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Nº 3107 du vendredi 1er novembre 2019

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Des vétos face à l'armée
Des sources concordantes affirment que des ambassadeurs de pays occidentaux qui fournissent une aide à l'armée libanaise en armes, équipements et entraînement, ont rencontré le commandant en chef de la troupe au tout début du mouvement de contestation. Il ont informé le général Joseph Aoun de leur opposition à l'utilisation de gaz lacrymogène et de canons à eau pour l'ouverture des routes bloquées,  sous peine de voir les programmes d'aide suspendus. 

 

Sécurité des camps
Les Palestiniens s'organisent Face à l'évolution de la situation consécutive au mouvement de contestation, les différentes organisations palestiniennes présentes dans les camps du Liban, y compris le Hamas et le Jihad islamique, ont formé, le 21 octobre, une commission sécuritaire conjointe. La centralisation de la sécurité dans les douze camps du Liban répond à l'inquiétude des habitants de ces camps et des forces politiques qui y sont présentes contre d'éventuels dérapages sécuritaires. Leur crainte est que l'élément palestinien ne soit intrumentalisé par un des partis en conflit ou par des acteurs extérieurs pour servir des agendas particuliers. «Nous ne voulons pas être des boucs émissaires au cas où le Liban sombrait dans un chaos généralisé, nous voulons être en mesure de faire face à tous les scénarios», affirme à Magazine une source à Bourj al-Barajneh.  

 



Mobilisation des réservistes?
Des diplomates de pays occidentaux et arabes en poste à Beyrouth ont rassemblé toutes les informations et observé les signaux concernant l'attitude du Hezbollah vis-à-vis de la contestation, surtout après que le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, ait estimé que le mouvement pourrait bien être instrumentalisé par des forces étrangères. Ces diplomates sont entrés en contact avec leurs interlocuteurs libanais habituels pour leur poser des questions axées surtout sur de présumés préparatifs militaires du Hezbollah pour rééditer le coup de force du 8 mai 2008. Ces diplomates cherchaient surtout à vérifier une informations faisant état de la mobilisation par le Hezbollah de ses unités de réservistes ainsi que la mise en état d'alerte des Brigades de la résistance, composées de combattants appartenants à différentes communautés religieuses. Cette question identique posée par des diplomates de pays différents montre qu'ils puisent leurs infos auprès de la même source.  


Un Repenti révolutionnaire
Une des caractéristiques du mouvement de contestation est qu'il comprend dans ses rangs des partisans de l'ensemble du prisme politique, allant de l'extrême gauche à la droite radicale, des tenants du nationnalisme arabe aux adeptes du fédéralisme au Liban. Le plus surprenant aussi est qu'il attire des personnalités jugées et condamnées pour collaboration avec Israël, comme l'ancien président du Conseil municipal de Saadnayel (Békaa centrale), Ziad al-Hosmi. Ce dernier avait été condamné à 15 ans de prison et avait été privé de tous ses droits civiques. Cela ne l'empêche pas d'être l'un des meneurs de la contestation dans sa région.  


35
pour cent. Telle est la réduction de budget à laquelle le Hezbollah aurait progressivement procédé ces trois dernières années, selon diverses sources. Si de nombreux experts s'accordent sur le pourcentage de cette baisse, ils divergent sur le montant du budget du Hezbollah. Celui-ci varierait entre 240 millions de dollars et 720 millions de dollars par an. Des coupes drastiques ont été opérées dans les aides financières apportées à des partis et personnalités alliés.


Aucune réaction
En dépit des événements que traverse le Liban et qui nécessitent la mobilisations des forces de l'ordre, les services de sécurité ont redoublé de vigilance après l'annonce de la mort dans un raid américain du chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi. Une source sécuritaire a affirmé que les services de sécurité n'ont noté aucune activité au réaction inhabituelle au sein des mouvances islamistes radicales du pays. Une preuve que Daech est  très minoritaire dans ces milieux. 

Habiter un appartement au Liban impose d’y consacrer un budget spécifique. En effet, les dépenses ne se limitent pas simplement à l’achat ou aux loyers. Des frais supplémentaires viennent s’y ajouter, notamment ceux relatifs au syndic de copropriété. 
Avec le nombre incommensurable d’immeubles qui poussent au Liban actuellement et la non-disponibilité des copropriétaires et/ou locataires, le recours à des agences de gestion d’immeubles devient incontournable. Synonymes de syndic de copropriété, ces entreprises deviennent le représentant légal des occupants de l’immeuble en question. Elles ont pour mission de veiller, au quotidien, à l’entretien de l’immeuble, de faire respecter le règlement de copropriété et de faire exécuter les décisions prises en assemblée générale annuelle des copropriétaires. Grande disponibilité, connaissances profondes en matière de budget et de comptabilité, contacts divers pour des affaires de technicité de bâtiment, de droit immobilier, de fiscalité, de droit social (pour la gestion des contrats de travail des employés d’immeuble, personnel pour l’entretien ménager et l’entretien des espaces verts, concierge, etc.). Autant de conditions qui exigent l’intervention d’un syndic professionnel. Une deuxième option s’offre aux copropriétaires: désigner un syndic de copropriété bénévole durant l’assemblée générale des copropriétaires. L’avantage? Les frais de gestion et d’administration sont économisés. Les autres prestations (électricité, ascenseurs, concierge, entretien…) peuvent varier entre 20$ par mois par copropriétaire (pour les anciens immeubles) et 1 500$ par mois par copropriétaire (pour des immeubles plus récents).

Quelles dépenses prévoir?
Le contrat de base est conclu entre le syndic (l’entreprise en question) et le syndicat de copropriété (formé des copropriétaires). De nature obligatoire, le contrat doit comprendre les éléments suivants:
● Les prestations de gestion courante;
● La date de prise de fonction et la durée du contrat (susceptible d’être renouvelable);
● Les modalités de paiement (mensuelles, semestrielles, annuelles).
● Le coût du contrat se situe, en moyenne entre 120 et 200$ par copropriétaire.

Les honoraires
Un forfait de gestion courante de l’immeuble est soumis aux copropriétaires. Il définit les tâches assurées par le syndic de manière régulière. Il s’agit de:
● La convocation, la préparation et la tenue de l’assemblée générale: 50 à 70$ par réunion.
● L’entretien et la maintenance de l’immeuble: entre 300 et 500$ par mois par copropriétaire. 
● La comptabilité et la gestion financière du compte séparé au nom du syndicat des copropriétaires: environ 350$ par copropriétaire.
● La gestion de l’employé de l’immeuble, concierge ou gardien: 200 à 400$ par mois par copropriétaire.
● Toutes les démarches administratives: 200$ par mois par copropriétaire.  
Lorsque des travaux d’entretien de l’immeuble ne relevant pas de la maintenance ou des parties communes s’imposent, le syndic de copropriétés a la possibilité d’exiger des honoraires supplémentaires qui sont votés en assemblée générale. Ceux-ci doivent être clairement définis et sont en général exprimés en pourcentage.

Natasha Metni Torbey
 

Passionnée par l’idée d’une alimentation saine, Soumaya Merhi est la fondatrice de Taqa Bakery, leader sur le marché des produits et collations santé, distribués au Liban et au Moyen-Orient.
 

De père libanais et de mère allemande, à 31 ans, Soumaya Merhi est une jeune femme qui croque la vie à pleines dents. Les cheveux blonds, le regard vert limpide, elle dément par son parcours le fameux adage «Sois belle et tais-toi». Née à Montréal au Canada, elle rentre au Liban en 1993, où elle grandit entre Tripoli et Koura. A 16 ans, elle obtient une bourse d’études de deux ans du United World Colleges. «Je me suis rendue en Allemagne où j’ai travaillé dans des hôpitaux auprès d’enfants souffrant de maladies chroniques. C’est là que j’ai réalisé l’importance d’une alimentation saine». C’est ensuite à Montréal qu’elle entame des études en Anthropologie et Sociologie avec un intérêt marqué pour l’économie circulaire, l’alimentation en chaîne, la micro et macro économie. «A 25 ans, je me sentais un peu perdue, je n’arrivais pas à trouver ma voie. J’ai alors décidé de rentrer au Liban».
Le choc culturel est grand mais Soumaya Merhi essaie de s’adapter. Lorsque son père et quelques amis ouvrent une usine pour fabriquer du pain libanais, elle décide de les aider et s’investit totalement dans ce projet. «Je me rendais régulièrement à Souk el-Tayyeb pour vendre du pain à l’avoine et au seigle produits par l’usine de mon père. J’aimais la vente et j’ai été initiée au commerce. J’adorais le contact avec les gens. C’est à ce moment que je me suis impliquée dans ce business. Les débuts de Taqa trouvent leurs racines dans cette usine. Les trois premières années étaient les plus difficiles. Je ne connaissais pas bien le Liban. C’était pour moi un apprentissage de mon propre pays. Ces années m’ont formée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. J’étais constamment dans les supermarchés, les salles de gym, les concept-stores, les health shops. Pour moi, c’était un coup de cœur».

Automatiser la production
Soumaya Merhi ne s’arrête pas là. Poussée par le succès remporté par le pain, elle décide d’initier une gamme de produits composés de biscuits, de maamouls, de barres énergétiques et de snacks naturels. «J’ai débuté avec des barres adressées aux cyclistes. Un jour, je les ai fait goûter à ma grand-mère, lui expliquant que ces produits donnent de l’énergie. Elle m’a répondu en arabe: ils donnent de la taqa tu veux dire? C’est ainsi que le nom était né». La jeune femme fait tous les jours le trajet entre Tripoli et Beyrouth pour vendre et livrer ses produits. «Au bout d’un certain temps, j’ai eu un breakdown. Je ne pouvais plus continuer ainsi. J’avais besoin d’un véritable réseau de distribution. Un ami m’a alors conseillé d’établir un business plan et de chercher des fonds. J’ai toujours su ce que je voulais mais je n’avais pas les moyens financiers de le faire». Elle frappe à toutes les portes. Ses efforts sont récompensés et elle finit par trouver deux investisseurs, IM Capital et Viridis. «Lever des fonds et chercher des distributeurs est extrêmement difficile. On espère toujours et on est très souvent déçu. J’ai appris à accepter les refus et à ne pas me laisser abattre. A toujours aller de l’avant quelque soit le résultat».
Avec ces fonds, Soumaya Merhi automatise sa ligne de production de biscuits et de maamouls. Elle obtient la certification ISO22000 et commence à recruter une équipe. «Ma plus grande satisfaction est d’avoir enfin signé un contrat avec un distributeur. J’ai trouvé un distributeur qui croit en moi et en Taqa. Depuis ce jour-là, j’ai vendu ma voiture et j’ai arrêté de conduire. Aujourd’hui, je prends le bus, je fais du covoiturage, j’utilise des taxis et surtout j’essaie de marcher quand je peux. C’est une activité qui me manque beaucoup. A Montréal, je faisais tout à pied ou en vélo, cela me manque beaucoup au Liban. Conduire me prenait toute mon énergie».
A ses débuts, Soumaya Merhi utilise pour sa production de biscuits 25 kg de farine d’avoine par mois. Une quantité qui est désormais passée à 2 ou 3 tonnes mensuellement. Pour la jeune entrepreneure, l’équipe est l’une des clés du succès d’une entreprise. «Ce que je recherche dans une équipe, c’est la volonté d’apprendre, l’adaptation à toutes les situations et la curiosité. Le secteur de l’alimentation saine constitue une niche restreinte qui est souvent instable et qui nécessite une grande flexibilité et une rapide faculté d’adaptation. Il faut avoir l’ambition de grandir. Aujourd’hui, mon équipe compte 8 personnes».

Elargir la gamme
Avec plus de 400 points de vente partout au Liban actuellement, Taqa ne cesse de grandir. «Nous sommes également présents au Qatar, aux Emirats arabes unis et je viens tout juste de signer avec un distributeur en Arabie saoudite. Je suis aussi en train de tester le marché dans l’Union européenne et en Grande-Bretagne». Depuis octobre, son usine de Tripoli a été relocalisée à Enfé pour absorber la production. «Je vais également introduire une nouvelle ligne composée de 6 produits salés». Taqa s’implique auprès de nombreuses disciplines sportives et activités de plein air. «C’est une marque qui se veut proche du consommateur. Nous sommes engagés auprès d’eux, nous faisons aussi du sponsoring».
Son principal challenge? « Etre jeune et remplie d’ambition. J’étais continuellement frustrée. Il fallait absolument démontrer ma crédibilité, créer de bonnes relations. Lorsqu’on n’a pas beaucoup à perdre, on a tout à gagner. On ne connaît pas la peur, on ne voit pas les risques. Par contre, lorsqu’on commence à être productif, on prend clairement conscience des risques et on les craint».
Etre une femme n’a jamais représenté un handicap pour elle. «Bien au contraire, cela a joué en ma faveur. Le plus important, c’est la crédibilité et pour cela il faut avoir de la consistance». Elle a appris à écouter les autres et les laisser parler. «Le business m’a enseigné la patience. On a aussi besoin de partenaires».  Sur le plan émotif, il faut, selon Soumaya Merhi, démystifier le «glamour» du business. «Il faut être réaliste. Les temps sont durs et cela devient de plus en plus difficile».    
Dans sa gamme de produits et collations santé, communément baptisés «healthy snacks», Taqa n’utilise pas de céréales modifiées génétiquement. «Nos produits me contiennent pas de blé, de soja ou de maïs et sont dénués de beurre, de lait et de produits d’origine animale. Additifs, préservatifs et colorants sont totalement bannis dans la fabrication des produits». Pour la jeune entrepreneure, il est important d’avoir une belle équipe et de bons amis. «Les affaires étaient devenues ma vie. Aujourd’hui je me sens mieux. Je commence à dissocier ma vie personnelle du travail. Mon plus grand bonheur est de voir les gens apprécier mes produits et manger Taqa ». Elle voudrait ouvrir une nouvelle usine pour satisfaire la demande croissante, obtenir de nouvelles certifications et se spécialiser davantage». 

