Benjamin Blanchard, co-fondateur de SOS Chrétiens d’Orient. «Nous encourageons les chrétiens à rester sur place»
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Nº 3081 du vendredi 1er septembre 2017

Benjamin Blanchard, co-fondateur de SOS Chrétiens d’Orient. «Nous encourageons les chrétiens à rester sur place»

 
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    Benjamin Blanchard, co-fondateur de SOS Chrétiens d’Orient. «Nous encourageons les chrétiens à rester sur place»
    Directeur général et co-fondateur de l’association SOS Chrétiens d’Orient, Benjamin Blanchard était notaire en France, après avoir fait des études de droit. Dans un entretien avec Magazine, il revient sur...
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Directeur général et co-fondateur de l’association SOS Chrétiens d’Orient, Benjamin Blanchard était notaire en France, après avoir fait des études de droit. Dans un entretien avec Magazine, il revient sur l’action de son association, au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Irak et en Egypte.

Quand et pourquoi est née l’association SOS Chrétiens d’Orient?
En 2013, deux événements nous ont poussés, Charles de Meyer et moi, à agir et à fonder cette association. Durant l’été 2013, la France voulait bombarder le peuple syrien, alors qu’au même moment, on laissait partir 4 000 personnes, des jihadistes, pour aller combattre auprès de Daech en Irak et en Syrie. Ensuite, il y a eu l’affaire du village de Maaloula, pris par al-Qaïda en septembre 2013. Nous ne pouvions pas rester les bras croisés, ni accepter, pour seule image de la France, l’envoi de bombes et de jihadistes. La France n’était pas seulement cela. Nous avions alors décidé d’aller fêter Noël, en Syrie, avec les Syriens de Maaloula, encore occupé par al-Nosra. Ce fut notre premier Noël au pays des Omeyades. A notre retour, nous nous sommes demandé s’il fallait s’arrêter là ou continuer. Nous avions alors décidé de poursuivre notre action, en l’étendant à l’Irak et au Liban.

Quel est votre objectif?
Dès le début, notre mission est d’aider à maintenir la diversité au Proche-Orient. Nous avons commencé par la Syrie, l’Irak et le Liban; ensuite, la Jordanie et l’Egypte. Notre but est de tout faire pour préserver cette mosaïque. Nous avons assuré une aide matérielle et une présence humaine à travers des rencontres, des partages et des échanges. Nos volontaires restent entre un mois et un an avec les habitants en Syrie, au Liban, en Jordanie et en Irak. Nous avons une présence permanente dans les villages et non seulement dans les grandes villes. Nous voulons vivre parmi les gens, les connaître et bien sentir leurs besoins. Nous voulons montrer à ceux qui se sentent seuls qu’ils ne sont pas abandonnés et qu’il y a des personnes qui s’intéressent à eux et qui viennent vers eux.

Où en êtes-vous aujourd’hui?
Aujourd’hui, nous avons quatre ans d’existence et nous sommes présents dans cinq pays. Nous avons 100 000 donateurs, recrutés par courrier privé, Facebook ou Twitter, et qui sont pour la plupart des Français.

Comment assurez-vous le financement de SOS Chrétiens d’Orient?
Nous n’avons que des donateurs privés et nous ne recevons aucune subvention d’autres associations ou partis. Nos comptes sont certifiés par des commissaires aux comptes et publiés dans le Journal officiel. Quelques députés ont fait des donations de réserves parlementaires ainsi que quelques faibles subventions de l’Etat.

En quoi consiste votre action?
Nous avons cinq axes d’action.
● L’aide d’urgence, qui consiste en colis de nourriture, eau, chauffages, couvertures…
● L’aide médicale, représentée par la coopération avec les hôpitaux, l’envoi de médecins, d’infirmiers, de matériels, de médicaments…
● L’aide dans le secteur de l’Education et la jeunesse, qui consiste dans l’envoi de professeurs français et anglais, soutien scolaire, activités avec les enfants, organisations de sorties, de camps d’été, de colonies… Au Liban, des colonies ont été organisées à Saïda, Rmeich, Qaa, Jabboulé, dans la vallée de Qadisha… Nous sommes sollicités par des municipalités ou des écoles pour organiser ces colonies.
● La culture et la préservation de l’héritage à travers une aide apportée à la jeunesse pour organiser des concerts et monter des spectacles…
● La construction et la reconstruction des hôpitaux et des dispensaires, des maisons comme dans la plaine de Ninive en Irak, ou des villages comme Maaloula, Alep… Nous avons aussi construit ou reconstruit des écoles, restauré des églises…

Quel est votre mode d’action?
Chaque fois, il y a deux principes. D’abord, nous faisons les choses nous-mêmes, sur place. Nous essayons d’être les maîtres d’œuvre, de choisir les devis et d’acheter nous-mêmes ce dont nous avons besoin. Ceci est facile, car nous avons partout des volontaires. Ensuite, nous travaillons avec tout le monde. Nous sommes chrétiens mais pas membres du clergé. Nous sommes des laïcs. Nous travaillons avec toutes les Eglises sans aucune différence entre catholiques, orthodoxes ou protestants, ainsi qu’avec toutes les municipalités, les associations locales, les autorités gouvernementales ou étatiques. Nous travaillons avec tous les gens de bonne volonté.

Quelle est la mission de SOS Chrétiens d’Orient?
Notre objectif est de maintenir cette mosaïque et d’aider les gens à rester sur place, notamment les chrétiens. Nous insistons là-dessus, non pas parce que nous sommes sectaires, mais parce que nous savons que la population chrétienne est la plus ancienne dans cette région. Nous sommes aussi convaincus que les chrétiens représentent la pièce centrale de cette mosaïque et constituent un facteur de paix entre les différentes communautés, notamment entre sunnites et chiites. Nous sommes présents depuis trois ans au Liban. Nous voulons être au service des Libanais et notre action en ce sens repose sur plusieurs axes. D’abord, au niveau de la francophonie, nous avons des volontaires dans des villages reculés, qui y restent entre six mois et un an pour enseigner le français. Ensuite, au niveau de l’interaction entre la France et le Liban, et plus particulièrement entre les chrétiens des deux pays, car il y a une méconnaissance totale de ce sujet. Les volontaires vivent dans les villages chrétiens et rapportent leur expérience en France. En dernier lieu, au niveau d’un partenariat établi, depuis un an, avec l’association Nawraj de Fouad Abou Nader pour le projet Enclaves. Il s’agit de renforcer les villages chrétiens dans les trois régions frontalières: au Sud, dans la Békaa et le Akkar. Notre but est d’aider les gens à développer leurs capacités pour rester chez eux, dans leurs villages.

Que faites-vous au juste?
A Jabboulé, dans le nord de la Békaa, nous avons construit un puits pour le village. Nous avons aussi des projets de développement à Dababiyé, où nous avons installé un système de canalisation pour l’eau courante dans toute la région. A Rmeich, nous avons acheté un générateur de 240 KVA, qui permet de faire fonctionner les pompes, en vue de fournir les habitants en eau. A Menjez, à Notre-Dame de la Citadelle, une aide est également apportée pour le centre de formation professionnelle des moines de l’Ordre libanais maronite. Nous aidons spécifiquement pour construire de nouvelles classes destinées aux études en agroalimentaire. A Beit Lahia, nous avons financé une coopérative agricole (tracteur et matériel agricole). A Beyrouth, nous faisons des donations et visitons des familles défavorisées. Nous passons un moment avec elles pour nous enquérir de leurs besoins principaux pour les aider en nourriture, couvertures, médicaments, chauffages, ameublement, etc. Il y a des histoires d’amitié qui naissent dans cette association. Si les volontaires reviennent en France sans se faire d’amis libanais, c’est que leur mission est quelque peu ratée.

Vous êtes, parfois, la cible de critiques. Comment êtes-vous perçus au Moyen-Orient et en France?
Nous sommes bien accueillis au Proche-Orient, dans tous les pays. Nous ne nous mêlons pas de politique; nous sommes là pour aider et nous faisons les choses légalement. Nous ne rentrons pas illégalement dans un pays, quel qu’il soit. En France, il y a deux types de critiques. L’une, parce que nous travaillons en Syrie; cela a été perçu comme une prise de position politique du seul fait d’y aller. Mais cela ne nous a pas empêchés de travailler au pays du Cèdre avec des gens qui ont combattu la Syrie pendant l’occupation syrienne.
Pour nous, c’est une accusation à tort. Nous ne prenons pas position. Le deuxième type d’attaques concerne mon parcours personnel en tant qu’ancien militant de droite. Mais en tant qu’association, nous n’avons de liens politiques avec aucun parti.

Quel avenir pour les chrétiens d’Orient?
C’est différent selon les pays. En Irak, la situation est très difficile, à cause de l’instabilité et du chaos qui règnent même après Daech. Mais ailleurs, je pense qu’il y a un avenir, peut-être différent de ce que nous avons connu dans le passé, surtout à cause de la diminution du nombre de la communauté. Les chrétiens d’Orient, et en général tous les chrétiens, doivent, d’une part, conserver leur identité et leur foi et, d’autre part, adopter une politique d’ouverture, car nous ne sommes pas faits pour vivre dans les ghettos ou des réserves d’Indiens. Nous sommes faits pour vivre en société. C’est le devoir et la mission des chrétiens. L’Occident a voulu imposer sa manière de voir et est intervenu dans les affaires orientales. Hélas, cela a peut-être favorisé l’exode. C’est pour cela que nous n’imposons jamais notre manière de voir. Nous cherchons à comprendre tout simplement et nous travaillons ensemble.

Joëlle Seif

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Éditorial
Il faut saisir l’opportunité

Avant même que ne soient versés les salaires des fonctionnaires et des militaires, indexés à la nouvelle grille, les prix de certains produits de première nécessité et denrées alimentaires ont augmenté. Les prix avaient déjà fait un bond, il y a quelques mois, lorsque le Parlement avait entamé l’examen de l’échelle des salaires, avant de la renvoyer en Commission. Qui est responsable de cette montée injustifiée des prix? Les détaillants? les grossistes? les importateurs? C’est à l’Etat de trouver la réponse et de prendre les mesures nécessaires. C’est au gouvernement d’enrayer la montée des prix, qui risque de torpiller l’un des seuls aspects positifs de la grille des salaires, celui du renforcement du pouvoir d’achat de 270000 familles, ce qui devrait avoir pour effet de booster la consommation des ménages et, par conséquent, de relancer, même timidement, une économie moribonde.La situation économique est tellement mauvaise que certains acteurs du secteur lient le sort du pays au volume des transferts effectués par la diaspora. Si les flux de capitaux rentrants venaient à baisser pour une quelconque raison, les banques n’auraient plus les moyens de financer l’Etat. La seule lueur d’espoir est la reconstruction de la Syrie et le rôle que le Liban pourrait y jouer, entend-on de plus en plus souvent dans les cercles économiques. Or, la reconstruction semble, aujourd’hui, le thème principal qui occupe les discussions des responsables syriens avec leurs visiteurs étrangers. Des journalistes occidentaux, de retour de Damas, affirment que, «pour la première fois», leurs interlocuteurs étaient plus focalisés sur les questions de la reconstruction que sur les détails des opérations militaires, pourtant marquées par d’importantes avancées de l’armée régulière et de ses alliés sur tous les fronts, notamment face à Daech. «C’est mon dixième voyage à Damas depuis le début de la guerre, nous déclare un journaliste d’un quotidien français. Mais c’est la première fois que j’entends plus parler des projets immobiliers, des perspectives d’investissements et des grands chantiers à venir que des ‘‘victoires’’ de l’armée face aux ‘‘terroristes’’».La Foire internationale de Damas, qui a rouvert ses portes après cinq ans d’absence, était sur toutes les langues. Même les médias officiels syriens l’ont placée au cœur de l’actualité, reléguant au second rang la progression de l’armée dans le désert de la Badiya.Pendant ce temps, les Libanais se chamaillent et font de la surenchère sur l’opportunité de rétablir les contacts avec la Syrie. Il est du devoir de l’Etat de prendre toutes les mesures, politiques ou autres, afin que le Liban soit bien positionné en perspective de la reconstruction de la Syrie. Sinon, le pays risque de laisser passer une chance réelle de redressement.


 Paul Khalifeh
   

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