Ouzville. Parce que nous sommes Libanais
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Ouzville. Parce que nous sommes Libanais

 
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    Ouzville. Parce que nous sommes Libanais
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Avec Ouzville, son projet pilote vibrant de couleurs, l’ancien homme d’affaires libanais, Ayad Nasser, porte une vision et une parole ancrées dans l’amour du Liban. Parce que nous nous devons d’être «un peuple libanais», et non un peuple «habitant au Liban», c’est à chaque citoyen de porter le changement.

Ouzville, ce nom à l’allure «hype», on l’entend de plus en plus dans les cercles mondains de Beyrouth, et nous voilà partant pour un café ou un bon plat de poisson à Ouzville. Mais Ouzaï, on ne veut pas en entendre parler, on ne voulait pas en entendre parler, bien lotis dans nos bulles d’Achrafié, de Verdun, de Kaslik, du centre-ville… Pourtant il a fallu la volonté d’un citoyen, d’un ex-homme d’affaires, Ayad Nasser, pour faire d’Ouzaï une Ouzville attractive, pour lancer ce projet pilote visant à embellir le chaos, à embellir le Liban. «Beautify the mess»: c’est son credo, qu’il estime être le devoir de tout Libanais.
Il ne parle, ne pense et ne vit plus que pour cela: cette mission dont il se sent investi et qu’il tente de propager tout autour de lui, dans son cercle d’amis, d’anciens collègues, sur les réseaux sociaux, au cœur des établissements scolaires et universitaires, à tout un chacun, au risque de s’attirer des regards curieux, indifférents, moqueurs, des critiques. «Au lieu de toujours se plaindre, venez m’aider!».
Le discours d’Ayad Nasser relève presque de la parole prophétique, vibrante de passion et de conviction. Ses mots sonnent juste, entremêlés d’une portée à la fois nationale et personnelle. Il ne cesse de le répéter: «Le Liban, ce pays délaissé par ses habitants, est à l’image d’Ayad Nasser, dont personne ne voulait».
Son histoire commence en 1970, à Ouzaï même où il naît, dernier d’une fratrie de cinq enfants. «Je n’ai pas eu un seul beau jour dans ma vie», se rappelle-t-il. Que des problèmes, du désintérêt, de l’hypocrisie, de l’abandon. A 17 ans, il quitte le Liban, direction Monaco, et subvenant à ses besoins tout seul, il termine ses études, avant de se lancer dans le monde du travail. «A 18 ans, je me suis rendu compte que je n’avais besoin ni de parents, ni de religion, ni de politique. La vie a été mon école».

Ambition citoyenne
Ayad Nasser revient au Liban en 1993. Déterminé à ne pas s’installer à Bir Hassan, terreau des mauvais souvenirs de l’enfance, il se dirige vers Baabda. La première inévitable question qu’on lui pose: «Originaire d’où?» Sa réponse fuse: «Du Liban». Avec son franc-parler, sa détermination à œuvrer pour le bien public, c’est le branle-bas de combat, pour «embellir l’immeuble à l’image de ce que les Libanais devraient faire avec leur pays».
C’est là qu’il commence à se faire un nom dans l’immobilier, acquérant, en courtier rodé, des terrains dont personne ne voulait pour les revendre. Au bout de dix ans, fatigué de l’égoïsme des gens, de ses partenaires et de ses clients qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels, il arrête tout, pour se consacrer à un projet plus ambitieux: «créer de l’art à partir des déchets».
A mesure que le Liban, et Beyrouth en particulier, ployait sous ses propres déchets, Ayad Nasser invite, à ses frais, des artistes internationaux à les décorer. Une fois au Liban, le plan dévie; les montagnes amoncelées de poubelle sont enlevées des rues. Qu’à cela ne tienne: qu’ils colorent donc les immeubles et les murs d’Ouzaï, cette région dont le nom seul fait peur, reléguée comme le terreau des chiites, du Hezbollah, d’Amal, comme un terrain illégal, rendant ses habitants délaissés, écartés du tissu social libanais. Ayad Nasser est conscient que son initiative ne fait pas l’unanimité, mais en attendant de trouver une solution à ces questions de légalité, pourquoi ne pas l’embellir, pourquoi ne pas conforter ses habitants dans leur appartenance à une nation, surtout que c’est là que réside la première image des voyageurs sur le Liban. Du gris, rien que du gris, du béton, le chaos.
Progressivement, les murs commencent à renaître, les rues à être nettoyées, les habitants à s’y mettre, la vie reprend, vibrante de couleurs. Sur les réseaux sociaux, à mesure que s’affichent des photos du terrain, Ouzville commence à créer le buzz. De partout, on lui demande s’il est possible de se joindre à l’aventure. Depuis moins de 2 ans que le projet est lancé, 180 immeubles ont été peints à Ouzville, moyennant 180 000 $, financés à plus de 75% par Ayad Nasser lui-même.
Progressivement, l’aventure d’Ouzville commence à se propager dans d’autres régions délaissées du pays, Saïda, Tripoli, Karm el-Zeytoun, Cola, Tariq el-Jdidé, Mreygé… Les municipalités même s’y mettent, en contact et en collaboration avec lui. Pour faciliter toutes les démarches, pour rassembler tous ces efforts, Ayad Nasser est actuellement en pleine création d’une ONG, «Lebnené», dont le nom veut tout dire. «Nous ne pouvons plus nous cacher derrière l’excuse de la guerre. Elle est terminée depuis une vingtaine d’années. On ne cesse de se plaindre que c’est la responsabilité de l’Etat. Oui, mais on ne peut plus continuer à vivre en comptant sur l’Etat et les partis qui ne font rien, à ne se préoccuper que du narguilé, des marques de luxe, des mariages au coût exorbitant, des sorties à 100 dollars. Nous sommes 5 millions d’habitants. Nous nous devons d’aimer et de donner au Liban. C’est par nous que le changement commence».

Nayla Rached

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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