Société
Logo

Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Société
Jeudi, 31 Janvier 2019 14:17

Horoscope

Bélier

Un mois de février contrasté avec heureusement plus de haut que de bas. Jusqu’au 18, le Soleilen Verseau vous pousse sur le devant de la scène pour tenir les rênes d’un projet ambitieux. Côté pro, un contrat signé en début de mois vous réserve un avenir sympa. Complexes et un peu compliquées les relations amoureuses en fin de mois. Un sentiment d’incompréhension provoque des tensions à la maison. Rassurez-vous, on s’aime quand même.



Taureau
Coup d’accélérateur dans la deuxième partie du mois, quand Marsvous emboîte le pas. Vous retrouvez la motivation côté pro, l’énergie côté forme. Le moral suit lui aussi, les conditions sont optimales pour remporter une victoire magistrale. Auparavant, du 1er au 13, vous devez faire face à des imprévus susceptibles de mettre vos nerfs à rude épreuve sur le plan financier. Heureusement, Vénusvous envoie du renfort (chéri, amis, famille) pour vous aider à stabiliser la situation.



Gémeaux
Puisez dans l’énergie rebelle d’Uranuspour vous imposer et vous démarquer. Vous ne ferez pas l’unanimité. Qu’importe, ceux qui adhèrent à vos idées vous donnent les moyens de les concrétiser. Côté boulot, Marsen Bélier vous promet une belle victoire si vous mettez les bouchées doubles entre le 1er et le 13. En amour, Vénusquitte votre rival le Sagittaire le 3, la voie est libre pour aimer à profusion, sans modération.



Cancer
Si le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt et qui courent vite, soyez certaine d’arriver en tête et de monter sur la plus haute marche du podium. Vous prenez de l’avance, tenez la concurrence à distance, réalisez des performances. Ça, pour le travail. Vous ralentissez la cadence, par amour uniquement. Et pour consacrer du temps à vos proches, qui semblent avoir besoin de votre présence.



Lion
Ça pulse jusqu’au 14, grâce à la fusion Mars/Uranusen Bélier. On vient vers vous avec une offre à vous soumettre, qui si vous l’acceptez, vous propulse vers les sommets. Pariez aussi sur le bouche à oreille pour accroître votre notoriété, et élargir votre champ d’activités. Mercureen Verseau vous suggère de négocier avant de signer, pour éviter toute mauvaise surprise par après. L’amour n’est pas en reste, une rencontre si vous êtes célibataire, un projet de voyage pour le couple.



Vierge
Mercures’apprête à séjourner en Poissons (votre rival), pour un bon moment. Attendez-vous à quelques désagréments sur le plan financier, mécontentement côté job. Pourquoi? Parce que les rentrées d’argent n’arrivent pas, et que les conditions de travail se dégradent. Après avoir pris votre mal en patience, vous décidez de monter au créneau pour améliorer votre situation. En Capricorne le 4, Vénusconsolide vos relations. Le soutien de votre entourage vous encourage à franchir les barrages.



Balance
Encore un mois à supporter la présence d’Uranusen Bélier (votre signe opposé). Et à devoir composer avec des situations qui changent sans arrêt. Les directives d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec la veille. Mêmes allers et retours en amour, un pas en avant, trois en arrière, votre partenaire adhère à vos projets avant de se rétracter. Mais pas question de vous avouer vaincue, vous passez en force, fatiguée certes mais fière d’avoir bravé tous les dangers.



Scorpion

L’argent et l’amour font bon ménage ce mois-ci. Grâce aux influx des planètes en Capricorne (Vénus, Saturne, Pluton). Le couple se plonge dans la concertation pour réfléchir à un ambitieux projet, programmé pour être lancer au printemps. On évalue les coûts, on minimise les risques pour être certain que tout se passera bien. Socialement, il faut attendre l’arrivée de Marsen Taureau le 14 pour que vos initiatives deviennent payantes. La période est idéale pour demander une promotion et/ou une augmentation.

 


Sagittaire
Du 15 au 28, Jupiterfait de l’œil à Uranus. Vous sortez des sentiers battus de manière inattendue en pariant sur un projet innovant, susceptible de rapporter de l’argent prochainement. Jusque-là, vous devez convaincre votre entourage de tenter l’aventure à vos côtés, et de vous donner les moyens matériels suffisants pour atteindre l’objectif fixé. Attention, l’arrivée de Mercureen Poissons le 11 augure de négociations difficiles. Argumentez habilement pour convaincre et gagner la confiance.



