Russie-Syrie-Iran. Bisbilles entre alliés
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Nº 3053 du vendredi 13 mai 2016

Russie-Syrie-Iran. Bisbilles entre alliés

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Washington et Moscou poursuivent leurs efforts et intensifient leurs pressions pour maintenir une trêve très fragile, comprenant Alep. Avec en filigrane, l’espoir de parvenir à une solution politique pour mettre fin au conflit... malgré les divergences entre alliés.                    
 

Les habitants de la région peuvent souffler encore un peu. Lundi soir, sous pression américano-russe, le régime syrien a accepté de prolonger d’encore 48 heures le cessez-le-feu obtenu au forceps la semaine dernière. L’état-major de l’armée syrienne a annoncé que «le régime du silence» était prolongé dans la deuxième ville de Syrie et sa province jusqu’à mercredi à minuit, heure locale.
Réunis dans une conférence sur la Syrie à Paris, la Russie et les Etats-Unis ont publié un communiqué commun, où ils s’engagent à redoubler d’efforts pour trouver une solution politique au conflit ainsi qu’une trêve, au niveau national. Malgré cela, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, est resté prudent. «Ce sont des mots sur une feuille de papier, ce ne sont pas des actes. La Russie s’est engagée à réfréner le régime syrien pour éviter des opérations aériennes dans les zones peuplées de civils, et aussi à travailler avec le commandement au sol pour aider à apporter la stabilité». L’échec du cessez-le-feu mis en place le 27 février dernier, qui n’avait pu tenir plus que quelques semaines, aura laissé un mauvais souvenir.
Pour autant, la Russie, désireuse d’imposer son tempo dans la crise syrienne, doit faire face à des divergences importantes avec ses alliés iranien et syrien.
D’ailleurs, le télégramme envoyé par Bachar el-Assad à Vladimir Poutine, à l’occasion de la commémoration de la victoire du 9 mai 1945, a, semble-t-il, été plutôt mal perçu par Moscou. Comme il y a quelques mois, le président syrien a déclaré que les combats menés à Alep et ailleurs en Syrie par les forces gouvernementales contre les rebelles visaient la victoire à terme, selon les médias syriens. L’armée syrienne n’acceptera pas moins que «la victoire finale» et «l’écrasement de l’agression» contre les rebelles à Alep en Syrie. Dans son câble au leader russe, Assad n’aurait pas hésité à comparer la bataille d’Alep à celle «héroïque» de Stalingrad. Une vision jusqu’au-boutiste, qui n’aurait pas été au goût du dirigeant du Kremlin. La Russie a, en effet, toujours comme objectif prioritaire d’aboutir à un accord politique. La réponse russe au télégramme sibyllin venu de Damas ne s’est d’ailleurs pas fait attendre.

 

«Assad n’est pas un allié»
Le ministre Sergueï Lavrov a déclaré: «Assad n’est pas pour nous un allié, pas dans le sens où la Turquie est l’alliée des Etats-Unis». «Néanmoins, nous le soutenons dans la lutte contre le terrorisme et pour la préservation de l’Etat syrien», dans une interview à l’agence de presse russe RIA. Evoquant la poursuite des négociations intersyriennes de Genève, qui pourraient intervenir courant mai, Lavrov a estimé que les conditions n’étaient pas réunies encore pour des discussions directes entre les deux camps. En cause, les «caprices» du Haut comité des négociations (HCN, opposition), ainsi que de certains pays dont la Turquie, a ajouté le ministre russe.
Les déclarations russes n’ont pas eu l’heur de plaire non plus à l’allié iranien, qui soutient le maintien de Bachar el-Assad. Pour Téhéran, le président syrien doit achever le mandat pour lequel il a été élu. Pour plusieurs observateurs, la Russie tiendrait à mettre en place un cessez-le-feu durable sur le terrain, y compris dans la région d’Alep, afin de pousser à un accord politique et, pourquoi pas, à une nouvelle résolution des Nations unies. Le tout dans un timing plutôt serré, de préférence avant le départ de Barack Obama de la Maison-Blanche, en février 2017. A Damas, en revanche, le régime souhaiterait en finir avec la grande bataille d’Alep, accord politique ou pas.
L’allié iranien ne partage pas les vues de Moscou, d’autant que, sur le terrain, Téhéran a subi de grosses pertes ces dernières semaines. Treize Gardiens de la révolution iraniens, présentés comme des «conseillers militaires», ont été tués dans les combats en Syrie ces derniers jours, et vingt et un autres ont été blessés, dans la région d’Alep dans le nord du pays. C’est le plus grand nombre de militaires iraniens tués en Syrie. Ils seraient morts au combat dans la région de Khan Toumane, une localité qui fait l’objet de violents combats au sud-ouest d’Alep. Ce village, tenu notamment par des miliciens chiites soutenus par l’Iran et situé près de l’autoroute reliant Alep à Damas, a été pris, vendredi 6 mai, par les rebelles de l’Armée de la Conquête, une coalition hétéroclite qui compte, entre autres, le Front al-Nosra, au grand dam du régime et de ses alliés.

 

Hécatombe à Khan Toumane
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les combats pour le contrôle de la localité ont fait au moins 73 morts, 43 dans les rangs des insurgés et 30 côté gouvernemental. «Les combats ont été extrêmement violents pendant la nuit (de jeudi à vendredi)», a déclaré Abou el-Baraa el-Hamaoui, un combattant du groupe rebelle Ajnad al-Cham, qui participe à l’offensive. «Des secteurs du sud de Khan Toumane ont été libérés», a-t-il dit à Reuters. En réaction, les avions et les hélicoptères syriens ont mené, en l’espace de 24 heures, pas moins de 90 raids contre les positions rebelles.
Dans la ville d’Alep, les habitants bénéficient d’une trêve relative. Mais les conditions de vie sont loin d’être idéales. L’électricité et l’eau ont pu être rétablies, lundi, après quatre jours de coupure totale. Les commerces et les écoles ont également rouvert dans les quartiers rebelles, soumis pendant une dizaine de jours à des raids aériens intensifs du régime.
Mais le calme relatif qui plane sur la ville a tout de même été violé, à plusieurs reprises, par la chute de roquettes tirées par les rebelles sur le quartier de Souleimane Bacha, selon l’agence officielle syrienne Sana.
Si l’accalmie prévaut pour l’instant sur la région d’Alep, la guerre se poursuit, en revanche, sur d’autres fronts, notamment dans les gouvernorats de Deir Ezzor, à l’est, à Damas, Homs (centre), et à Deraa au sud. Dans la province centrale de Homs, des combats étaient en cours entre soldats et l’EI près du champ gazier d’al-Mahr.
Dans la province d’Idlib, toujours sous le contrôle du Front al-Nosra, à l’ouest d’Alep, trois civils ont été tués et une dizaine d’autres blessés par des raids aériens attribués au régime.
Plus à l’ouest, à Lattaquié, l’armée syrienne a lancé un assaut contre Kabana, une des dernières localités encore tenues par les rebelles dans cette province. La Ghouta orientale de Damas était aussi l’objet de violents combats entre les troupes gouvernementales et les rebelles, alors que l’armée tente de progresser dans le fief rebelle de Zibdine.


Base russe à Palmyre
Selon le site web d’opposition Zaman al-Wasl, relayé par The Syrian Observer, la Russie aurait installé une autre base militaire, à Palmyre cette fois. Le Comité de coordination de Palmyre a publié un communiqué dimanche, indiquant que Moscou aurait établi une deuxième base en Syrie, localisée à Palmyre, dans la province de Homs, similaire à celle de Hmeimim. L’endroit serait entouré de barbelés.


Le fils de Ben Laden
Dans la famille Ben Laden, c’est l’un des fils d’Oussama, Hamza, âgé de 23 ans, qui a fait parler de lui ces derniers jours. Dans un message audio diffusé sur Internet, il a appelé «la nation islamique (à se) concentrer sur le jihad en Syrie et sur l’unification des rangs des moudjahidines là-bas». Hamza Ben Laden a souligné que la lutte en Syrie ouvrait la voie à la «libération de la Palestine».
«Il n’y a plus d’excuses pour ceux qui persistent à vouloir la division et les disputes, maintenant que le monde entier s’est mobilisé contre les musulmans», a-t-il ajouté, sans préciser les noms des groupes jihadistes auxquels il s’adresse.
Cet appel du fils de l’ex-leader d’al-Qaïda intervient après l’appel, samedi, du patron actuel de l’organisation, Ayman el-Zawahiri, qui avait martelé: «L’unité aujourd’hui est une question de vie et de mort», tout en critiquant Daech.
Selon les services de renseignements américains, Hamza était le fils favori d’Oussama Ben Laden, cerveau des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

