Khouloud Sukkarié et Nidal Darwiche. «Notre mariage est une révolution silencieuse contre le confessionnalisme»
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Nº 2895 du vendredi 03 Mai 2013

Khouloud Sukkarié et Nidal Darwiche. «Notre mariage est une révolution silencieuse contre le confessionnalisme»

 
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Ils ont gagné. Ils ont réussi l’incroyable pari de poser les jalons d’une première au Liban: la reconnaissance par les autorités d’un mariage civil contracté à Beyrouth. Magazine a rencontré Khouloud Sukkarié, coordinatrice d’éducation, et Nidal Darwiche, senior-reception dans un club sportif, pour une interview à deux voix. Deux battants qui considèrent que leur démarche contribue à l’abolition du confessionnalisme.


Pourquoi avoir décidé de contracter un mariage civil au Liban en sachant que cette formule n’y est pas encore adoptée?
Nous avons voulu contribuer à l’abolition du confessionnalisme à notre manière. Nous avons commencé par décider, au début de notre rencontre, de rayer de notre carte d’identité notre confession - préciser à quelle communauté religieuse nous appartenons est en fait anticonstitutionnel - la Constitution considérant qu’un véritable citoyen n’a pas besoin de préciser son appartenance à telle communauté ou à telle autre. Une fois cette initiative prise, nous nous sommes demandé pourquoi ne pas contracter un mariage civil au Liban qui pavera la voie à une libération des mentalités. Nous avons consulté un constitutionnaliste qui nous a précisé que la Constitution libanaise n’interdit en aucun cas le mariage civil. Après maintes tentatives, nous avons trouvé un notaire qui a accepté de nous marier. Selon la loi, seul un notaire peut marier deux personnes à condition que cela ne soit pas contre la morale et les valeurs qui régissent la Constitution. Nous partageons sur le plan personnel les mêmes convictions: nous considérons qu’un mariage  réussi est celui où les deux partenaires d’un couple ont les mêmes objectifs: l’entraide et l’égalité. Ce type de mariage contribue à la réalisation de ces objectifs. Il faut préciser que chacun de notre côté, nous avons depuis toujours défendu les droits de l’homme. Notre démarche est une forme de révolution silencieuse contre le régime communautaire. C’est un pas vers ce que le Liban doit devenir, comme l’indique la Constitution, un pays démocratique, parlementaire et civil.

 

Vous êtes tous les deux originaires de la Békaa-Nord. Vous venez d’un milieu traditionnel. Comment votre entourage a-t-il réagi à votre «rébellion»?
Nos familles ont été, au début, intriguées par notre démarche et, même quelque peu, inquiètes. Surtout que dans leur esprit, un mariage civil ne préserve pas forcément les droits de la femme. En fin de compte, nos familles respectives ont fini par être persuadées que le but de notre requête a un objectif personnel puisque nous sommes convaincus de ce type de mariage, mais vise également à encourager la nouvelle génération à dépasser le confessionnalisme. Lorsque le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, a signé les papiers de notre mariage, notre entourage a partagé pleinement notre joie. Sur un autre plan, notre initiative a été vivement encouragée par l’opinion publique. Ceci est la preuve de l’intérêt que les Libanais, tous les Libanais quelle que soit leur appartenance, portent à ce type de mariage. Ainsi partout où nous allions, nous étions reçus à bras ouverts et les gens nous poussaient à aller jusqu’au bout de notre démarche. Notre page Facebook est passée de 500 friends à 1500 et ce nombre ne fait qu’augmenter. Nous avons reçu l’appui de diverses associations qui, à travers notre initiative, ont vu un moyen de faire bouger les choses, de les faire avancer. Depuis que le ministre de l’Intérieur a signé nos papiers et reconnu notre mariage, nous recevons sans cesse des coups de fil de personnes qui désirent suivre notre exemple, qui nous demandent conseil et souhaitent connaître les démarches à faire pour pouvoir, à leur tour, contracter un mariage civil au Liban.

Avez-vous été financés par quelque association?
Pas du tout. Nous sommes totalement indépendants et nous avons agi par conviction sans aucune visée matérielle.

Certaines instances politiques et religieuses ne voient pas d’un bon œil le mariage civil. Avez-vous reçu des pressions dans ce sens?
Au début, certains nous ont conseillé de prendre des mesures de sécurité dans nos déplacements. De ne pas nous retrouver seuls dans les lieux publics par exemple, mais en fin de compte, devant notre détermination à aller jusqu’au bout, il était dur de nous faire reculer quels que soient les moyens utilisés.

Pour quelle sorte de contrat de mariage avez-vous opté?
Nous avons choisi le contrat français.

Le fait de refuser de préciser sur votre pièce d’identité votre religion aura-t-il des répercussions sur vos droits civils?
Pas du tout. Nous pouvons voter, sauf si la loi orthodoxe est adoptée. D’ailleurs, nous l’avons fait en 2009. Nous pouvons accéder aux fonctions publiques et nous sommes une preuve vivante que le citoyen peut et doit être embauché sur des critères précis tels que ses capacités professionnelles et non son statut religieux. Nous nous sentons citoyens libanais à part entière sur les 10452 km2.

 

Vous serez parents dans cinq mois. Vous n’allez donc pas inscrire l’appartenance communautaire de votre enfant sur sa carte d’identité?
Pas du tout. Il sera citoyen libanais point à la ligne. Il lui reviendra de choisir quand il sera majeur la communauté à laquelle il désire appartenir.

Le président Michel Sleiman a été parmi les premiers à encourager votre initiative. Son avis a-t-il contribué à faire avancer les choses?
En agissant de la sorte, le chef de l’Etat a prouvé qu’il respecte la Constitution libanaise dans toutes ses clauses. Qu’il est digne de respect et de confiance. Qu’il est indépendant, droit et honnête, ferme dans ses convictions.

Depuis votre plus jeune âge, chacun de votre côté, vous êtes actifs dans diverses associations. Ce militantisme a-t-il joué en faveur de votre liberté d’être et d’agir?
Sans doute. Moi (Khouloud), j’ai rejoint l’association Peace Academy pour rapprocher les points de vue entre les différentes factions libanaises, les différentes communautés et religions et l’association Injaz qui contribue à éveiller la nouvelle génération sur l’importance de la vie professionnelle et tous ses avantages. J’ai participé et je continue à le faire à diverses manifestations pour l’abolition du confessionnalisme. Moi (Nidal), j’ai fait pendant de très longues années du bénévolat auprès de la Croix-Rouge libanaise, du scoutisme et je suis actif dans plusieurs associations pour la défense des droits de l’homme.

Quels sont vos projets futurs?
Nous foisonnons d’idées qui visent à contribuer à la déconfessionnalisation du Liban, à l’instauration d’un Etat civil non confessionnel où chaque individu est un citoyen à part entière.

Propos recueillis par Danièle Gergès

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Éditorial
Libérez les deux évêques!

L’enlèvement de Youhanna Ibrahim, évêque syriaque orthodoxe d’Alep, et Boulos Yazigi, évêque de l’Eglise grecque-orthodoxe de la même ville, le 22 avril, est un crime répréhensible à tous les égards. Sur un plan général, la privation de liberté, pour des motifs injustifiés, par des groupes ne disposant d’aucun mandat pour le faire est un retour à la loi de la jungle. Humainement, ces deux prélats, de par leur fonction et leur vocation, sont des messagers de paix, d’amour et de dialogue, ils ne méritent certainement pas le mauvais traitement qui leur a été infligé. A un niveau religieux, ils ont été enlevés parce qu’ils sont chrétiens, ce qui constitue une atteinte inadmissible au principe de la liberté de culte. Vu du prisme de la crise syrienne, les deux évêques étaient en mission humanitaire, pour tenter d’obtenir la libération de deux prêtres kidnappés dans la même région, il y a deux mois. Leur enlèvement est une violation de tous les principes, y compris des règles de la guerre, qui interdisent de s’en prendre à des médiateurs et des messagers. Si deux éminents évêques, dont le frère du patriarche de la plus grande Eglise d’Orient, ont été traités avec autant de légèreté et de rudesse, quel sort sera-t-il réservé au commun de leurs ouailles. C’est sans doute l’un des principaux messages que les ravisseurs (des Tchétchènes paraît-il; mais qui croit qu’ils peuvent agir sans couverture locale?) veulent transmettre aux chrétiens de Syrie et de toute la région: «Même vos évêques ne jouissent d’aucune immunité, alors que dire de vos prêtres, vos diacres, vos bonnes sœurs et vos fidèles?». Malgré le caractère abject de cet acte, on constate avec tristesse et consternation qu’il n’a pas suscité la vague de réprobation qu’il mérite. Faut-il, à Dieu ne plaise, qu’ils soient torturés et leurs têtes plantées sur un clocher (comme le cheikh Saadeddine d’Alep, égorgé et décapité avant que sa tête ne soit exposée sur le minaret de sa mosquée), pour que l’on entende, enfin, quelques timides condamnations? Pourtant, pour bien moins que cela, nous avons vu, ces deux dernières années, des personnalités politiques et publiques et des dirigeants, monter sur leurs grands chevaux, pour dénoncer avec véhémence la «répression sauvage», «les crimes odieux», «les atteintes inacceptables aux libertés individuelles et collectives…». Nous avons vu des médias entrer en campagne pour défendre un blogueur interpellé, ou un militant arrêté, des ONG se mobiliser pour sensibiliser l’opinion publique… Mais pour les deux évêques, c’est le silence radio, tous ont perdu la voix… et la conscience. Cette triste affaire est un exemple vivant de la politique des deux poids deux mesures, qui n’est malheureusement plus l’apanage des grandes puissances, mais aussi de supports médiatiques censés informer les gens. On constate que l’information fait l’objet d’une sélection rigoureuse et d’une hiérarchisation répondant à une grille de lecture politique. Malgré toutes les tentatives destinées à minimiser la gravité de l’enlèvement des deux évêques et à le banaliser, en le traitant comme un fait divers ordinaire, cet acte constitue un développement extraordinaire. Il montre que plus personne n’est à l’abri, que certains groupes franchissent toutes les lignes rouges sans que personne ne leur demande de comptes et, plus grave encore, que les opposants syriens qui occupent le devant de la scène médiatique n’ont aucun pouvoir sur ceux qui tiennent le terrain. Si l’Occident n’est pas parvenu à obtenir la libération de deux évêques, quelles garanties peut-il encore fournir que les armes qu’il livre aux rebelles ne finiront pas entre les mains des coupeurs de têtes et autres barbares lâchés dans la nature… à deux pas de chez nous?


 Paul Khalifeh
   

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