Capricorne
De bonnes surprises vous attendent, grâce aux bons effets conjugués de Mercure/Vénuset Mars. Mercure tout d’abord, pique votre curiosité par une piste professionnelle à creuser. Une nouvelle activité peut servir vos intérêts et booster votre carrière. Vénus renforce les liens du cœur. Vous pouvez vous projeter dans l’avenir en toute sécurité. Mars booste à la fois les projets, les énergies et la libido. Vous avez une pêche incroyable tant pour bosser que pour câliner votre bien-aimé.



Verseau
Les quinze premiers jours sont placés sous le signe de l’innovation et de la communication. Le Soleilvous permet de nouer des contacts intéressants. Votre profil intéresse côté pro, super pour signer un contrat si vous cherchez un job. Mercureet Marsvous aident à tirer votre épingle du jeu d’une situation matérielle compliquée. Vous redoutiez de perdre de l’argent, voilà que vous en gagnez davantage. La seconde partie du mois est plus mitigée côté cœur. Plus d’hésitation que de tension, le doute empêche de prendre des engagements, par peur de se tromper.




Poissons
La carpe prend la parole. Mercure, le messager des dieux vous aide à faire passer vos idées. En équipe, vous prenez le leadership en vous démarquant par votre sens créatif. Vos projets sont innovants et inspirés. Beaucoup d’amour aussi, avec une idylle qui prendre de l’ampleur et mène tout droit au bonheur. En couple, vous marchez main dans la main, avec l’envie d’agrandir la famille ou de trouver un endroit spacieux pour vivre plus heureux.

Le centre d’éducation non formelle installé dans le quartier défavorisé de Hay el-Gharbé, dans la banlieue sud de Beyrouth œuvre depuis plus de dix ans sur le terrain. Modèle d’engagement et de solidarité, il constitue aussi un microcosme de la misère et du dénuement qui hantent notre société.



Dans le centre d’éducation non-formelle Tahaddi, les enfants préparent la fête de Noël et de fin d’année sur les toits, aménagés en aire de recréation. Ils défilent un par un en récitant de courtes phrases qui disent tout: «Nous voulons vivre en paix, nous sommes tous égaux, nous avons droit à une enfance, à une identité, à l’éducation… Nous vous souhaitons une bonne année 2019». Des éducatrices bienveillantes et patientes veillent sur leur tenue sur scène et sur leur élocution; elles ne sont pas forcément complaisantes. Garçons et filles sont mélangés, Syriens, Libanais et Doms – des Libanais d’origine gitane – chantent, jouent et étudient ensemble.
Parce que c’est dans l’enfance que tout commence, Catherine Mourtada, la cofondatrice de Tahaddi, et son équipe, ont choisi depuis dix ans de semer des graines d’éducation auprès de ces enfants qui auraient été autrement, les laissés-pour-compte d’une conjoncture et d’un système. Au lendemain de la guerre, Catherine Mourtada, Suissesse de père syrien, vient enseigner le Français, à l’école Notre-Dame-de-la-Paix à Dora. Elle découvre aussi la misère du quartier de Hay el-Gharbé, où résident de nombreux Doms  – naturalisés pour beaucoup d’entre eux dans les années 1992-1994 – et Libanais, à quelques mètres du rond-point de Cola et de la Cité Sportive. Avec une amie française, médecin de profession, le Dr Agnès Sanders, elles arpentent les ruelles du quartier et prodiguent des soins de base à ceux qui en ont besoin. Elles y viennent une fois par semaine et boivent souvent le café avec les habitants. Un lien se crée. A l’époque, elles constatent que beaucoup d’enfants souffrent d’infections oculaires et, au-delà de ce problème spécifique, combien cette population a difficilement accès aux soins médicaux et à l’éducation. C’est notamment le cas des Doms, souvent  «rejetés» selon Catherine Mourtada, du fait de leurs origines. Avec un groupe d’amis, Catherine Mourtada et Dr Agnès Sanders se mobilisent pour collecter 100 dollars par enfant afin de les scolariser dans l’école publique. Elles louent par la suite un deux-pièces dans le quartier pour accueillir une quinzaine d’enfants âgés de 8 ans et plus et n’étant jamais allés à l’école. Quelques années plus tard, en 2008, elles fondent l’ONG Tahaddi qui devient un centre d’éducation non-formelle.

Réinsérer les exclus du système
Le centre reçoit des enfants dans le cadre d’un programme préscolaire de 3 ans avec l’objectif de les insérer ensuite dans l’école publique. Il accueille également ceux qui n’ont pas pu être admis à l’école publique, à cause de certaines difficultés, de manque de place ou de leur âge, l’école gouvernementale ayant aussi certains critères d’admission. Par exemple, à partir de l’âge de 8 ans, un enfant n’y est plus admis s’il n’a pas été scolarisé au préalable, sachant aussi que l’école n’est pas obligatoire avant l’âge de 6 ans. Ainsi, «ceux qui ont 8 ans et plus seraient condamnés à l’illettrisme», déplore Mme Mourtada qui cherche justement à lever cette fatalité, de même qu’à augmenter les chances de réussite de ceux qui sont déjà inscrits à l’école publique en fournissant à plus de 100 enfants un soutien pour les devoirs. Le programme de Tahaddi suit le curriculum libanais tout en étant adapté aux besoins émotionnels et cognitifs de ces enfants.
L’ONG reçoit les élèves pendant un maximum de 7 ans. Ensuite, ceux qui le désirent sont placés avec l’aide de l’assistante sociale du centre dans des organismes comme Dar el-Chabab, Moujad, le Mouvement social ou dans les formations offertes par le ministère des Affaires sociales. Certains font des stages de pâtisserie, de pharmacie ou autre dans des établissements de renom comme la pharmacie Mazen ou  la pâtisserie T-Square à Sodeco. Le centre prodigue aussi des cours d’informatique, d’arts plastiques, de chant, de théâtre. Un atelier de couture permet aux femmes de vendre le produit de leur travail au travers de marchés solidaires. Depuis deux ans, ces femmes ont par exemple cousu des centaines de couvertures, distribuées dans les camps de réfugiés de la Békaa.
A côté de l’éducation, Tahhadi propose des services de soutien psychologique et social à une population qui en a bien besoin, au vu de l’état d’insalubrité, de promiscuité et de dénuement dans lequel elle survit. Deux psychologues, cinq assistantes sociales, deux orthophonistes, une psychomotricienne collaborent avec l’ONG, qui reçoit également des enfants à besoins spéciaux intégrés dans les classes de son centre éducatif. Un centre médical dirigé par un médecin libanais accueillant des  résidents de l’AUBMC, fournit gratuitement des soins de base et les vaccins nécessaires aux enfants.

Redonner de la dignité
Dans ce contexte d’extrême pauvreté, la drogue et la petite délinquance sont des fléaux fréquents parmi les adolescents, ainsi que le mariage précoce des jeunes filles. Tahaddi cherche à relever les défis de la pauvreté et des préjudices en soustrayant les enfants de la rue, en accueillant des familles et en employant des personnes sans distinction de religion, de nationalité ou de niveau social. Une quarantaine d’employés issus de différents coins du pays, collaborent aux activités du centre. Près de 400 enfants bénéficient actuellement de ses différents programmes éducatifs. «Une des particularités de ce centre est qu’il reçoit de façon égale Syriens (52%) et Libanais (48%) qui étudient et jouent ensemble sans problème», explique Catherine Mortada, sachant que les Libanais et Syriens ne vont pas aux mêmes horaires à l’école publique, les capacités d’accueil des salles de classe de ces établissements étant limitées. 
Modèle de mixité et d’ouverture, le centre Tahhadi a pu, heureusement, trouver de nombreux soutiens. La Principauté de Monaco, Les Apprentis d’Auteuil, la Coopération Suisse, celle du Liechtenstein, la Lebanese Society for education and social development (LSESD et la Coopération française figurent parmi les principaux donateurs institutionnels. Des particuliers, Libanais et autres, contribuent également financièrement mais aussi avec des dons en nature (habits, jouets, etc.) et du temps. «Notre équipe est motivée parce qu’elle voit que donner accès à l’éducation ou à la santé physique ou mentale, fait une différence, même si la vie reste très difficile pour les familles de Hay el-Gharbé», souligne la directrice du centre, qui avec ses collaborateurs, a «constamment de nouveaux projets pour l’ONG». «Depuis que nous avons commencé, nous voyons l’impact sur la population. Nous cherchons à ce que les gens ne soient pas dépendants de notre aide mais qu’ils puissent vivre dans la dignité et le respect». L’équipe mène son combat avec entrain. «Le jour où ça sera lourd pour moi, j’arrêterai», confie Catherine Mortada, qui entraîne par son enthousiasme, dans la foulée, de nombreux bénévoles, collaborateurs et contributeurs.