Joëlle Seif

L’ancien ministre des Finances, Georges Corm, porte un regard très sévère à la fois sur le plan de sauvetage de l’économie proposé par Saad Hariri, ainsi que sur la gestion désastreuse, selon lui, de la Banque du Liban.

Comment évaluez-vous le plan de sauvetage de Saad Hariri, sa sortie de crise ?
On continue dans les mêmes errements et dans les mêmes politiques économiques absolument absurdes, avec cette future source de gaspillage et d’endettement qui s’appelle CEDRE et qui ne va qu’aggraver la mainmise de certains pays occidentaux qui prétendent nous aider sur le plan économique. Ça suffit de faire des investissements, il faut d’abord améliorer les investissements existants, et non pas chercher à gaspiller de l’argent dans des projets où les entrepreneurs de travaux publics s’en mettront plein les poches. CEDRE, ce ne sont que des emprunts.

CEDRE n’est que l’un des points du plan. Ne pensez-vous pas que 0,63% de déficit et un budget sans taxes ni impôts sont de bonnes mesures?
Je peux vous faire un budget dans lequel j’ai du surplus budgétaire alors qu’en réalité je sais très bien que je vais faire du déficit. On peut toujours réduire le déficit artificiellement dans le projet de budget. Nous avons un ministre des Finances très fantaisiste qui est dictateur dans son ministère. C’est un très grave problème d’affermer le ministère des Finances à un des principaux partis connus pour ses gaspillages et sa mauvaise gestion.

Que pensez-vous du volet privatisations du plan?
C’est appauvrir l’Etat complètement, alors que la seconde source de revenus de l’Etat provient des télécoms. Si on veut encore plus affaiblir l’Etat, on les privatise.

Vous ne croyez pas à ce plan donc ?
Ce n’est même pas un plan. Un plan doit être réfléchi, avec une bonne connaissance de l’économie, de ce qu’il faut réformer à l’intérieur de l’économie. C’est la domination du néo-libéralisme avec des gens qui ont plein de prétextes pour s’en mettre plein les poches. On a un gouvernement autiste qui n’a rien changé à sa politique économique, comme un train aveugle.

Comment expliquez-vous la fermeture prolongée des banques?
Je crois que malheureusement notre Banque centrale a joué avec le système bancaire. Les banquiers se sont laissé faire car on leur assurait de tels taux de profit… Aujourd’hui, on a un système bancaire très fatigué. La moitié du bilan des banques est entre les mains de la Banque centrale, elle ne peut pas s’en passer. C’est une situation aberrante et malsaine.

Les chiffres déclarés avec les actifs des banques s’élevant à 250 milliards $ et les dépôts à 170 milliards $. Ces sommes n’existent plus ?
Il y a confusion complète aujourd’hui entre le bilan de la Banque centrale et celui des banques. C’est une seule et même chose.

Si les banques rouvrent dans le contexte actuel, que peut-il se passer ? On parle d’une flambée de la livre.
Il ne devrait rien se passer. Ce sont les banques, en restant fermées comme ça, qui aggravent l’inquiétude, voire la panique. En réalité, on a fait ce que seuls des pays extrêmement dirigistes font, c’est-à-dire limiter les retraits et vous obliger à retirer avec la carte bancaire. C’est complètement surréaliste, ce pays qui était le modèle du libéralisme bancaire, financier, économique devient un pays ultra dirigiste et ultra contrôlé par un dictateur unique qui s’appelle la Banque centrale. La santé de la livre pourrait être vite rétablie, sitôt qu’il y a, mais je ne vois pas comment, un gouvernement hors des cercles actuels du pouvoir qui pourrait rétablir de la santé mentale en matière économique.

Dans une interview donnée à CNN le 28 octobre, Riad Salamé a déclaré que le Liban est à quelques jours de l’effondrement, avant de préciser ses propos à Reuters en affirmant que le Liban avait besoin d’une solution urgente. Qu’en pensez-vous ?
Bravo ! Je n’ai jamais vu un gouverneur de banque centrale porter autant atteinte à son pays en faisant de telles déclarations. C’est le moment de juger de cette gestion invraisemblable de la Banque du Liban dans ce pays. Elle détient une compagnie d’aviation, contrairement à ses statuts. Elle s’est occupée de tous les secteurs de l’économie, elle est entrée partout, c’est inimaginable. Il y a au Liban dans le Code de la monnaie et du crédit un organisme au ministère des Finances qui s’appelle le Commissariat du gouvernement auprès de la Banque centrale qui est censé contrôler et surveiller la BDL et s’assurer qu’elle accomplit sa mission comme il faut. Cette instance ne rédige plus de rapports depuis des années.

Tous les maux du Liban viennent de la BDL selon vous ?
La BDL est responsable de la crise actuelle. Le système est mauvais, corrompu, mais s’il y avait eu une gestion plus normale et plus prudente de l’économie, on n’en serait pas là. On a d’ailleurs vu les aberrations de cette gestion puisque même un homme ultra riche comme Nagib Mikati a pu obtenir des prêts subventionnés par la Banque centrale pour acheter des appartements.

Quelles seront les conséquences concrètes pour les Libanais d’un effondrement de l’économie ?
Beaucoup ont sans doute constitué chez eux, avant les événements actuels, des réserves. On parle de 2 à 3 milliards de $ qui auraient été thésaurisés. L’une des erreurs majeures de la BDL aura été de faire la compensation des chèques en dollars à partir de 1992. Si cela n’avait pas été fait, les Libanais auraient continué à payer en livres libanaises et on aurait eu un taux réduit de dollarisation de l’économie tel qu’il existait dans les années 70 (soit 30%).  

Au regard de tous ces éléments, quelle sortie de crise entrevoyez-vous ?
La sortie de crise qui se rapproche c’est la mainmise du FMI et de la Banque mondiale et encore plus de politique d’austérité, ce qui réduit d’autant plus les recettes de l’Etat. Les conférences de Paris I, Paris II, Paris III, Paris IV ont contribué à engager l’économie libanaise dans la mauvaise voie

Les manifestants réclament la démission du gouvernement et la constitution d’un gouvernement de technocrates susceptibles de sauver l’économie. Qu’en pensez-vous ?
Un gouvernement technocrate est un mythe, pas une solution. Derrière les technocrates, il y a toujours un politique.

Jenny Saleh

L’ancien ministre de l’Economie, Nicolas Nahas, est très sceptique vis-à-vis du plan réformes présenté par le gouvernement avant sa démission. 

Que pensez-vous des réformes annoncées par le Premier ministre Hariri?
Quel plan de réforme? Il n’y en a pas. Il a simplement établi une liste qui comprend un bon nombre de mesures qui vont de simples engagements de la part du gouvernement et dont la réalisation va s’étaler sur une longue durée, à des mesures d’ajustements, incluant notamment des sujets peu clairs et conflictuels.

Quelles sont les mesures d’ajustements auxquelles vous faites allusion?
Les mesures d’ajustement comprennent la suspension par le gouvernement des  investissements, comme ceux liés à l’infrastructure.

Quels sont les sujets que vous considérez comme conflictuels?
On aborde deux sujets conflictuels dans cette liste, dont la mise en application n’est pas du tout claire. On mentionne notamment l’uniformisation des achats de produits pharmaceutiques. On ne comprend pas vraiment quel est le but de cette mesure. Comment son application sera gérée, quel sera son rendement, quel en est l’impact sur le budget? On parle d’un changement radical du marché pharmaceutique, étant donné que l’importation de ce type de produits dépend pour le moment de compagnies privées.
Le second sujet conflictuel porte sur l’amendement de la loi de 2002 et notamment sur celui de l’autorité de régulation du secteur électrique, sous l’impulsion du ministre Gebran Bassil. En effet, cette loi rogne les prérogatives du ministre que M. Bassil veut absolument maintenir, notamment dans les secteurs de l’électricité et du gaz. Cela démontre que malgré la situation, il n y a pas de changement de mentalités (au niveau de la classe politique). Parmi les mesures discutées, le gouvernement a notamment approuvé l’allocation de 1 500 milliards de livres libanaises (1 milliard  de dollars) au secteur de l’électricité.

 

Qu’en est-il des engagements du gouvernement?
Il y a près de 17 engagements de la part du gouvernement qui ne sont pas concrets. Au menu, la participation du secteur privé à la gestion de certaines filières, comme les télécommunications. On parle également de la libéralisation des ports. Les mesures annoncées comportent de plus un volet social, avec l’adoption d’ici la fin de l’année, d’un nouveau régime de protection et des mesures de soutien aux ménages les plus démunis. Tous ces engagements requièrent beaucoup de temps et sont plutôt des études de projet, et non pas des mesures réelles. L’effet peut être sur deux ou dix ans. Ce n’est pas vraiment sérieux. 

Et les réformes structurelles dans tout ça, quelles sont-elles?
Il y a six points dans le plan du gouvernement que l’on peut considérer comme étant réformateurs. Ceux-ci comprennent l’annulation et le fusionnement de certains ministères comme celui de l’Information, des études menées visant à l’organisation de partenariats publics et privés, la création des autorités de régulation dans plusieurs domaines comme  l’aviation civile, l’adoption d’un projet de loi visant l’évasion fiscale, et d’autres visant à promouvoir la transparence et la lutte contre la corruption.
 
Quelle est votre conclusion par à rapport au plan gouvernemental?
Le gouvernement est sous pression, il veut améliorer sa performance. Il n’est pas certain que les politiciens veuillent changer d’approche. La corruption reste au bout du compte une méthode de travail, un
système de redistribution illicite, dans lequel les politiciens reprennent tous les contrats accordés par le gouvernement. Cette approche semble  prévaloir pour le moment, cela se voit par ailleurs dans le maintien de la mainmise politique au niveau du secteur de l’électricité.

Mona Alami
 

Le député du Kesrouan, qui a démissionné du Bloc du Liban fort, plaide pour la mise en place rapide d’un plan quinquennal pour sauver l’économie du pays. Il avertit que si ce plan ne fonctionne pas, le pays pourrait succomber au «fédéralisme» ou au «confédéralisme».

Malmené par les manifestants de Zouk Mosbeh quand il a voulu les assurer de son soutien le 24 octobre, le député Neemat Frem s’est depuis retiré du Bloc du Liban fort. Celui qui est aussi président de la Commission parlementaire à l’Economie, au Commerce, à l’Industrie et au Plan, souhaite mettre sur la table une proposition de loi portant sur un plan quinquennal. Une stratégie qui permettrait, selon lui, de parvenir sans casse, au bout de cinq ans à l’objectif du zéro déficit dans le budget.
Témoignant de l’urgence de la situation de crise que traverse le pays, Neemat Frem avertit que «si un tel objectif n’est pas applicable, c’est la fin du système». «Cela signifierait qu’il faut tout changer parce que le système ne fonctionne plus, et entrer dans une nouvelle donne, peut-être une fédération, ou un Liban confédéral», lançait-il, lors d’une interview accordée à Magazine le matin du 17 octobre, soit avant le début du soulèvement populaire. «Je crois et j’ai peur que le mal qui nous ronge au Liban au niveau du système, a fait que nous n’arrivons plus à prendre des décisions nationales et apolitiques. C’est un mal que l’on retrouve aussi en Syrie comme en Irak, ce qui signifie que nous sommes en fin de course d’un système et cela va changer toute la région», poursuivait-il. Peut-on encore sauver le système libanais? Eviter l’effondrement économique? Le député ne mâche pas ses mots: «c’est la mission de la dernière chance». «La raison d’être des politiciens, c’est la création de valeurs, l’objectif de la construction de la communauté, c’est la sécurité et l’évolution du niveau de vie des citoyens.» «Et quand on voit que le déficit représente 30 ou 40% du budget et que l’on a besoin de s’endetter encore de 30% chaque année, cela veut dire que le système est fini, c’est pour cela qu’il est primordial de parvenir à cet objectif du zéro déficit», conclut-il.

Un plan stratégique
Pour cela, le député explique point par point le plan élaboré par la Commission qu’il préside. Un plan «stratégique quinquennal réalisable avec une vision à long terme» qu’il espère voir aboutir au Parlement. «Une fois que l’Etat libanais a un plan quinquennal avec un objectif de zéro déficit, rien que ça, ça peut convaincre la communauté internationale et nationale de pouvoir s’endetter à 7% et pas à 18%», souligne-t-il. Ce plan, a priori soutenu par Baabda, propose trois axes. Le premier établit des mesures récurrentes de réduction du déficit avec l’augmentation des revenus perçus par l’Etat et la baisse des dépenses. Il se décline en 18 points répartis sur 5 ans de 2019 à 2023, précise Neemat Frem. Le deuxième axe mise sur la valorisation des biens de l’Etat, via des privatisations, des BOT, des contrats de managements. Il serait marqué pour chacune des cinq années par un grand projet, comme par exemple l’établissement d’une troisième compagnie de télécoms, un projet alliant port et réseau ferroviaire pour le transport de marchandises, l’aéroport de Beyrouth et la mise en route d’une deuxième plateforme aérienne René Moawad, l’électricité…  Des initiatives susceptibles de créer des rentrées supplémentaires pour l’Etat. Enfin, le troisième axe proposé par le plan de la Commission englobe des mesures pour stimuler la croissance économique. «Cela fait partie du rapport McKinsey», précise le député.

Jenny Saleh
 

Après une brillante carrière au quotidien as-Safir, Hussein Ayoub est aujourd’hui l’un des fondateurs de la nouvelle revue et du site électronique 180. Magazine l’a rencontré dans les nouveaux locaux de la publication.

Hussein Ayoub est un homme réservé et discret. Contrairement à beaucoup de journalistes, il n’a aucune présence sur les réseaux sociaux et préfère de loin la discrétion et l’anonymat aux lumières des projecteurs. Professionnel jusqu’au bout, il fait partie de ceux qui laissent leur travail parler pour eux. Originaire du Sud, du village d’Aïnata, le journaliste appartient à une famille fortement politisée. En 1972, son père est le premier martyr du parti communiste, alors qu’il n’est âgé que de 7 ans.
Il fréquente un pensionnat privé à Saïda jusqu’en 1977, avant d’habiter Beyrouth. Avec l’invasion du Liban-sud par Israël en 1978, il vient en aide aux refugiés du sud dans le stade municipal de Tarik Jdidé. «A partir de ce jour, j’ai commencé à m’intéresser à la politique, même si au début c’était davantage sur un plan humanitaire. Par la suite, j’ai publié des poèmes ou des textes dans le journal du parti communiste al-Nida’», confie le journaliste. Au cours de la deuxième invasion israélienne de 1982, il est blessé au pied dans la région de Wata el-Moussaitbé durant les bombardements. «Lorsque Bachir Gemayel a été élu, j’ai décidé de quitter le Liban. J’avais obtenu une bourse pour l’Union soviétique pour faire des études de laboratoires. Je sentais que je n’avais plus ma place dans le pays. Mais après son assassinat, j’ai déchiré mon passeport et pris la décision de rester».
 
Un éminent professeur
Il commence simultanément des études en Information, Droit et Sciences politiques qu’il laisse tomber en deuxième année pour se consacrer à l’information. «Je me souviens de cette époque où l’on occupait notre temps plus par la politique que par les études. Nous avions un éminent professeur, Edouard Boustany, qui à chacun de ses passages d’un secteur à l’autre de la capitale se faisait kidnapper».
Hussein Ayoub commence sa carrière de journaliste auprès du quotidien al-Diyar, qui était à la recherche de rédacteurs situés dans ce qu’on appelait à l’époque Beyrouth-ouest. Sa collaboration est de très courte durée. Elle ne dure que 3 mois, au bout desquels il intègre en 1990 la radio du parti communiste, Sawt el-chaab. «C’était une expérience importante dans ma vie. A cette époque, il n’y avait que deux grandes stations, La Voix du Liban et Sawt el-Chaab. J’étais très actif. Je faisais du desk, des interviews, des reportages». Il devient par la suite responsable du bureau de Beyrouth du quotidien koweitien al-Watan en 1993 et ce jusqu’en 1996, date à laquelle il rejoint as-Safir, jusqu’à la fermeture du journal, en 2016.
Les moments forts vécus par Hussein Ayoub sont nombreux, notamment la libération du Liban-sud en 2000. «Je couvrais les événements pour as-Safir. Cette libération représentait beaucoup pour moi. C’était la première fois que je me rendais dans mon village depuis 1978. J’étais le premier à arriver sur les lieux. Ma mère était au village. Ce sont des instants empreints d’émotion que je n’oublierai jamais sur le plan personnel et sur le plan professionnel».

Un spectacle surréaliste
La décision de Talal Salman (propriétaire du quotidien) de fermer définitivement le Safir constitue un choc pour le journaliste. «Rien ne présageait une décision pareille qui n’était aucunement justifiée. Après la première fermeture, les fonds récoltés assuraient au journal une survie de 2 à 3 ans. J’ai beaucoup protesté. Nous étions en train d’établir de nouvelles stratégies et de voir comment faire évoluer le journal. Mais finalement nous nous sommes inclinés devant la décision de Talal Salman qui a voulu, selon ses propres termes, éteindre lui-même la lumière».
Avec beaucoup de nostalgie, Hussein Ayoub se souvient de la dernière nuit au quotidien as-Safir. «C’était un mélange de joie et de tristesse, une ambiance de fête. Les couloirs étaient bondés, des amis qui venaient, des artistes qui entonnaient des chansons de Marcel Khalifé. L’alcool coulait à flots. Je pense que j’étais la seule personne sobre car je devais préparer la manchette du lendemain. C’était un spectacle surréaliste».
Une brève aventure à al-Ittihad, le quotidien qui n’a pas fait long feu, un passage de quelques mois à al-Akhbar, entre février 2018 et septembre 2018, quand il présente sa démission, avant de se lancer dans le nouveau projet qui est la revue mensuelle et le site électronique 180. «J’ai eu des difficultés pour trouver le financement puis des amis koweitiens m’ont apporté leur aide. Ils ont assuré les frais de la création et de la première année.
Talal Salman nous a offert pour 5 ans la licence du al-jihad. J’ai alors contacté Sami Kleib, Amine Amouriyé, Wissam Matta et Ali Chehab pour se joindre à l’équipe. Aucun d’entre nous n’est rémunéré. C’est une aventure qui comprend des risques calculés.
Il y a beaucoup de volontariat mais si nous assurons des abonnements nous pourrons aller de l’avant». Pour le journaliste, 180 comble un vide qui existe dans le paysage médiatique et correspond à l’identité professionnelle de ses fondateurs. «C’est un endroit qui nous ressemble où l’on fait ce que l’on aime». «Notre but est de présenter au lecteur des faits et nous le laissons tirer ses propres conclusions. Nous sommes un groupe de journalistes qui croit profondément que le journalisme est une mission humanitaire et morale par excellence. Nous sommes en dehors de tout alignement, par contre, nous défendons la cause palestinienne. Nous aspirons à être un pont entre le Machrek et le Maghreb et nous ne faisons aucun compromis en ce qui concerne la liberté, la souveraineté et la justice sociale. Nous sommes des journalistes engagés, pas des porte-paroles d’un régime ou d’un parti». 
Réinventer la presse écrite. Alors que la presse écrite connaît une grave crise et que de nombreuse revues et des quotidiens ferment leurs portes, 180 apporte la preuve que la presse écrite a toujours sa place et a un rôle à jouer. Selon Hussein Ayoub, rien ne justifie la fermeture de certains organes de presse qui auraient dû agir d’une manière différente en revoyant leurs priorités et leurs dépenses. «A travers 180, nous voulons aussi dire que la presse écrite n’est pas morte mais qu’elle a besoin de se réinventer». La revue comporte des signatures du monde entier ainsi que des signatures locales. «Talal Salman, Fadl Chalak, Bahige Tabbara, Mona Succariyé, Zahi Wehbé et d’autres». La revue est politique et économique. Les photos ont laissé la place à des tableaux, des images, des dessins et des croquis. «Nous avons prévu d’atteindre le nombre de 1 000 abonnements en 2021 mais je pense que ce chiffre sera atteint au milieu de 2020 car avec le deuxième numéro nous sommes déjà à 400 abonnements».
Si l’édition papier a ses adeptes, il n’en demeure pas moins que la première source de financement reste la publicité traditionnelle car au Liban, la publicité digitale n’est pas encore entrée dans les mœurs. «Le site enregistre jusqu’à présent plus de 25 000 entrées et nous estimons qu’elles atteindront 50 000 à la fin du mois mais le site web n’assure pas de rentrées car il est gratuit. C’est l’édition écrite qui rapporte avec les abonnements et les publicités». Pourquoi 180? «Parce que 180 degrés donne une vision d’ensemble et tel est notre but et notre mission. En outre, la région que nous couvrons englobe l’Egypte, la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et l’Irak et elle représente un angle de 180 degrés».
Deux personnes ont fortement influencé Hussein Ayoub dans sa carrière: Souheil Abboud et Joseph Samaha. «Souheil Abboud a été un exemple pour moi. Je lisais ses écrits depuis que j’étais petit et par la suite j’ai été en contact avec lui. C’est lui qui m’a encouragé à entrer au Safir et à y assumer plus de responsabilité après le départ d’Ibrahim el-Amine. Quant à Joseph Samaha, il était une véritable encyclopédie ambulante. Je passais des heures à discuter avec lui. C’est lui qui m’a introduit à l’écriture sociale et politique».


En chiffres
3
Hussein Ayoub a travaillé 3 mois au quotidien al-Diyar et 3 ans à Sawt el-Chaab.

20
Le journaliste a fait une carrière de 20 ans au quotidien as-Safir.

25 000
Depuis septembre, date du lancement, le site électronique 180 a enregistré plus de 25 000 entrées. 

Joëlle Seif
 

Ecrivaine et journaliste, Yolanda Soler Onis est depuis septembre 2019 la nouvelle directrice de l’Institut Cervantès de Beyrouth. Dynamique, pleine d’enthousiasme, elle a de nombreux projets dans la tête. Magazine l’a rencontrée.

Vous êtes écrivaine et journaliste. Parlez-nous de votre carrière.
A l’école, à peine âgée de 17 ans, ma professeure m’a introduit auprès d’un des plus grands journalistes des Iles canaries, où je vivais avec ma famille. J’ai alors commencé à écrire des articles d’opinion. Au départ, je voulais devenir diplomate et j’ai entamé des études de Droit dans ce but. Mais au bout de quelques temps, j’ai réalisé que ce n’est pas ce que je voulais et j’ai dit à mes parents que je préférais la poésie au droit. J’ai alors commencé des études en langue et littérature espagnole. Je travaillais et j’étudiais en même temps. Par la suite, j’ai écrit pour plusieurs quotidiens et travaillé également à la télévision et à la radio où j’ai été rédactrice en chef de l’information, ainsi que news anchor pendant une dizaine d’années entre 1982 et 1992.

Comment avez-vous changé de carrière?
Je me suis intéressée à la diffusion et la promotion de la langue et de la culture espagnole auprès de l’université internationale Menendez Pelayo, qui enseigne l’espagnol en Espagne alors que l’Institut Cervantès diffuse la langue en dehors du pays. Au départ, j’ai commencé à enseigner l’espagnol à Santander, dans le nord de l’Espagne, en été et par la suite j’ai organisé des cours d’espagnol adressés aux étrangers dans les Iles Canaries.

Comment avez-vous été recrutée par l’Institut Cervantès?
A cause de mon travail à l’université et des liens qui existent entre les deux institutions, j’étais en contact avec l’Institut Cervantès. En 2005, je suis devenue directrice de l’Institut Cervantès de Manchester, Leeds et Dublin pour 5 ans puis le centre de Varsovie, de Marrakech et depuis septembre, Beyrouth.

Quels sont vos projets pour l’Institut Cervantès de Beyrouth?
L’espagnol est la deuxième langue au monde. Depuis plus de 25 ans, l’Institut Cervantès fait la promotion de la langue et de la culture espagnole à Beyrouth, sans aucune interruption malgré toutes les crises qu’a traversées le pays. Notre centre possède un public fidèle car nous offrons des programmes de qualité et nous délivrons des diplômes officiels reconnus en Espagne. Ma mission aujourd’hui est de consolider et de développer les activités amorcées par mes prédécesseurs. Il existe plus de 80 Institut Cervantès dans le monde et le centre de Beyrouth fait partie des 15 instituts les plus actifs sur le plan des activités académiques. Pour l’année 2018-2019, l’Institut Cervantès a enregistré 2 321 inscriptions ainsi que 261 cours. J’ai l’intention d’intensifier la promotion des centres situés à Kaslik et à Tripoli qui ont moins de visibilité que celui de Beyrouth ainsi que mettre en place tous les accords signés avec les différentes universités et institutions académiques afin d’établir une collaboration et des échanges.

Quelles sont les activités prévues pour les mois à venir?
Nous allons organiser des conférences et des événements spéciaux dans les différents centres afin de les promouvoir. Notre but est de rapprocher la culture espagnole des habitants des différentes régions libanaises. Nous avons également un accord avec la Finul qui permet aux militaires basés à Marjeyoun d’enseigner l’espagnol dans des écoles et centres de la région. Durant les 6 derniers mois de travail, ce qui correspond à la durée de sa mission au Liban, la brigade Guadarrama XII de la base Miguel de Cervantès (Finul) a dispensé des cours d’espagnol à 445 étudiants, répartis sur 14 lieux. Depuis le début du programme en 2007, les membres de la Finul de la base Miguel de Cervantès ont enseigné à environ 6 000 étudiants. Nous tenons également un cycle de conférence sur l’architecture. Le 21 novembre l’architecte et urbaniste, Jésus de la Torre, tiendra une conférence sur la transformation urbanistique de Barcelone, qui possède de nombreuses similitudes avec Beyrouth.



Programme riche et varié
L’Institut Cervantès propose un programme culturel riche et varié pour les trois prochains mois. Parmi ces activités, l’exposition la Route des Phéniciens en Espagne, qui a eu lieu le 9 octobre ainsi que le lancement du recueil de poèmes traduits en arabe de l’écrivaine chilienne et prix Nobel, Gabriela Mistral en novembre.
Par ailleurs, l’Institut organise conjointement avec l’ambassade d’Espagne une série de conférences sur l’architecture espagnole, qui traiteront de problématiques telles que la restauration ou l’aménagement urbain durable. En collaboration avec l’ambassade du Mexique, l’Institut Cervantès organise le 1er Novembre L’Autel des Morts: un événement festif qui célèbrera la mémoire de l’écrivain défunt Fernando del Paso, au nom duquel est baptisée la bibliothèque dans les locaux de Beyrouth. Il est également prévu de lancer le programme de traduction et d’édition des Poètes Cervantès en arabe qui, en plus de diffuser le travail des poètes récompensés par le prix Cervantès, est une occasion pour les jeunes traducteurs libanais qui prendront part à ce projet d’approfondir leur formation et de se faire connaître en dehors du Liban. Enfin, le 6-7-8 décembre prochain, pour la première fois cinq figures du flamenco (Carmen Cortés, David Morales, Rosa de Algésiras, Nono García et Rosa Escobar) se réuniront dans le cadre d’un spectacle, avec deux représentations prévues à Beyrouth et une programmée à Tripoli.

Joëlle Seif

«Au midi du monde, 20 ans d’acrobatie». Le thème de cette 20ème édition du festival arabe de Montréal est énigmatique. Explications de son directeur Joseph Nakhlé.

Alors qu’il commence à faire froid et que la pluie précipite les gens à l’intérieur, on assiste à Montréal à une agitation vers les salles de spectacle, les cinémas, les maisons de la culture… Le public averti du FMA, amoureux de littérature, de musique, d’histoire, de chorégraphie et de diversité est fidèle au poste, d’année en année. Car il suffit de connaître le parcours de cet espace culturel inédit qui s’impose dans le paysage artistique québécois, pour savoir que, depuis des années, il rame à contre-courant pour passer un message tout simple: le monde arabe ne se compose pas seulement de taboulé et de folklore, c’est aussi une culture, un patrimoine, une richesse et surtout pas une image négative associée à l’intégrisme.
«À midi, il n’y a plus d’ombre. Il n’y a plus d’illusion.» Ce constat amer et courageux émis par un combattant de l’ombre, Joseph Nakhlé, Libanais aux identités multiples (Bécharré, Jbeil, Beyrouth, et bien sûr le Québec) et qui, depuis la création du FMA, défie obstacles et frustrations. 
Pourtant, au début, les circonstances lui étaient plutôt favorables. Très vite, vint l’impensable, l’abominable: les attentats du 11 septembre 2001. Ce fut le premier coup de poing. Les «Arabes» étaient désormais vus à travers un prisme de terreur. Résilient, le FMA continue de présenter sur les scènes de Montréal des artistes aux cultures ancestrales et à créer des spectacles fusion qui transcendent les religions, les communautarismes, les politiques… On se rappellera notamment du Cercle de l’extase, en 2003, une rencontre emblématique entre les chants mystiques musulmans et les chants grégoriens, qui a tourné en Amérique du nord pendant plusieurs mois. Dieu en trois D intègrera même le judaïsme en 2012. Autre spectacle  repris cette année Et la femme chanta Dieu qui sera joué, dansé et chanté par 25 femmes (dont Ghada Chbeir) de religions différentes. La place de la femme dans la culture arabe a toujours été un thème récurrent du festival. 

PRESSIONS ENORMES
C’est dans cet esprit de dépassement continu des rivalités tribales, des appartenances géographiques, des prises de position politiques que le FMA a avancé. «Notre premier ennemi, c’est nous-mêmes. Ce refus de se reconnaître comme Arabe et de s’identifier à l’image négative que le dominant, l’Occident, nous impose», affirme Joseph Nakhlé. Surtout après ce qu’on appelle «les accommodements raisonnables», en 2007 au Québec, et qui ont suscité des controverses profondes à l’égard notamment des minorités religieuses. Depuis l’exacerbation et la crispation à l’égard du monde arabe ne cessent de s’accentuer. «J’ai subi des pressions énormes pour enlever le mot arabe du nom du festival. J’ai toujours refusé. C’est nier notre culture, notre musique qui se prête à des croisements extraordinaires, notre littérature qui rivalise avec les plus importantes, notre calligraphie, notre histoire, notre imaginaire, tout ce qui peut alimenter la culture du monde entier… Et le monde a besoin de tribunes comme celle du FMA pour garder vivante cette culture fabuleuse qui, pour continuer à émerveiller, a besoin d’être fertilisée au contact d’autres techniques, d’être alimentée, renouvelée. Et c’est ce que nous faisons en allant à la rencontre du jazz, du flamenco, du classique. Mais malheureusement aujourd’hui, cette culture qui bouillonne de possibilités est emprisonnée dans une ère qui veut l’étouffer. Ajoutez à cela, la nervosité identitaire, la décomposition des communautés arabes en sous-groupes, le déni de leur arabité, leurs pulsions grégaires, leur manque de présence culturelle de niveau malgré leur très grand nombre au Canada… Persévérer dans ces conditions relève véritablement de l’acrobatie.»
Si le FMA est toujours là, cela n’est pas dû aux talents de jongleur ou de magicien de Joseph Nakhlé et de son équipe, mais à l’esprit artistique et à aux brillantes prestations de création, diffusion et de production qu’il offre. Les trois Conseils des arts, du Canada, du Québec et de Montréal, organismes puissants et surtout indépendants, n’ont, par exemple, jamais cessé de renforcer leur appui à ce festival qui, d’après leurs critères artistiques, s’impose par l’excellence de son organisation, de sa programmation, son rayonnement dans la société québécoise. Bon an, mal an, malgré les coupures budgétaires drastiques de la part du gouvernement provincial (sans raison explicite), la douzaine de personnes qui compose l’équipe de Joseph Nakhlé n’a jamais baissé les bras. Que ce soit en été avec sa version ludique, Orientalys, au Vieux port de Montréal, ou durant ses arts de la scène, son salon de la culture ou dans son volet cinéma, des dizaines voire une centaine de personnes travaillent durant un mois pour permettre à des chanteurs, musiciens, danseurs, comédiens, écrivains et penseurs d’offrir un échantillon de leur art et de leur réflexion dans une langue que les politiques québécoises veulent pourtant assimiler dans leur creuset multiculturel... Cela sera-t-il suffisant pour assurer la pérennité de cet espace unique en Amérique du nord?

Festival du monde arabe du 25 octobre au 17 novembre. www.festivalarabe.com

Gisèle Kayata Eid (à Montréal)

 

Les conduites anorexiques et boulimiques sont de plus en plus fréquentes, notamment chez les jeunes. Un trouble alimentaire qui peut devenir signe de souffrance et mettre la vie du patient en danger. L’accompagnement de ces comportements alimentaires implique une attitude multidisciplinaire.
 

