Première transplantation de tête humaine. Quand la réalité dépasse la fiction
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Nº 3084 du vendredi 1er décembre 2017

Première transplantation de tête humaine. Quand la réalité dépasse la fiction

 
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Il se pourrait bien que décembre 2017 reste dans les annales de la médecine. 150 médecins se mobiliseront pour participer à la première transplantation de tête qui sera réalisée par le Dr Sergio Canavero, un neurochirurgien italien. Quid de cette intervention? Quel est le pourcentage de réussite d’une telle opération? Où se positionne l’éthique par rapport à un tel projet?


Trente-six longues heures. Cette première mondiale coûtera la bagatelle de 10 millions de dollars. C’est un jeune informaticien russe du nom de Valéri Spiridonov, souffrant d’une amyotrophie spinale (maladie génétique qui rend l’individu complètement paralysé), qui en bénéficiera. Ce projet fou ambitionne de greffer la tête du «malade» sur le corps d’un donneur en état de mort cérébrale. Un projet ambitieux établi depuis 2 ans par le Dr Sergio Canavero, un neurochirurgien italien, suscitant de nombreuses controverses.
Interrogé par Magazine, le Dr Joseph Maarrawi, neurochirurgien et chercheur dans ce domaine explique que le monde neuroscientifique doute fort de la réalisation de cette intervention en décembre. «Si cette opération a lieu, un grand point d’interrogation se pose sur les chances de réussite», certifie-t-il. Son confrère, le Dr Ronald Moussa affirme qu’il s’agit d’«une  première médicale car c’est la première fois qu’une telle opération sera effectuée sur un être humain. La principale prouesse consiste surtout dans la suture de la moelle épinière».

Les prévisions, étape par étape
Dans ce cas, le donneur est un individu en état de mort cérébrale mais dont le corps fonctionne normalement. Le receveur n’est autre que Valeri Spiridonov, dont seul le cerveau fonctionne. La chirurgie annoncée par le Dr Canavero consistera à «décapiter» le receveur et à «brancher» sa tête au corps du donneur. Sur les plans technique et chirurgical, l’opération consistera à effectuer plusieurs anastomoses (connexion entre deux structures), d’abord de la moelle épinière du receveur sur celle du donneur, puis des artères au niveau du cou, des veines, de l’œsophage, de la trachée etc, comme l’explique le Dr Maarrawi. Le tout devra être établi de façon assez minutieuse et dans un délai de temps assez court.
Pour ce faire, le Dr Canavero et ses équipes vont couper la tête de Spiridonov et la refroidir à 15 degrés, le temps de la «brancher» au nouveau corps. Cette procédure ralentirait ainsi le métabolisme du cerveau pour réduire les dégâts durant la phase de non irrigation. «Cette étape constitue un grand défi, surtout que, durant un certain temps, l’organe sera privé de son apport sanguin. Dans le cas particulier de la transplantation de la tête, le problème ne se pose pas trop pour le corps mais pour la tête, le premier ayant conservé son cœur», assure le Dr Maarrawi. Une température basse protègera donc les neurones et les cellules. Toutefois, lorsque l’organe non irrigué est un cerveau, le danger est plus important vu que les neurones ne peuvent généralement pas survivre au-delà de 3 à 5 minutes privés de sang. Cette contrainte technique nécessite donc un refroidissement notable et une reconnexion rapide des vaisseaux pour assurer une vascularisation et un débit sanguin immédiats pour le cerveau.
D’après le Dr Maarrawi et le Dr Moussa, la plus grande contrainte technique réside dans l’anastomose de la moelle épinière. Cette difficulté se traduit non seulement sur le plan chirurgical mais aussi sur les suites post-opératoires. Le Dr Canavero et son équipe ont basé leurs recherches effectuées chez l’animal (rats et souris) sur une section de la moelle épinière suivie d’une anastomose de cette dernière, selon la technique Gemini. La plupart des souris ont pu récupérer une force motrice adéquate. Deux avancées scientifiques ont permis un tel aboutissement. «La première est la section de la moelle de façon minutieuse, à l’aide d’une lame ultrafine, évitant les dommages. La deuxième est le recours au PEG (polyéthylène-glycol, une sorte de colle que le chirurgien insère entre les deux bouts de la moelle sectionnée pour favoriser la régénération. «Le Dr Canavero semble très optimiste quant à la réussite de cette anastomose. La moelle épinière n’est pas un simple vaisseau ou une simple structure à recoudre», indique le Dr. Maarrawi.
Le Dr Canavero provoquera ensuite un coma artificiel du patient pendant un mois pour garantir la réussite de l’anastomose et augmenter les chances de reconnexion entre les deux moelles. Ce n’est pas sans risque. Plus encore, pour éviter le rejet, le receveur sera soumis à un traitement immunosuppresseur, très contraignant et sujet aux complications. En effet, plus le geste chirurgical est long, plus le risque d’attraper des infections est élevé.

Quels enjeux éthiques?
Le serment d’Hippocrate interdit la «décapitation». Or, le Dr Canavero enfreint non seulement cette loi, mais il fait encourir aussi le risque de mortalité à son patient. Selon le Dr Maarrawi, l’éthique exige que tout essai clinique soit effectué dans sa totalité sur l’animal avant d’être appliqué sur le corps humain. Ce qui n’a pas été le cas ici. Le «Frankenstein» italien s’est limité à une reconnexion de la moelle épinière sans établir une transplantation de tête «animale» avant de s’attaquer à l’humain. Certains diront que dans les années 70, le neurochirurgien américain Robert J. White avait transplanté la tête d’un singe sur le corps d’un autre. A l’époque, l’opération avait été effectuée sans anastomose de la moelle épinière et le «singe-résultat», paralysé, était mort un mois plus tard.
Pour le Père Michel Scheuer, président du Comité d’éthique de l’université Saint-Joseph, «tout ce que la science et la médecine rendent possible aujourd’hui ne s’inscrit pas automatiquement dans le projet du bien de la personne humaine ou de l’humanité en général». D’après lui, cette opération est totalement contraire aux principes d’éthique, puisque le Dr Canavero fera en sorte que deux humains actuels ne fassent plus qu’un. «J’ai de grands doutes quant à la réalisation de cette opération en décembre. Dans le cas contraire, les conséquences psychologiques pour le receveur sont énormes. Il se retrouvera dans un corps qui n’est pas le sien et aura certainement du mal à l’accepter», atteste le P. Scheuer. «Toute transplantation suppose aujourd’hui l’accord d’un comité éthique universitaire et celui du ministère de la Santé. Le comité d’éthique hospitalier universitaire ne peut traiter que des cas où les personnes sont apparentées. Sinon c’est le comité national qui traite la question parce que les dangers de commerce sont plus grands. Est-ce la raison pour laquelle le Dr Canavero a opté pour la Chine comme endroit de réalisation de son intervention chirurgicale (les règlementations relatives à ce sujet étant moins strictes)?

Natasha Metni

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Éditorial
Le front le moins solide

Des trois fronts sur lesquels se battait le Liban pendant la crise liée à la démission surprise de Saad Hariri, l’économie était le moins visible mais le plus surveillé par les milieux locaux et internationaux.Sur le plan de la sécurité, la réaction rapide et ferme des autorités a permis d’étouffer dans l’œuf toute tentative de déstabilisation. A part le petit attroupement organisé à Sodeco par des partisans du Parti national libéral et d’Achraf Rifi, et l’incendie d’un portrait de MBS à Tripoli, suivi par la décision du ministre de l’Intérieur de retirer des rues tous les portraits du prince héritier saoudien, aucun incident notable n’a été enregistré. Dans le domaine politico-diplomatique, la gestion de la crise par le président Michel Aoun, avec le soutien de Nabih Berry et de la direction du Courant du Futur, a désamorcé une à une les mines dont l’explosion était susceptible de plonger le pays dans le chaos.C’est l’économie qui a le plus inquiété les dirigeants du pays et les milieux de la finance internationale. Certes, la panique des marchés a été contenue mais les signaux émis ont montré combien ce front restait fragile. Dans un article publié le 17 novembre, consacré aux pays à risque après le défaut de paiement de sa dette par le Venezuela, l’agence Bloomberg souligne que le ratio de la dette comparé au PIB au Liban pourrait atteindre, cette année, 152%.Comment ont réagi les marchés financiers à la crise politique déclenchée par la démission et le séjour ambigu de Saad Hariri en Arabie saoudite? Selon des sources économiques, la Banque du Liban (BDL) a dépensé entre le 6 et le 15 novembre près de 800 millions de dollars pour soutenir la livre libanaise. A l’heure d’aller sous presse, la BDL n’avait pas encore publié le bilan bimensuel sur l’état de ses réserves en devises étrangères. Mais le chiffre de 800 millions de dollars est probablement dépassé, bien que les pressions sur la livre libanaise aient baissé après la décision de Saad Hariri de temporiser concernant son éventuelle démission. Autre signal négatif, la sortie de capitaux. Près de 1,5 milliards de dollars auraient émigré du Liban vers des cieux moins encombrés. Certes, ce montant paraît insignifiant comparé aux 169 milliards de dollars de dépôts dans les banques libanaises. Mais il constitue quand même 20% des capitaux entrants au Liban en rythme annuel (estimé à 7,5 milliards de dollars), et qui servent à financer les besoins de l’Etat.     Enfin, la crise politique s’est traduite par des pressions sur les eurobonds libanais (les bons du trésor en devises) à cause de la vente par des détenteurs étrangers de leurs titres libanais, ce qui a provoqué une baisse de leur prix et, par conséquent, une hausse du taux de rendement. Toutes ces données montrent que l’économie reste le ventre mou du pays, le talon d’Achille, qui pourrait réduire à néant la résilience politique et sécuritaire.


 Paul Khalifeh
   

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