Nicole Hamouche

Mardi, 29 Janvier 2019 14:12

SLAM. Des poètes comme militants

De nombreuses communautés alternatives d’artistes promouvant «l’art parlé» fleurissent au Liban, dévoilant l’autre visage d’une société qui semble immobile.
 

De l’extérieur, Riwaq Beirut est un café comme un autre, légèrement excentré d’un Mar Mikhael bourdonnant dès la tombée de la nuit. Pourtant, au sous-sol, se tient chaque mercredi soir un événement rassemblant des jeunes adultes comme des sexagénaires. Certains sont assis sur un canapé avec un verre de vin, d’autres se sont posés en tailleur par terre, leur chope de bière à la main. Ensemble, ils écoutent des artistes en herbe ou confirmés se produire tour à tour. Sidewalks Beirut rassemble des gens qui n’ont en commun que leur envie de s’exprimer librement.
C’est en novembre 2017 qu’est née l’association, d’une commune volonté de quelques artistes souhaitant démocratiser l’art «parlé», une catégorie regroupant entre autres le slam, la poésie et bien sûr la chanson. Le but est l’expression de soi-même, sans aucune censure. La soirée s’organise sous la forme de performances préparées à l’avance en première partie puis d’ «open mic» en seconde partie, laissant libre court à l’improvisation pour ceux qui désirent participer. Défilent autant des artistes confirmés et spécialisés dans leur catégorie que des amateurs qui n’ont jamais connu la scène. Rap, poésie, contes, slam, morceaux instrumentaux, discours, pamphlets, tout est possible tant qu’il s’agit de transmission et d’expression.
Rachelle April Bassili, une musicienne de 28 ans professionnelle depuis huit ans, fait partie d’un groupe de rock ainsi que d’un collectif acoustique. Elle se produisait pour la première fois sur la scène de Sidewalks. «Je voulais présenter notre travail à un nouveau public, faire part du côté intime dans le processus d’écriture d’une chanson. Sidewalks offre un cadre idéal pour être pleinement soi-même plutôt qu’un visage de scène. On s’expose sans se sentir vulnérable» Le cadre chaleureux de la petite salle et les encouragements d’auditeurs qui se connaissent souvent entre eux aident en effet à combattre le trac et l’angoisse des apprentis artistes.
Rayan Sammak, jeune rappeur et poète de 19 ans, membre de l’équipe d’organisation, explique à quel point cette communauté est devenu un secours pour lui. «Sidewalks, c’est ma famille. Même quand c’est la première fois que quelqu’un se produit, le public est très encourageant. Monter sur scène, c’est une expérience incroyable, mais surtout ça fait découvrir des choses sur soi-même. Les problèmes de confiance en soi disparaissent immédiatement. C’est une prise de pouvoir. Je suis toujours assez timide et mal à l’aise en société. Maintenant, quand je fais face à mes problèmes, je n’ai plus aucune anxiété».

LIBERTE POUR LA JEUNESSE ARABE
C’était une des ambitions de Maysan Nasser, la fondatrice de la plateforme, lorsqu’elle décide d’important le concept à Beyrouth. Syro-yéménite émigrée au Liban, diplômée de l’Université Américaine de Paris en Psychologie et Théâtre, elle fonde Sidewalks Beirut à son retour en constatant qu’il n’existait pas encore ici de telle initiative.
«Depuis la nuit des temps, des gens racontent des histoires qui ne sont pas les leurs. Il y a un tournant dans le pouvoir aujourd’hui, dans le fait que les gens se lèvent et montent sur scène pour raconter leurs propres histoires, plutôt que d’entendre quelqu’un d’autre raconter leurs expériences. Spécialement pour nous, la jeunesse arabe, il y a une grande différence entre ce qu’on nous raconte et ce que nous avons à dire. Nous devons être capables de raconter notre propre histoire».
Pour cette communauté, cette alternative aux moyens classiques d’expression est le meilleur moyen de faire prendre conscience à la société des nouveaux enjeux de notre temps, comme tout art est supposé le faire.
«L’art n’est pas un miroir de la réalité, mais c’est le marteau par lequel on la façonne, explique Maysan. Contrairement aux compétitions de slam où tout est structuré et jugé, ici tu as juste à prendre le micro et t’exprimer. On réveille les consciences de façon bien plus directe. Un être humain et ses émotions, c’est cela qui révèle réellement la société telle qu’elle est». Rayan Sammak d’ajouter: «Aujourd’hui, ce sont nous, ces jeunes considérés par les anciens comme des gens qui ne font que boire et fumer, qui font bouger les choses. Au Liban, nous sommes depuis toujours soumis aux mêmes stimulations. Rien ne marche dans les manières classiques pour faire changer la société. Rien n’est contrôlé ici, tout est brut, tout est vrai».

