Reportage
Logo

Nº 3094 du vendredi 5 octobre 2018

Reportage
Reportage

Reportage (105)

Tous les ans, des milliers de randonneurs partent à la découverte d’un autre Liban en parcourant des sections du Lebanon Mountain Trail (LMT). Un Liban authentique, doté d’une nature aux multiples visages, aux traditions toujours ancrées, qui séduit les étrangers comme les Libanais eux-mêmes, souvent surpris de découvrir de telles merveilles dans leur pays.

Parcourir le Liban du nord au sud, ou du sud au nord, en arpentant des centaines de kilomètres de sentiers de randonnée, une idée folle pour certains. Pour d’autres, un rêve devenu réalité. Tous les ans, de plus en plus de marcheurs se lancent, durant presqu’un mois, à l’assaut du Lebanon Mountain Trail, à la découverte d’un Liban que l’on connaît finalement mal, lors de l’un des deux trail organisés au printemps et en automne par l’association éponyme. Les 27 différentes sections de ce sentier de Grande Randonnée (GR), sont accessibles toute l’année, dépendamment des conditions météorologiques et sont évidemment praticables indépendamment les unes des autres. Cet automne, de nombreuses personnes ont répondu à l’appel et marcheront sur une distance de 470 km du 12 au 28 octobre. Une équipe effectuera le tracé en partant de Aïtanit pour rejoindre à terme Bazaoun, tandis que d’autres marcheurs relieront Tashea à el-Mtain, les deux parcours étant divisés en 16 sections. Au printemps dernier, 235 randonneurs étrangers et libanais, ont sillonné le sentier, dont 27 l’ont effectué en entier.

GÉNÉROSITÉ ET HOSPITALITÉ
C’est le cas de Sophie Le Cot, une Française qui a participé au trail organisé du 30 mars au 29 avril, par l’association du LMT (LMTA). Pour cette randonneuse aguerrie qui avait déjà effectué le chemin de Compostelle, la découverte du Liban a été une aventure extraordinaire. «Le LMT est en même temps une marche dans les montagnes et la nature, mais aussi une découverte de la faune et de la flore, des sites archéologiques, de l’histoire ancienne et récente, du patrimoine culturel et gastronomique des régions traversées, et surtout, surtout, le contact avec les gens qui y vivent, et qui nous font découvrir leur environnement avec une grande gentillesse, parfois avec passion», raconte-t-elle avec enthousiasme. «Nous n’avons pas du tout l’habitude de cette générosité et de cette hospitalité en France, je n’ai jamais rencontré cela, y compris dans tous les autres pays où j’ai vécu», témoigne cette baroudeuse, qui affiche 20 ans d’expatriation au compteur. Sa première journée de marche, depuis le sud, Marjayoun à Hasbaya, demeure mémorable. «Nous étions reçus chez les parents de notre guide, ils nous avaient préparé une délicieuse limonade bien fraîche pour notre arrivée. Puis nous avons dîné sur la grande terrasse et écouté ce joueur de oud. Un de ces instants parfaits dont on voudrait qu’il dure toujours», confie Sophie. Pour elle, qui a beaucoup voyagé, les rencontres, l’accueil dans les maisons d’hôtes, c’est ce qui différencie le plus le LMT des autres trails de ce genre. «Sur le parcours, je me souviens aussi de cette guide, Jacky, qui dirigeait un domaine viticole et nous a emmenés ensuite chez elle pour nous faire déguster sa production avec un bon repas. Une femme passionnante, très intéressante, au sourire magnifique. Ou de cet autre avec son troupeau de chèvres, qui nous a parlé de son élevage». Les rencontres et beaux moments se succèdent. «Tous les soirs, à l’issue de notre marche, nous étions accueillis avec de véritables repas de fêtes, avec des spécialités locales tellement délicieuses, nous avons vraiment été reçus magnifiquement», se souvient-elle. Tour à tour, grâce à la logistique bien huilée de l’association du LMT, elle se voit logée dans des maisons d’hôtes, «certaines très belles, voire luxueuses, d’autres beaucoup plus simples, parfois dans des monastères, ou dans de petits hôtels».
Si elle avoue avoir du mal à se souvenir des noms de tous les villages qu’elle a traversés, Sophie relève avoir préféré «le sud, assez désertique et reculé, ainsi que le nord, pour la beauté des paysages». Avec une mention spéciale pour Douma, où a été tourné Et maintenant on va où? de Nadine Labaki, l’un de ses films culte. De son trail au pays du cèdre, Sophie retient «une découverte de tous les instants et sur tous les plans». «Les Libanais qui marchaient avec nous, notamment ceux établis à l’étranger, ont aussi redécouvert leur pays avec d’autres yeux, des lieux qu’ils ne connaissaient que par ouï dire, des coutumes ou des plats de leur enfance».

