«Maison jaune»: Beyrouth se réconcilie avec sa mémoire
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Nº 3076 du vendredi 7 avril 2017

«Maison jaune»: Beyrouth se réconcilie avec sa mémoire

 
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    Beit Beirut ouvre enfin grand ses portes, le 12 avril, pour accueillir les visiteurs qui n’ont que trop attendu le retour à la vie de cet endroit mythique. Située sur l’ancienne...
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Beit Beirut ouvre enfin grand ses portes, le 12 avril, pour accueillir les visiteurs qui n’ont que trop attendu le retour à la vie de cet endroit mythique.

Située sur l’ancienne ligne de démarcation qui séparait la capitale en deux durant la guerre civile, à l’intersection de Sodeco et de la rue de Damas, se dresse fièrement la «Maison jaune», ou l’immeuble Barakat, construit en 1924. Longtemps occupé par les francs-tireurs, le bâtiment porte toujours les marques de l’agression du temps et surtout celles des stigmates de la guerre, que la rénovation a gardées parfaitement intactes.  
C’est en 2003 que la municipalité de Beyrouth a décidé de transformer cet endroit en musée et centre culturel, dédié à la mémoire de la ville. «Ce lieu a plus de 90 ans d’âge. Nous ne lui avons pas fait de lifting. Nous l’avons gardé tel quel et nous l’avons conservé avec ses blessures actuelles dues à la guerre et à la vieillesse. Nous sommes souvent amnésiques dans ce pays et ceci est une initiative pour dire réellement, ‘plus jamais ça’», explique à Magazine Youssef Haidar, architecte en charge du projet.
Les meurtrières des francs-tireurs, les graffitis sur les murs, l’impact des balles et des obus, les sacs de sable, les  barricades… tout est encore là. Un tour effectué au premier étage permet de prendre conscience de ce que devait être le lieu en ces temps-là. Une rampe remplace les escaliers détruits par les snipers. Le deuxième étage comprend des espaces d’exposition sur le thème de l’histoire; au troisième figurent des espaces d’expositions ouverts, tandis qu’un restaurant doit être aménagé sur la terrasse.

Dix-huit millions de dollars
Une infrastructure moderne épouse la vieille bâtisse et en fait partie intégrante. Sur une superficie de 6 000 m2, l’immeuble Barakat réunira un musée et un espace destiné à accueillir des expositions de 2 000m2. Un lieu de travail pour 40 chercheurs, un auditorium de 200 places, un autre de 65 places, une salle d’archives de 1 000m2, une librairie publique pouvant contenir 5 000 livres, une boutique de souvenirs, une cafétéria et un restaurant, prendront également leur place dans la bâtisse. Ce projet, financé par la municipalité de Beyrouth en étroite collaboration avec la mairie de Paris, a coûté 18 millions de dollars.
Inas Abou Ayache, dont l’association qui porte son nom a offert la bibliothèque et la boutique d’artisanat, est chargée de l’organisation de l’inauguration, qui aura lieu en présence du président de la municipalité de Beyrouth Jamal Itani, le 12 avril. Plusieurs activités sont prévues pour redonner vie à cette construction dont les murs ont été témoins de toute un pan de l’histoire de Beyrouth. Un takht oriental jouera de la musique arabe, l’acteur Rafic Ali Ahmad présentera un show d’une dizaine de minutes devant les bustes à l’image des artistes qui ont fait la gloire du Liban: Fayrouz, les frères Rahbani, Caracalla et bien d’autres. Sur les barricades installées par les francs-tireurs au 1er étage, des fleurs seront déposées en mémoire de tous ceux qui sont tombés. Se souvenir… pour que cela ne se reproduise plus jamais.

Joëlle Seif

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Éditorial
Saturation et indécence

Les interprétations optimistes des indicateurs économiques et les déclarations rassurantes des dirigeants ne cachent pas la réalité: l’économie tarde à prendre son envol. Les pronostics des institutions financières internationales et des cabinets d’études restent d’ailleurs assez modestes, même s’ils prévoient une légère amélioration. Le Fonds monétaire international (FMI) s’attend à une croissance de 2% en 2017, Business Monitor International (BMI, Grande-Bretagne) prévoit un taux de 2,2% et le fournisseur de données indépendant, Economena Analytics, pense que la croissance s’établira autour de 2,5%.Comment pourrait-il en être autrement lorsque les moteurs de croissance traditionnels du Liban, que sont le tourisme, l’immobilier et la construction, «ont subi des revers», comme le souligne le FMI dans son rapport sur le pays du Cèdre.Il n’y a d’ailleurs nul besoin de lire ce rapport pour mesurer l’étendue du marasme économique. Rien ou presque n’encourage les Libanais à reprendre la consommation, et ce ne sont pas les quelques milliers de clients des restaurants – ce sont les mêmes qui tournent d’un établissement à l’autre –, qui démentiront cette réalité.      Certes, l’approbation du projet de budget 2017 par le gouvernement, le vote des décrets sur le pétrole et le gaz, les propositions de loi pour lutter contre la corruption au sein de l’administration publique et pour protéger les lanceurs d’alertes, le plan de réforme du secteur de l’électricité… sont des mesures louables. Mais il y a tellement à faire dans tous les domaines, que tous les efforts entrepris jusqu’à présent, semblent insuffisants pour que redémarre l’économie.Et même si des réformes structurelles étaient lancées tous azimuts, le Liban continuera à traîner un énorme boulet, celui des réfugiés syriens, qui représentent plus d’un tiers de la population. Cela «est éprouvant pour les communautés locales, créant de la pauvreté, du chômage, et ajoutant de la pression sur les infrastructures et les finances publiques déjà fragilisées», souligne le FMI. Selon l’institution internationale, le coût indirect de la présence des réfugiés syriens aurait dépassé les 2,5 milliards de dollars en termes de dégradation des services publics.Les conséquences de la présence de ce nombre de réfugiés sont encore plus pernicieuses. L’Association des commerçants de Beyrouth (ACB) dénonce la compétition déloyale des Syriens installés au Liban pour les sociétés, les entreprises, les petites entreprises, les usines et les divers chantiers. L’ACB évoque un «cycle économique syrien qui prospère et se développe à l’intérieur de l’économie libanaise» et à ses dépens. «Même si tous les touristes du monde venaient au Liban, cela ne règlerait pas la crise car nous sommes confrontés à un problème structurel provoqué par la concurrence faite à l’économie libanaise par une autre économie», prévient l’ACB.Le Liban a donc atteint le point de saturation aussi bien au plan démographique qu’économique. La situation est d’autant plus grave que la communauté internationale n’a jamais tenu ses engagements financiers, ce qui a poussé le FMI à l’interpeler, en estimant qu’elle «doit jouer un rôle-clé pour répondre à la crise des réfugiés». «Le Liban a besoin et mérite un appui important», indique le rapport de l’institution financière internationale.A défaut d’une aide directe au Liban, qui pourrait ne jamais arriver, les agences de l’Onu et autres ONG devraient au moins avoir la décence d’acheter sur le marché libanais et aux entreprises locales les produits alimentaires, médicaux et autres, fournis aux réfugiés, au lieu d’aller s’approvisionner sur les marchés extérieurs. Cela permettrait de remplir quelques lignes dans les carnets de commandes, désespérément vides, de l’industrie libanaise.


 Paul Khalifeh
   

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