Beirut Art Fair. Quatre petits jours et puis s’en va
Logo

Nº 2916 du vendredi 27 septembre 2013

Beirut Art Fair. Quatre petits jours et puis s’en va

 
  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Beirut Art Fair. Quatre petits jours et puis s’en va
    Du 19 au 22 septembre dernier, la 4e édition de la très attendue Beirut Art Fair s’est tenue au Biel, dans le centre-ville de Beyrouth. Un rendez-vous artistique qui a...
  •  
Notez cet article
(5 votes)
A- A+

Du 19 au 22 septembre dernier, la 4e édition de la très attendue Beirut Art Fair s’est tenue au Biel, dans le centre-ville de Beyrouth. Un rendez-vous artistique qui a su se rendre incontournable depuis sa création.
 

Dans les allées du Biel, le 19 septembre dernier, on s’y perdait presque. Un véritable labyrinthe de 3 000 œuvres d’art proposées par quarante-six galeries de quatorze pays différents. Pour l’inauguration, difficile de se frayer un chemin, le «Tout-Beyrouth» s’étant donné rendez-vous ici même. Collectionneurs ou amateurs d’art, galeristes ou artistes, mondains et journalistes, tous étaient là.
Pour la première fois, la manifestation était placée sous le haut patronage du président de la République libanaise, le général Michel Sleiman. Dire l’importance que revêt aujourd’hui au niveau national cet événement artistique initié par Laure d’Hauteville.
Comme son nom l’indique, la Beirut Art Fair est une foire où on négocie, vend et achète, mais c’est surtout l’une des plus grandes expositions artistiques, si ce n’est la plus grande au Liban, qui s’étend sur près de 4 000 mètres carrés en intérieur. Car cette année, les murs du Biel n’ont pas suffi pour contenir une fougue artistique intenable voulant embrasser la capitale. Ainsi, l’organisme Cedralys, en coopération avec Solidere et la municipalité de Beyrouth, a mis en place la première édition du Beirut Art Week, exposant du 17 au 24 septembre dernier vingt-cinq sculptures, toiles ou installations dans les ruelles du centre-ville de la capitale.
Côté Biel, au cours de quatre petits jours, sculptures, designs, installations, photographies, peintures, performances et conférences étaient au programme. Alors qu’on entre dans la foire, l’artiste libanais Jean-Marc Nahas s’occupe à donner vie à une fresque murale de sept mètres de long. Et gare à ceux qui lui demanderaient ce qu’il compte dessiner… il dessine voilà tout! Emporté par la foule, c’est un tourbillon de talents, de courants culturels et de styles artistiques qu’il nous est offert de découvrir. Les visiteurs passent des toiles prestigieuses des plus renommés Elie Kanaan ou Paul Guiragossian à celles de la nouvelle génération libanaise de Saïd Baalbaki ou Tagreed Darghouth, ou celles du très inspirant artiste syrien Boutros el-Maari. Les pinceaux se mélangent et se démultiplient. Les œuvres présentées sont signées autant par des Libanais, Syriens, Algériens que par des Français (Amey ou Christian Benoist), des Sénégalais (Soly Cissé), des Vietnamiens (Hom Nguyen et ses portraits), Japonais, Pakistanais ou Allemands. Les supports changent à chaque nouveau regard, on passe des planches de skate-board peintes proposées par la galerie Sk8room à l’installation de Charbel Samuel Aoun, créée par des déchets récupérés en pleine nature, en passant par les photographies de dix finalistes du concours de la banque Byblos ou encore des designs élaborés par une nouvelle vague de jeunes créatifs libanais sous la houlette de la banque BLC, sans oublier les sculptures de Yim Tae Kyu, Yamen Yousef ou encore Kameel Hawa.
Parmi les nouveautés de cette année, la plus remarquée est sans doute le pavillon consacré à l’art contemporain d’Asie du sud-est. On y découvre la plateforme «Collective perspective» présentant 21 artistes en provenance de Singapour, d’Indonésie, de Malaisie, de Thaïlande et des Philippines. Un développement du Beirut Art Fair qui devrait se poursuivre dans les années à venir, d’autant qu’à la première édition du Singapore Art Fair (également créé par Laure d’Hauteville), qui devrait se tenir du 27 au 30 novembre 2014, le Liban aura son pavillon.
Mais l’attraction de cette 4e édition est ailleurs et se concentre sur l’exposition «Generation War», pensée par la curatrice Katya Traboulsi et parrainée par Marine Jacquemin, grand reporter française. Des photographies de la guerre civile libanaise publiées dans les plus grands titres internationaux étaient rassemblées à la Beirut Art Fair pour évoquer cette génération de photographes libanais, âgés de vingt ans alors qu’ils prenaient ces clichés. Patrick Baz, Jack Dabaghian, Aline Manoukian, Georges Azar, Samer Mohdad ou encore Roger Moukarzel, tous avaient d’ailleurs répondu présents au Biel, l’occasion d’organiser une table ronde pour évoquer la guerre, son tabou, ses erreurs à ne plus répéter, l’occasion aussi de partager les récits et les expériences de ces photographes (jadis) de guerre.
Finalement, la Beirut Art Fair a fermé ses portes le 22 septembre dernier. Sa 4e édition satisfaisant visiblement ses organisateurs au vu de leur dernier post sur la page Facebook de l’événement: «L’art est toujours vivant au Liban. Plus de 18 000 visiteurs cette année»! Pourvu que ça dure…

Delphine Darmency

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
Qu’a-t-on fait du Liban?

Il fut un temps, hélas lointain, où on le disait terre bénie des dieux. Mais, quitte à nous répéter depuis des décennies, d’erreur en erreur et d’échec en échec, pour ne pas parler de corruption de tous genres, nous avons quasiment perdu ce paradis de liberté et de bien-être. Ce pays, jadis cher aux investisseurs autant qu’aux touristes, ce centre universitaire où Libanais et étrangers, toutes nationalités, confessions et appartenances confondues, se côtoyaient dans un souci de se construire un avenir, ce Liban devenu aujourd’hui refuge des miséreux qui fuient leur pays en guerre. Mais s’il est vrai que le Liban est toujours aussi riche de ses hommes, il n’en est pas moins vrai qu’il a perdu de son aura aux yeux de l’étranger et pire encore de ses citoyens eux-mêmes. Ces derniers, perdant confiance dans leurs dirigeants, ont déserté à contrecœur leur terre natale sans grand espoir, pour le moment, d’y revenir. Sauf si, pour une fois, le miracle libanais se réalisait encore. Remplacés, en nombre, par les réfugiés palestiniens et syriens qui, selon les statistiques, constituent la moitié des nationaux, alors que quelques milliards de nos compatriotes forment la diaspora à travers le monde, le Liban n’a plus rien de son aspect du passé. Quand la corruption battait son plein, il était encore possible de la combattre par le pouvoir que nous, citoyens, avions de choisir nos représentants. Nous ne l’avions, hélas, pas fait, alors que maintenant, ils nous ont enlevé tout pouvoir. Ils sont bien là, installés sous la coupole, et rien ne peut les en déloger. Tout s’est effondré. L’insécurité aidant, le pays s’est soudain vidé de tout sang nouveau. Nous crions victoire parce que l’Etat a retrouvé la place dont on l’avait privé. Le ministre de l’Intérieur qui remplit peut-être son ultime mission officielle, semble malgré ses assurances, aussi sceptique que le commun des mortels quant à la durée du succès de cette exceptionnelle récupération d’un morceau de la capitale qu’il avait perdu. Il en reste encore tant d’autres. Le Nord n’étant pas à meilleure enseigne que le Sud. Combien de fois ne nous-t-on pas fait miroiter la souveraineté de la République sur tout le territoire national? Combien de fois ne nous ont-ils pas promis des frontières sévèrement contrôlées? Mieux vaut tard que jamais, nous dira-t-on, mais si nous pouvons faire confiance à la police et à l’armée, pouvons-nous être sûrs que le plan d’urgence mis en place ne sera pas aussi éphémère que les précédents? A toutes ces questions, certains responsables répondent qu’un accord est conclu entre l’Etat et les milices privées pour une action commune. Mais quelle fierté pouvons-nous tirer de ce qu’on appelle «la sécurité par consensus»? Si les Libanais ont bonne mémoire, ils se souviendraient que ce n’est pas la première fois qu’une telle coopération est «décidée». Ils se rappelleraient ces reportages glorifiant les forces de sécurité, armes et tanks à l’appui, sillonnant il n’y a pas si longtemps les rues de Dahié, pour un si court laps de temps. Un tel plan ne confirme-t-il pas une fois de plus, une fois de trop, l’impuissance de l’Etat à récupérer sa totale souveraineté sur le territoire national? Si ce problème est crucial, d’autres sont tout autant importants et désastreux pour l’image que nous donnons au monde. Un gouvernement censé régler les affaires courantes, qui ne règle rien du tout. Un cabinet ministériel que les différents courants et partis politiques appellent hypocritement de leurs vœux tout en lui mettant les bâtons dans les roues. Les formations précédentes, dites d’union nationale, ont démontré à l’évidence le conflit entre les intérêts des uns et des autres. Le clivage est désormais si explosif que, ceux qui ont la possibilité d’y échapper, s’empressent devant les chancelleries en quête d’un passeport pour un avenir plus serein et même pourrait-on dire plus civilisé. Mais qui pourrait blâmer les jeunes, célibataires ou mariés, d’aller quand ils le peuvent vers des horizons futurs plus cléments? .


 Mouna Béchara
   

Votez

Faut-il fermer les frontières face aux réfugiés syriens qui continuent d’affluer au Liban en grand nombre tous les jours?

oui - 85.1%
non - 12.8%
sans opinion - 2.1%
Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved