Collaboration entre l’Europe et le Liban. Au chevet des enfants aux besoins éducatifs spécialisés
Logo

Nº 2853 du vendredi 13 juillet 2012

Collaboration entre l’Europe et le Liban. Au chevet des enfants aux besoins éducatifs spécialisés

 
  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Collaboration entre l’Europe et le Liban. Au chevet des enfants aux besoins éducatifs spécialisés
    Depuis plus de quatre ans, l’Institut européen de coopération et de développement, implanté à Beyrouth, collabore avec l’association locale Le Foyer de la Providence, à Saïda, en vue de développer...
  •  
Notez cet article
(0 votes)
A- A+

Depuis plus de quatre ans, l’Institut européen de coopération et de développement, implanté à Beyrouth, collabore avec l’association locale Le Foyer de la Providence, à Saïda, en vue de développer une éducation adaptée aux enfants à besoins éducatifs spécifiques. Retour sur ce projet.

Jeudi dernier, le Foyer de la Providence a inauguré un nouveau bâtiment de son école spécialisée Mosaik, en collaboration avec l’Institut européen de coopération et de développement (IECD). Depuis 35 ans, l’IECD travaille dans de nombreux pays, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, toujours en collaboration avec des partenaires locaux, en débloquant des projets de développement sur plusieurs années dans trois domaines d’activités principaux: l’appui à la petite entreprise, la formation professionnelle et l’accès à l’éducation et aux besoins pour les personnes vulnérables.
La collaboration entre l’IECD et le Foyer de la Providence, une association privée grecque-catholique installée à Saïda depuis quarante ans, remonte à 2007. Parmi les activités sociales de cette association, la création en 2004 de l’école spécialisée Mosaik qui accompagne les enfants à besoins éducatifs spécialisés. «Cette école a attiré l’attention de l’IECD, explique Louise Vasedeboncoeur Aoun, chef de projet, car il y avait un effort de progression académique, avec le programme officiel libanais adapté, le passage de classe en classe et la reconnaissance étatique du parcours. Elle nous semblait une école solide qui se caractérisait surtout par la volonté de répondre à un besoin énorme dans la région du Sud particulièrement».

Un projet pilote
En 2007, l’IECD et son partenaire local définissent un projet de développement sur 4 ans, qui a démarré en 2008 et dont la première phase s’est terminée en juin 2012, par l’inauguration d’un nouveau bâtiment de l’école Mosaik. Le projet vise à offrir un enseignement et un accompagnement de qualité aux enfants présentant des besoins éducatifs spécialisés à travers d’abord le renforcement des capacités de Mosaik, qui au départ n’accueillait que vingt-cinq enfants. «Nous voulons lui permettre d’accueillir 100 enfants dans les meilleures conditions possibles, pour lui permettre de devenir un établissement de référence à la fois pour la région du Sud et au-delà pour tout le Liban. C’est là où le véritable travail de mise à disposition d’expertise a été riche».
Des missions de formation continue ont été mises en œuvre auprès de trente et un éducateurs et rééducateurs en partenariat avec l’Institut national supérieur français du Handicap et des Enseignements adaptés, mais aussi avec l’AUB (American University of Beirut) et l’USJ (Université Saint-Joseph).
Le projet ne s’arrête pas là. «On considère Mosaik comme un lieu de transition en attendant que les écoles régulières soient prêtes à accueillir ces enfants». Pour préparer le terrain, l’IECD et le Foyer de la Providence ont créé un centre de ressources et d’orientation qui s’appelle Trait d’union, destiné, comme son nom l’indique, à faire le lien entre l’école spécialisée et les écoles régulières, à travers une équipe pluridisciplinaire qui apporterait également une aide aux familles. L’idée au départ était de travailler avec des enfants de Mosaik, pour les inclure dans des écoles régulières. Mais en allant à la rencontre de ces dernières, l’équipe en charge se rend compte que ces écoles avaient déjà elles-mêmes des enfants en difficulté. Et elles l’ignoraient. La mission s’enrichit davantage. Dans une initiative pilote, Trait d’union, réalise durant l’année 2011-2012, le diagnostic de plus de 100 élèves issus d’écoles régulières, l’aménagement scolaire pour 12 enfants au sein de six écoles régulières issues du secteur public et privé de Saïda, l’accompagnement parental pour quatre-vingts familles de la région, et la formation à l’adaptation pédagogique et la pédagogie différenciée pour quatre-vingt-dix enseignants. «L’idée derrière ce projet est surtout de donner les moyens aux professeurs de s’approprier une méthodologie qui fera boule de neige au sein de l’établissement, dans l’espoir d’avoir un effet d’émulation. Le but étant que l’enfant reste dans l’école régulière et qu’il soit capable de suivre son apprentissage scolaire», en fonction de l’éducation inclusive qui stipule que c’est au système de s’adapter à l’enfant et non le contraire. Au bout de quatre ans de travail, il est temps de faire le bilan et de lancer la deuxième phase du projet qui s’est fixé comme objectifs le renforcement et la pérennisation des activités.

