Père Camille Moubarak. «Le Liban, un wakf de Dieu»
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Nº 2974 du vendredi 7 novembre 2014

Père Camille Moubarak. «Le Liban, un wakf de Dieu»

 
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    Père Camille Moubarak. «Le Liban, un wakf de Dieu»
    Il a attendu d’avoir 33 ans pour répondre à l’appel de Dieu. Une vocation tardive? Plutôt une réponse arrivée tard. C’est ainsi que le père Camille Moubarak explique sa vocation...
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Il a attendu d’avoir 33 ans pour répondre à l’appel de Dieu. Une vocation tardive? Plutôt une réponse arrivée tard. C’est ainsi que le père Camille Moubarak explique sa vocation tardive. Doté d’une grande sagesse, d’une vision claire et d’une foi inébranlable, il occupe la fonction de recteur de l’Université La Sagesse. Portrait d’un grand sage.


Il est né dans une maison de prières, dans une famille de dix enfants, cinq filles et cinq garçons, dont cinq ont consacré leur vie au service de Dieu. Un prêtre et quatre religieuses sont issus de la famille Moubarak, qui porte si bien son nom. «Nous avons vécu dans une maison de prières, dans une famille totalement engagée dans la foi. Jamais nos parents ne nous demandaient d’aller prier. Ils nous disaient prions ensemble», confie le père Moubarak. Chaque nuit, sans exception, toute la famille récitait le chapelet et disait des prières à genoux. «J’étais le seul dispensé de me mettre à genoux, car j’étais le plus jeune».
Il a dans le cœur la nostalgie et la tendresse du carillon des clochers des églises et des voix mélodieuses qui interprètent les chants religieux. «Lorsque j’entends ces mélodies, mes larmes coulent. Pour moi, c’est cela avoir la vocation». Certains disent qu’il a eu une vocation tardive. Il déclare simplement que la réponse est venue tardivement. «J’avais 33 ans et je menais une vie normale. J’étais actif dans le social». Pour lui, la vocation naît avec la personne. «Dieu nous appelle toujours. Il est tout le temps online, au bout du fil. C’est nous qui raccrochons». En parlant de sa vocation, le père Moubarak est saisi d’émotion et ses larmes témoignent de sa sincérité et de l’immensité de sa foi.
Au début de la guerre, le père Camille Moubarak est professeur de littérature au collège des Jésuites à Jamhour et au Collège protestant. «Avec les événements et donc la fermeture des écoles, j’ai quitté pour l’Argentine où il y a beaucoup de Libanais. J’ai eu une vie facile. Je ne travaillais pas et je passais mon temps à m’amuser». Après une année passée à l’étranger, il a eu le sentiment qu’il ne fallait plus tarder. Il rentre au Liban et étudie la théologie à l’Usek pendant cinq ans. Fait exceptionnel, avant la fin de ses études et avant de présenter l’examen final, il entre dans les ordres. «C’est ainsi que j’ai commencé mon parcours sacerdotal que je poursuis». Supérieur de l’école La Sagesse à Beyrouth, il est ensuite doyen de la faculté des sciences politiques de l’Université La Sagesse à Jdeidé et, actuellement, recteur de l’université.
Egalement écrivain, le père Camille Moubarak a, à son actif, dix-huit ouvrages: des recueils de poèmes ou de prose, sur la théologie, la politique, l’anthropologie, ainsi que des maximes et des pensées en français, arabe et espagnol. Cet érudit a une grande connaissance des langues modernes et anciennes: le français, l’arabe, l’espagnol, l’anglais, l’italien, ainsi que le syriaque, l’hébreu de la Bible et le grec. Homme médiatique, il a réalisé plus de 109 épisodes pour la télévision sur plusieurs sujets. «La presse, dit-il, est une nécessité pour connaître la vérité quoiqu’elle soit le plus souvent utilisée pour cacher celle-ci».
«Si on rend à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, que reste-t-il aux gens? Rien. C’est pour cela qu’il faut donner à Dieu son cœur et sa raison, à César les taxes et aux gens la vérité», souligne le père Moubarak. Le pape Jean-Paul II, devenu saint, disait que toute personne qui veut s’occuper de la chose publique doit avoir trois qualités: le savoir, l’expérience et l’éthique. «Si on enlève une seule de ces qualités, tout tombe. Le rôle de l’homme de religion est d’axer sur l’aspect moral lorsqu’il s’intéresse à la chose publique». La bonne gestion de la chose publique se reflète dans la manière de la gérer. «Il faut que l’individu et la collectivité ressentent qu’ils sont aujourd’hui meilleurs qu’hier et que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Personne dans cette nation n’a ce sentiment et surtout pas ceux qui pillent ce pays. S’ils avaient ce sentiment, ils n’auraient pas agi ainsi».
Très actif sur les réseaux sociaux, le père Moubarak estime que, comme toute chose, ils peuvent aussi bien être utilisés pour le bien que pour le mal. «Ce sont de bons instruments pour les gens biens et mauvais pour les gens mauvais. Après avoir dépassé les 5 000 amis sur mon compte Facebook, j’ai créé une page que j’ai appelée Père Camille Moubarak-Faithlook. J’ai été surpris par le nombre d’adhérents, toutes religions confondues, qui sont dans une grande majorité des jeunes de 17 à 25 ans. Lorsqu’on est suivi par un nombre aussi important de personnes, on devient responsable de chaque mot que l’on écrit. Il faut toujours apporter quelque chose de nouveau, ne pas se répéter ou plagier». Il estime que plus vous recevez de Dieu, plus votre responsabilité est grande. Les coups bas, la traîtrise ne l’impressionnent pas. «Celui qui vous poignarde dans le dos ne vous fera pas de mal, car il reste derrière vous». Sa devise? «Mieux vaut aider les gens que d’être aidés par eux». Lorsqu’on l’interroge sur ses loisirs, il répond ne pas en avoir. «Ma vie est en elle-même un loisir, car j’aime ce que je fais. Quand on aime ce que l’on fait, on est heureux. Jamais je ne me sens obligé de faire quoi que ce soit. Tout ce que je fais c’est de bon gré, sinon je ne le fais pas. Mais j’ai besoin d’être seul de temps à autre», avant de rectifier avec un sourire: «Disons pas totalement seul, mais avec moi-même».

 

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR

Aucune crainte pour les chrétiens
«Je n’ai aucune crainte pour les chrétiens. Au contraire, j’ai peur pour le destin des musulmans qui vont se détruire définitivement». Le père Moubarak cite à titre d’exemple qu’au cours du mois du Ramadan, 11 000 musulmans contre 141 chrétiens ont été tués. «A ce train-là, ils disparaîtront avant nous». Sa confiance dans l’avenir des chrétiens, le père Moubarak ne la tire pas d’une quelconque analyse politique, mais de la Bible. «Le Liban est le wakf de Dieu. Dieu le dit lui-même à Moïse dans l’Exode lorsque celui-ci regarde le Liban du coin de son œil et interroge Dieu sur son sort: cette montagne est un wakf qui m’appartient. Ni toi ni tous ceux qui viendront après toi n’y mettront les pieds! D’ailleurs, les cèdres sont appelés les cèdres de Dieu. Toutes nos montagnes ont donné naissance à plusieurs saints. Pourquoi devrais-je avoir peur?». Selon le père Moubarak, tout ce qui se passe dans cette région du monde est l’œuvre des destructeurs. «Pour les destructeurs, les gens et les biens n’ont aucune valeur. Ils servent leurs buts et leurs intérêts tout simplement. Et leur but est la destruction et celle-ci vient de l’anarchie qui quand elle sévit fait triompher le mal. Quand l’anarchie est partout, le mal s’exerce sur le maillon faible, en l’occurrence les minorités dans cet Orient. Mais ceci ne veut pas dire que la majorité n’a pas son lot. Les victimes appartiennent à toutes les communautés». Aujourd’hui, c’est l’Etat qui est en train d’être détruit. «Qui en profite? Ce ne sont pas ces Etats, ni leurs peuples, même si ceux-là veulent la liberté. Qui a dit que la liberté sied à ces peuples? Preuve en est, à peine l’ont-ils obtenue, voyez ce qui se passe. C’est l’anarchie, pas la liberté. Ce qu’il y a de plus laid chez ceux qui recherchaient cette prétendue liberté, c’est qu’ils emploient les mêmes procédés utilisés par les tyrans dont ils voulaient se libérer».


Un président fort de la Constitution
Dans la tourmente qui secoue le Moyen-Orient, le père Moubarak estime que nous sommes concernés par ce qui se passe dans la région, mais qu’il nous faut s’occuper d’abord de la situation au Liban. «Depuis des décennies, aucun président n’a été élu à l’échéance présidentielle ou a pris ses fonctions à temps. Amine Gemayel, René Mouawad, Emile Lahoud, Michel Sleiman et, maintenant, nous sommes toujours sans chef d’Etat. C’est bizarre, alors que nous sommes le seul pays démocratique de la région. Il faut ramener la démocratie au Liban et ceci commence par des élections législatives permettant à chaque citoyen de participer en toute liberté, conformément à une loi qui garantit celle-ci, sans livrer le sort du pays à quatre ou cinq personnes. Le Liban est sans arbitre et c’est cela l’erreur de Taëf qui a été conclu, alors que l’arbitre était hors du pays. Aucune nation ne peut survivre avec trois têtes. On se dispute autour de l’idée d’un président de la République fort ou non, alors qu’il devrait trouver sa force dans la Constitution et non en lui-même. Si la Constitution a dépouillé le président de sa force, il faut un chef d’Etat qui tire sa force d’une autre source. Si celle-ci lui donne des  pouvoirs, on pourrait alors élire n’importe quel président qui en tirerait sa force. Nous avons besoin aujourd’hui d’un président qui puise sa force à trois sources: le peuple, un bloc parlementaire et un bloc ministériel». Revenant au passé, il considère qu’aucun président libanais n’a été élu uniquement par les Libanais, à part Sleiman Frangié, élu à la majorité plus un. «Les ingérences étrangères ont toujours existé, mais elles se faisaient sous la table. Aujourd’hui, la carte du président est sur la table, entre les mains de l’Iran et de l’Arabie saoudite. S’ils se mettent d’accord, nous aurons un président».

 

 

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Éditorial
Tous coupables.Tous récidivistes

Tandis que l’Armée libanaise poursuit son combat contre vents et marées, avec des équipements de fortune, en attendant que se concrétisent les promesses franco-saoudiennes en cours. Que les soldats sont toujours otages et que certains ont été décapités et d’autres toujours menacés d’exécution. Que les hommages aux martyrs décorés à titre posthume se multiplient dans les régions. Une classe politique vieillissante offre à l’opinion publique toutes les raisons d’une déprime. Mais les Libanais oublient au passage leur propre responsabilité dans ce climat délétère qui règne dans le pays. Pouvons-nous occulter notre propre culpabilité dans le choix inconsidéré de ceux que nous portons, depuis des décennies avec souvent désinvolture et parfois intérêt aveugle, sous la coupole de la Place de l’Etoile, haut lieu sacré où sont censés se dessiner nos destins? Où des projets de loi annoncés à grand fracas, par ceux qui cherchent à justifier uniquement leurs fabuleux émoluments, ne sont que des sujets de communication distillés à l’information et, qui de toute façon, ignorent sans vergogne les intérêts des citoyens, des contribuables et, surtout, des moins nantis de la République. Le patriarche maronite, en tournée pastorale, exprime sa colère à chacune des étapes de son périple. Il accuse sans distinction toute la caste politique et lance des anathèmes contre tous. Généralisant les cibles de ses critiques, et ne ménageant personne, Mgr Béchara Raï ne manque pas d’irriter ceux qui sont visés sans être concernés. Chaque semaine, et même chaque jour, apporte son lot d’événements et, comme le dit un éditorialiste français chevronné, une pitance aux journalistes en quête de nouveaux sujets. Notre pitance nationale est, hélas, pourrie au point qu’elle nourrit en nous le sentiment que plus rien ne peut nous révolter, que nous avons subi tous les avatars et que rien ne nous surprend plus. Pendant que l’Ukraine, soumise à de violentes agressions russes, élit ses nouveaux dirigeants, que l’Egypte encore en pleine crise a élu son président, que la Tunisie s’apprête à en faire de même et que les Syriens bombardés sans merci ont «plébiscité», envers et contre tout et tous, leur chef d’Etat, les couloirs et les bureaux du palais de Baabda continuent à laisser souffler le vent dans les couloirs et les bureaux vides, que les législatives ne sont plus qu’un sujet de conflit de plus et que toutes les institutions de l’Etat vont à vau-l’eau. Entre-temps, des épées de Damoclès sont brandies au-dessus de la classe la plus faible de la société. Ainsi va le Liban, «pays de la démocratie, berceau de la première université de droit et celui de la liberté, jadis vanté pour la joie de vivre de ses nationaux et de ses visiteurs». Véritables patrons des parlementaires, auxquels ils ont confié les rênes du pays, les Libanais contestent dans la rue la reconduction du mandat qu’ils leur ont donné, il y a quatre ans, et qui leur coûte si cher. Que pourraient-ils y gagner? L’exemple est venu de la jeunesse universitaire, celle de l’USJ, qui s’est rebellée contre la décision de la direction d’annuler cette année des élections pour cause d’insécurité. Ils ont réagi, toutes appartenances politiques et communautaires confondues, pour réclamer leur droit à pratiquer la démocratie que rien, disent-ils haut et fort, ne pourrait ébranler. Enfin, le paradoxe d’un pays menacé par les nouveaux terroristes où al-Qaïda a cédé la place à Daech et al-Nosra, qui font aujourd’hui trembler l’Orient mais aussi l’Occident, a réussi à organiser avec succès l’événement culturel le plus attendu de l’année: le Salon du livre qui a reçu des visiteurs français et francophones libanais et étrangers. Tel est, encore une fois, le miracle d’un petit pays aux multiples facettes et, surtout, à l’étrange force de résilience permanente d’un peuple auquel aucune facilité de vie n’est offerte, mais où les difficultés sont atténuées par l’ambiance que crée, en dépit de tout, la bienveillance des individus.


 Mouna Béchara
   

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