Une société en mutation
Toutefois, Sidewalks Beirut est loin d’être la seule association qui promeut ce type d’expression alternative. Hakaya Storytelling, Cliffhanger, Poetry Pot sont autant d’exemples similaires. FADE IN est une communauté d’autant plus intéressante qu’elle aide les aspirants artistes à travailler leur écriture, qui est à la base du message. Nadia, coach en écriture, scénariste et réalisatrice notamment à Hollywood, a créé ces ateliers d’écriture créative pour permettre à ses étudiants de les mettre en valeur lors d’événements de poésie ou d’open mics. Un panel très varié de séminaires d’écriture et d’entraînements est proposé selon le niveau et le type de création souhaité par l’apprenti.
Aujourd’hui, de nombreux étudiants ont réussi à écrire et monter leurs propres courts-métrages pour être diffusés dans des festivals ou ont publié leurs nouvelles. Toutes ces initiatives ont au fond un seul message à faire passer, celui d’une société qui mue et se transforme. Une société qui invite ceux qui se sont tus jusque-là à prendre la parole et à tout changer par eux-mêmes. «Si on s’exprime correctement, on gagne en puissance dans son message, explique Nadia. Maintenant, nous avons une opportunité de changer les mentalités et montrer ce que nous avons à offrir – simplement car nous vivons dans un monde où les plateformes de streaming Web et les réseaux sociaux sont hégémoniques. Nous avons une chance d’écrire notre propre histoire».

MAELYS DE LA RUELLE

Décédée le 7 janvier 2018, Jocelyne Saab a été journaliste, puis cinéaste et plasticienne. Elle a été avant tout un témoin important de l’histoire, dont elle a tenu à marquer la trace dans ses œuvres tout au long de sa vie.
 

Reporter de guerre pour la télévision française au début des années 1970, Jocelyne Saab fut rapidement envoyée en zones de guerre comme interprète, puis réalisatrice pour couvrir la Guerre d’Octobre en 1973, la guerre au Kurdistan ou la Marche verte de Kadhafi en Libye. Elle s’apprêtait à partir au Vietnam lorsque se déclenche la guerre du Liban: en 1975, elle quitte la télévision et travaille en indépendante pour filmer sa ville, Beyrouth, tomber en miettes sous les ravages d’une guerre civile qui a duré quinze ans.
Très tôt, elle s’engage en faveur de la cause palestinienne. Les documentaires qu’elle propose se révèlent de plus en plus subjectifs, le montage et la narration déconstruisant chaque fois davantage le reportage traditionnel. Elle a recours au texte de la poétesse libanaise Etel Adnan dans deux de ses films phares, Beyrouth, jamais plus (1976) et Lettre de Beyrouth (1978) et travaille avec le dramaturge Roger Assaf pour son film sur le siège de Beyrouth par l’armée israélienne en 1982, Beyrouth, ma ville (1982). Vendus aux chaînes de télévision françaises et du monde entier, ses films sont tout de suite repérés dans les festivals de films documentaires les plus renommés.
Très vite, on place Jocelyne Saab dans la lignée de Joris Ivens et sa notoriété et son audace lui valent des menaces.Internationaliste, elle soutient toutes les causes de son époque et se rend au Sahara aux côtés du Front Polisario (Le Sahara n’est pas à vendre, 1977) et en Iran, deux ans après la Révolution islamique (Iran, l’utopie en marche, 1981).
Amoureuse de l’Égypte, elle commence à y filmer très tôt, plus précisément aux lendemains de la révolte du pain en Égypte en 1978 dans un film qui dénonce la politique d’ouverture au capitalisme lancée par Sadate (L’Égypte : Cité des morts, 1978). Elle y tourne par la suite plusieurs documentaires, ainsi que sa grande œuvre de fiction, Dunia, célèbre tant par son chatoiement que par les scandales qu’il a soulevés. Ode à la liberté de s’exprimer et de créer, dénonçant l’excision en Égypte, le film fut condamné par les fondamentalistes et censuré par les autorités.