N.R.

www.mosaiklb.com

 

Un projet qui va plus loin
Au-delà de la mise en application du projet, l’IECD cherche à sensibiliser les gens sur la problématique des enfants présentant des besoins éducatifs spécifiques. «Ce ne sont pas des initiatives isolées qui vont changer la donne. Il faut arriver à les coordonner pour avoir plus de poids quand on va s’adresser aux pouvoirs publics, aux bureaux pédagogiques, aux secteurs privés et publics». Face à ce problème en plein essor, Louise Vasedeboncoeur Aoun lance également un appel aux jeunes lycées à réfléchir aux métiers nécessaires dans ce domaine, vu qu’il y a un énorme besoin de professionnels en dehors de Beyrouth. «C’est un problème crucial pour la société, car il contribue à apporter son lot de justice pour que tous les enfants puissent jouir de leurs droits».

 

 

 

Vidéo connexes

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
Faites taire le cheikh Ahmad el-Assir

Le cheikh Ahmad el-Assir est aujourd’hui le salafiste le plus médiatisé. Son côté folklorique et son discours peuvent plaire. Il appelle à la primauté des institutions étatiques. Sur les armes du Hezbollah, il hausse le ton pour satisfaire les ultras qui reprochent au 14 mars un manque de courage à ce sujet. Il ne demande pas qu’on protège les chrétiens, il sollicite leur protection! Mais le discours est une chose et la réalité en est une autre. Le cheikh Assir se réclame de la tendance salafiste et de son plus grand théoricien Ibn Taymiya. Comment celui-ci s’adresse-t-il aux trois grandes communautés libanaises, les sunnites, les chrétiens et les chiites? Dans son ouvrage al-Wassatia, il prête au Prophète un rôle de législateur dont les travaux ont été complétés par les écoles juridiques. Il demande une application à la lettre de la Charia et une contrainte des mauvais musulmans, sunnites inclus, à appliquer rigoureusement une vision austère de l’islam, sous peine de coercition et même d’élimination physique. Les salafistes extrémistes irakiens ont tué, sans distinction, autant de sunnites que de chiites. Les chiites, eux, n’ont eu droit à aucune considération. Je rappelle qu’au XIIIe siècle, quand les mamelouks déferlèrent sur le Kesrouan pour y massacrer et chasser les chiites, c’est sous l’autorité d’une fatwa d’Ibn Taymiya. Selon sa théorie d’al-Wala’wal-Barra’, il demande de couper tout lien avec les chrétiens et d’être intransigeant à leur égard. Il va à l’encontre de la tradition de tolérance de l’islam qui avait vu, à l’époque des conquêtes arabes, les chrétiens en conflit avec Constantinople, soulagés d’être débarrassés de son joug et trouver leur compte sous le règne des musulmans. On a même vu, lors de la recon-quête de l’Espagne par Isabelle la Catholique, les juifs se réfugier en terre d’islam pour fuir les persécutions. Mais si cette forme de tolérance du Moyen Age n’est plus acceptable aujourd’hui, que serait-ce alors de la position d’Ibn Taymiya. Or, le cheikh Ahmad el-Assir n’a jamais, à ce jour, renié son mentor. Il ne faut pas se méprendre sur l’ampleur de ce phénomène. Quel que soit son pouvoir de nuisance, il restera limité, tant les extrémistes salafistes sont incapables de se regrouper sous une même autorité. Dans leur interprétation rigoureuse du texte, ils sont réfractaires à toute organisation cléricale hiérarchisée. Ils ne reconnaissent que l’autorité d’un calife dont le rôle principal est de permettre aux musulmans de pratiquer leurs devoirs cultuels. Ce calife doit être élu par l’ensemble de la Umma et reste sous la surveillance rigoureuse des hommes de religion. C’est dire combien cette forme de pouvoir est utopique et combien resteront nombreux et divisés les émirs salafistes. Mais le pouvoir de nuisance du cheikh Ahmad el-Assir n’en reste pas moins une réalité. Il suffit de l’écouter s’adresser aux chefs du tandem chiite. Il les insulte et traite de «cochon» un officier de l’armée qui ne lui est pas favorable. Ce n’est pas tant l’insulte qui est préjudiciable que son intention de «déshumaniser» ses adversaires. On se donne bonne conscience pour les éliminer. C’est ainsi qu’ont été traités les juifs avant le génocide et que les Israéliens se comportent avec les Palestiniens pour justifier la colonisation de leur terre; que les Hutus ont qualifié d’animaux à travers la radio des «mille collines» les Tutsi avant de les massacrer. C’est ainsi que le cheikh Ahmad el-Assir dédouane dès maintenant tout acte violent à l’égard de ceux à qui il s’adresse avec haine. Son public étant ce qu’il est, il ne faudra pas s’étonner de le voir un jour passer à l’acte. Phénomène spontané ou monté de toutes pièces, le cheikh Ahmad el-Assir n’en reste pas moins le révélateur d’un profond malaise. C’est à ce jour, l’expression la plus radicale face à la menace, au mépris et au doigt menaçant que brandit le Hezbollah, dès qu’il s’agit de ses armes. Chaque fois qu’on lui rappelle que ces armes doivent être entre les mains de l’Etat, condition indispensable pour bâtir un Etat moderne, il répond au mieux par l’indifférence, au pire il accuse ceux qui s’adressent à lui de traîtrise. Cela ne peut plus durer, nous sommes au bord de la rupture. Que le Hezbollah fasse un choix, sinon Ahmad el-Assir deviendra bientôt un héros, ou plutôt un antihéros, tant lui et ses clones au Liban-Nord provoqueront la violence.


 Amine Issa
   

EN RAFALES

© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved