Le Youth Leadership Program. Un grand défi: réunir les contraires
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Nº 3078 du vendredi 2 juin 2017

Le Youth Leadership Program. Un grand défi: réunir les contraires

 
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Le Youth Leadership Program est une initiative lancée par la Lebanon Renaissance Foundation* (LRF), dont la mission est de renforcer la culture du dialogue et d’encourager le secteur privé et la diaspora à participer au processus de reconstruction du pays.


Toutes les activités de la fondation visent à promouvoir l’émergence de la notion d’Etat et la citoyenneté, à travers l’amélioration du cadre politique. C’est dans cet esprit que s’inscrit précisément le Youth Leadership Program, qui s’adresse à des jeunes cadres de tous les partis politiques libanais. «L’idée de ce programme a été lancée par Tarek Mitri et Elie Khoury, tous les deux membres du comité de direction de la LRF en 2012», explique Fady Bustros, responsable de la communication et des relations publiques. Les sujets abordés au cours de ce cursus, qui s’étend sur quatre mois et demi, portent sur divers sujets notamment la loi électorale, la citoyenneté, les droits de l’homme, l’eau, le pétrole et le gaz, l’agriculture, l’économie, la politique d’urbanisme, le rôle des municipalités, la thématique du radicalisme et religion, l’esprit critique, etc.
«Tous les Libanais sont insatisfaits des prestations de leurs élites politiques quelle que soit leur affiliation. C’est la raison pour laquelle nous avons créé une initiative sous le label suivant: la politique est une expression de valeur et non pas un rapport de force», explique Fady Bustros. La première édition du Youth Leadership Program a eu lieu en 2014. «Tous les partis politiques ont été conviés à participer à ce programme. Tous ont répondu positivement, à part Amal et le Parti social national syrien (PSNS), car ils ont des doutes quant à notre orientation politique, alors que nous n’avons aucune affiliation partisane», explique Bustros. Le Hezbollah, en revanche, n’a pas pu être convié car la LRF est une ONG enregistrée aux Etats-Unis.

Quels financements?
Si pour des raisons fiscales, la LRF a été enregistrée aux Etats-Unis, (pour permettre aux Libanais établis dans ce pays de fournir des fonds et de profiter d’exemptions fiscales), en revanche l’association, son conseil d’administration et son financement sont exclusivement libanais et l’ONG n’est pas financée par les Américains. «Toute notre action et toutes nos activités ont pour but de valoriser la notion de citoyenneté, changer d’attitude en vue de l’édification de l’Etat de Droit», souligne Bustros. Vingt à quarante Libanais au Liban et à l’étranger apportent chaque année des contributions allant de 500 à 50 000 dollars.   
D’emblée, le responsable de la communication et des relations explique que l’objectif de ce cursus n’est pas de faire changer les participants d’orientation politique mais de les amener à mieux connaître leurs partenaires dans la vie politique. Les participants reçoivent une formation concernant certains sujets mal expliqués par la classe politique. Les thèmes abordés sont donnés par des conférenciers qui sont des experts en la matière. A titre d’exemple, Fadia Kiwan a donné une conférence sur le thème de la citoyenneté, Malek Takieddine sur le pétrole et le gaz, Nayla Tabbara sur radicalisme et religion, Wissam Kanj sur l’eau, Riad Saadé sur l’agriculture, Alain Bifani sur le budget, Salah Honein sur la Constitution, Ziad Baroud et Charbel Nahas sur leur expérience en tant que ministre, Khaled Kabbani sur la corruption dans l’Administration, Jean-Pierre Katrib sur les Droits de l’Homme, Ali Darwiche sur l’environnement, Saïd Sanadiki sur les lois électorales, Mouaffak Harb sur la pensée critique et Sami Atallah sur le rôle des administrations locales dans la décentralisation.
Cette formation gratuite, prévue pour quatre mois, débute au mois de février et s’achève au mois de juin. Répartis sur 17 séances, les cours ont lieu une fois par semaine, en langue arabe et sont divisés en deux parties. L’intervenant fait sa présentation laissant le temps pour des questions-réponses. Un certificat de présence est remis à tous les participants à la fin du cursus.

Des jeunes encartés
Les jeunes qui participent au Youth Leadership Program sont âgés de 21 à 30 ans et sont tous encartés. Ils sont désignés par leurs partis pour assister à ce cursus. «Généralement, le groupe est composé de 22 personnes, chaque parti ayant envoyé plus d’un cadre, en fonction de l’importance de celui-ci et de son poids sur la scène locale». Mohammad Soundos, 25 ans, est membre du Courant du Futur. «Ma participation à ce programme était une expérience très importante. Nous sommes arrivés avec l’idée d’accepter l’autre et de discuter franchement avec lui des points sur lesquels on n’était pas d’accord». Il reconnaît qu’au départ, il avait des idées préconçues. «Mais nous étions très ouverts, sans penser que l’autre avait tort. Cela nous a permis de sortir de notre cercle, d’écouter l’autre, de ne pas être agressif». Lorsqu’on lui demande si les barrières confessionnelles et idéologiques étaient tombées, il affirme que le Courant du Futur est très ouvert et que ses membres sont issus de toutes les communautés. Mohammad Soundos souligne qu’il faut que les jeunes aient une ouverture d’esprit car ceci empêche la politique de les séparer. «Ce workshop a facilité notre ouverture. Ce genre d’initiative, organisées à un niveau plus élargi, permet à tous les Libanais de se rencontrer à mi-chemin. Les jeunes doivent sortir de leur cercle et de leur milieu pour aller vers l’autre».
Abdel Rahmane Dbaibo, 21 ans, est membre de la Jamaa islamiya. «Se retrouver autour d’une même table a brisé beaucoup de barrières. Cet atelier a ouvert de nouveaux horizons», dit-il. La relation entre chrétiens et musulmans, il ne la voyait pas sous le même angle. «Malgré les différences de point de vue, nos relations étaient bonnes avec tous les participants, puisqu’en définitive nous sommes tous Libanais». «Après avoir assisté à ce programme, mon opinion a changé concernant les partis. J’ai appris plus sur leur point de vue concernant certains sujets d’une manière beaucoup plus claire, loin de ce qui se dit et se transmet dans les médias». Pourtant, il reconnaît avoir eu des appréhensions au départ. «Quand on ne connaît pas l’autre, il est normal d’avoir des préjugés et des peurs mais à la fin, nous sommes devenus amis et la religion ne nous a pas séparés. Nous sommes tous fils d’un même pays». Dbaibo a tenté d’amener les autres à modifier leur opinion sur son parti. «Certains ont été positifs, d’autres moins, mais de mon côté, j’étais ouvert à tous. Nous devons briser les barrières qui nous séparent pour vivre tous dans ce pays en totale harmonie. C’est cela la véritable coexistence. J’aurai souhaité que tous les partis soient présents car personne ne peut éliminer l’autre».
Myriam Mikhaël, 24 ans, vient des Forces libanaises. «C’est l’une des formations les plus intéressantes que j’ai jamais suivie. Cela m’a permis d’être en contact avec des partis avec lesquels on ne s’entend pas d’habitude et je me suis fait de nouveaux amis de tous les bords». Myriam avoue qu’elle vient d’un milieu conservateur, quelque peu «extrémiste», qui admet difficilement l’autre. Elle était surtout dérangée par le comportement des représentants de la Jamaa islamiya, dont le téléphone sonnait avec un «Allah Akbar» et qui s’abstenaient de serrer la main pour saluer. Pourtant, il n’y a jamais eu de clash, mais des discussions franches. «Le but était de se retrouver et à la fin du programme, j’ai appris à admettre les autres, surtout les partis musulmans. Mon regard a changé mais il y a toujours certaines choses que je ne peux pas tolérer». Au moment où elle assistait à ce cursus, l’entente entre le CPL et les FL a été conclue et celle-ci a eu un grand impact sur la relation entre les cadres. «Autour de nous, tout le monde n’était pas très content, beaucoup n’y croyaient pas. A la fin de ce programme, des barrières sont tombées entre moi et les musulmans ainsi qu’entre moi et les autres partis chrétiens», confie Myriam. Cette formation lui a également permis de passer de secrétaire générale de la section des étudiants au sein des FL à secrétaire générale du comité d’activation du rôle de la femme.     
Myriam Antoun, 24 ans, est membre du Courant patriotique libre. «Je suis arrivée avec des préjugés envers plusieurs partis et la ferme conviction qu’il était impossible de s’entendre avec eux, tel le Courant du Futur. Puis finalement, on s’est découvert des points de vue similaires sur beaucoup de sujets». Cette formation lui a permis de rencontrer des partis qu’elle ne connaissait pas, comme la Jamaa islamiya. «On avait tout le temps des divergences et ce qui était surprenant, c’est que nous partagions beaucoup de points de vue avec le Futur contre la Jamaa islamiya. Avec les FL, la relation était bonne. Le seul désaccord entre nous portait sur la relation avec le Hezbollah».
Kamal Amatoury, 29 ans, membre du Parti socialiste progressiste. «J’ai beaucoup appris grâce à cette formation et j’ai transmis toutes les informations acquises à d’autres membres du parti. Nous avons besoin de telles formations pour parvenir à la véritable citoyenneté et découvrir toutes les vérités. On a découvert que souvent on accusait des gens qui n’étaient pas responsables en réalité». Responsable des régions dans le cadre de l’organisation de la jeunesse socialiste progressiste, Kamal Amatoury estime que sur le plan confessionnel, il est laïc et appartient à un milieu ouvert puisque le PSP comporte des membres de toutes les confessions. «On ne peut pas faire de la politique si les gens ne sont pas unis par l’amitié. C’est grâce à celle-ci que l’on peut développer les relations politiques. C’est facile de lancer des accusations quand on ne connaît pas véritablement la personne».
Sevag Toutoushian, 23 ans, du Tachnag, estime que c’était une expérience positive de pouvoir réunir autour d’une même table des gens de confessions et de religions différentes et de pouvoir discuter de sujets variés. «Chaque personne ayant profité de ces informations devraient les transmettre autour d’elle. C’était surprenant de découvrir l’existence de sujets sur lesquels on pouvait s’accorder avec des personnes auxquelles on ne pensait pas du tout». Sevag raconte comment il a été agréablement surpris de constater comment le Courant du Futur expliquait à la Jamaa islamiya que le génocide arménien avait eu lieu, contrairement à ce que ces derniers pensaient. «Je me suis fait des amis dans des partis différents et on s’est retrouvé par la suite».
Il avoue qu’au départ, chacun avait ses préjugés. «Nous avons, cependant, réussi à les dépasser. Nous étions tous concernés par les mêmes problèmes et nous avons tous les mêmes buts. Les coupures d’eau et d’électricité touchent tout le monde. Cette expérience a permis plus d’ouverture et une acceptation de l’autre».

*Lebanon Renaissance Foundation est une ONG indépendante et à but non-lucratif, fondée en 2007 et enregistrée aux Etats-Unis, à Washington D.C.

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Éditorial
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La prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, pour un mandat de six années, ne fait pas l’unanimité des partis politiques et des experts, même si la décision a été prise en un tour de main au cours d’une réunion du Conseil des ministres tenue à Baabda. Les opposants à cette décision s’expriment ouvertement. Certains d’entre eux accusent le patron de la banque centrale d’être «l’allié privilégié des banques commerciales», l’affublant, parfois, du titre peu élogieux de «banquier des banques». La stratégie qu’il met en œuvre, à chaque fois que ce secteur est confronté à un début de crise, aboutit à rendre les établissements de crédits, ou la plupart d’entre eux, relativement renforcés. D’autres détracteurs, plus sévères, le qualifient, carrément, de «gardien des voleurs du temple».En deux mots, le 5ème mandat qu’entamera Riad Salamé en juillet sera encore plus délicat et difficile à gérer que les précédents. Le statu quo de stabilité relative au pays du cèdre peut basculer brusquement. Le Proche-Orient est dans la tourmente. Le monde arabe, les présidents américain et russe, Donald Trump et Vladimir Poutine, n’ont pas encore jeté leurs dés et tous les scénarios sont encore possibles. Karl Albrecht avait dit: «Partir avec un idéal en tête et finir avec un deal», alors qu’Ashleigh Brilliant avait conseillé «de négocier (…), si vous ne pouvez ni le contrôler, ni le surmonter.» Or aujourd’hui, le Liban est contraint de suivre les règlements – souvent perçus comme des diktats – des pays dont il utilise la monnaie, en l’occurrence le dollar américain et l’euro, entraînant une obligation inéluctable, celle de la négociation. Riad Salamé a réussi à gérer ce volet, en évitant au Liban et à son secteur bancaire le pire. Néanmoins, il ne peut pas se prévaloir d’avoir relancé la croissance économique – mais est-ce son rôle? –, en dépit des programmes de subvention des taux d’intérêts débiteurs et d’autres stimulations adoptées par la BDL, ces cinq dernières années. Selon les prévisions du FMI, le taux de croissance serait, en 2022, de 3%. Il est évident que la politique monétaire a quelque peu empiété sur la politique économique et financière. Mais qui en assume la responsabilité?Certes, personne n’est indispensable dans le monde des affaires, de l’économie et des finances. Mais il y a aussi ce que l'on appelle «l’homme du moment». En attendant que les épais nuages qui couvrent la région commencent à se dissiper, le pays doit respirer, mais, surtout, il a besoin «d’inspiration divine pour une prudente continuité de résilience et d’ingénierie»… qui profiterait, cette fois, à tous.


 Liliane Mokbel
   

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