Changement de cap artistique
Ce n’était pas son premier film de fiction, ni sa première preuve d’audace. Elle a tourné son premier long-métrage, Une vie suspendue, dans une Beyrouth en démolition. Sorti en 1985, le film est remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes. Son second film de fiction est aussi mégalomane. Il naît du projet de reconstruire, au cœur de Beyrouth en ruines, une cinémathèque qui rassemblerait tous les films réalisés à Beyrouth, par des Libanais ou des étrangers. Elle entama ce travail colossal, rassembla 400 copies de films du monde entier et en fit restaurer trente. Ce projet, baptisé 1001 images lui valut d’être décorée Chevalier des Arts et des Lettres. Malheureusement, le Liban n’était pas prêt à un tel projet, et les copies furent perdues. Jocelyne Saab garda tout de même une trace de cette mémoire cinématographique à reconstruire à travers un film, Il était une fois Beyrouth: histoire d’une star, qui reprend des extrait d’une trentaine de ces films, pour offrir des fenêtres sur le Beyrouth d’avant la guerre.
Après Dunia, Jocelyne Saab change de cap artistique. Choquée par le triste destin de Dunia – elle disait sans arrêt vouloir destiner son film aux Égyptiens – malgré un immense succès d’estime à l’international, elle se tourne vers des formes plus expérimentales de création et vers la photographie. Sa dernière exposition en date (Un dollar par jour, 2015) proposait un travail plastique de grande qualité: des photographies en noir et blanc des camps de réfugiés syriens de la Békaa libanaise peintes pour rendre vie à ces êtres meurtris, accompagnées de grande toiles flex montrant des portraits d’enfants, réhaussés de feuille d’or. Ce travail se double d’une installation vidéo. Légères et graves, les trois dernières vidéos réalisées par Jocelyne Saab sont comme des lettres de souffrance. Un dollar par jour (2015), Carte postale imaginaire (2015) et l’inédit Mon nom est Mei Shigenobu (2019) sont comme des rayons de lumière traversant l’état du monde.
Bilan sublime d’une carrière au sommet, elle publiait en décembre 2018 un ouvrage de photographies, Zones de guerre (Ed. de l’œil), qui retrace par quelques photogrammes choisis dans sa filmographie et des photographies tirées de différentes séries, souvent inédites, la carrière entière de cette artiste remarquablement émouvante. Un travail pictural soigneux auquel elle a consacré plus d’un an, et qui nous plonge dans la beauté de l’œuvre de Jocelyne Saab, qui sait déceler le magique des situations de désespoir les plus sombres.

Mathilde Rouxel

 

Ce scientifique allemand a décidé de développer, sur la base de 30 ans de recherches, une ligne de crèmes antivieillissement. Un pari audacieux qui doit son succès à la composition inédite du produit et au talent du scientifique, considéré comme l’un des leaders mondiaux de la médecine régénérative. 

Il aura fallu deux ans à ce scientifique d’Allemagne de l’Est pour se lancer dans l’aventure. Deux ans pour se laisser convaincre par Charles Rosier, un investisseur français, de réaliser ce projet original de développer une gamme de cosmétiques pour financer ses recherches*. Les deux hommes se rencontrent il y a quelques années et aussitôt, Charles Rosier, lui-même influencé par une famille ancrée dans le milieu médical, voit dans les travaux du professeur Bader un immense potentiel. Magazine les a rencontrés lors de leur passage à Beyrouth.
 
Le scientifique
Né en 1959 à Augsbourg en Bavière, Augustinus Bader s’intéresse très tôt à la médecine et débute ses études en 1981 à l’Università Abruzzese Degli Studi de Chieti, en Italie. Il revient ensuite en Allemagne et termine sa formation en 1987, puis travaille à l’Institut de physiologie de Wurzbourg pour approfondir ses connaissances médicales. Mais c’est surtout son séjour en Chine qui sera un tournant dans sa carrière, quand il exerce au sein du service des grands brûlés de l’hôpital Ruijin à Shanghaï. Après avoir travaillé dans divers domaines, le professeur rentre en Allemagne en 1988. Il décide de se consacrer à la médecine régénérative et la recherche appliquée des cellules-souches à laquelle il consacrera 30 ans de sa vie, l’un de ses principaux objectifs étant de trouver un traitement qui favoriserait une guérison des brûlures sans aucune cicatrice.
Augustinus Bader découvre une technologie novatrice qu’il baptise «la Méthode ABC» (Activation, Boost, Consolidation) qui permet d’activer le processus de réparation naturel des tissus du corps en stimulant les cellules-souches. Découverte majeure de sa carrière, cette technologie se présente sous la forme d’un hydrogel qui permet aux utilisateurs d’éviter le recours à une greffe de peau et à l’épiderme de se régénérer correctement. C’est tout le potentiel de cette découverte scientifique qui est aujourd’hui dans les crèmes Augustinus Bader, complété par un complexe moléculaire de 40 actifs différents. Révolutionnant les soins de la peau, Augustinus Bader et Charles Rosier peuvent aussi compter sur des ambassadrices de beauté comme Victoria Beckam ou Carla Bruni. Depuis 2003, le professeur Bader occupe le poste de directeur et professeur du département de Biologie appliquée des cellules souches et de technologie cellulaire à l’Université de Leipzig. Il détient plus de 200 technologies brevetées et a rédigé 180 publications en trente ans de carrière.

* 10% des bénéfices réalisés sont reversés à la Fondation Augustinus Bader consacrée à la recherche biomédicale.

MARGUERITE SILVE



Soha Kanj Charara, spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital américain de Beyrouth (AUH), Joseph Assaad, professeur à la faculté de génie de la Lebanese American University (LAU) et à l’Université Notre-Dame de Louaizé (NDU), Gaby Khalaf, directeur du Centre de recherches maritimes du CNRS, et Ibrahim Ossman, doyen associé de la faculté de gestion de l’American University of Beirut (AUB), ont mérité les prix d’excellence du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), pour leurs achèvements dans le domaine scientifique. L’événement a eu lieu, mercredi 12 novembre, au Grand sérail, sous le patronage et en présence du Premier ministre, Tammam Salam. Le chef du gouvernement a remis les trophées aux quatre lauréats sous les yeux de Ramzi Jreige, ministre de l’Information, Angelina Eichhorst, chef de la Délégation européenne, et Giuseppe Morabito, ambassadeur d’Italie.

Ce prix de taille a été attribué au Dr Soha Kanj Charara pour ses recherches et ses découvertes au niveau de la prévention, du contrôle et du traitement des bactéries résistantes aux antibiotiques «difficiles à traiter et pouvant entraîner la mort du patient», selon la spécialiste.

 

 

 

La boîte d’événementiel O de Rose a ravivé le sourire des Libanais venus par centaines prendre part à la Randonnée musicale organisée le 25 août dans la Réserve naturelle des Cèdres du Chouf. Quand la musique s’accorde aux murmures de la nature…
 

