Le Hezbollah en Syrie. Parti pour rester
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Nº 3074 du vendredi 3 février 2017

Le Hezbollah en Syrie. Parti pour rester

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    Le Hezbollah en Syrie. Parti pour rester
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Acteur essentiel du conflit syrien, le Hezbollah y a remporté de nombreuses batailles, à Qoussayr, au Qalamoun, à Homs, Zabadani et, plus récemment, à Alep, reprise en décembre par l’armée syrienne et ses alliés. Quelle est l’étape à venir pour le Hezbollah? Le parti envisage-t-il de quitter la Syrie?

Lors d’une récente rencontre avec des commandants du Hezbollah, le secrétaire général du parti, sayyed Hassan Nasrallah, aurait ordonné à ses hommes de reprendre la ville d’Alep aussi rapidement que possible, même au prix de «10 000 martyrs», a rapporté un chef militaire du Hezbollah, que l’on nommera Abou Ali pour protéger son anonymat, dans une entrevue avec Magazine.
Assiégée depuis 2012, la deuxième plus grande ville de la Syrie finit par tomber le 22 décembre entre les mains des forces alliées au régime. Les rebelles seront transférés, avec leurs familles, vers le nord du pays. La victoire du régime donne lieu à un accord turco-russe prévoyant un cessez-le feu, suivi de la rencontre d’Astana, la capitale kazakhe, entre les protagonistes. Le gouvernement turc, protecteur des rebelles, réclame le retrait de toutes les forces étrangères, dont le Hezbollah libanais. «Tous les combattants étrangers doivent quitter la Syrie. Le Hezbollah doit regagner le Liban», a exigé le ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Cette condition est rejetée par  l’Iran. Un haut conseiller du chef suprême iranien Ali Khamenei a ainsi déclaré que la République islamique ne retirera jamais son soutien au «front de la Résistance», et continuera de soutenir le régime de Bachar al-Assad.
Lors d’une rencontre avec l’ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki à Téhéran, Ali Akbar Velayati, qui est également le chef du Centre iranien pour la recherche stratégique, a rejeté des rapports suggérant que les combattants du Hezbollah quitteraient la Syrie après le cessez-le-feu, les qualifiant de «propagande ennemie».

Idleb prochaine cible. Au Liban, des responsables du Hezbollah nient toute intention de quitter la Syrie. «Nous maintiendrons notre présence car il (le régime de Damas, ndlr) a besoin de nous», estime Abou Ali. Un autre combattant, que l’on appellera Hussein, précise: «Nous n’abandonnerons pas les positions stratégiques que nous occupons actuellement en Syrie. Voyez ce qui s’est passé à Tell Nabi Mandib, dans la région de Homs. Nous avons capturé cette colline stratégique à plusieurs reprises et elle a sans cesse été perdue par les forces du régime. Nous ne quitterons plus la Syrie maintenant que nous y sommes déployés».
Le Hezbollah et l’Iran semblent déterminés à poursuivre leur double mission en Syrie visant à renforcer le régime du président Assad et à regagner le contrôle total du territoire syrien. Selon le site iranien Press TV, le régime syrien aurait envoyé des éléments de la Garde républicaine et du Hezbollah à Deir Ezzor pour tenter de desserrer l'étau instauré par le groupe État islamique (EI) à l’enclave de 30 kilomètres carrés contrôlée par l’armée syrienne. L’armée a dépêché des renforts vers l’aéroport militaire de Deir Ezzor, totalement encerclé par les jihadistes. Le commandant Abou Ali affirme cependant que la prochaine bataille sera celle de la reprise d’Idleb. «Nous appliquerons la stratégie adoptée à Alep en bombardant les «terroristes» et en resserrant de plus en plus l’étau autour d’eux», affirme-t-il. Pour ce qui est de la Ghouta, dans la périphérie de Damas, le commandant et le soldat du Hezbollah estiment tous deux qu’une bataille ne sera sans doute pas nécessaire, le siège qui se poursuit ayant affaibli les rebelles.  
«La situation militaire dans le Sud est également en notre faveur. Que reste-t-il des rebelles là-bas, d’autant plus que la Jordanie leur a retiré son soutien? Des accords de réconciliation nous permettront de reprendre cette partie du territoire», assure Abou Ali.
C’est à Raqqa et Deir Ezzor que se jouera la bataille finale du régime et du Hezbollah en Syrie, selon Abou Ali. «Ces régions sont en grande partie désertiques. Les bombardements aériens faciliteront notre progression et nous ne serons pas confrontés à une guérilla, comme ce fut le cas à Alep», souligne Abou Ali.

Un rôle régional. La guerre de Syrie perpétue aujourd’hui le rôle régional du Hezbollah. Selon les combattants, le parti libanais formerait en Syrie, au Liban et en Irak, des combattants de nationalités multiples. Plus de 120 000 éléments auraient été également entrainés autour de Damas par le parti de Dieu. Ce dernier formerait également des Irakiens et des Houthis dans les camps du Liban et d’Irak. Des cadres du Hezbollah apporteraient également leur soutien aux Unités de mobilisation populaire (Hashd al-Chaabi irakien), combattant sur le front de Mossoul. Des membres du Hezbollah seraient également déployés au Yémen. Selon une source proche du parti, des combattants houthis, blessés lors de la guerre du Yémen, seraient également soignés au Liban. Une information que Magazine n’a pu cependant confirmer.
Un désengagement du Hezbollah de Syrie dans l’avenir proche ne semble donc pas envisageable pour le moment. «Le Hezbollah ne quittera pas la Syrie avant qu’une solution claire n’ait lieu, sauvegardant les intérêts de l’Iran», commente le journaliste et analyste Hazem al-Amine. La victoire d’Alep a également fourni au parti une justification à sa politique régionale auprès de sa base populaire, ce qui lui assure une marge de manœuvre plus importante au niveau local. «La guerre en Syrie a également soulagé la population du Sud avec l’apaisement du front libanais avec Israël», conclut l’analyste.

Mona Alami

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Éditorial
Des murs et des pas mûrs

Au nom de la sécurité nationale et de la sauvegarde de l’emploi aux Etats-Unis, le président Donald Trump veut construire un mur fait d’un mélange de ciment et de lois protectionnistes. A peine a-t-il signé les premiers décrets pour l’édification de ces clôtures, censées être érigées aux frontières, que des barrières ont surgi à l’intérieur du pays. Ces décisions choquantes, prises par un président controversé, constituent un cocktail malodorant, qui n’a pas tardé à exploser en manifestations de colère dans les aéroports et les rues des villes américaines. La période de grâce est un luxe auquel Donald Trump n’a pas goûté.D’aucuns jugeront déplacée la vague de condamnation soulevée dans le monde par les décisions du président américain. Il s’agit, somme toute, de mesures prises par un Etat souverain sur son territoire national. Cela aurait été vrai si les Etats-Unis avaient été un pays comme les autres. Or, ils ne le sont pas et ne l’ont jamais été. L’Amérique est une nation, dont le modèle a, de tout temps, inspiré les autres, dans le pire et le meilleur, dans le rêve et le cauchemar. Que d’autres dirigeants soient tentés de lui emboîter le pas est un danger réel, qui aboutira au cloisonnement du monde. A l’ère de l’Internet et de la mondialisation, celui-ci devrait plutôt se diriger vers davantage d’ouverture. Ce n’est pas de barrières dont le monde a besoin, mais de plus d’humanité dans les relations entre les Etats.Ici au Liban, l’application de la «méthode Trump» risque de provoquer des catastrophes en chaîne, surtout que la classe politique se contorsionne pour tenter d’imaginer une loi électorale acceptée de tous. Le critère de la représentation est, certes, essentiel pour apaiser la vie politique. Il n’est plus permis, en effet, que les lois électorales soient confectionnées sur mesure afin de sauvegarder les intérêts personnels de certains dirigeants, au détriment d’autres composantes de la société. Mais, dans le même temps, si la juste représentation aboutit à la construction de murs entre les communautés, le résultat sera pire. Il faut s’entendre sur une formule susceptible en même temps d’assurer une représentation authentique de tous et de réduire, à leur plus simple expression, les cloisons entre les communautés religieuses. La tâche est difficile mais pas impossible. De nombreuses propositions allant dans ce sens existent et ont été débattues. Il suffit de les remettre sur la table.Le seul inconvénient est que le temps manque. Non pas que les délais constitutionnels soient courts, car il y a toujours moyen de les rallonger. Le problème est que l’économie est plus que jamais tributaire de l’entente politique, sans laquelle les réformes urgentes et structurelles ne peuvent pas être lancées. Espérons que la classe politique ne ratera pas le coche une nouvelle fois, d’autant que les experts s’attendent à une relance de l’économie en 2017.    


 Paul Khalifeh
   

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