RETOUR AUX RACINES

Une impression confirmée par Martine Btaich, la présidente de l’association du Lebanon Mountain Trail (LMTA). «La majorité des étrangers venus marcher nous parlent de trois choses. D’abord, ils étaient loin d’imaginer qu’il y avait autant de biodiversité dans un pays si petit, et tellement différente d’une section à l’autre, dans un format de poche. Ensuite, l’hospitalité et la chaleur des Libanais qu’ils rencontrent sur le parcours. Et enfin, une richesse culinaire incroyable», énonce-t-elle. «Moi-même, je suis originaire de Kfardebiane et j’ai découvert une multitude d’identités culinaires à travers ce sentier, pas moins de cinq sortes de taboulé, de kebbé, ou encore la culture des plantes sauvages pour la cuisine, que l’on entretient encore au Liban, en Syrie ou en Palestine», ajoute-t-elle.
Le LMT constitue aussi, pour la diaspora libanaise, une occasion de reprendre contact avec leur terre d’origine. «Nous avons reçu un couple de Canadiens d’origine libanaise, qui avait entendu parler du sentier à travers notre ambassadrice au Canada. Pour eux qui avaient quitté le pays dans les années 80 avec une image très négative, ça a presque été une révélation, ils nous ont confié qu’ils n’auraient jamais imaginé que le Liban était comme ça».
Car ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le Lebanon Mountain Trail ne se résume pas à un simple sentier de randonnée reliant le Liban du nord au sud. C’est bien plus que cela.
«Pour nous, avec cet itinéraire, notre objectif, c’est de promouvoir la connexion entre les communautés, faire découvrir des histoires, l’histoire des Libanais, de la différence, pas seulement de toutes ces minorités. Mais aussi la cuisine, la culture, l’agriculture...», explique Martine Btaich. «Le sentier du LMT, c’est en tout 470 km de tracé, traversant trois réserves naturelles, les biosphères du Chouf, de Tannourine, d’Ehden. Il passe aussi par la seule réserve de genévriers au Liban, à Denniyé, par la vallée de la Qadisha, qui appartient au patrimoine de l’Unesco. Il traverse plus de 75 villages et nous avons tracé des sentiers adjacents au parcours principal, à la demande des municipalités, comme le Douma Side Trail, inauguré il y a 2 ans, le Baskinta Literary Trail, qui est un sentier racontant l’histoire de ces poètes écrivains qui ont vécu dans la région, comme Amin Maalouf», souligne la présidente du LMTA. «Nous recevons beaucoup de demandes de la part des localités qui souhaitent figurer sur le tracé et développer ainsi leur potentiel. Nous voyons aussi avec elles ce qui peut être fait pour protéger leur patrimoine, mais ce n’est pas de notre ressort», ajoute-t-elle. D’ailleurs, en 2016, en collaboration avec le ministère de la Culture alors dirigé par Rony Arayji, une cartographie des sites en danger avait commencé à être établie, avec l’aide d’une archéologue. «Le LMT, c’est une célébration de tout ce patrimoine que nous avons, avec plus d’une centaine de sites culturels et historiques tout au long du sentier».

TOURISME RESPONSABLE
A l’origine de ce projet, Joseph Karam, un Libano-américain inspiré par le sentier des Appalaches, aux Etats-Unis, et nostalgique des randonnées réalisées dans sa jeunesse avec son grand-père, à Baskinta. «Il s’est demandé comment faire revivre les sentiers historiques du Liban, quand tout le monde marchait, parce qu’il n’y avait pas d’autre moyen pour relier les villages, avec leurs traditions, leur identité propre», explique Martine Btaich. «Il voulait créer un sentier de tourisme responsable, qui bénéficierait aux gens dans les régions rurales, tout en contribuant à préserver ce patrimoine». Joseph Karam s’appuie donc sur sa compagnie, Ecodit, pour initier son projet et le présente à l’agence américaine pour le développement, l’USAID.
Pendant deux ans, à compter de 2004, il s’appuie sur les pionniers de la randonnée au Liban, comme LibanTrek, Lebanon Adventure, Responsible mobilities, Le Club des vieux sentiers, afin de définir l’itinéraire du sentier reliant le Liban du Nord au Sud, qui deviendra au fil des ans, le Lebanon Mountain Trail. Pour développer le projet, une association est créée en 2007. «L’objectif consistait à prendre en charge le sentier et arriver à un sentier de développement durable», souligne Martine Btaich. Un travail de titan, pris en charge par des bénévoles. Des maisons d’hôtes sont ainsi réhabilitées et soutenues tout au long du parcours, des sentiers réaménagés et balisés, permettant à des régions marginalisées, mais aussi à des agriculteurs et à des femmes vivant dans ces villages, de développer leurs activités. «Tout ce travail a permis de développer pas mal de régions oubliées, de lutter contre la désertification, et surtout de renforcer ces hommes et ces femmes qui veulent continuer de vivre sur leurs terres, en leur procurant d’autres moyens de subsistance, par exemple en accueillant des randonneurs pour le repas ou pour la nuit, ou encore en devenant guides pour leurs excursions», ajoute-t-elle.
Entre autres accomplissements, l’association a travaillé en profondeur avec les propriétaires de ces maisons d’hôtes, pour leur permettre de valoriser, avec des menus saisonniers, l’identité culinaire de chaque village et région. «Au départ, nous nous sommes heurtés aux réserves des habitants, qui avaient parfois honte d’accueillir des hôtes dans leurs logements, parfois simples, et ne voulaient pas cuisiner des plats traditionnels qu’eux mangent au quotidien, nous avons réussi à les convaincre de partager ce patrimoine», explique Martine Btaich. Si proposer le gîte et le couvert à des hôtes de passage constituait, pour les locaux, un revenu secondaire, devant le succès, certains ont arrêté leur métier pour ne se consacrer qu’à cette activité. Car en moyenne, même si le LMTA ne dispose pas de statistiques précises, environ 30 000 personnes parcourent les sections du LMT chaque année, balisées avec des indicateurs de couleur blanche (pour la neige «loubnan»), et pourpre (pour le murex).
Dans les régions, l’association a lancé une autre initiative, celle de former des guides locaux susceptibles d’accompagner, en toute sécurité et en apportant leurs multiples connaissances des particularités régionales, les randonneurs. «En mai dernier, 60 guides ont obtenu leurs diplômes, après avoir été formés sur la faune, la flore, les conditions météo, la nutrition des randonneurs, le management de groupes de marche, ou encore, aux premiers secours, avec le concours de la Croix-Rouge libanaise». Des guides qui sont rémunérés lors de chaque marche, leur générant un revenu supplémentaire. «Notre objectif est aussi de générer des emplois, ce qui passe parfois par l’octroi de petits crédits à des agriculteurs locaux, aux coopératives, etc.», ajoute la jeune femme. Les marches annuelles organisées par le LMTA génèrent, elles aussi, des revenus non négligeables pour ces régions délaissées. «Pas moins de 100 000 dollars ont été récoltés en un mois, entre les dépenses d’hébergement, les repas, les dépenses diverses des marcheurs et leurs achats de produits locaux lors de la Thru walk du printemps. Imaginez ce qui pourrait être fait dans ces régions, si nous avions le support nécessaire», s’exclame Martine Btaich. L’association bénéficie, pour son fonctionnement, de subventions de l’Union européenne et s’appuie sur les cotisations de ses membres, les donations individuelles et organise annuellement un dîner de levée de fond, qui se tient le 5 octobre à Horsh Beyrouth.