L’augmentation considérable des troubles anorexiques et boulimiques constatée par tous les acteurs du soin de cette pathologie touche en particulier les moins de 26 ans. En effet, la société de consommation prône la maigreur comme valeur esthétique et sous l’influence de la mode, les regards banalisent ce phénomène. Les médias, non seulement ne critiquent pas cette déformation des critères de santé mais l’encouragent à leur insu. On voit croître le nombre d’adolescentes vulnérables, qui s’adonnent aux vomissements pour pouvoir manger, tout en maigrissant, et deviennent prisonnières d’un comportement qu’elles pensaient pouvoir maîtriser. 
Au Liban, les jeunes femmes sont «prisonnières également d’une image sociale, dans un pays où l’apparence physique est synonyme de beauté, de succès, il n’est pas rare de succomber à la pression de rester ou devenir mince», déplore Mélissa Rizk, nutritionniste spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire, et professeure à l’USJ.  «Il y a une prévalence de plus de 59% des femmes libanaises à haut risque de souffrir de troubles du comportement alimentaire, versus une prévalence mondiale de 0,3%», alerte-t-elle.   

Combiner les thérapies
«Ce problème grave requiert une intervention par les acteurs de la santé tant en termes de soins que de prévention, car les troubles du comportement alimentaire (TCA) peuvent conduire à des situations de dénutrition sévère, mettant la vie en danger. D’autre part, la restriction, les crises de boulimie et les vomissements créent de véritables addictions difficiles à résorber, et nécessitent un traitement complexe, au carrefour du somatique et du psychique», ajoute Mélissa Rizk. «Ainsi, pour soigner le déséquilibre psychosomatique de l’anorexie et de la boulimie, il est indispensable d’établir des complémentarités thérapeutiques entre médecine, psychiatrie, psychothérapie, nutrition… D’un point de vue physiologique, la personne souffrant d’un TCA doit consulter un nutritionniste, un expert de l’alimentation, qui lui explique l’importance de manger sainement, et lui signale les impacts extrêmement négatifs des mauvaises habitudes alimentaires. Il contribuera également à établir un plan de repas adapté aux besoins du patient. Dans le cas de l’anorexique, il s’agit de l’aider à reprendre du poids graduellement et de manière saine, sans peur des calories. En revanche, pour les personnes souffrant de boulimie, il favorise un plan qui ne soit pas aussi restrictif que celui qu’elles ont essayé de s’imposer (menant aux frustrations et aux crises), en leur permettant de se faire plaisir au moment des repas au quotidien», avance la nutritionniste. «Ainsi, dans le cas de surpoids, il ne s’agit pas de se concentrer sur une perte de poids rapide», signale la spécialiste, «mais de changer les habitudes alimentaires de la personne afin de l’aider à atteindre un bon état de santé. Cela passera également par un programme de sport, qui favorisera une perte de poids saine.»

Une capacité d’écoute incontournable
«Par ailleurs, les TCA apparaissent souvent avec d’autres troubles psychologiques», poursuit Mélissa Rizk. «Il est donc important de tenir compte de ces mauvaises et dangereuses habitudes alimentaires, qui sont souvent le reflet d’autres problèmes sous-jacents, tels qu’un manque de confiance en soi, une anxiété ou une dépression… Par conséquent, l’accompagnement d’un TCA ne peut pas se faire uniquement d’un point de vue physiologique, en se concentrant sur la perte ou la prise de poids. Le nutritionniste spécialisé dans les troubles de comportement alimentaire doit être doté d’une grande capacité d’écoute, puisqu’il sera confronté à des personnes malades, en quête  d’aide et de soins.» Et la nutritionniste d’ajouter: «il est primordial de faire preuve d’empathie, d’attention et de compréhension pour déterminer précisément les origines d’un problème nutritionnel. En plus des compétences médicales, il faut user de pédagogie pour expliquer aux patients pourquoi certains aliments leur sont déconseillés, ou comment leur régime alimentaire a un impact négatif sur leur santé. Dès lors, il est essentiel de faire preuve de persuasion, sans pour autant se montrer autoritaire. Ainsi, dans le cadre de la prise en charge des troubles alimentaires, certaines notions de psychologie, voire de psychiatrie, sont indispensables.»

Marlène Aoun-Fakhoury

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Éditorial
La bête blessée reste dangereuse

Les pontes du système doivent trembler dans leurs fauteuils. Excédés par des décennies d’humiliation, qui a culminé avec une crise économique et financière sans précédent, les Libanais ont poussé un tonitruant cri de colère. Ça suffit!Le peuple libanais mérite mieux que cette classe parasitaire qui s’est enrichie d’une manière éhontée en pillant les biens de l’Etat et les ressources du pays. Une caste d’irresponsables et d’incapables qui ont mené le pays à sa ruine; une clique de corrompus qui éprouvent un tel mépris pour le peuple qu’ils étaient persuadés qu’ils pouvaient impunément continuer leurs pires excès sans que personne ne leur demande jamais de comptes; une bande de mafieux, qui ont détourné des dizaines de milliards de dollars empruntés à des taux improbables pour financer leurs palais, les mariages somptueux de leurs enfants, et autres indécences, au lieu de reconstruire une infrastructure détruite par leur interminable guerre, lorsque certains étaient miliciens et d’autres financiers de milices.En redistribuant une infime partie de ce qu’ils pillaient pour entretenir une clientèle plus ou moins importante, ils ont réussi à se régénérer, d’une campagne électorale à l’autre, en pensant pouvoir se reproduire à l’infini, rassurés que les murs du confessionnalisme qu’ils se gardaient bien d’abattre, empêcheront les Libanais de s’entendre, un jour, sur une cause unique. Mais ce système bien verrouillé a fini par rendre l’âme parce qu’il n’y avait plus rien à piller. Cupides, avares et mesquins, ils n’ont pas eu assez de courage ni d’intelligence pour puiser quelques miettes dans les fortunes colossales qu’ils ont amassées pour continuer à entretenir leur clientèle, si bien qu’une bonne partie de leur base, qui a sombré dans une grande pauvreté ou un désespoir extrême, s’est retournée contre eux.La révolte des Libanais est spontanée et authentique. Mais pour réussir à arracher au pouvoir des concessions durables et sérieuses, ils doivent rester focalisés sur la question sociale et économique qui transcende les communautés. Ceux qui essaient de les entraîner sur le terrain politique espèrent dissiper leur énergie et diviser leurs rangs. Chacun souhaite pour lui-même, pour ses enfants et pour ceux qu’il aime une meilleure justice sociale, davantage d’opportunités d’emploi, un avenir plus sûr. Mais lorsque des questions d’ordre politique sont abordées, il y aura autant d’avis qu’il y a de manifestants dans la rue. C’est là un piège dans lequel la classe politique veut précipiter le mouvement de contestation dans l’espoir de le torpiller.   Même blessée, surtout blessée, la classe politique reste très dangereuse. Comme elle a pillé l’Etat, elle n’hésitera pas à précipiter le pays dans les pires abîmes pour conserver ses privilèges. Il faut rester vigilant.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Syndic de copropriété
Habiter un appartement au Liban impose d’y consacrer un budget spécifique. En effet, les dépenses ne se limitent pas simplement à l’achat ou aux loyers. Des frais supplémentaires viennent s’y…

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