20ème Festival du monde arabe de Montréal. Un espace à contre-courant
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Nº 3107 du vendredi 1er novembre 2019

20ème Festival du monde arabe de Montréal. Un espace à contre-courant

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    20ème Festival du monde arabe de Montréal. Un espace à contre-courant
    «Au midi du monde, 20 ans d’acrobatie». Le thème de cette 20ème édition du festival arabe de Montréal est énigmatique. Explications de son directeur Joseph Nakhlé. Alors qu’il commence à...
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«Au midi du monde, 20 ans d’acrobatie». Le thème de cette 20ème édition du festival arabe de Montréal est énigmatique. Explications de son directeur Joseph Nakhlé.

Alors qu’il commence à faire froid et que la pluie précipite les gens à l’intérieur, on assiste à Montréal à une agitation vers les salles de spectacle, les cinémas, les maisons de la culture… Le public averti du FMA, amoureux de littérature, de musique, d’histoire, de chorégraphie et de diversité est fidèle au poste, d’année en année. Car il suffit de connaître le parcours de cet espace culturel inédit qui s’impose dans le paysage artistique québécois, pour savoir que, depuis des années, il rame à contre-courant pour passer un message tout simple: le monde arabe ne se compose pas seulement de taboulé et de folklore, c’est aussi une culture, un patrimoine, une richesse et surtout pas une image négative associée à l’intégrisme.
«À midi, il n’y a plus d’ombre. Il n’y a plus d’illusion.» Ce constat amer et courageux émis par un combattant de l’ombre, Joseph Nakhlé, Libanais aux identités multiples (Bécharré, Jbeil, Beyrouth, et bien sûr le Québec) et qui, depuis la création du FMA, défie obstacles et frustrations. 
Pourtant, au début, les circonstances lui étaient plutôt favorables. Très vite, vint l’impensable, l’abominable: les attentats du 11 septembre 2001. Ce fut le premier coup de poing. Les «Arabes» étaient désormais vus à travers un prisme de terreur. Résilient, le FMA continue de présenter sur les scènes de Montréal des artistes aux cultures ancestrales et à créer des spectacles fusion qui transcendent les religions, les communautarismes, les politiques… On se rappellera notamment du Cercle de l’extase, en 2003, une rencontre emblématique entre les chants mystiques musulmans et les chants grégoriens, qui a tourné en Amérique du nord pendant plusieurs mois. Dieu en trois D intègrera même le judaïsme en 2012. Autre spectacle  repris cette année Et la femme chanta Dieu qui sera joué, dansé et chanté par 25 femmes (dont Ghada Chbeir) de religions différentes. La place de la femme dans la culture arabe a toujours été un thème récurrent du festival. 

PRESSIONS ENORMES
C’est dans cet esprit de dépassement continu des rivalités tribales, des appartenances géographiques, des prises de position politiques que le FMA a avancé. «Notre premier ennemi, c’est nous-mêmes. Ce refus de se reconnaître comme Arabe et de s’identifier à l’image négative que le dominant, l’Occident, nous impose», affirme Joseph Nakhlé. Surtout après ce qu’on appelle «les accommodements raisonnables», en 2007 au Québec, et qui ont suscité des controverses profondes à l’égard notamment des minorités religieuses. Depuis l’exacerbation et la crispation à l’égard du monde arabe ne cessent de s’accentuer. «J’ai subi des pressions énormes pour enlever le mot arabe du nom du festival. J’ai toujours refusé. C’est nier notre culture, notre musique qui se prête à des croisements extraordinaires, notre littérature qui rivalise avec les plus importantes, notre calligraphie, notre histoire, notre imaginaire, tout ce qui peut alimenter la culture du monde entier… Et le monde a besoin de tribunes comme celle du FMA pour garder vivante cette culture fabuleuse qui, pour continuer à émerveiller, a besoin d’être fertilisée au contact d’autres techniques, d’être alimentée, renouvelée. Et c’est ce que nous faisons en allant à la rencontre du jazz, du flamenco, du classique. Mais malheureusement aujourd’hui, cette culture qui bouillonne de possibilités est emprisonnée dans une ère qui veut l’étouffer. Ajoutez à cela, la nervosité identitaire, la décomposition des communautés arabes en sous-groupes, le déni de leur arabité, leurs pulsions grégaires, leur manque de présence culturelle de niveau malgré leur très grand nombre au Canada… Persévérer dans ces conditions relève véritablement de l’acrobatie.»
Si le FMA est toujours là, cela n’est pas dû aux talents de jongleur ou de magicien de Joseph Nakhlé et de son équipe, mais à l’esprit artistique et à aux brillantes prestations de création, diffusion et de production qu’il offre. Les trois Conseils des arts, du Canada, du Québec et de Montréal, organismes puissants et surtout indépendants, n’ont, par exemple, jamais cessé de renforcer leur appui à ce festival qui, d’après leurs critères artistiques, s’impose par l’excellence de son organisation, de sa programmation, son rayonnement dans la société québécoise. Bon an, mal an, malgré les coupures budgétaires drastiques de la part du gouvernement provincial (sans raison explicite), la douzaine de personnes qui compose l’équipe de Joseph Nakhlé n’a jamais baissé les bras. Que ce soit en été avec sa version ludique, Orientalys, au Vieux port de Montréal, ou durant ses arts de la scène, son salon de la culture ou dans son volet cinéma, des dizaines voire une centaine de personnes travaillent durant un mois pour permettre à des chanteurs, musiciens, danseurs, comédiens, écrivains et penseurs d’offrir un échantillon de leur art et de leur réflexion dans une langue que les politiques québécoises veulent pourtant assimiler dans leur creuset multiculturel... Cela sera-t-il suffisant pour assurer la pérennité de cet espace unique en Amérique du nord?

