Ogarit Younane et Walid Slaybi. Les pionniers de la non-violence
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Nº 3106 du vendredi 4 octobre 2019

Ogarit Younane et Walid Slaybi. Les pionniers de la non-violence

 
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    Ogarit Younane et Walid Slaybi. Les pionniers de la non-violence
    Ogarit Younan et Walid Slaybi. Un duo de choc, pionniers de la non-violence et de la lutte contre le confessionnalisme au Liban et dans la région. Commencé depuis trois décennies,...
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Ogarit Younan et Walid Slaybi. Un duo de choc, pionniers de la non-violence et de la lutte contre le confessionnalisme au Liban et dans la région. Commencé depuis trois décennies, leur combat est couronné par la création de l’Académie universitaire pour la Non-violence et les Droits Humains (AUNOHR). Retour sur le parcours de ces activistes pour les droits de l’homme.


Sociologue, écrivain, formatrice, activiste pour les droits de l’homme, Ogarit Younan est une pionnière de l’éducation non-violente au Liban. Elle est l’auteure de 26 recherches, projets de loi et bulletins sur les droits sociaux et civils. Walid Slaybi, quant à lui, est un écrivain et penseur non-violent. Militant pour les droits de l’homme, ingénieur civil, il a également fait des études en économie politique, sociologie et sciences physiques. Il a contribué à l’élaboration de nouveaux concepts sur la résistance non-violente et civile. A son actif, 22 recherches et publications.
Ogarit Younan et Walid Slaybi se sont rencontrés en 1982 à l’université, où ils étudiaient tous les deux la sociologie, alors que le Liban était déchiré par la guerre. Partageant la même vision, chacun a trouvé dans l’autre un écho de sa foi dans la non-violence et sa lutte contre le confessionnalisme. «Depuis que j’étais à l’école, j’étais opposé au confessionnalisme. Au début de la guerre, j’avais même écrit un article dans ce sens et de nombreuses personnalités politiques m’avaient contactée pour me féliciter», confie Ogarit Younan. De son côté, Walid Slaybi est fortement influencé par son père, un fervent militant de la non-violence, par Léon Tolstoï et Lanza Del Vasto. «Bien avant Gandhi, Tolstoï s’était battu pour la non-violence», souligne Walid Slaybi. Unis par un même combat pour la non-violence et les droits de l’homme, leur rêve est de bâtir et de répandre cette philosophie au Liban. «Depuis 1983, nous sommes volontaires dans cette grande entreprise. C’est notre choix de vie», explique Ogarit Younan.

Des formateurs
Ils commencent à former des personnes, qui à leur tour transmettent leur expérience autour d’eux pour transformer la pensée de leur entourage. «Nous avons organisé des formations de 11 jours auxquels assistaient des personnes de tout bord et de toute confession. On faisait traverser les participants les lignes de démarcation d’une région à l’autre dans notre voiture». Ogarit Younan et Walid Slaybi travaillent comme si la guerre ne faisait pas rage. «On réunissait chrétiens et musulmans sous un même toit et chacun disait tout haut à l’autre ce qu’il pensait de lui tout bas. Nous avons formé de nombreuses personnes qui, à leur tour, ont construit une nouvelle société civile», se souvient Walid Slaybi.
Avec Ogarit Younan et Walid Slaybi, la lutte pour la non-violence prend une autre dimension. Ils créent un nouveau concept comme celui d’arriver jusqu’aux barrages des FSI munis d’une fleur qu’ils offraient aux agents en interprétant une chanson dont les paroles étaient écrites par Walid Slaybi sur un air de Fairouz. «A la fin de la manifestation, chaque agent avait baissé son fusil auquel on avait accroché une fleur. C’était une scène qui s’est souvent répétée en 1988, 1990 et 1992», se souvient Ogarit Younan. Pour sa part, Walid Slaybi s’était tenu auprès des ouvriers dans les usines, leur apprenant comment réclamer leurs droits sans violence. «Lorsque les ouvriers ont vu leur salaire tomber de 220$ à 20$ à cause de la chute de la livre libanaise face au dollar, je leur ai appris à négocier de manière stratégique, sans insultes, sans violences, pendant des heures sans se fatiguer. Les ouvriers ont obtenu gain de cause et cette approche a fait boule de neige dans la classe ouvrière», confie-t-il.
Des formations continues sont données dans les écoles, usines, syndicats, associations. «Nous avons formé des handicapés afin qu’ils réclament leurs droits». Fonctionnant avec les moyens du bord, ils traduisent eux-mêmes des livres traitant de non-violence qu’Ogarit tape sur sa dactylo qu’elle trimballe dans le coffre de sa voiture. A eux deux, ils rédigent des bulletins. Walid Slaybi lance son fameux slogan «Oui à la résistance, non à la violence» qui a une grande portée en Palestine particulièrement.
Ils organisent des campagnes pour l’introduction du mariage civil et, depuis 1997, se battent pour l’abolition de la peine de mort. «Deux crimes ne font pas justice», affirme Walid Slaybi dans un ouvrage intitulé La peine de mort tue.

Les bases de la société civile
Dans les années 90, Ogarit Younan et Walid Slaybi jettent les bases de ce qu’on appelle aujourd’hui la société civile. Grâce à leurs efforts, un projet de loi sur le mariage civil est parvenu aux Commissions parlementaires conjointes. «Ceci est une première au Liban», souligne la fondatrice d’AUNOHR. Ils ont également fait campagne pour l’annulation du service militaire obligatoire. Pour protester contre la prorogation du mandat des députés, ils avaient organisé la fameuse «campagne des tomates» auxquels de nombreux citoyens avaient participé.
Pour couronner ce combat pour la non-violence, Ogarit Younan et Walid Slaybi décident de fonder une université. «Le concept de non-violence est traité avec légèreté alors qu’il représente une cause véritable. Il y a un combat permanent contre la violence. Sans action et sans lutte, ce concept devient un non-sens. Il fallait instituer la non-violence d’une manière professionnelle. L’idée d’une université est née en 2008», affirme Ogarit Younan. Après une expérience pilote étalée sur trois ans de 2009 à 2011, avec 78 étudiants venus de six pays arabes et 25 professeurs des différents coins du monde, l’Académie universitaire pour la non-violence et les droits humains (AUNOHR) voit officiellement le jour par un décret gouvernemental no 487 en date du 9/4/2014. «Un rêve devenu réalité». C’est la première institution du genre dans le monde.
Dans leur souci continu de promouvoir la culture de la non-violence, Ogarit Younan et Walid Slaybi ont œuvré pour déclarer officiellement la date du 2 octobre (jour de la naissance de Gandhi), Journée nationale de la non-violence au Liban, par un décret ministériel daté du 14 octobre 2016. Pour commémorer cette journée, depuis le 2 octobre dernier, la statue du revolver noué, symbole de la non-violence, orne l’artère principale de Zaitouna Bay. C’est en 1980 que l’artiste suédois Carl Fredrik Reutersward a créé ce symbole de la non-violence, également connue sous le nom de The Knotted gun (Le revolver noué) en hommage à son ami John Lennon, assassiné. «Nous étions à la recherche d’un endroit adéquat où l’installer. Au départ, nous avons eu l’idée de poser cette statue à la Place des Martyrs puis devant Beit Beirut mais finalement c’est Zaitouna Bay qui a été retenu». Cette statue a été installée dans plusieurs villes du monde, notamment au siège des Nations unies à New York, à Munich, Berlin, Stockholm, Caen, Cape Town, Luxembourg, Mexico, Rothenburg, ainsi qu’en Grèce, en Chine, au Brésil et au Japon pour atterrir finalement au Liban grâce à l’initiative de AUNOHR. «Depuis très longtemps, je répandais l’idée de ce revolver et mon rêve était de pouvoir l’amener un jour au Liban. Aujourd’hui, c’est chose faite», déclare Ogarit Younan. La présence d’Arun Gandhi, petit-fils du Mahatma, a donné à cet événement une dimension particulière, surtout qu’il fait partie du Conseil international consultatif d’AUNOHR.

Une mission universelle
La mission de cette académie ne se limite pas au Liban. «Nous essayons d’étendre la culture de la non-violence à tous les pays qui nous entourent et qui sont déchirés par la violence et le confessionnalisme. L’autre jour, un étudiant palestinien nous a confié que tout ce qu’il a appris lui permet d’écrire une nouvelle histoire pour la Palestine. Cette académie change quelque chose dans ceux qui la fréquentent et ces personnes-là changent les sociétés dans lesquelles elles vivent. Les étudiants ne font pas qu’apprendre. Il y a une transformation intérieure qui s’opère en eux et nous ressentons cela à travers leurs témoignages».
Pour les fondateurs d’AUNOHR, la violence a toujours existé et va continuer à exister. «Il y a ceux qui désirent la violence, ceux qui vendent les armes et font les guerres. Mais nous avons le choix de ne pas se laisser entraîner et d’être non-violent. Il y a toujours d’autres moyens de régler un conflit et nous avons toujours un autre choix que la violence».

Joëlle Seif

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Éditorial
Tout n’est pas perdu

L’exploitation à des fins politiques des difficultés économiques et du malaise social actuels est malvenu autant que les arguments avancés par les gens au pouvoir pour se dédouaner, justifier leur incurie et leur incapacité à faire face aux défis, en se barricadant derrière l’héritage du passé. Certes, l’héritage est lourd, difficile à gérer, mais le pouvoir est continuité et les dirigeants d’aujourd’hui ne peuvent pas rejeter sur ceux d’hier la responsabilité de ce qui nous arrive.Nous payons aujourd’hui le prix des choix économiques erronés et des politiques financières impertinentes qui ont occasionné d’immenses dommages, qui, nous en sommes convaincus, ne sont pas irréparables. Ces choix se résument à la politique d’endettement justifiée au sortir de la guerre par les besoins de la reconstruction d’un pays dévasté par une folie meurtrière qui a duré 15 années. Des dizaines de milliards de dollars ont été dépensés pour, soi-disant, financer de nouvelles infrastructures et la remise à niveau des anciennes. En réalité, une infime partie de ces fonds est allée à ce à quoi ils étaient destinés et le reste a fini dans les poches de la classe dirigeante. Combien de Premiers ministres, aux moyens modestes, ne sont-ils pas devenus des tycoons? Combien de ministres ne se sont-ils pas transformés en banquiers ou de députés en entrepreneurs et en hommes d’affaires? L’argent est allé enrichir une nouvelle classe politique de basse extraction morale, parasitaire et sans scrupules, qui a pillé le pays pendant un quart de siècle. L’endettement s’est poursuivi outrancièrement, non plus pour financer la réhabilitation de l’infrastructure, mais pour payer le service de la dette. Le pays s’est alors installé au fil des ans dans un cercle vicieux qui aurait dû le précipiter dans l’abîme depuis des années, mais la catastrophe a été évitée en raison de la conjoncture internationale, entre 2008 et 2010, qui a permis au Liban d’attirer des dizaines de milliards de dollars qui fuyaient les économies occidentales meurtries par la crise mondiale.Au lieu de mettre à profit ce sursis providentiel, la classe politique corrompue a poursuivi son pillage systématique des ressources de l’Etat, jusqu’à ce que nous arrivions au point où nous en sommes aujourd’hui.Tout n’est perdu. Mais l’heure n’est plus aux mesquineries et aux règlements de compte. Il faut repenser tout le modèle économique, jeter aux oubliettes la mentalité rentière et revenir au cycle de la production. Il faut impérativement réduire la facture des importations qui s’élève à 16 milliards de dollars par an, une somme injustifiée pour une population de 4,5 millions d’habitants. Il faut la réduire de plusieurs milliards de dollars, pour ne plus dépendre autant des humeurs du billet vert et des pressions de son géniteur. Pour cela, les Libanais ont un rôle à jouer. Ils doivent reprendre confiance dans leurs capacités à créer et à fabriquer des produits à valeur ajoutée. Ils doivent consommer libanais. C’est dans cet esprit que Magazine a consacré son dossier de couverture, ce mois-ci, à l’industrie libanaise dans toutes ses déclinaisons. En achetant libanais, nous réduisons la facture des importations et, par conséquent, le déficit de la balance des paiements. Mais pas seulement. Nous boostons la production locale, ce qui poussera les industriels à créer des emplois, et qui conduira, forcément, à la relance de la consommation. En achetant un produit libanais, chacun d’entre nous, à son niveau, contribue à l’apparition d’une dynamique vertueuse, seule capable de briser le cercle vicieux dans lequel ceux qui nous gouvernent ont plongé notre pays. ●


 Paul Khalifeh
   

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