Turehi, a ouvert une enquête. Dix à quinze hauts responsables du pays auraient touché des pots-de-vin pour acquérir des milliers d’exemplaires de l’appareil miraculeux de James McCormick. Trois sont aujourd’hui sous les verrous, dont l’ex-responsable des démineurs de Bagdad, le général Jihad el-Jabari.
Les autorités britanniques sont saisies de l’affaire. Désormais, la police britannique cherche à confisquer sa fortune. Elle a déjà gelé près de 25 millions de dollars, mais estime qu’une somme équivalente aurait été blanchie via Chypre, le Belize et Beyrouth.

Julien Abi Ramia
 

Le versant libanais de l’affaire
Ces gardiens de parking ou agents de sécurité postés à l’entrée de lieux sensibles qui sondaient les voitures ont donc utilisé un jouet totalement inefficace. Dans notre pays, plusieurs sociétés de sécurité privée se sont fait berner par ATSC. Hôtels, magasins et autres lieux ont longtemps utilisé l’ADE. L’une d’entre elles était même l’un des revendeurs de l’appareil. Sur son site Internet, la société basée à Baabda explique même que l’ADE fonctionne sur le principe de la résonance magnétique nucléaire. Même l’Armée libanaise a été prise au piège. Finalement, ce sont les experts de la Finul qui, après avoir testé l’appareil, ont donné l’alerte aux autorités du pays, puis au niveau international.

 

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Éditorial
Il ne reste que le rêve… et encore!

Alors que les magouilles gangrènent les institutions du pays, que le chômage bat son plein et que les citoyens, livrés à la loi de la jungle, souffrent d’une absence totale de protection, le Liban perd au fil des ans l’énergie de sa jeunesse. Jamais mieux qu’aujourd’hui, ne s’est appliquée au Liban, la célèbre formule de Georges Clemenceau: «Le pouvoir est tombé si bas qu’il faut se baisser pour le ramasser». Il fut une époque, très courte aux yeux de l’Histoire, où la jeunesse du pays, formée dans les grandes universités, que tous nos voisins nous envient, ne rêvait que de servir et de promouvoir le Liban, modèle de modernité, de démocratie et de liberté, pas seulement dans la région. Qu’en reste-t-il? Un pays qui s’apprête, quelque trente ans après la fin de la guerre civile pour les uns, et la guerre des autres pour certains, à rééditer la dramatique expérience. S’impliquer dans la crise syrienne, et encore plus dans son conflit probable avec Israël, est-ce dans nos cordes? En a-t-on les moyens? Au milieu de ce sombre tableau, nos universitaires, quelle que soit leur formation, privent, à leur corps défendant, le pays de leur savoir-faire et s’exilent vers des horizons plus cléments. Pendant que le Liban se vide de son sang jeune et de ses forces vives, ses dirigeants se disputent un siège place de l’Etoile ou un fauteuil confortable au Sérail. La question que les citoyens, ignorés par leurs représentants tant que les élections ne se dessinent pas à l’horizon, est celle de savoir à quoi sert un gouvernement dont l’inexistence passe pratiquement inaperçue ou ce Parlement, dont les réunions se font extrêmement rares, alors que ses tiroirs craquent sous les liasses de documents, jaunis à force d’attendre et très probablement devenus caducs. Dans cet abîme constitutionnel, où seuls les échos sifflent, les affaires aventureuses se multiplient. La dernière en date est celle du bateau promis à grands coups de déclarations outrageusement optimistes, après quelques décennies de rationnement électrique et même d’obscurité totale dans certaines régions oubliées. Lancée officiellement, par une publicité tapageuse et des panneaux prometteurs, la «barque turque», Fatmagül Sultan, nous promettait, «immense performance», deux heures de courant de plus dans tout le pays. Mais elle vécut ce que vivent les roses laissant derrière elle des relents sulfureux de négligence ou de scandale… l’avenir le dira peut-être. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que les armes se sont tues dans le pays, mais la lumière des bougies, qui n’ont rien des romantiques chandelles, n’a toujours pas disparu dans de très nombreux foyers. En parallèle, les tours luxueuses jalonnent les rues et montent toujours plus haut, les boutiques offrant les collections les plus huppées remplissent les quartiers et les restaurants aux menus gastronomiques par excellence, pullulent pour le plaisir d’une minorité nantie. Mais tout cela paraît factice et, pour une affaire qui connaît le succès, combien ne sont-elles pas forcées de baisser leur rideau aussitôt levé. Le chaos que connaît le Liban, depuis si longtemps, fait la richesse d’autres pays de la région. La Syrie, elle, avait connu ses beaux jours et son développement dès les premières années de notre guerre. Elle n’a pas su, elle non plus, sauvegarder ses acquis. Il n’en reste pas moins que le Libanais, optimiste invétéré, retrouve son rêve au moindre signe de détente. Ainsi, nous avons assisté aux retrouvailles des «cousins ennemis»: Sleiman Frangié à Bikfaya à l’invitation de Sami Gemayel, le Courant patriotique libre, représenté par le ministre démissionnaire Gebran Bassil, prendre la route de Maarab et les émissaires de Walid Joumblatt chez Nabih Berry, comme l’ancien vice-président de la Chambre à Aïn el Tiné. Le tout ponctué de quelques informations, diffusées sans, peut-être, beaucoup de conviction, annonçant un gouvernement dans les prochains jours… Et voilà que l’espoir renaît, que la vie s’annonce plus belle, à la lueur de la détermination affirmée du Premier ministre désigné et du président de la République. Il n’en reste pas moins que les jeunes exilés, partis vers d’autres horizons donner la preuve de leurs capacités et de leurs compétences, ne sont pas encore près de rentrer au bercail.


 Mouna Béchara
   

Santé

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