Le dimanche 25 août: une journée placée en dehors du temps, une journée inédite pour les Beyrouthins assermentés que nous sommes. Une journée de découverte en musique du pays, d’une des régions du pays, le village de Maasser el-Chouf, et ce qu’il recèle de plus précieux, ses cèdres millénaires, son authenticité humaine. Une sortie dominicale qui marquera les esprits.
C’est grâce à l’initiative de Lara Kanso, créatrice de la boîte d’événementiel O de Rose, et Raja Abdallah, organisateur partenaire à l’origine du concept de la Randonnée musicale inspirée d’un grand festival en Suisse, que cette journée a été rendue possible. Une manière, selon eux, de «condamner fermement la violence qui déchire notre pays». Mais aussi de mettre «la musique et la nature au service de la bonne cause», puisque cet événement culturel est une levée de fonds en soutien aux ONG Chance (Children against cancer) et OffreJoie.
Ils sont venus nombreux les Libanais pour prendre part à cet événement; il y a ceux qui veulent soutenir les ONG, ceux qui désirent découvrir la Réserve des cèdres, ceux qui cherchent un brin de musique au détour de la nature, ceux qui continuent à vivre malgré tout et ceux qui réaffirment à leur manière l’attachement au pays. Ils sont venus nombreux pour toutes ces raisons, en famille, entre amis, comme un cri du cœur, lancé à l’unisson. Bien avant 11h, l’heure fixée pour le début des activités, les visiteurs commencent à arriver par vagues successives à la place du village de Maasser el-Chouf, avant de s’installer dans les bus-navettes devant les transporter à l’entrée de la réserve.
L’itinéraire commence. Sept stations émaillent le parcours auquel ont pris part une quinzaine de groupes musicaux, artistes et poètes libanais: Lebam, Marc Nader, Camille et Lory, Adel Harb, Oak, Joy Fayad, Al Kamandjati, Nachaz, Jebebara, Beirut Vocal Point, Barock Ensemble, ainsi que Ghassan Alameddine, Tina Fish, Edouard Abbas, Walad et Ciqu’enciel. On marche, on discute, on se presse, on s’émerveille. On s’arrête quelques instants, le temps d’écarquiller les yeux face à ce majestueux cèdre de trois mille ans, son tronc imposant, ses racines gigantesques. Une pause photo. Et une autre encore, un peu plus loin, pour immortaliser sur image l’ambiance musicale que les groupes et artistes libanais ont merveilleusement réussi à instaurer. Des ambiances musicales plutôt, entre musique orientale, traditionnelle, populaire, classique, entre folk, pop, flamenco, blues, rock et même de l’a capella. Michèle Paulikivetich, la coordinatrice du programme artistique, a réussi à rassembler, à l’ombre des cèdres, un merveilleux bouquet éclectique de talents diversifiés, à l’image de l’effervescence de la scène locale. Tour à tour, se succédant jusqu’à 16h, ils ont intensifié la féerie des lieux, par leurs sons et sonorités, par l’interaction avec leur public de randonneurs. A mesure que ces derniers continuent d’arriver, ils sont toujours accompagnés de guides, ça et là, veillant à la sécurité des arbres et des visiteurs, donnant indications et conseils, le sourire toujours aux lèvres, aussi bien organisés qu’à l’intérieur d’une ruche.
En navettes, retour vers le village. Le paysage ne cesse de défiler au travers des vitres, entre ses arbres, sa verdure, ses maisons anciennes. Le temps d’apercevoir un homme au seuil de sa porte, habillé du costume traditionnel, esquisser entre ses lèvres souriantes ces célèbres mots de la convivialité libanaise, ces émouvants «Ahla wa sahla». La place du village ne cesse de se remplir, de se désemplir au rythme des bus-navettes oscillant entre l’aller et le retour, tant l’affluence est grande. Là, tout est déjà prêt pour assurer aux visiteurs bien-être et confort, café turc et boissons rafraîchissantes, plats et douceurs traditionnels, savoir-faire des femmes du village, la foire culinaire s’accompagne également d’une visite de la brocante, émaillée de curiosités antiques de tous genres.
La journée se termine encore en musique par le concert de la chanteuse libano-canadienne Randa Ghossoub, à l’auberge Saint-Michel-Arcenciel, au village. Accompagnée de son pianiste italien Giovanni Ceccarelli, elle interprète des classiques de jazz et des chansons françaises et espagnoles.
Ambiance vivifiante, agréable, bon enfant, la deuxième édition de la Randonnée musicale, la première s’étant déroulée également à la réserve du Chouf en 2011, s’est avérée être un véritable succès. En attendant la prochaine édition. Gardons les doigts croisés!

Nayla Rached

Les cèdres du Chouf
Créée en vertu de la loi no 532 du 29 juillet 1996, la réserve est gérée par le comité de la Réserve naturelle des cèdres du Chouf en coopération avec l’Association des cèdres du Chouf et sous la supervision du ministère de l’Environnement. La réserve et les villages environnants ont été déclarés par l’Unesco en 2005 «Réserve de Biosphère - Chouf».
La réserve est surtout admirée pour son époustouflante forêt de cèdres située sur le versant ouest: Maasser el-Chouf, Barouk et Aïn Zhalta-Bmohray. Ces forêts de cèdres constituent le quart de ce qui reste de la forêt des cèdres au Liban dont certains sont âgés de près de 2 000 ans. La Réserve de Biosphère - Chouf vise à remplir trois objectifs: la 
conservation de la faune et de la flore à 
l’intérieur de la réserve, le développement économique et social des communautés situées autour de la réserve et l’amélioration de la recherche, de l’éducation et de l’information ayant rapport au domaine des ressources naturelles. Il est possible de visiter la réserve tout au long de l’année en fonction des 
activités auxquelles s’y prêtent les visiteurs.

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>
Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un déménagement?
Avec la multiplication du nombre d’entreprises de déménagement au Liban, le changement de domicile se fait désormais facile. Mais à quel prix? Rangement, emballage, transport, déballage, mise en place d’un…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved