Histoire de coopératives. Excursion au cœur du commerce équitable dans la Békaa
Logo

Nº 2941 du vendredi 21 mars 2014

Histoire de coopératives. Excursion au cœur du commerce équitable dans la Békaa

 
  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Histoire de coopératives. Excursion au cœur du commerce équitable dans la Békaa
    Guerre civile, occupations étrangères, manque d’irrigation, de financement, exode rural, détresse sociale, le secteur agricole au Liban est des plus malmenés. C’est dans ce contexte qu’à la fin des années...
  •  
Notez cet article
(1 Vote)
A- A+

Guerre civile, occupations étrangères, manque d’irrigation, de financement, exode rural, détresse sociale, le secteur agricole au Liban est des plus malmenés. C’est dans ce contexte qu’à la fin des années 90, apparaissent, à travers le pays, des coopératives de produits transformés. Ecoulement de stocks pour les agriculteurs, revenus pour les coopérants, renforcement des traditions culinaires de la mouné... L’équation semble idéale. Qu’en est-il sur le terrain?
 

La Békaa, grenier du Liban, maintes fois oubliée à plusieurs égards, recèle mille et un trésors naturels et humains. A quelques kilomètres seulement de la frontière syrienne, entre Anjar et Rachaya, non loin du mont Hermon, la pollution, les embouteillages et les nuisances sonores de la capitale sont bien loin. Ici, la vie revêt une tout autre dimension. Le paysage est magnifique, vallonné. Les camps de réfugiés syriens sont répartis ici et là au gré des locations de terres ou de terrains mis à leur disposition. Ils se déclinent en groupements plus ou moins importants, semble-t-il, au maximum d’une soixantaine de tentes. On ne peut que deviner leurs conditions précaires, à l’image de ces deux petits êtres de trois et six ans à peu près, transportant à travers champs, un gros bidon d’eau de leurs petits mains. Alors que les tracteurs de quelques agriculteurs se fraient un chemin tranquillement au milieu des allées et venues de gros 4x4, le petit village de Mheidssé approche. C’est dans cette localité que s’est installée en 1997 la coopérative Nejmat el-Sobeh, tenue par des femmes en majorité druzes. Au pas de la porte, la présidente du comité directeur, la cheikha Rabah, vêtue d’une longue robe noire et d’un voile blanc couvrant ses cheveux et sa bouche, reçoit les visiteurs avec toute la convivialité et l’hospitalité qu’il est possible d’offrir.
Sur la terrasse de leurs nouveaux locaux, financés par une ONG canadienne (CRDT), de grandes bassines roses et bleues remplies d’eau accueillent des dizaines d’écorces d’oranges amères, attendant leur tour pour être confites. A l’intérieur, des dizaines de mains s’activent à éplucher ces agrumes. Depuis ses débuts, la fine équipe est composée de vingt-six femmes de générations différentes. Dans un petit salon, Mary revient sur l’élaboration de leur coopérative, avec en dégustation, quelques fruits secs, de confection maison. «L’idée de cette coopérative, nous la devons au maire du village, journaliste de profession, dit-elle. Jadis, nous nous regroupions entre femmes au foyer chez les unes et les autres, pour boire du maté, discuter et échanger nos recettes culinaires». Une idée qui va révolutionner leurs vies. De femmes au foyer, elles se mettent ensemble à l’ouvrage et commencent à transformer des produits du terroir, selon un savant savoir-faire traditionnel, appartenant à la culture de la mouné, qui n’avait de cesse de s’enfoncer dans l’oubli. De leur labeur, naît alors de la mélasse de grenade, du sirop de roses, de la confiture de figues au sésame, d’oranges amères confites, du kechik, labné, vinaigre, blé grillé, raisins secs, amandes, etc.  
 

Les débuts
Dix ans après la création de leur petite entreprise, une rencontre va booster le développement de leur production, en augmentant de 70% leurs commandes: un partenariat ficelé en 2007 avec l’association Fair Trade Lebanon (FTL). Car si leurs produits étaient auparavant vendus lors d’expositions occasionnelles et écoulés grâce à leur entourage, la coopérative prend alors une autre envergure, FTL leur permettant d’accéder à d’autres marchés, notamment à l’étranger, en France et en Allemagne.
Créée en 2006, FTL, acteur phare du commerce équitable au Liban, s’est fixé un objectif: améliorer la vie des populations rurales. Pas question pour eux de faire dans l’action humanitaire. Il s’agit de contribuer au développement des régions isolées en suscitant des créations d’emplois rémunérés équitablement. Si leur rôle auprès des coopératives avec lesquelles ils collaborent, s’inscrit tant au niveau de la formation que du conseil, l’ONG s’enquiert surtout des opportunités de débouchés qu’elle peut leur offrir. Car le mot d’ordre de FTL est de ne pas faire de promesses qu’elle ne pourrait tenir. «Au Liban, des dizaines de coopératives ont du potentiel. Nous ne collaborons aujourd’hui qu’avec une quinzaine d’entre elles, pour ne pas susciter trop d’attente, explique Benoît Berger, directeur des projets à FTL. Car nous n’avons tout simplement pas les capacités nécessaires d’écoulement. Beaucoup d’ONG leur font miroiter de fausses promesses à travers des aides concernant leurs formations et leurs équipements. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas de marché. Alors la plus grande partie de notre travail est de les identifier pour eux. Souvent, les coopératives ne savent pas ce que signifie véritablement le commerce équitable, souligne-t-il. Il faut comprendre les attentes des Européens et parfois s’adapter à leurs demandes. D’autre part, les standards de l’exportation en Europe sont très stricts, il s’agit de suivre les normes en vigueur d’un point de vu légal, mais également au niveau de l’hygiène et du conditionnement».
Avec ces nouveaux marchés étrangers et locaux, (FTL distribuant depuis peu ses produits au Liban), les femmes de la coopérative de Nejmat el-Sobeh, ont vu accroître leurs revenus de cinquante à trois cents dollars par mois. «Avant de faire partie de cette aventure, je ne travaillais pas, reprend Mary. J’avais un champ de cerisiers avec mon mari et nous en faisions des confitures pour les vendre. Aujourd’hui, je peux me faire plaisir, se réjouit-elle, et je suis capable de payer la scolarité de mes enfants. Je me sens productive, c’est autre chose que faire la lessive et la vaisselle à la maison, poursuit-elle en ajoutant: «Les femmes ont un rôle à jouer dans la société. Elles ont leur place à part entière». «C’est une question de persévérance, rebondit cheikha Rabah. Nous voulions travailler et les hommes nous ont encouragées à le faire». Un soutien de la gent masculine qui n’a pourtant pas été évident partout. A quelques kilomètres de là, dans la coopérative de Fourzol, un village dans la périphérie de Zahlé, les femmes ont dû batailler pour trouver leur place. «Certains de nos maris ont accepté l’initiative quand d’autres ont interdit à leurs femmes de travailler avec nous. Il faut du temps pour changer les mentalités, constate Laurette, tête de fil d’une douzaine de femmes. Pour les hommes, si nous travaillons, cela signifie que nous allons rentrer tard, que nous ne pourrons pas nous occuper de l’éducation de nos enfants, et tout cela pour un travail qui n’est pas forcément rentable. Mais nous avons persévéré et lorsque nous sommes devenues productives et économiquement viables, les hommes du village ont commencé à voir le côté positif de notre action». Pour elles, il n’y a aucun doute, elles montrent l’exemple: les femmes peuvent également gérer leur coopérative. Elles sont d’ailleurs la fierté du village. «Il y a quinze ans, les femmes restaient à la maison, les hommes perdaient le surplus de production et les traditions culinaires de la région s’évanouissaient dans l’oubli», reprend Laurette. Aujourd’hui, l’équation est tout autre. Arrachées à leurs études par la guerre civile ou leur rôle de mère au foyer, ces femmes, en prenant leur destin en main, ont su participer au développement du village et ramener un salaire supplémentaire au foyer. Mais ce qui compte peut-être le plus, avoue Nadia, s’attaquant à la confection de dès de citrouilles confites pour un prochain container en direction d’Espagne: «Aujourd’hui, j’ai retrouvé ma dignité et mon amour propre».
Et pour que le cercle vertueux se perpétue, il va maintenant falloir que les Libanais s’intéressent un peu plus près à ces produits du terroir local, estampillés commerce équitable.

Delphine Darmency

Fair Trade Lebanon
Du Akkar au Sud en passant par la Békaa et le Kesrouan, Fair Trade Lebanon, épaulé par des partenaires tels que le Sidi et le CCFD, collabore aujourd’hui avec quinze coopératives dont la gamme d’une cinquantaine de produits «Terroirs du Liban» est distribuée tant sur le marché local (boutique à Hazmié, 
restaurants, hôtels et certaines grandes 
surfaces) qu’à l’étranger, notamment en France, en Allemagne, depuis peu en Autriche, occasionnellement en Espagne et, pour le vin, en Angleterre et au Japon. Du vin en 
provenance de la coopérative Les Coteaux d’Héliopolis à Deir el Ahmar où les cépages de Syrah, Cabernet sauvignon, Tempranillo et Caladoc ont remplacé les plantations illicites de pavot et cannabis. Mais également, du 
summac, zaatar, lentilles, pois chiches, boulgour, confitures, vinaigres, huiles d’olive, mélasses de caroube, de grenade, savons à l’huile de laurier et à l’huile d’olive, sirops, fruits secs, labné et autres saveurs à déguster sans modération. 

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
S.O.S. Liban!

Chaque jour apporte son lot d’explosifs, de morts, de blessés et de dégâts que provoquent les véhicules de la mort. Les Libanais vivent dans l’angoisse de ce qui les attend. Les services de renseignements et les forces de sécurité s’acharnent à intercepter les terroristes avant qu’ils n’agissent. Ils réussissent, parfois, et en paient le prix. L’armée est devenue la cible privilégiée des criminels. Ce fléau qui frappe le Liban ne peut être éradiqué que par une politique, dans le sens le plus juste du mot, menée par des hommes conscients de la responsabilité qui leur incombe, celle d’assurer la sécurité et le bien-être des citoyens. Nous en sommes très loin. A Tripoli, devenue ville fantôme, les combats meurtriers se poursuivent. Les écoles ferment leurs portes, les commerces baissent leurs rideaux et les gens du Nord vivent au rythme des agressions contre Ersal. A cela se greffe la chute de Yabroud, une «victoire» que célèbre bruyamment le Hezbollah ignorant le flux de nouveaux réfugiés qui traversent la frontière gonflant le nombre de ceux qui, désormais, sont sur place avec peu d’espoir de rentrer chez eux, du moins à court terme. On estime, sans crainte d’exagérer, que Syriens et Palestiniens confondus constituent non moins du tiers de la population libanaise encore résidante dans le pays. Arrivés sans ressources, dans leur grande majorité, ils sont accueillis, presque, à bras ouverts, mais sans aucun plan social et surtout sans contrôle. Leur présence, quel que soit le devoir humanitaire qui dicte l’aide qui leur est apportée, pèse lourd dans un pays où l’Etat peine à répondre aux besoins sociaux de ses propres citoyens. Ces derniers sont très souvent remplacés dans nombre de travaux par une main-d’œuvre moins coûteuse. Les Libanais, toutes cultures, toutes classes sociales confondues, s’interrogent sur l’avenir de leur pays où la vie devient de plus en plus dure et où l’espoir d’un redressement radical n’est pas hélas à l’horizon. Sur qui et sur quoi peuvent-ils compter? Est-ce sur des élus qui ont oublié le chemin de l’hémicycle et qui, pour beaucoup, ne le retrouveront probablement plus? Sur des situations où les compromis, indispensables dans l’état actuel des choses, sont la règle? Sur certains leaders, chefs de file de courants ou zaïms d’un autre temps?… On ne sait plus. Même si nous n’avons pas le droit de généraliser et de mettre dans un même panier tous ceux qui sévissent dans les hautes sphères, il nous faut reconnaître que les meilleurs  d’entre eux n’ont plus vraiment leur destin en main et le nôtre encore moins. Dans un pays où l’Etat dans l’Etat affaiblit l’autorité, celle-ci peut difficilement s’imposer. Il ne nous reste, pour toute perspective, que le dialogue. Mais sommes-nous assez naïfs pour croire encore dans la bonne foi de ceux qui ne cessent de renier leurs engagements? Nous entendons sans cesse la chose et son contraire. Peut-on croire que le Hezbollah qui, comme l’a laissé entendre récemment l’un de ses piliers, favoriserait une Armée libanaise renforcée par des équipements que le chef de l’Etat s’acharne à obtenir? Le président Sleiman et l’institution militaire ne sont-ils pas la cible quasi permanente du parti de Dieu? Ce qui nous reste, en guise de consolation, c’est de placer nos espoirs dans ce gouvernement en gestation, souhaitant qu’il ne naisse pas affublé d’un handicap irrémédiable. Déjà, en filigrane des débats parlementaires, se dessine le profil de la présidentielle mais attendant, au cours des deux mois qui leur sont accordés, ces messieurs du Sérail ne devraient pas chômer. Ils ont du pain sur la planche et surtout des services à assurer à tous ceux dont ils ont la charge et qui peinent à trouver les moyens de survivre, d’éduquer leurs enfants et de boucler leurs fins de mois. C’est ce qu’attend le Libanais lambda.


 Mouna Béchara
   

Santé

Insuffisance rénale. Un nouvel espoir
Une nouvelle molécule capable de bloquer le passage du sel de l’intestin à la circulation sanguine a été développée. Elle…

© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved