Père Joseph Mouannès. Un moine fier et rebelle
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Nº 2907 du vendredi 26 juillet 2013

Père Joseph Mouannès. Un moine fier et rebelle

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    Père Joseph Mouannès. Un moine fier et rebelle
    Epris de justice sociale, de valeurs humaines et spirituelles, il est qualifié de moine rebelle. Fier d’appartenir à l’Ordre libanais maronite, «ces grands théologiens paysans», il se décrit comme l’un...
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Epris de justice sociale, de valeurs humaines et spirituelles, il est qualifié de moine rebelle. Fier d’appartenir à l’Ordre libanais maronite, «ces grands théologiens paysans», il se décrit comme l’un des rares «dinosaures» qui restent. Sa foi, son savoir et sa vaste culture lui confèrent la sagesse de ceux qui ont compris les grandes questions existentielles. Portrait du père Joseph Mouannès.

C’est à Chbaniyé, village tranquille du Mont-Liban, que le père Joseph Mouannès est né. Son enfance est dominée par la nature. «J’ai été influencé par la belle nature, par les sapins couverts de neige en hiver, dont le vent faisait craquer les branches et par les rivières qui devenaient rouges». Il fut également marqué par l’emplacement de sa maison qui donnait sur l’église et sur les caveaux du village. «J’assistais au passage des morts et des mariés». Il se souvient encore des femmes qui se rendaient à l’église la tête protégée par un voile, comme de la vigne, des moissons et des quatre saisons qui passaient sur Chbaniyé. «A Noël, nous sortions dans le froid sur la place du village et nous dormions sur la neige pour que Jésus ne perde pas la route. A Pâques, on cueillait les plus belles fleurs pour Jésus». En 1957, alors qu’il est tout jeune, il est choisi pour incarner le rôle de saint Charbel dans un film cinématographique. «Je fus bouleversé par la vie de saint Charbel», dit-il.
Depuis sa plus tendre enfance, il est tourmenté par les questions existentielles et par tout ce qui est passager. Inlassablement, la même question lui revient toujours à l’esprit: «Que reste-t-il puisque tout passe, les êtres et la vie?». Et puis un jour, la réponse s’impose d’elle-même. «Il y a un seul constat stable et c’est Jésus-Christ. C’est le seul qui reste, c’est Lui le fidèle éternel. J’ai cherché cette fidélité historique entre l’existentialisme de Jean-Paul Sartre et le personnalisme d’Emmanuel Mounier», confie le père Mouannès. Il estime que Jésus-Christ nous a aimés gratuitement, qu’il est mort par amour pour nous, pour nous sauver et nous donner la vie éternelle. «C’est Lui qui a voulu que je devienne un enfant de Dieu. Je voulais un service gratuit et il n’y avait pas d’autre choix que la vie monastique».

Influencé par les mystiques
Il est influencé par la pensée des grands mystiques chrétiens et arabo-musulmans tels Thérèse d’Avila, Jean de La Croix, Jalaleddine el-Roumi, Al-Hallaj et bien d’autres. On ne peut que s’incliner devant l’étendue de la
culture et du savoir impressionnants du père Mouannès, que son humilité rend encore plus éclatants. Albert Camus, saint Augustin, les grandes figures de la pensée grecque et chrétienne. Avec une grande modestie il dit: «Je suis une machine
à lire. Je ne parle que de ce que j’ai lu. Nous sommes la dernière génération à avoir lu et étudié le latin». La vie monastique est pour lui «une expérience terrible où l’on vous plie à l’obéissance. C’est une vie difficile où tout tourne autour de la prière et du travail de la terre. Dans la nuit nous allions planter. Après la prière du crépuscule, nous récitions celle du soir jusqu’à minuit et nous faisions des génuflexions».
Il intègre le couvent de Ghosta puis entreprend des études à Kaslik, où il obtient une licence en théologie et philosophie, avant de se rendre en France, en particulier à Strasbourg, où il obtient un doctorat en anthropologie, qui était alors une science nouvelle. Sa thèse porte sur les éléments structuraux de la personnalité libanaise, un sujet traité pour la première fois. Depuis 44 ans, il enseigne à l’Usek.
Il fut le recteur de l’université de 1998 à 2001 et l’un des principaux fondateurs de quelques facultés de l’Usek telles que les beaux-arts, la médecine, le génie électronique. Son désir d’un retour à la nature et à la terre le pousse également à fonder la faculté d’agriculture. Il s’est violemment opposé à la vente de l’Usek, ce qui lui a valu la qualification du «moine rebelle».
A son actif également, 32 pièces écrites et réalisées par lui pour la télévision. «Jusqu’à présent, j’anime des émissions sur Télé-Lumière. Je reçois des gens qui exposent leurs témoignages de vie, des jeunes, des vieux, des chrétiens, des musulmans, des philosophes, des gens de tout bord. J’écris également des chants liturgiques. Ces chants restent. Ils portent un message et ont une connotation biblique, théologique et existentielle», confie père Mouannès. Il lui arrive également de signer de temps à autre des articles dans la presse. Attaché à la justice sociale, le père Joseph Mouannès s’estime plongé dans la pensée des pères de l’Eglise, de la justice sociale dont le pape François ne fait que parler: la dignité humaine et les valeurs spirituelles. «J’avais le choix entre le capital de Marx et le progrès des peuples de Léon XIII», dit-il.

Etre ou ne pas être
Directement engagé dans la crise du Liban, pour lui le problème était d’être ou de ne pas être. «Nous sommes revenus aux pères de l’Eglise, aux grands théologiens tels que Tertullien. L’engagement du pape Jean-Paul II nous a donné du souffle. Il disait: Je viens d’un pays qui a été rasé de la géographie et qui n’est retourné à son existence que par sa culture». Pour lui, tout est dans la culture. «Athènes, Beyrouth, Paris, Rome c’est la culture. Etre cultivé ne veut pas dire être informé mais avoir une richesse intérieure de sainteté, de visions théologiques et de valeurs spirituelles».
Le milieu mixte, comme il dit, duquel il vient a favorisé chez lui cette ouverture et cette connaissance de l’autre. «Je connais le druze et je suis attiré par le orfan druze, l’iconostase orthodoxe, le chant byzantin, la tragédie arménienne, le doute protestant et je suis hanté par le doute, la simplicité et la grandeur maronite». D’ailleurs, à chaque fête d’Achoura, célébrée par la communauté chiite, le père Mouannès est convié en tant qu’orateur dans différentes husseiniyés, lieux de culte chiites. «Il faut donner à la mort le sens de la résurrection», dit-il. 

  Pas de crainte pour les chrétiens
Rien ne dure jamais, selon le père Mouannès. Il cite plusieurs exemples dans ce sens et parle de la crise des Dominicains qui, malgré le départ de 5 000 moines, ont poursuivi leur mission. «La Russie a eu 42 millions de morts, Marx est tombé mais la mère Russie est restée». Face à tous les événements qui secouent la région, le père Mouannès garde cette sérénité qui lui est si particulière et reprend les propos de Friedrich Hegel: «Viendra un jour où le bavardage cesse devant le sérieux de l’Histoire». Il souligne que le Liban a connu des périodes encore plus difficiles et 400 ans d’occupation ottomane. «Nous avons vécu des vers et des mûres et malgré cela nous avons habillé les femmes de Vienne avec de la soie du Liban». Le Pays du Cèdre est consacré au cœur de Marie et celle-ci le protège. «Malgré l’univers ténébreux des Fatwa où le complexe du sexe envahit les prédicateurs qui ne voient que celui-ci, il y a encore beaucoup de gens éclairés au Liban et dans le monde arabe. J’aurai peur le jour où la raison disparaîtra. Après les nuits les plus ténébreuses, l’aurore se lève et la lumière surgit. Comme dit Roger Garaudy, personne ne peut falsifier l’histoire».

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-Archives

Ce qu’il en pense
Le mariage civil: «Je suis pour le mariage civil surtout pour ceux qui ne croient pas au sacrement du mariage. Le chrétien qui se marie civilement doit bénir son union à l’église et vivre l’amour, la fidélité à l’autre et à la famille».
Social Networking: «C’est l’éclosion de la technologie, mais cela ne peut pas durer. Cela ne suffit pas. L’être humain a besoin d’une vie intérieure et celle-ci se trouve dans la prière, le silence et la méditation».
Sa devise: «Toutes les ténèbres du monde ne peuvent pas éteindre la lumière d’une seule bougie. Vous êtes les enfants du tombeau vide de la Résurrection. Rien ne peut vaincre la force de l’esprit, de la joie et du 
changement. Je suis heureux d’être un homme sauvé par Jésus-Christ».

Savant comme un maronite
Le père Joseph Mouannès est fier d’appartenir à l’Ordre libanais maronite. «On dit des évêques maronites que leurs croix sont de bois et leurs cœurs sont de l’or. On utilise également l’expression savant comme un maronite», souligne-t-il. Les maronites sont un peuple fondateur. «Après l’invasion musulmane de Byzance, les maronites sont restés au Liban et ont fondé le patriarcat. Ce sont eux qui ont instauré l’enseignement de la femme en 1736, bien des années avant la révolution française. Quand l’Orient était dans les ténèbres, les moines de Saint-Antoine Kozhayya ont amené l’imprimerie au Liban et ont contribué à la renaissance arabe. L’école sous le chêne a été fondée par les maronites». Les saints et bienheureux, (Saint Charbel, sainte Rafka, saint Neemtellah Hardini) que compte la communauté maronite, remplissent le père Mouannès de fierté et lui font dire «Nous sommes un peuple saint».

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Éditorial
Responsables et coupables

Dans quel pays vivons-nous? Celui que nos livres d’histoire font remonter à 6000 ans de civilisation? Celui qui fut le berceau de la première faculté de droit dont il ne reste que des vestiges profondément enfouis sous le sol de ce que fut Béryte? Celui dont les fils ont acquis leur indépendance au fil des ans et au prix de leurs vies? Celui dont ne témoignent plus que les mausolées que l’on se contente d’honorer tous les 22 novembre en y déposant une couronne de fleurs? Hélas, de tout cela il ne reste quasiment que des crimes crapuleux, des meurtres politiques, des actes de terrorisme et un sentiment d’impuissance devant une violence et une barbarie inouïes. Chaque jour apporte son lot de scènes, dignes des pires films d’horreur. Les vols classiques, ou à l’arraché, sont le lot quotidien des citoyens qui se les racontent, comme de simples faits divers banalisés du fait de leur fréquence. Entre-temps, des jeunes, à peine sortis de l’adolescence, sillonnent les routes tout au long des nuits, sont agressés violemment, dépouillés de leur voiture et de leur argent sans que nul ne réagisse. Des actes de terrorisme font autant de victimes au Nord qu’au Sud, afin que nul ne soit épargné. Tout cela dans un pays dont l’économie s’effondre, dont le pouvoir d’achat disparaît de jour en jour, dont les frontières sont ouvertes à tous les vents. Et pour couronner le tout, le crime odieux perpétré contre Rabih Ahmad, le sunnite qui a commis la faute impardonnable de porter les yeux sur Roudaïna Malaeb la druze et de l’épouser. Fiction ou réalité? Film d’horreur que le scénariste à l’esprit le plus tordu ne peut avoir imaginé. Cet homme dont l’avenir est détruit, suicidaire s’il en est, ne demande que justice. Il rejette toute forme de vengeance que ses proches jurent de prendre, et s’en remet courageusement à la justice de l’Etat. Mais celle-ci répondra-t-elle à son espoir? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Rêver d’un Etat de droit au sein duquel le citoyen est défendu et protégé. Ce dossier, comme celui de l’assassinat de Roula Yaacoub, n’ira-t-il pas rejoindre les centaines, pour ne pas dire les milliers d’autres, bouffés par les mites dans les tiroirs du Parlement et dont seuls se souviennent les victimes et les ayants droit. Combien de Roula Yaacoub, frappées à mort par leurs maris, leurs pères ou leurs frères ont-elles succombé aux coups violents des hommes sous les yeux des enfants? Combien sont-elles à garder le silence, honteuses de ce qu’elles ont subi ou conscientes de ne pas obtenir justice? Ces deux cas, apparemment isolés, ne le sont pas. Si dans le premier cas le mobile dénoncé est confessionnel et dans le second une atteinte pure et simple à la femme, combien d’affaires du même type restent secrètes ou en tout cas impunies, comme pourrait être le cas de l’assassin présumé d’une mère de famille rouée de coups sous les yeux de ses enfants? Quel avenir pour ces derniers et pour tant d’autres comme eux? Combien de plaintes restées sans suite pour des raisons politiques ou confessionnelles? Combien faut-il encore de Roula Yaacoub pour que les représentants du peuple, devenus leurs propres maîtres, confortablement installés dans un hémicycle de luxe, endormis sous les dorures de la coupole, retrouvent un zeste de sens des responsabilités et se penchent sur l’élaboration d’une loi qui protège les femmes contre les violences domestiques? Mais qu’attendre d’un Etat qui ignore sa Constitution dans toutes ses clauses, dont même la plus haute autorité juridique est aux abonnés absents quand cela lui convient? Où en est le temps où un général, président de la République, renvoyait sans cesse au «Livre»? Nos élus, certes, ont d’autres soucis et d’autres chats à fouetter. Ils sont fatigués d’avoir à défendre leurs droits, à prolonger leurs mandats, à assurer leur propre protection. Ceci étant, ils peuvent prendre des vacances tant méritées. Le dialogue préconisé par le chef de l’Etat, un dialogue aux résultats fort improbables, peut attendre. Où est l’urgence dans un pays qui va à vau- l’eau, livré à tous les requins environnants? Qui est responsable de ces dérives? N’est-ce pas les discours démagogiques dont les auteurs ne réalisent peut-être pas la portée?


 Mouna Béchara
   

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