Jenny Saleh

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Éditorial
La gloire du vaincu

Il y a parfois, dans l’histoire, des batailles qui couvrent le vaincu de gloire et le vainqueur de honte. C’est exactement ce qui s’est passé lors des municipales de Beyrouth. Cette consultation populaire s’est terminée par l’élection de tous les membres de la liste parrainée par Saad Hariri, et supposée être soutenue par la quasi-totalité des partis politiques traditionnels, et la chute de tous les membres de Beirut Madinati, appuyée par l’omniprésente mais insaisissable société civile. Pourtant, cette victoire a, pour l’ancien Premier ministre, le goût amer de la déception, et dégage pour les vaincus un doux mélange de fierté et d’espoir.La réflexion autour des événements de ce dimanche 8 mai, à Beyrouth, permet de dégager un certain nombre d’observations qui devraient servir d’enseignements pour les prochaines échéances. Le premier constat est que le changement est possible par la voie des urnes, en dépit des obstacles, des blocages et autres verrous installés par la caste dirigeante depuis des décennies pour empêcher non seulement une véritable alternance du pouvoir mais aussi tout partage.Cependant, le changement ne vient pas tout seul. Il a besoin de femmes et d’hommes prêts à s’investir concrètement et disposés à consentir quelques petits sacrifices, qui apparaîtront bien dérisoires devant les immenses bénéfices qu’ils pourront en tirer. Malgré cela, un grand nombre de personnes sont restées passives, par désillusion, par paresse ou par bêtise.L’engouement provoqué par le phénomène Beirut Madinati a touché divers milieux politiques, sociaux et professionnels. Certains ont retroussé les manches, en apportant une petite contribution à cette aventure. Mais d’autres n’ont pas jugé bon de changer leurs vilaines habitudes. Du haut de leurs tours d’ivoire ou dans leurs salons feutrés, d’où ils promènent un regard condescendant sur tout ce (et ceux) qui les entourent, ils se sont réjouis d’avoir trouvé, enfin, un nouveau sujet de commérage. On échangeait des anecdotes sur tel membre de la liste, on racontait des blagues sur le père de tel autre, parfois on ironisait sur les motivations d’Untel, ou on se moquait des ambitions d’un autre. Ce ramassis de cyniques répand en ville un sentiment d’aigreur et une culture du défaitisme qui étouffent toute initiative susceptible de bouleverser l’ordre ambiant. Ces gens-là ne doivent plus être écoutés lorsqu’ils se plaignent de leurs conditions ou quand ils prétendent donner aux autres des leçons de civisme, de patriotisme ou de citoyenneté. L’occasion leur était offerte de changer - aussi bien leur mentalité que la situation ambiante - mais ils ont été incapables de la saisir, par ignorance, par arrogance, par fainéantise, ou les trois en même temps!L’autre constat que l’on peut établir est d’ordre politique. Les alliances qui ont rythmé la vie publique, ces dix dernières années, n’existent pratiquement plus, il n’en reste que des débris, de vagues réminiscences. Certes, les «Partis» se sont coalisés pour verrouiller le système, grâce auquel ils perpétuent leur hégémonie sur le pays pour mieux piller ses ressources. Mais ils se tendent des pièges, se poignardent dans le dos, se dénigrent mutuellement. Ce paysage recomposé aura certainement des répercussions lors des prochaines élections législatives qui ne peuvent plus être reportées sous aucun prétexte.Autre observation, découlant de ce même constat, les «Partis» ne sont parvenus à mobiliser que 10% de l’électorat de Beyrouth - les 10% restants ayant voté pour les autres listes -, ce qui porte un coup fatal à leur représentativité réelle dans la société. Cette élection peut sonner le glas de la domination des partis traditionnels sur la vie politique. 80% des habitants de la capitale, inscrits sur les listes électorales, sont, théoriquement, libérés de l’emprise des «Partis» et sont prêts à écouter et à adhérer à d’autres discours.Il y a une place à prendre avec une magnifique vue sur l’avenir. Y a-t-il des preneurs? 



 Paul Khalifeh
   
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