Festival du monde arabe du 25 octobre au 17 novembre. www.festivalarabe.com

Gisèle Kayata Eid (à Montréal)

 

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Éditorial
La bête blessée reste dangereuse

Les pontes du système doivent trembler dans leurs fauteuils. Excédés par des décennies d’humiliation, qui a culminé avec une crise économique et financière sans précédent, les Libanais ont poussé un tonitruant cri de colère. Ça suffit!Le peuple libanais mérite mieux que cette classe parasitaire qui s’est enrichie d’une manière éhontée en pillant les biens de l’Etat et les ressources du pays. Une caste d’irresponsables et d’incapables qui ont mené le pays à sa ruine; une clique de corrompus qui éprouvent un tel mépris pour le peuple qu’ils étaient persuadés qu’ils pouvaient impunément continuer leurs pires excès sans que personne ne leur demande jamais de comptes; une bande de mafieux, qui ont détourné des dizaines de milliards de dollars empruntés à des taux improbables pour financer leurs palais, les mariages somptueux de leurs enfants, et autres indécences, au lieu de reconstruire une infrastructure détruite par leur interminable guerre, lorsque certains étaient miliciens et d’autres financiers de milices.En redistribuant une infime partie de ce qu’ils pillaient pour entretenir une clientèle plus ou moins importante, ils ont réussi à se régénérer, d’une campagne électorale à l’autre, en pensant pouvoir se reproduire à l’infini, rassurés que les murs du confessionnalisme qu’ils se gardaient bien d’abattre, empêcheront les Libanais de s’entendre, un jour, sur une cause unique. Mais ce système bien verrouillé a fini par rendre l’âme parce qu’il n’y avait plus rien à piller. Cupides, avares et mesquins, ils n’ont pas eu assez de courage ni d’intelligence pour puiser quelques miettes dans les fortunes colossales qu’ils ont amassées pour continuer à entretenir leur clientèle, si bien qu’une bonne partie de leur base, qui a sombré dans une grande pauvreté ou un désespoir extrême, s’est retournée contre eux.La révolte des Libanais est spontanée et authentique. Mais pour réussir à arracher au pouvoir des concessions durables et sérieuses, ils doivent rester focalisés sur la question sociale et économique qui transcende les communautés. Ceux qui essaient de les entraîner sur le terrain politique espèrent dissiper leur énergie et diviser leurs rangs. Chacun souhaite pour lui-même, pour ses enfants et pour ceux qu’il aime une meilleure justice sociale, davantage d’opportunités d’emploi, un avenir plus sûr. Mais lorsque des questions d’ordre politique sont abordées, il y aura autant d’avis qu’il y a de manifestants dans la rue. C’est là un piège dans lequel la classe politique veut précipiter le mouvement de contestation dans l’espoir de le torpiller.   Même blessée, surtout blessée, la classe politique reste très dangereuse. Comme elle a pillé l’Etat, elle n’hésitera pas à précipiter le pays dans les pires abîmes pour conserver ses privilèges. Il faut rester vigilant.


 Paul Khalifeh
   

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