La prison des étrangers. Un centre de rétention pas comme les autres
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Nº 3081 du vendredi 1er septembre 2017

La prison des étrangers. Un centre de rétention pas comme les autres

 
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    La prison des étrangers. Un centre de rétention pas comme les autres
    Le nouveau centre de rétention pour les étrangers accueille ces derniers depuis près de huit mois. Ce «déménagement» effectué depuis l’ancien bâtiment s’accompagne-t-il d’une amélioration de la qualité de vie...
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Le nouveau centre de rétention pour les étrangers accueille ces derniers depuis près de huit mois. Ce «déménagement» effectué depuis l’ancien bâtiment s’accompagne-t-il d’une amélioration de la qualité de vie des détenus ? Magazine a enquêté.

Nous avons tous roulé au-dessus de leurs têtes, sur le pont Elias Hraoui, qui mène à Hazmié. Des années durant, ils ont subi la chaleur que causait le frottement de nos pneus sur l’asphalte, le ronronnement violent des moteurs de nos voitures et les bruits stridents de nos klaxons. C’est dans des conditions médiocres qu’ils ont passé des mois, voire des années, à attendre, dans la pénombre et dans l’humidité, la «délivrance». L’espoir n’est pas vain. D’un ancien parking souterrain, aménagé en centre de rétention depuis le 14 décembre 2000, à un quasi-hôtel, la nouvelle prison qui accueille les étrangers se dresse aujourd’hui sur la place el-Abed, à Beyrouth. Grand bâtiment jaune-orange, le centre est pris en charge par la Sûreté générale (SG) qui traite les dossiers des détenus de toutes nationalités, sous le contrôle d’un tribunal spécial compétent. Ce dernier est surtout responsable de la transmission des différentes procédures aux autorités sécuritaires et judiciaires relevant de sa compétence et du transfert des détenus vers leurs pays d’origine, selon les cas.
Pour pénétrer dans le centre de rétention, il faut d’abord montrer patte blanche au bureau de sécurité. Carte d’identité, papiers et possessions sont examinés. Un long couloir mène à l’une des deux sections du bâtiment, séparées en deux ailes, l’une réservée aux hommes, l’autre aux femmes. Chaque section peut abriter jusqu’à 360 personnes. Même si le nombre de détenus dans ce centre de rétention reste variable, les responsables cherchent, toutefois, à préserver une moyenne maximale de 600 à 700 détenus. Ces derniers sont, en grande partie, issus des pays exportateurs de main-d’œuvre comme l’Ethiopie, le Bangladesh et l’Egypte. Toutefois, le nombre de Syriens incarcérés a considérablement augmenté depuis la crise syrienne. Les hommes sont répartis dans seize grandes cellules, tandis que les femmes se partagent quinze chambres. Dans chaque cellule, sont installés vingt-quatre lits superposés, trois toilettes et deux douches. L’ordre et la propreté règnent dans les deux parties du bâtiment et les reclus sont relativement bien soignés. Le nombre plus ou moins réduit de prisonniers, la disponibilité des responsables qui restent à l’écoute des détenus et la mise en place d’un programme spécifique, réglementant la durée du séjour dans le centre, expliquent cet état de fait. A.E., détenu depuis trois mois et dix jours, explique à Magazine le déroulement de la journée. Entre 8h30 et 9h, le petit-déjeuner est servi dans un grand réfectoire. Les tables et les bancs y sont bien alignés et un petit kiosque, placé à l’entrée de la pièce, permet aux détenus d’obtenir certaines gourmandises. Vient ensuite l’heure de prendre contact avec les parents, proches et amis, des téléphones situés dans le couloir étant mis à disposition.
A 13h, tout le monde se met à table pour déjeuner, avant de se rendre dans la cour extérieure. Parmi les prisonniers, certains sont chargés d’aider au maintien de la propreté, d’accueillir les nouveaux arrivants et de les aider à s’intégrer. «Dans ce nouveau centre, nous jouissons non seulement d’un bien-être physique, mais aussi moral», explique M.R., là depuis près de six mois. «Tous les responsables sont à notre écoute; ils nous respectent et nous traitent comme des êtres humains», continue-t-il.  

Les raisons de l’incarcération
Les motifs de l’arrestation des travailleurs étrangers sont multiples. Toutefois, dans la majorité des cas, ce sont des problèmes liés au manque de documents en règle qui sont en cause, les étrangers se retrouvant en situation illégale sur le territoire.
Souvent aussi, le garant recourt aux travailleurs pour des tâches autres que celles figurant sur le permis de résidence initial. Dans d’autres cas, ce sont ces derniers qui prennent la fuite pour diverses raisons, essentiellement pour exercer d’autres métiers, plus «rentables», de manière illégale. Entrée frauduleuse ou séjour illégal au Liban, crimes de droit commun (vols, meurtres, viols, prostitution...) font partie de la longue liste menant à leur incarcération. A leur arrivée en centre de rétention, les détenus doivent se soumettre à quatre étapes. D’abord, la procédure d’enregistrement et d’accueil. Les documents officiels sont préparés et un examen médical est effectué. Une fois les données saisies sur ordinateur, un dossier juridique et un fichier médical numériques sont établis. Pendant ce temps, les étrangers patientent dans des cellules spécifiques, non mixtes. Les objets de valeur en leur possession sont précieusement conservés, jusqu’à leur sortie de prison. Les procès des détenus sont effectués avant leur arrivée au centre. Cette étape relève du tribunal qui applique les lois et les réglementations en vigueur au Liban. Lorsqu’un citoyen étranger a fini de purger sa peine, et que le tribunal ordonne son expulsion, il dispose de quinze jours pour quitter le pays «par ses propres moyens» (art. 89 du Code pénal). La seule disposition de la législation libanaise permettant à la SG de le maintenir en prison s’applique quand la personne en question représente une menace pour la sécurité nationale ou publique. C’est dans ce cas, et uniquement dans ce cas, que l’article 18 de la loi de 1962 sur l’entrée et la sortie du territoire peut s’appliquer. Cette disposition permet à la Direction de la Sûreté générale de maintenir un étranger en détention administrative, avec l’approbation du procureur général, jusqu’à son expulsion.

Des conditions de vie plus décentes
Contrairement à l’ancien bâtiment, le nouveau centre de rétention offre aux prisonniers des conditions de vie dignes. Toutes les pièces sont exposées au soleil, l’air frais y pénètre, elles sont toutes équipées de lits et l’eau chaude est disponible en permanence. Deux grandes cours extérieures (l’une pour les femmes, l’autre pour les hommes) permettent aux détenus de se promener et de prendre l’air. Alors que le manque d’éclairage naturel pouvait causer, dans l’ancien bâtiment, des dommages ophtalmiques, des troubles nerveux et des carences vitaminiques ayant des conséquences à long terme sur les personnes incarcérées, tel n’est plus le cas dans la nouvelle structure. Mieux encore, des téléphones publics sont installés dans les couloirs et des parloirs sont aménagés pour les visites. Les détenus peuvent s’y entretenir en privé avec leurs proches, via des interphones. Un centre de santé est aussi intégré au nouveau bâtiment. Bien pourvu en médicaments et matériel médical, il reste ouvert 24 heures/24. Un avocat est toujours disponible pour rencontrer les prisonniers et répondre à leurs questions. Une bibliothèque est installée dans les lieux.
Toutes ces transformations respectent les normes internationales requises, marquant une amélioration plus que notable des conditions de vie des détenus en attente de retour dans leurs pays d’origine.

Natasha Metni

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Éditorial
Il faut saisir l’opportunité

Avant même que ne soient versés les salaires des fonctionnaires et des militaires, indexés à la nouvelle grille, les prix de certains produits de première nécessité et denrées alimentaires ont augmenté. Les prix avaient déjà fait un bond, il y a quelques mois, lorsque le Parlement avait entamé l’examen de l’échelle des salaires, avant de la renvoyer en Commission. Qui est responsable de cette montée injustifiée des prix? Les détaillants? les grossistes? les importateurs? C’est à l’Etat de trouver la réponse et de prendre les mesures nécessaires. C’est au gouvernement d’enrayer la montée des prix, qui risque de torpiller l’un des seuls aspects positifs de la grille des salaires, celui du renforcement du pouvoir d’achat de 270000 familles, ce qui devrait avoir pour effet de booster la consommation des ménages et, par conséquent, de relancer, même timidement, une économie moribonde.La situation économique est tellement mauvaise que certains acteurs du secteur lient le sort du pays au volume des transferts effectués par la diaspora. Si les flux de capitaux rentrants venaient à baisser pour une quelconque raison, les banques n’auraient plus les moyens de financer l’Etat. La seule lueur d’espoir est la reconstruction de la Syrie et le rôle que le Liban pourrait y jouer, entend-on de plus en plus souvent dans les cercles économiques. Or, la reconstruction semble, aujourd’hui, le thème principal qui occupe les discussions des responsables syriens avec leurs visiteurs étrangers. Des journalistes occidentaux, de retour de Damas, affirment que, «pour la première fois», leurs interlocuteurs étaient plus focalisés sur les questions de la reconstruction que sur les détails des opérations militaires, pourtant marquées par d’importantes avancées de l’armée régulière et de ses alliés sur tous les fronts, notamment face à Daech. «C’est mon dixième voyage à Damas depuis le début de la guerre, nous déclare un journaliste d’un quotidien français. Mais c’est la première fois que j’entends plus parler des projets immobiliers, des perspectives d’investissements et des grands chantiers à venir que des ‘‘victoires’’ de l’armée face aux ‘‘terroristes’’».La Foire internationale de Damas, qui a rouvert ses portes après cinq ans d’absence, était sur toutes les langues. Même les médias officiels syriens l’ont placée au cœur de l’actualité, reléguant au second rang la progression de l’armée dans le désert de la Badiya.Pendant ce temps, les Libanais se chamaillent et font de la surenchère sur l’opportunité de rétablir les contacts avec la Syrie. Il est du devoir de l’Etat de prendre toutes les mesures, politiques ou autres, afin que le Liban soit bien positionné en perspective de la reconstruction de la Syrie. Sinon, le pays risque de laisser passer une chance réelle de redressement.


 Paul Khalifeh
   

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