100 KM DE PERDUS
Devant le succès, les municipalités se sont impliquées dans la démarche et sont de plus en plus demandeuses de conseils et de formations pour développer leur potentiel. «Certains villages ont compris l’importance du sentier et ont émis des décrets municipaux visant à sa protection. Ils appellent d’ailleurs le gouvernement libanais à reconnaître le sentier à un niveau national pour le protéger correctement», indique Martine Btaich, qui cite par exemple l’Union des municipalités de Jezzine, Aïtanit, ou encore celle de Jabal el-Cheikh, entre autres. «A l’exception des réserves naturelles, il n’y a aucun cadre légal dans la loi libanaise, jusqu’à présent, pour protéger les sentiers, comme ce qui a pu être fait en France avec l’établissement de parcs nationaux». Une carence qui a des conséquences désastreuses. «Il y a 5 ans, nous avons perdu 100 km cumulés sur l’ensemble du sentier initial», lâche Martine Btaich. «Le tracé, avec ses 27 sections, passe à 85-90% dans le domaine public. A cause de la construction sporadique irrégulière et irréfléchie, en l’absence de développement planifié, nos montagnes sont grignotées par des projets immobiliers, par la construction de routes parfois plus larges que le village lui-même, quand ce n’est pas l’établissement de carrières illégales». Un fléau, qui, si l’on n’y prend pas garde, poursuivra son entreprise de destruction du paysage libanais, y compris dans les régions les plus reculées.
Conscients de l’urgence de protéger ce patrimoine naturel incroyable, les membres du LMTA travaillent à l’élaboration d’un décret présidentiel qui pourrait apporter, à tout le moins, un support moral.

 Se reconnecter à ses racines
Hisham et Hana Saab ont entendu parler du LMT via l’ambassadrice libanaise au Canada, Wafa el-Osta, qui présentait en images et en vidéo la coopération entre le LMTA et l’organisation Bruce Trail dans l’Ontario. Des images qui convainquent ces Libanais vivant hors du pays depuis 34 ans – dont 21 ans au Canada, d’entreprendre le voyage. «C’est difficile de choisir une section, elles sont toutes belles, mais la vallée de la Qadisha avait quelque chose de spécial», raconte Hisham. «Nous étions déjà revenus à plusieurs reprises au pays, mais en restant dans nos zones de confort, dans notre communauté. Avec le LMT, nous avons découvert des régions où nous n’avions jamais été avant. Les paysages, la gentillesse des gens que nous avons rencontrés dans les villages, surtout que nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, avec la mentalité de la guerre civile présente dans notre esprit». «C’était une expérience magnifique. Il y a de l’espoir pour l’avenir», conclut-il.

 

Une tendance qui s’affirme
Tous les week-end, de plus en plus de Libanais choisissent de se lever tôt pour partir en randonnée, le plus souvent en groupes. Depuis quelques années, l’engouement ne se dément pas. On compte aujourd’hui près de 65 associations et clubs de marcheurs, alors qu’il n’y a pas si longtemps, il était presque difficile de se procurer un équipement décent pour la randonnée. Pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir les sections du LMT, ils peuvent se procurer des cartes auprès de l’association, en télécharger sur leur GPS, ou recourir à un guide local. Chacune des 27 sections a été tracée pour être faite en une journée, la plus petite section court sur 9,2 km, la plus longue 24,5 km. S’il vaut mieux être un marcheur aguerri pour certaines portions qui affichent des dénivelés de plus de 1 000 m, quelques-unes sont plus familiales, dont le Baskinta literary trail, le Bkassine side trail entre Jezzine et Bkassine, ou encore celle de Kfardebian.
Renseignements sur http://www.lebanontrail.org ou sur Facebook Lebanon Mountain Trail.

Jenny Saleh

Formé au bio-mimétisme, l’architecte Adib Dada a pensé et conçu un projet pilote qui pourrait réhabiliter la zone du fleuve de Beyrouth. Ou quand le design et l’architecture se conjuguent à la nature pour un développement urbain plus respectueux.

Le nom du studio d’architecture serait justifié non seulement parce qu’il est l’autre Dada – son père est aussi architecte – mais aussi parce qu’il est différent. Dans son approche, par rapport à ce qui se pratique actuellement dans le pays. Adib Dada prend les devants, se mouille; il prend parti et si ça ne marche pas du premier coup, il continue autrement parce qu’il a choisi de se caler sur le rythme de la biologie — son dada —  qui est celui de la nature, mouvante, puissante et qui fait bien les choses. The Other Dada est un laboratoire d’architecture intégrée. Les projets sont conçus dans une globalité, c’est-à-dire dans leur impact social et environnemental, puisant pour ce faire, dans les principes du bio-mimétisme cher au jeune architecte. Il a été formé à cette discipline à l’Institute of Biomimicry en 2009-2010, en sus de son mastère en Design et Technologie et de son diplôme en Architecture à l’AUB. Le bio-mimétisme consiste à s’inspirer de la nature et des systèmes vivants pour proposer des solutions innovantes et durables. Le principe de base est que «toute compétition dans la nature ne perdure pas» explique Dada. Toutefois, «la vie crée des conditions favorables à la vie». Ce qui l’a poussé à s’interroger, dans son travail: comment les designers, les architectes peuvent-ils créer des conditions favorisant le vivant?

Nature et urbanisme
C’est dans cet esprit qu’est né Beirut River 2.0., devenu depuis Beirut RiverLESS. Un premier projet pilote d’envergure — dans lequel le studio s’est engagé pro bono — et dont les résultats ont été exposés lors de la Beirut Design Week 2016. L’idée maîtresse consiste à ramener le fleuve de Beyrouth à la vie, avec tout ce que cela a comme impact sur l’écosystème et l’environnement autour. Ce projet
novateur a permis à Adib Dada de figurer dans la liste des 100 personnalités élues par le magazine GOOD, honorant les acteurs du changement. Il a également présenté ce projet à la conférence Build it Green en 2016 organisée autour du thème Comment la nature peut-elle inspirer un développement urbain pour Beyrouth?
Pour défendre son projet, le jeune architecte rappelle les bienfaits et l’écosystème généré par la rivière: l’eau fraîche et le transport de sédiments, les organismes et nutriments, les services de régulation de la qualité de l’air et des inondations, de même que le contrôle des maladies. Au cœur du sujet, la question de l’eau, «l’or bleu» objet de multiples convoitises et conflits. D’autant que la dégradation du fleuve s’est clairement accompagnée d’un impact négatif sur les communautés résidant à proximité et sur l’environnement. Le studio OtherDada avait commencé son travail de recherche dès 2013. En 2016, le LCEC (Lebanese Center for Energy Conservation) et UN Habitat décident de s’associer au cabinet d’architecte sur ce projet, dont ils entrevoient l’importance. Mais la crise des déchets vient freiner les élans d’Adib Dada un temps, la rivière ayant été adoptée officiellement comme dépotoir, à son embouchure vers Bourj Hammoud.
L’architecte raconte d’ailleurs avoir pris contact, il y a quelques années, avec les plus hautes autorités à la Municipalité de Beyrouth pour son projet. Il se heurte alors à une fin de non-recevoir, l’officiel en question ne connaissant pas la localisation de cette rivière et affirmant que le fleuve de Beyrouth ne dépendait pas de Beyrouth. En effet, l’appartenance administrative en termes de caza mais aussi de ministères —quatre ministères concernés— et sa délimitation géographique floue, à l’entrée de Beyrouth (entre Bourj Hammoud, la Quarantaine, Mar Mikhael) ont favorisé l’abandon de ce cours d’eau, devenu un dépotoir lors de la crise des abattoirs.

FINANCEMENTS
Autre raison pour laquelle Adib Dada s’est intéressé à cette partie de la rivière? Sa densité démographique et les problématiques sociales qu’elle soulève. Dans ce quartier, cohabitent plusieurs communautés défavorisées: travailleurs immigrés et réfugiés dotés d’une infrastructure inadéquate, engendrant, en plus des problèmes de pollution et des maladies, de nombreux décès de piétons. The OtherDada envisage d’ailleurs d’engager les communautés résidentes à élaborer des solutions pour leur quartier. Une première expérience a déjà eu lieu dans ce sens, avec l’appui d’ONG.
Pour concevoir son projet Beirut RiverLESS – qui n’est plus soutenu par UN Habitat et LCEC –, Adib Dada a puisé son inspiration dans des projets au contexte similaire, comme celui de Wad Hanifa à Riyadh, lauréat du prix de l’Agha Khan pour l’Architecture en 2007 et celui de la rivière Khandra au Japon, réaménagée en une «nature urbanisée». L’un des principes majeurs que Dada souhaite appliquer est celui des «rues bleues vertes», qui consiste dans la récupération des eaux pluviales et le filtrage des eaux pluviales/eaux usées, lequel suppose l’installation de canalisations moins onéreuses qu’une usine de recyclage de l’eau. En parallèle, il préconise de planter des plantes sélectionnées, pour apurer l’eau, en s’inspirant du platane, arbre local qui retient 50% de l’eau.
A côté de ceci, des ponts piétons, des pistes cyclables sont envisagés pour résoudre les problèmes de mobilité. Les plans sont déjà prêts à petite échelle. Ils ont été conçus conjointement avec des associations et acteurs de la société civile tel que The Chain Effect, dans le but de commencer avec des interventions concrètes et en l’absence de financements publics.
Le ministère de l’Eau et de l’Energie s’est déclaré prêt à octroyer au studio un terrain de 5 000 m2 sous réserve de l’obtention de financements. A ce stade, TheOtherDada recherche des financements de l’ordre de 20 000 à 100 000 dollars pour initier la mise en œuvre de certaines solutions.

Design régénératif
Cette approche biomimétique, The OtherDada l’a déjà adoptée et testée dans deux projets en Arabie Saoudite: l’un à  Riyadh, intitulé Landform; l’autre dans le centre de recherche du groupe chimique SABIC. Landform est une résidence privée que l’architecte a imaginée inspirée des Nabatéens qui habitaient sur le site et qui auraient été «d’une certaine façon, les premiers architectes durables», selon Dada, «dans le sens où ils avaient travaillé avec la nature pour survivre dans des conditions difficiles». Les arbres plantés ont été choisis en fonction de la consommation d’eau, de leur origine – natifs de la région ou adaptés au site, de leur capacité à favoriser le retour de certains oiseaux. L’architecture n’a pas été choisie pour elle-même mais a été adaptée pour un dialogue entre la technologie et la nature. La consommation d’énergie a été réduite de 28%, la consommation d’eau de 49%, l’émission de CO2 de 29% tandis que 17% d’énergie renouvelable est produite. Le projet est certifié BREEAM Très bien dans la catégorie Phase Interim de Design. Adib Dada ne vise pas seulement à réduire la consommation d’énergie, d’eau, etc. Il s’intéresse surtout à ce que l’on appelle le «design régénératif», favorisant la création d’énergie. Il a déjà exploré ce principe dans son appartement à Gemmayzé encore inachevé mais qui lui sert de prototype. Les personnes intéressées par cette nouvelle façon de penser l’architecture, en réalité ancrée dans des siècles de savoir, mais adaptée au confort moderne, peuvent le visiter. Avec Home of Innovation chez SABIC, il a conçu un projet pilote pour montrer aux investisseurs, au gouvernement et au grand public qu’il est possible de réaliser des projets d’architecture durable en Arabie, peu onéreux et rapidement.
Quel que soit le lieu, ce studio d’architecture choisit de faire la lumière sur le patrimoine: la biodiversité, l’histoire et la culture. Quelle meilleure combinaison que le Liban pour l’appliquer? C’est pour cela que l’architecte s’engage dans son pays sur des sujets d’espace public, comme pour Save Dalieh où il a présenté un projet de stratégie urbaine visant à préserver le site en mettant en valeur la vie marine et les pêcheurs. Il promeut également les arts dans la rue. Encore faut-il que les jeunes architectes qui pensent la ville, l’espace public et l’interaction sociale puissent participer officiellement au débat public.

Nicole Hamouche

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 Suivant > Fin >>
Éditorial
Gouvernement: le dernier sprint

Le processus de formation du gouvernement devrait être redynamisé à partir de cette semaine après un gel consécutif aux voyages du président Michel Aoun à Strasbourg et à New York, début et fin septembre. Les démarches en étaient restées, officiellement, à la mouture présentée le lundi 3 septembre par le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et que le chef de l’Etat avait poliment déclinée. Mais les discussions s’étaient poursuivies loin des projecteurs entre MM. Aoun et Hariri, qui se seraient rencontrés à plusieurs reprises, discrètement, à la demande du chef du gouvernement sortant, afin de se soustraire aux pressions politiques et médiatiques. Aucun accord n’a été finalisé mais ces tête-à-tête ont montré une volonté des deux hommes de maintenir leur partenariat et d’essayer de surmonter les écueils qui ont retardé la naissance du Cabinet. Le plus sérieux obstacle est la répartition des quotas et des portefeuilles entre les deux principales formations chrétiennes: le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL). Cette question a été examinée lors de la rencontre à la Maison du centre, le 27 septembre, entre M. Hariri et le chef des FL, Samir Geagea. Des sources politiques informées affirment que des progrès ont été réalisés lors de cette réunion. Après le refus du camp présidentiel d’accorder quatre maroquins aux FL, comme le proposait M. Hariri, M. Geagea aurait accepté un compromis avancé par le Premier ministre désigné: quatre sièges ministériels dont la vice-présidence du Conseil (sans portefeuille) et les portefeuilles de l’Education, des Affaires sociales et de la Culture.   Lorsque la formule lui a été présentée avant son départ pour New York, le président Aoun ne s’est pas prononcé. Mais des milieux proches de la présidence ont laissé filtrer que la vice-présidence du Conseil pourrait être accordée aux FL, bien que le chef  de l’Etat considérait ce poste comme faisant partie de son quota, ainsi que trois autres ministères: la Culture, les Affaires sociales et un ministère d’Etat.Pour une bonne partie de l’opinion publique, toutes ces formules s’apparentent à des calculs de boutiquiers et à des querelles de puissants, qui se partagent le pouvoir entre eux. Quoi qu’il en soit, ces informations, confirmées par des sources diverses, dénotent une volonté de déblocage chez les principaux protagonistes, dont les revendications et les contre-revendications empêchent la formation d’un gouvernement depuis le mois de mai. Ce sursaut de conscience est surtout motivé par la crainte d’une détérioration irréversible de la situation économique et financière et par la conviction apparue chez les FL et le Parti socialiste progressiste (PSP) que le président Aoun ne cèdera pas aux revendications maximalistes de ces deux formations. Une fois l’écueil chrétien surmonté, les autres obstacles moins épineux de la représentation druze et des sunnites du 8-Mars seront rapidement réglés. C’est dans ces dispositions plutôt positives que les démarches pour la formation vont reprendre et s’accélérer dans les jours qui viennent.


 Paul Khalifeh
   
Bannière

Santé

La lumière bleue. Que nous réservent nos écrans?
On le sait désormais, les écrans et leur fameuse lumière bleue, ne sont pas des plus inoffensifs. Nous y sommes…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved